Chapitre huitième i
tout arbitraire à l'origine (1) ; l'aide (2) ; la garde, taxe spéciale pour obtenir la protection du seigneur ; les droits de banalité, de péages, et surtout les corvées ; ce ne dut pas être, entre autres, une faible charge pour les vassaux du seigneur de Douillet que de construire par corvées, vers 1456, les deux mille mètres de murs en pierres sèches qui environnent le parc. De cet arbitraire, érigé en droit par la féodalité, résulta dans la pratique, comme toujours en pareil cas, une grande vai'iété, suivant le caractère des individus. Tantôt on rencontrait un suzerain comme Robert de Sillé qui fut un père et un modèle pour ses vassaux ; tantôt un seigneur comme Jean d'Aligny, fils du seigneur de Chauffeur à Crissé, qui se précipitait « l'épée toute nue en reniant Dieu son créateur », sur de malheureux faucheurs, les frappait à tort et à travers « tellement que plusieurs étaient bléciés ou na\Tés » . Jean d'Aligny, il est \Tai, était célèbre par sa violence : c'est lui encore qui traitait les sergents du comte du Maine de « vilains bedeaux ! », et menaçait Jean Perot, licencié en décret, « de lui couper les deux oreilles rasibus de la teste ! » (3). Entre ces deux extrêmes Robert de Sillé et Jean d'Aligny, entre les vertus d'un saint et les colères d'un aventurier, s'échelonnaient bien des caractères divers, bien des individualités distinctes qu'il est impossible de mettre en lumière, faute de documents suffisants.
Il existait cependant dans la société paroissiale, malgré les différences profondes qui séparaient ses éléments, un lien commun, un terrain où tous avaient leur place : c'était l'assemblée de fabrique. L'Eglise ayant en effet posé en principe l'égalité des âmes devant Dieu, avait du reconnaître comme conséquence un droit égal à tous ses enfants dans les questions relatives à l'exercice du culte,, à l'entretien du temple consacré à Dieu, et à l'administration temporelle de la paroisse. Aussi, dès une époque reculée, nous voyons les assemblées de fabrique, composées du général des paroissiens, fonctionner régulièrement dans les campagnes du Maine. Elles se réunissaient le dimanche, à l'issue de la grand'messe, au son de la cloche, dans le cimetière qui entourait l'église, sur la convocation du procureur de fabrique, sorte de trésorier ou de fondé de pouvoirs choisi par l'assemblée. Cette convocation était lue au prône de la messe paroissiale qui n'était pas seulement une instruction religieuse, mais encore une instruction adminis-
(1) .Vvant le XIV» .siècle la laille est un impôt levé sur les personnes et les biens non couverts du privilège de la noblesse, lorsque le seigneur a besoin d'argent ; après le XIV' siècle, c'est l'impôt direct. M. Roy. Cours d'institutions, prof, à l'Ecole des Chartes.
(2) Avant le XIV" siècle l'ai'rfe est la redevance payée par le vassal au suzerain dans les cas déterminés par le contrat féodal; après le XIV' siècle, c'est l'impôt indirect, M. Uoy. Ibid.
(3) Arch. de la Sarthe E, t7i.
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trative et judiciaire, dans laquelle le curé, organe de l'autorité, donnait lecture des monitoires et de tous les actes intéressant la communauté ; à une époque où les offices étaient fréquentés par tous il ne pouvait y avoir de meilleur mode de publicité.
Le curé et les seigneurs assistaient à l'assemblée de fabrique, mais les gens du commun y formaient la majorité, car tous étaient libres d'y prendre part. Le procureur exposait les affaires courantes cfui avaient trait généralement soit à l'entretien de l'église, soit à la location ou à la vente aux enchères des terres de la fabrique et des fruits du cimetière, soit à la défense des intérêts de la fabrique. L'assemblée décidait, et un tabellion dressait acte de la délibération que la présence de dix paroissiens suffisait à rendre valable. Le procureur était ensuite chargé d'en poursuivre l'exécution, de recevoir les rentes, de payer les ouraers, de rendre les aveux aux seigneurs de fiefs etc.
Dès l'année 1408 les paroissiens de Douillet donnent ainsi pouvoir à leur procureur, Macé Lagogué, de citer en l'assise du Mans la dame de More qui refusait de payer les arrérages d'une rente de huit sols due par elle à la fabrique, et ils gagnent leur cause. En 1464 un autre procureur, Guillaume Martin, reçoit une rente de deux sols, sise sur le pré Gareau appartenant à Léonard Langlais : il est possible qu'il tint déjà un compte régulier des deniers de la fabrique, mais ces documents si intéressants n'ont été conservés à Douillet qu'à partir de 1525. En 1467 autre affaire plus grave : Guillaume Horeau, procureur de fabrique, soutient un procès contre le seigneur de Douillet lui-même, messire Jean Ferquin, relativement à la chapelle Saint-Jean, jadis fondée par ses prédécesseurs en l'église de Douillet. Jean Ferquin avait fait déposer de la chaux dans cette chapelle en vue de certaines réparations ; les paroissiens l'avaient fait jeter dehors, et soutenaient que Jean Ferquin avait seulement le droit de faire dire des messes ou oraisons dans la chapelle Saint-Jean et d'y être enseveli lui et les siens. Au dernier moment cependant, le 26 juillet 1467, le courage fait défaut aux adversaires, et « sur le conseil de gens de bonne renommée » ils se décident à transiger. La fabrique abandonne ses prétentions et consent à laisser prendre la clef de la chapelle par le seigneur de Douillet quand bon lui semblera, ainsi qu'à souffrir toutes les réparations qu'il jugera convenable, à la condition que Jean Ferquin se charge de l'entretien, paie chaque année une rente de dix sols, et n'interdise jamais accès de la chapelle aux paroissiens. Deux ans plus tard enfin, en 1469, Jean Belocier procureur de fabrique rend aveu en l'assise d'Assé-le-Boisne, pour la rente de huit sols que la fabrique avait droit de percevoir sur la seigneurie de More (1).
(1) Ai'ch. paroissiales.