‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 91 sur 188 · Chapitre douzième · texte numérisé non relu

Chapitre douzième

Louis XVI dut accorder à l'occasion de son sacre une décharge d'impôts à cette partie du Bas-Maine (1).

Découragé par ces événements et surtout par le mauvais esprit que certains paroissiens persistaient à montrer dans la question des dîmes, atteint d'un cancer aux reins qui le faisait cruellement souffrir, M. Louis-René Hiron prit l'année suivante la résolution de se retirer du ministère. Le l'"' décembre 1775 il résigna sa cure à son frère qui lui servait de vicaire depuis dix ans, et resta près de lui jusqu'à sa mort, remplissant à son tour les fonctions de vicaire. Comme il possédait quelque fortune il avait fait exécuter différents travaux au presbytère, restaurer la pièce principale et entretenir avec soin le jardin, où on remarquait « des escaliers de gazon, des tonnelles de charmes et une charmille de trente-cinq toises de longueur (2) ». En outre il fit construire en 1778 près du cimetière, avec des matériaux provenant de la démolition du château de la Courbe, une assez belle maison qu'il avait l'intention de venir habiter. Mais il n'en eut pas le temps : les infirmités le clouèrent sur un fauteuil, et le 27 janvier 1781, il était inhumé dans le cimetière de Douillet par le curé de Saint-Christophe-du-Jambet Urbain Gallais, en présence des curés de Montreuil, Saint-Aubin, Saint-Paul, Saint- Georges, et des vicaires de Fresnay et de Mont-Saint-Jean (3).

M" Jean-Georges Hiron fut installé le 28 novembre 1775, quelques mois après le sacre de Louis XVI, qui avait fait naitre dans le pays tant d'espérances. Malheureusement ce mouvement de confiance et d'espoir, provoqué par l'avènement d'un prince dont la bonté était célèbre, ne devait entraîner qu'une sorte de suspension d'armes entre les principes de la vieille société et les doctrines nouvelles. Dès l'année 1777 le curé de Douillet se heurtaitcomme précédemment àdegrandes difficultés pour percevoir la dîme ; il fut même contraint d'obtenir une ordonnance de la sénéchaussée, en date du 1-i juin, ordonnant à tous les fermiers de la commune des paroisses de Douillet et de Montreuil de se conformer aux usages en vigueur, sous peine de cinquante livres d'amende et de confiscation des grains, bestiaux et harnais ; cette ordonnance fut lue solennellement au prône de la messe le dimanche 22 juin (4).

Cette lutte raisonnée contre la dime n'empêcha pas, il est vrai, les habitants

(1) V. la lettre de remerciement adressée à Louis XYI par le comte de Souvré, curé de Connée, au nom de ses paroissiens. Manuel du pclénii à Notre-Dame-du-Châne-de-Connêe. 1862 p. 63.

(2) Arch. paroissiales.

(3) Chroniques f 37. — Reg. de l'Etat Civil.

(4) Arch. paroissiales.

dOâ Douillet-le-Johj avant il89

de Douillet de montrer beaucoup de foi el d'enthousiasme, le 3 novembre 1778, k l'occasion du passage de MEf de Gonssans ; ce fut, disent les Chroniques, un jour de joie et de bonheur, et il y eut à l'église une si grande affluence de peuple que l'on dut enlever les bancs pour les porter dans le cimetière. Le prélat descendit au château où M. de Montesson le reçut « de la manière la plus gracieuse », et après avoir administré le sacrement de confirmation il repartit, malgré les mauvais chemins, pour Saint-Georges, Saint-Paul et la Pooté (i).

Mais la lutte entre la foi et l'athéisme, entre les principes sociaux et la négation de toute autorité, n'en était pas moins commencée. Aussi un vol odieux vint-il bientôt dissiper les bonnes impressions laissées par cette fête. Le jeudi matin 4 mai 178'2 (2) le sacrisle Pierre Suhard, en se rendant à l'église pour sonner Y Angélus, trouva la grande porte ouverte, un cierge allumé sur les fonts baptismaux et la sacristie entièrement dévalisée : « son saisissement fut si fort qu'il tomba en faiblesse ». On prévint aussitôt le curé, le vicaire M. Amiard, le procureur de fabrique René Bozo et les principaux habitants. Tous furent réduits à constater que les voleurs avaient pénétré à l'intérieur en enlevant le seuil de la porte de la chapelle Saint-Jean, fracturé celle de la sacristie, volé deux cahces et une croix de procession en argent, une autre croix en cuivre argenté, et qu'ils étaient ensuite sortis par la grande porte. Ces observations furent immédiatement consignées dans un procès-verbal dressé en pleine assemblée de paroisse, par Jacques Brousset notaire royal, successeur de J.-B. Martineau. La première communion devait avoir lieu le dimanche suivant : il fallut emprunter un calice à Fresnay et une croix à Saint-Georges : bien plus, les revenus de la fabrique étant absorbés depuis plusieurs années par des réparations à la toiture, les objets disparus ne purent être remplacés avant la Révolution. A Douillet les coupables demeurèrent inconnus, mais un vol analogue qui eut lieu la même nuit dans l'église de Bonnétable, mit la justice sur leurs traces ; un peu plus tard ils étaient arrêtés et condamnés au Mans. Au nombre de trois, ils faisaient partie d'une bande de faux monnoyeurs qui fabriquait des pièces de six livres avec l'argenterie volée.

En définitive, si le sentiment religieux proprement dit demeurait profondément enraciné dans la population de Douillet, si la foi s'y conservait plus vigoureuse assurément que dans certaines paroisses voisines, il faut bien reconnaître que l'influence du curé, le respect dont il avait joui jadis, tendaient singulièrement

(1) Chroniques, f» 3B.

(2) Les Chroniques placent ce fait en 1780. Le procès-verbal officiel, dressé dans l'assemblée de paroisse le jour même du vol, et que nous avons retrouvé dans les minutes de M= Brousset, porte au contraire la date de 1782, qui est dès lors la véritable date.

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