‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 50 sur 188 · Chapitre huitième iOi · texte numérisé non relu

Chapitre huitième iOi

s'intéresser aux alïaires de leur paroisse et de témoigner de leur foi par des dons prélevés sur leurs gains. Le premier de ces sentiments est essentiellement naturel et toujours puissant, chez les populations honnêtes. Le second était parfaitement logique puisque les gens du commun n'étaient quelque chose pendant le moyenâge, qu'aux yeux de l'Eglise et grâce à l'Eglise. Tenus en dehors des affaires publiques que les seigneurs se réservaient, appelés seulement à prendre part aux affaires de la fabrique, ils se montraient reconnaissants de cette sorte d'hommage rendu par l'Eglise à leur dignité, en assimilant jusqu'à un certain point les intérêts de la paroisse à leurs intérêts privés. Cette alliance entre les gens du commun et l'Eglise, qui les encourageait au travail et les défendait au besoin, jointe au sentiment de la famille, avait amené la formation d'une classe de petits propriétaires ruraux déjà nombreuse et influente à la fin du XV« siècle. La royauté en s'appuyant sur elle, pour détruire la féodalité, favorisera son développement et préparera son avènement à la vie publique.

Comme conclusion à ce long chapitre il resterait à examiner maintenant la nature des rapports réciproques des trois éléments de la société paroissiale que nous venons d'étudier isolément. L'absence de documents nous impose sur ce point une réserve forcée.

Toutefois nous avons vu, en ce qui concerne le curé, que le caractère sacerdotal dont il était revêtu, la supériorité de son instruction et son intervention officielle dans les affaires privées lui donnaient sur tous ses paroissiens une influence considérable. Si de temps à autre des difficultés passagères pouvaient surgir entre lui et quelques seigneurs jaloux de cette influence, on peut dire que la bonne harmonie était rarement troublée avec les gens du commun. D'une part l'Evangile lui ordonnait de protéger les faibles, d'autre part les manants étaient heureux de trouver en lui un défenseur et un intermédiaire auprès de leurs suzerains ; le sentiment religieux et l'intérêt matériel se rencontraient dès lors pour consolider l'alliance des gens du commun avec le curé.

Quant aux seigneurs, leurs rapports mutuels, déterminés par les mœurs et les lois du temps, ne pouvaient offrir à Douillet de caractère particulier. Après la fin des guerres privées et le grand mouvement des croisades, l'état social avait fait un progi'ès réel ; les relations de la noblesse étaient devenues plus faciles, plus courtoises, et elles n'étaient plus guère troublées que par les procès inévitables auxquels donnait lieu le jeu des institutions féodales, si compliquées et si mal définies. Encore faut-il remarquer que ces procès se terminaient

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souvent par des transactions, afin d'éviter les frais et les longueurs d'une procédure ruineuse.

En 1458 par exemple une contestation s'élève devant la cour de Sillé entre Jean Ferquin, écuyer, seigneur de Douillet et de la Bermondière, et son voisin Fouques de Courtarvel qui voulait contraindre les vassaux de la Bermondière à tourner à son moulin de Combrans, et avait fait saisir « en l'hostel de la Bermondière certaine quantité de farine appartenant au métayer dudit lieu ». Jean Ferquin soutenait au contraire que les deux seigneuries relevant également de Sillé étaient indépendantes l'une de l'autre, et que ses vassaux de la Bermondière devaient faire moudre à son moulin de Douillet. Mais il était sans doute dans son tort, car il consent pour l'avenir à reconnaître la prétention de Fouques de Courtai'vel, par transaction passée le 27 janvier en présence de noble homme Tragin, seigneur de Saint-Geoi'ges-le-Gaultier, de Jean de Coi'bon, seigneur dudit lieu de Corbon, et de Guillaume Heslier écuyer, voisins et amis des deux plaideurs (1).

De même en 1478 nouvelle difflculté entre Jean Ferquin et Jean Perot, licencié en décret, seigneur du fief d'Illers à Jlont-Saint-Jean, qui réclamait du seigneur de Douillet la foi et hommage et douze deniers de services pour le pré Drouet. Jean Ferquin est cité pour le 8 mai devant messeigneurs des Requestes à Paris, mais le 31 mars les parties conviennent courtoisement que « l'adjournement « sourceray jusqu'au retour de la guerre où messires les nobles et autres du pays « du Maine vont de présent (2) ». Puis les plaideurs paraissent oublier leur différend pendant la campagne, car l'affaire n'est reprise que huit ans après et se termine par une transaction : Jean Ferquin promet de faire la foi et hommage et de payer les douze deniers « s'il parait par ses titres que ses prédécesseurs l'ont ainsi fait ; » il demeure quitte des arrérages (3). Une telle solution n'indique pas un grand acharnement entre les deux gentilshommes.

Mais les rapports n'étaient pas toujours aussi faciles entre les seigneurs et les gens du commun ; grâce aux abus du régime féodal, ceux-ci se trouvaient à la merci de leurs seigneurs dont les exigences étaient parfois fort dures. Indépendamment des cens (4) et des devoirs de toute sorte, il y avait la taille, impôt de capitation

(1) Titres Duplessis-Chàtillon.

(2) Il s'agit sans doute de la guerre contre Maximilien d'Autriche, signalée par la bataille de Guinegatte qui se livra le 7 août 1479 (n. s.).

(3) Arch. de la Sarthe, E. 203.

(4) Le cens est la redevance Imprescriptible et non rachetable due par la terre.

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