Chapitre neuvième iOl
la fabrique par des paroissiens de toutes conditions, puis la reconstruction de plusieurs « logis seigneuriaux ».
C'est ainsi par exemple qu'en 1504 Guillaume Busson et sa femme lèguent à la fabrique une rente de cinq sols sur le champ des Chevaleries ; exemple suivi bientôt par une humble femme du peuple, Jeanne Chappeaux, qui laisse par testament en date du mois d'avril 1507, à l'église et à la fabrique, une partie des jardins de la Roche, au fief de Corbon, et cela indépendamment de vingt-six messes qu'elle demande à sa sépulture et à son sepme, et de plusieurs dons d'un carolus chacun fait à l'église de Douillet et aux paroisses voisines. Jeanne Chappeaux avait été, il est vrai, la nourrice des enfants de Pierre de Corbon qui lui devait encore à la date de sa mort « vingt-deux sols et une paire de chausses » pour le nourrissement de Georges et de Charlotte»; il est donc probable que c'est au service des seigneurs de Corbon qu'elle avait pu amasser quelques économies, et aussi une certaine quantité de linge qu'elle distribue généreusement à ses amis. L'année suivante 1508, c'est la dame de Launay, Anne Martin, veuve de Guyon Defay, qui, en plus de ses libéralités à la Chapelle-Saint-Michel, donne trois sols quatre deniers au curé et vingt deniers à la fabrique, « afin d'avoir la prière du peuple ; » puis deux manants, Jean Juille et Richette sa femme, qui lèguent à leur tour le champ Guillouard à la fabrique dans un but analogue (1). Vers la même époque l'église de Douillet possède déjà un missel imprimé, l'une des premières éditions du missel du Mans de Pierre Hennier, « imprimé à Rouen devant Saînt-Lô, 1505 » ; et il est présumable que ce missel intéressant pour l'histoire de l'imprimerie lui avait été donné également par quelque pieux paroissien (2).
Mais aucun de ces dons n'offre un intérêt comparable à celui qui est fait en 1510 par Jean Belocier, procureur de fabrique. Il ne s'agit plus en effet ici d'un lambeau de terre ou d'une somme d'argent d'une importance minime ; nous sommes en présence d'un objet d'art très curieux pour l'histoire de la peinture dans le Maine. C'est un devant d'autel composé d'un panneau en chêne de 0™ 75<= de hauteur sur S'" de largeur, recouvert de peintures qui représentent les cinq scènes principales de la passion ; séparés les uns des autres par de légères colonnettes peintes, ces tableaux sont réunis par un massif encadrement carré de Qm 12= de largeur (3).
(1) Arch. paroissiales.
(2) Quelques années plus lai-J la fabrique achètera un second missel, plus soigné au point de vue typographique, celui de 1559.
(3) Il a été trouvé en 1874, lors de la reconstruction de l'église, dans la masse même de l'autel du Rosaire, où il remplaçait un rang de pierres.
408 Douillet-le-Joly avant '1789
Le premier tableau reproduit la scène du jardin des Oliviers. Au premier plan, trois apôtres endormis ; au centre, Jésus sous les traits d'un jeune homme, vêtu d'une robe fort bien drapée. Au second plan, une palissade percée d'une porte qui livre passage à une troupe armée de bâtons ; Judas la précède : il est vêtu d'une tunique rouge, avec écharpe jaune, et tient une bourse à la main ; à gauche de la porte un petit diable à peine visible escalade la clôture, tandis qu'un personnage couronné d'une tiare, le Père éternel sans aucun doute, apparaît au milieu d'un nuage. Dans le jardin, des fleurs des champs parsemées ça et là ; puis un ruisseau sinueux, le Cédron probablement, sur lequel on a jeté une planche pour servir de pont.
Le deuxième tableau représente la flagellation. Le Christ, attaché à la colonne, est entouré de bourreaux vêtus de longues robes ou de tuniques serrées à la ceinture , avec chausses ajustées , comme on les portait sous le règne de Charles VIIL Au dernier plan une galerie occupée par trois personnes : une femme dont le visage exprime la compassion, deux hommes qui paraissent rire et insulter la victime.
Le troisième tableau, celui du crucifiement, est le plus important. Le corps du Christ , mal proportionné et fort ra1de , accuse une ignorance absolue de l'anatomie ; les bras de la Croix sont démesurément longs ; Jésus penche la tête et regarde sa mère debout au pied de la croix. La Vierge, assez bien drapée dans un manteau sombre, croise les bras sur la poitrine et baisse les yeux à terre . Saint Jean au contraire lève ses regards désolés sur son maître expirant. De chaque côté, un larron : l'un dans une attitude de souffrance résignée ; l'autre en proie à un profond désespoir, qu'accentue un mouvement bizarre de la tête et du cou. Dans le lointain, les remparts de Jérusalem.
Le quatrième tableau repi'ésente la descente aux enfers. Le Sauveur tend une main à Adam et porte de l'autre une sorte de croix processionnelle à bras courts. Adam, un genou en terre, prend la main du Christ ; son corps est plus rouge que les autres, sans doute par allusion au sens hébreu du mot Adam qui répond au latin ritfus. En arrière, sur le seuil des enfers figurés par une tour crénelée, se tient Eve suivie d'un autre personnage. Enfin du sommet de la tour deux monstres ailés contemplent la scène et se disposent à prendre la fuite.
Le cinquième et dernier tableau, la résurrection, est encore inférieur aux précédents comme dessin. Le Christ surtout est mal proportionné. Autour du sépulcre sommeillent quatre gardes, dont les costumes et les hallebardes n'eussent pas été déplacés à la cour de Louis XIL Dans le lointain, au milieu d'un paysage accidenté, plusieurs villages, trois femmes et deux pèlerins avec leurs bourdons, très probablement les disciples d'Emmaiis.
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