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Etude historique sur l'Angoumois

Depuis la décadence de l'Empire Romaiii et i invasion des peuples du Nord dans le reste de l'Europe , plusieurs siècles se sont écoulés, édifiant des monuments dont le caractère grandiose recèle les secrets de

Texistence des générations passées , ou efTa^^anl , dans la conquéli: , les traces des peuples qui les avaient précédés. Cette période de temps ^ fei iile en grands événements politiques , empreinte d une couleur dont 1 éclat , terni par l'ignorance , reparaît maintenant sous la main de quiconque écarte ai?ec soin ce qui la dérobe aux yeux, devient, dans le 19""^ Siècle, une source féconde pour 1 imagination qui , ne se contentant pas seulement des intérêts positifs du présent, veut savoir du passé toutes les existences des nations : nos grands écrivains y puisent, chaque jour; et des faits historiques qu'on avait oubliés parce qu'on les avait crus sans intérêt, deviennent les sujets de belles conceptions iitté* raires^ servent de point de départ aux beaux-arts qui , fatigués de colorer les portraits ou les monuments de la Grèce et de Home , font poser devant eux les scènes historiques du Moyen-Age, relèvent de la poussière les traits des hommes d'un autre temps ; et réédifient leurs actions ,

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leurs mœurs, je dirai même leur gloire sur le piédestal d où ils e'taienl loraLés. Eu France 9 surtout, après avoir admiré le prestige de notre gloire nationale, après le bruit des batailles qui ont suivi nos gran-* des agitations politiques , las d admirer nos triomphes militaires et nos succès en tout genre , on s'est demandé : les premiers siècles de notre histoire ont-ils eu leur gloire , et , en remontant dans le passé , ne trouverons-nous rien pour être fiersi de notre origine ?

Alors*, on a eonsolté des débris, des chroniques, des chartes, de vieux souvenirs qui semblaient être tout d'illusions ; par la connaissance des mœurs et de Idt civilisation de notre époque , on a voula savoir ce que furent autrefois les mœurs et la civilisation ; le mot de liberté que les i8"* et 19™^ Siècles ont répété à lenvi avec une force qui a ému au loin les peuples esclaves , et fait trembler les rois , a réveillé la curiosité . de la génération actuelle. Il a

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Mu qae le passé vint , comme terme de comparaison , se mettre eu lace du présent Ainsi, les vieux monuments qu'élevèrent, dans nos champs , le Gaulois qui ne craignait que la chute du Ciel , le Romain fier de sa conquête , le Franc orgueilleux de poser les fondements d'un grand empire, le Goth ou le Vandale trop faibles pour prendre possession de nos forêts Druidiques , le Normand détruisant ce qu'il désespérait de conquérir , ont laissé sortir de leurs débris la révélation des premiers siècles de notre histoire, qui s'est enrichie de nouvelles pages effacées par l'oubli.

L architecture est devenue , comme les hiéroglyphes de l'Egypte, un moyen de connaître Tart ancien ; la vue d une pierre dressée sur le penchant des collines, sur le bord des fleuves ou au fond des forêts, un témoignage vivant de lexistence des peuples qui se sont succédé sur la surface du globe , et de leurs pratiques religieuses. Comme les monuments varient dans leurS'

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formes ^ selon les nations qui les ont élevés^ on a marqué la différence des générations, et, en suivant lart dans son travail plus ou moins parfait , on a établi le degré de civilisation plus ou moins avancée de cliaque époque. Chaque monument ayant en un but d intérêt politique ou religieux, particulier ou général , on a alors distingué les mœurs des individus, la politique et la religion des populations. £t, plus tard, en constatant les vienx préjugés qui vivent encore dans les sociétés modernes ^ on a voulu savoir quelle en fut 1 origine , quelle cause les a maintenus^ ou quel progrès de la raisonhumaine peut les déraciner. Le souvenir des siècles du Moyen-Âge , d'abord empreint sur des pierres grossièrement entassées, sur des colonnes vagues de toute architecture , sur de vieux murs qui tom** bent en ruine , sous des voûtes antiques , sur des figures bizarrement sculptées , aux frontons de nos temples , sur les masures des châteaux féodaux , sur les flèches élancées de nos cathédrales, s est agrandi ^

quand on a voulu savoir par quelles mains et pour quels motifs les fondements de tant d'édificesiurent posés. Ainsi, l'histoire des peuples a eu , pour point de départ , des .

ruines qui ont gardé le. nom de leurs auteurs. Il est à croire que , si les historiens n avaient pas été frappés d etonnement à la vue*des débris des monuments antiques, si le temps avait détruit les pierres comme les hommes, l histoire du Moyen- Age serait totalement méconnue , et qu on ne saurait des peuples que les noms.

C'est ainsi qu après M. DeSarante, qui peint les sociétés dans Faction des besoins politiques, généraux ou individuels, etrend le passé dramatique pour mieux attirer rattention de son siècle, M. Thierri, doué d un esprit méditatif , commença à déchit- (rer sur des tombeaux des épitaphes prèsqu'effacées, et arriva à réveiller, de ^ poussière où ils étaient endormis, les hommes et les générations , avec le caractère de leurs mœurs , de lem^ civilisation libre , ou

detear esclavage sor lequel veillait toujours l ëpée du vainqueur. Ainsi, le tombeau que heurte la charrue dans la plaine s'entr ouvre pour en laisser sortir les secrets du passé ; la forme de la pierre tumulaire consyerve r empreinte des usages de son époque; la * médaille sur laquelle on inscrivait un nom pour les races à venir, fournit, le plus souvent , une longue page à Thistoire d'une nation ; ainsi se remplit , tous les jours , le vide de nos annales. Je ne dirai pas ce que gagne dans cette étude la philosophie qui, descendue , avec Te migration des peuples de l'Asie, sur les bords de la Méditerranée, a porté avec elle , pour cliaque époque , le cachet de la civilisation ou de la barbarie.

C est après nos tourmentes révolution* naires qu on a surtout voulu connaître le Moyen Age ; après avoir renversé tous les monuments, on a voulu savoir le passé. On avait été avide de détruire les traces de la féodalité, de briser ce qui liait les temps anciens aux temps modernes^ mais la colère

une fois satisCute , la raison a repris son

empire ; et s'il ne lui était pas donné de relever ce qui était renverse , elle a voulu en étudier i histoire, en savoir 1 origine , en suivi e les progrès. Ainsi , reculant de ruines en ruines ^ nous avons constaté les agitations politiques de nos pères ; les écrivains ont heurté la chaîne des temps an* cienSf et le son a reproduit, pour ainsi dire, leurs mœurs, leur religion et toute une longue vie de générations oubliées. Gloire à ceux qui ont ainsi enrichi notre histoire de tant d'avantages perdus ! Us ont créé pour tous une source d'émotions nationales, de jouissances inconnues, car ils nous ont permis de converser avec des milliers de générations endormies dans la poussière de nos champs. Que le littérateur avide cl inspirations, le citoyen méditant ses droits politiques qu'il veut agrandir malgré le pouvoir, le peintre ou le statuaire rêvant de nouvelles créations , et laissant à l'avenir le soin de taire , poser devant lui les hommes de notre époque

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de les juger avec une justice sévère» aillent méditer sur les ruines de nos vieux châteaux féodaux qu'une autre époque d'effervescence populaire détruisit avant gS; leur imagination s ouvrira une vaste carrière dans la réalité même ; ils verront le passé lel qu'il fut, avec ses gloires, ses calami* tés publiques, ses besoins de civilisation grandissant dans une énergie comprimée par les nobles, et triomphant plus tard des castes privilégiées. Le seigneur féodal se dressera devant eux^ avec ses cheveux blanchis dans les champs de la Palestine »

ou dans les plaines de Poitiers, avec ses armes que nous soulèverions à peine» et ses armoiries dont Torgueil et la valeur se complaisaient à lire les signes mystérieux.

Lliomnoie d'armes, debout au haut des tours crénelées, appellera , au son bruyant du cor , les vassaux au combat ; on les verra accourir pêle-mcle, jeunes ou vieux, tremblant de crainte devant leur maître , mais ûers de savoir qu'il compte sur leur courage pour vaincre le Maure qui vient

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disputer l'Europe aux peuples du Nord , l'Anglais maître de nos campagnes , ouïes troupes aguerries d'un vassal révolte» Le vent agitera leurs soies et leur longue chevelure portée encore par les paysans de nos campagnes , comme s ils savaient que ce fut le signe caractéristique de la puissance des Francs. Dans ce tableau animé des couleurs du passé, la noble Châtelaine distribuera ses couleiirs , ranimera le courage par une espérance d amour ^ et le cliquetis de Tarmure des chevaliers succédera au silence des ruines.

Que de scènes oubliées s ofliiruiit ainsi à la mémoire pour ne plus se perdre, si des siècles d'ignorance succédaient à notre civilisation !

A la vue des lieux où s^appuyaient autrefois les voûtes de nos temples, aujourd hui renversés, des débris de l'autel veuf de la prière 9 des sacrifices et des offrandes des Chrétiens, le passé des générations mortes jettera à l'imagination des vivants ses

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«nseignemente et ses illusions. Il y a plus

de poésie qu on ne croirait dans ces lieux sanctifiés par la religion de nos Ancêtres.

Là , en effet , un homme aux méditations profondes vécut dans la prière, sépare du monde; divinité tutélaire du désert, il lui donna la vie , rendit fertiles les champs voisins depuis long-lemps incultes , en appelant auprès de lui des honunes pour bénir Dieu, trjavailler dans le silence , prêcher la vertu, enseigner le travail comme le plus puissant moyen de perfectionnement. D'abord ce ne fut qu'une grotte ; un autre siècle y posa des ibndements , un autre acheva l'édifice , et plusieurs autres l'agrandirent : c'est qu'alors plusieurs générations concouraient aux mêmes constructions; la vie d un seul homme était trop compte pour élever ces monuments où l'art posa I hisloire. La religion qui civilisait voulut que les cloîtres fussent les archives vivantes des peuples, et chaque pan de muraille offrait une page à des préceptes de morale et de philosophie, bien

différeote de celle des Druides dont les meures étaieut autant de secrets inconnus au vulgaire , et dont les monuments n'of* fraient que lidée de la tyrannie.

De tant d objets antiques mutilés ou deiruits par les révolutions, il ne reste qu un petit nombre , frappes peut-être de malédiction , parce que les passions politiques , dévastatrices du passé , y ont surpris 1 esclavage, et ont tout renversé , comme si un siècle , qui a remporté la victoire sur le despotisme, ne devait pas conserver le monument qui rappelle ses triomphes.

Après avoir appris , par la lecture des écrivains qui ont étudié les premiers siècles de notre histoire , à méditer leurs pensées et leurs révolutions^, j ai jeté les yeux sur TAngoumois.

Cette Province , empreinte des vestiges d une domination tantôt Romaine , tantôt C^auloise , et dont les annales sont si rares,

mais dont les souvenirs historiques sont nombreux , m'a paru digne d'élrc lire'e de Toubli; alors, j*ai voulu interroger le passé, et dire la part qu'elle prit aux divers drames de notre histoire. Â chaque localité , j ai demandé les faits de l'histoire conservés dans la mémoire du peuple , dans ses chroniques ou dans ses archives. Eu parcourant nos vieux historiens, j ai rassemblé les notions particulières à TAngoumois; et, autant que je Taipu, j ai placé les mœurs de chaque é[)oque en regard de chaque fait politique. J ai marqué la place de nos vieux monuments , et mis en scène leurs auteui^s. J avais à cœur de ne pas laisser oublier que là fut un monument Romain, féodal , un temple chrétien ; que tel lieu fut le théâtre d'un combat, tel autre la place d un édifice , ignoré dans sa destina* tion. La partie statistique a rarement trouvé une place dans cet ouvrage , parce que je m étais principalement proposé 1 histoire des faits; je n'ai eu aussi recours à l'archéologie monumentale qu autant qu'elle s est

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£aite 1 auxiliaire de 1 histoire , et a pu me guider dans le dédale obscur de la chronologie. Qu on me pardonne si , quelquefois interrogeant des corps sans \ie, acteurs autrefois de nos scènes historiques , je leur ai prêté le langage de mes sympathies : mes expressions ont toujours été le résultat dune profonde conviction. Âu reste, les faits sont là, que le lecteur en tire des inductions différentes des miennes , je les accepterai avec reconnaissance, si elles me paraissent plus vraies. Quand j ai comparé les diverses époques du chiîstianisme pour en dire 1 influence, les progrès ou les écarts, j ai du parler des mœurs du Qergé, . j'ai dit la vérité ; je n'ai pas flatté les hommes, car je n'aurais pu le faire qoau détriïueul de la croyance religieuse; et, en fait de religion , les erreurs appartiennent aux hommes, la vérité seule émane d'une source . plus sainte. Qu'on ne croie donc pas que j aie prétendu déverser le biàme sur le catholicisme ; j'ai jugé sévèrement les vices de3 ministres, et respecté 1 autel.

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Si j'étais homme à faire du scandale, ce ne serait jamais contre les croyances religieuses; elles sont trop nécessaires au repos de la société et à son perfectionnement J'ai écrit avec conviction et. sans autre but que celui d'être utile à mes compatriotes ^ en leur faisant connaître les faits de 1 histoire de nos pères. D'autres entreprendront la même tâche après moi ; ils feront sans doute mieux , et je m'en réjouirai.

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