‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 55 sur 188 · Chapitre neuvième i · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième i

Sur la partie inférieure de l'encadrement serpentent quelques arabesques grossières. A la partie supérieure des branches de vigne et de marronnier entrelacées forment un joli motif de décoration et encadrent deux inscriptions. — La première, placée au-dessus de la scène de la flagellation, a été lue ainsi par M. E. Hucher qui a dirigé lui-même la restauration de ce devant d'autel, comme membre de la commission des monuments historiques de la Sarthe :

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Ce qu'il faut traduire : Cette œuvre, de l'art du divin Apelle, peinte sur bois, [ a été faite ou donnée ] par Jean Belocier, procureur de fabrique, le quatrième jour des calendes de Juin l'an 1510 (2).

QuanJ, à la seconde inscription, placée au-dessus du crucifiement, elle se lit : « Revertere Sunamitis », abréviation de ce passage du Cantique des Cantiques : « Revertere, revertere, Sunamitis, revertere, revertere, utintueamur te ». Ch. VI, vers. 12. — Des trois sens que les commentateurs donnent à ces paroles, le plus naturel ici, en présence du calvaire, semble celui de saint Ambroise et de saint Bernard ; ce serait une invitation pressante à l'âme pécheresse de changer de vie et de revenir à Jésus-Christ (3).

Dans son ensemble, cet autel offre un intérêt incontestable. Si le dessin est en général mauvais, si les corps nus surtout sont mal dessinés, certains personnages ne manquent pas de mouvement ; la peinture, assez commune, s'accorde bien avec la date, si l'on tient compte du retai'd ordinaire des campagnes sur les centres artistiques ; de même le coloris qui se compose de verts foncés pour les paysages, de rouges, de noir et de bruns brochés d'or pour les vêtements. Cette œuvre est d'autant plus précieuse qu'elle est ainsi parfaitement datée, et unique peut-être, sous ce l'apport, dans le département de la Sarthe.

Malheureusement le nom de l'artiste est incertain, et on est réduit sur son compte à des conjectures. Les défauts du dessin, la naïveté de la composition ne

(1) Ce mot est fruste.

(2) Le 29 mai 1510.

(3) Une description inexacte de ce devant d'autel a été publiée dans l'Union de la Sarthe en 1875 et reproduite par la Semaine du fidèle du 30 janvier de la même année.

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permettent pas d'attribuer ces peintures à un artiste connu , tel que Simon Hayeneuve curé de Saint-Paterne près Douillet, architecte, peintre, dessinateur, alors dans la plénitude de son talent ; difficilement même à un des élèves qu'il aurait formés à son retour d'Italie (1). L'auteur ne serait-il pas plutôt quelque amateur local, doué de dispositions naturelles ? Ne serait-ce pas Jean Belocier lui même?

Celte dernière hypothèse n'a rien d'impossible. Nous avons déjà rencontré la famille Belocier : dès 1467 un témoin, du nom de Thomas Belocier, est cité dans la transaction survenue entre les paroissiens de Douillet et leur seigneur au sujet de la chapelle Saint-Jean ; deux ans après, Jean Belocier, iirocureiir de la fabrique, comparait aux assises de la châtellenie d'Assé-le-Boisne : il est ensuite mentionné dans le testament de Jean Cosnard comme propriétaire de plusieurs pièces de terre. En 1495 c'est encore un Jean Belocier, le même peut-être, qui fait le partage de la succession Jean Busson et qui, en 1504, passe le testament de Guillaume Busson. — Ce Jean Belocier, tabellion en la Cour du Bourg-Nouvel, personnage instruit, riche et influent, doit être considéré, croyons-nous, au moins comme le donateur de notre devant d'autel, si on ne pense pas pouvoir lui en attribuer le mérite, en lui supposant quelques connaissances artistiques. Dans tous les cas il est mort antérieurement à 1525, car Jean du Lierre, procureur de fabrique à cette date, enregistre dans ses comptes une dépense de douze deniers, « pour avoir cherché les titres de la fabrique chez feu Jean Belocier, qui en était » procureur ». — En 1528 nous trouvons à la vérité un nouveau Jean Belocier qui figure aussi en 1551 dans le testament de son frère Lucas ; mais Jean Belocier, prêtre, et Lucas Belocier, semblent plutôt d'après les dates, les fds du Jean Belocier dont il est question dans l'inscription de 1510 (2).

Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que la famille Belocier est, à la fin du XV» siècle , une des principales familles de la classe des petits propriétaires ruraux, classe qui devient à l'époque où nous arrivons, le Tiers-Etat. C'est donc encore à un membre de cet ordre que l'église de Douillet est redevable de son curieux devant d'autel, comme elle l'a été, au XIV" siècle, du tombeau de Guillaume Bouteveile. Nous relevons ce fait au passage, car il confirme nos appréciations au sujet de l'alliance du clergé avec les gens du commun et de la prépondérance du sentiment religieux dans l'histoire de Douillet.

(t) En 1878 M. Chardon, d'après une photographie, avait émis cette conjecture que le devant d'autel de Douillet pouvait être l'œuvre d'un élève de Simon Hayeneuve. — H. Chardon. Les Artistes du Ma)is jusqu'à la Renaissance, Le Mans, 1878 p. 33.

(2) Arcli. paroissiales.

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