Chapitre douzième
à s'airaiblir depuis quarante ans. Les refus de la diiii ■, les noinîjreux procès qui en résultèrent, le vol de l'église, sont des symplùines évidents de cet alTaiblissement de l'élément ecclésiastique, au moins au point de vue social. M. Jean-Georges Hiron de son côté ne possède plus le zèle des Cohon, des Derouez, des Pelard, et il ne peut se détendre de certains défauts inhérents à l'époque. Doué d'un excellent cœur, trop prodigue peut-être, il reçoit chez lui de nombreux invités, il aime le luxe, il fait des dépenses inutiles. Ses vicaires suivent son exemple. Quant aux bénéficiers ils ne comptent pas plus que par le passé ; l'un Noël Hervé, clerc tonsuré, qui a succédé à Louis Gcrvaiseaux de Sougé comme titulaire de la prestimonie Bigot, est un sujet peu capable, disent les Chroniques : les autres, Gabriel Taupin dernier chapelain du Plessis, et René Marie Quillet de Fontaines, qui remplace depuis 1772, comme chapelain de la Courbe, Gilles Gallichon de Courchamps, ne résident pas à Douillet.
L'influence directe de la famille de Montesson sur la population de la paroisse a également diminué dans defortesproportions. Louis-Pierre-Joseph de Montesson, seigneur de Douillet, Corbon, More, la Beauce, Saint-Aubin-du-Désert, le Cormier et autres lieux, s'est fixé k Paris rue du Pan, paroisse Saint-André-des-Arts. II y est retenu par les hautes relations que lui procure le mariage de sa cousine avec le duc d'Orléans, et aussi par la mésintelligence qui règne entre lui et sa fenune. Marguerite Le Silleur, célèbre par son caractère opiniâtre et ses mémorables procès avec son curé, est séparée de biens et habite seule la terre de Sougé. De leurs trois fils, l'aine Jean-Louis marquis de Montesson n'intervient jamais dans les aflaires de la paroisse ; le plus jeune Antoine-Louis-Hector est mestre de camp commandant en second le régiment d'Orléans ; de sorte que le puiné seul, Balthazar Michel, qui a épousé le 30 juin 1744 Marie-Charlotte Cureau de RouUé, vient de temps à autre au château de Douillet et y représente la famille vis à vis delà population. Il habile ordinairement Le Mans où se sont établis plusieurs de ses parents, entre autres sa sœur Louise-Marguerite, mariée en secondes noces en mai 1768 à Louis Auguste Le Roy de Montaupin, colonel d'artillerie, et morte dès 1772 à trente ans.
Dispersée ainsi de divers côtés et privée de la présence de son chef, la famille de Montesson n'occupe plus la même place que jadis dans la société paroissiale de Douillet. Peu à peu les habitants se sont accoutumés à agir en dehors de son influence ; ils sont portés, comme toujours, à oublier rapidement les bienfaits, ils ont surtout présents à l'esprit les privilèges qui l'exemptent de la taille , les devoirs féodaux dus au suzerain et que M. de Montesson, comme seigneur de paroisse, est appelé à exiger. En d'autres termes, M. de Montesson est aux yeux
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de la population un grand seigneur que sa situation privilégiée place bien au-dessus d'elle, et auquel les mœurs du temps ne permettent plus, comme autrefois, de partager dans une certaine mesure la vie de ses vassaux. De là tout d'abord l'opposition des intérêts, puis sous l'effort des idées nouvelles qui tendent à détruire toute autorité, un sentiment instinctif d'hostilité.
A la veille de la Révolution nous trouvons donc à Douillet, comme partout, les croyances attaquées, le curé moins écouté, le seigneur peu aimé. Le Tiers devenu prépondérant par suite de l'affaiblissement du Clergé et de la disparition de la Noblesse rurale, s'est emparé de toute l'influence sociale. Poussé par des hommes ardents, ambitieux et intelligents, tels que les notaires Martineau et Brousset, René Bozo, longtemps procureur de fabrique, Anselme Clément de Marigné , propriétaire de Lorière et procureur-syndic, Antoine Galpin etc., il éprouve le besoin de réformes légitimes ; il marche en avant quelquefois trop vite et sans expérience suffisante. Il en résulte bientôt que la cohésion a disparu dans la société paroissiale et que l'équilibre est rompu entre ses divers éléments ; chacun agit de son côté, souvent en sens contraire, et avec une force bien inégale.
Sur ces entrefaites, au milieu d'une surrexcitation générale provoquée tout à la fois par les premières réformes de 1787, par un hiver cruel et les pamphlets politiques, arrive la célèbre année 1789. Le 8 mars, l'assemblée des habitants de Douillet arrête son Cahier de Doléances et nomme deux députés, René Bozo et Antoine Galpin, pour la représenter dans le collège électoral du Tiers (1). Le 16, le curé Jean-Georges Hiron se rend au Mans pour assister à l'assemblée du Clergé , où il vote en outre pour le curé de Saint - Georges et le titulaire de la prestimonie Bigot , Noël Hervé (2). Le 27 enfin M« Jean Louis de Montesson prend part à l'assemblée de la Noblesse et est élu par elle premier député aux Etats généraux (3). Une étude rapide de la situation administrative et économique de la paroisse de Douillet à la fin de l'ancien régime, rapprochée d'un examen approndi du Cahier de Doléances, nous permettra dans le chapitre suivant de mettre en pleine lumière les tendances ou les besoins véritables de notre population, la nature du mandat que les habitants de Douillet entendaient confier à leurs représentants.
(1) Archives de la Sarthe, C-85.
(2> Liste de l'Ordre du Clergé de la province du Maine, etc. Le Mans 1789, in-4» p. 27.
(3) Généalogie de la famille de Montesson, dans l'Annuaire de la noblesse de i8G3, p. 259.