PREMIÈRE ÉPOQUE
L'Angoumois , comme le reste de la France , faisait partie de la Gaule comprise entre le Rhin , rOcéan , les Pyrénées et les Alpes. Il est aujourd'hui borné,. au Nord par le Poitou^ à FEst par
fl ÉTODES HISTORIQUES
le Périgord, au Sud et à TOuest par la Charente- Inférieure. Pendant long-temps, la partie de TËst fut comprise dans le Pcrigord , et celle de rOuest dans la Saîntonge (I).
Gomme les autres divisions de cette vaste contrée , PAngoumois avait des mœurs e\ des lois
particulières à ses habitants; et celles-ci devaient être d'autant plus variées, dans les siècles recalés, que les communications entre les hommes furent moins faciles.- Alors, de vastes forêts et des champs stériles séparaient les populations; Phomme ne recherchait la société des autres hommes qu'autant qu'il y entrevoyait un intérêt puissant. Mais les besoins de cette époque étant peu nombreux, l'esprit de société dut suivre une marche lente que l'historien peut diiïiciloment apprécier, en la calculant d'après les progrès des temps modernes. Cette observation nous donne la cause dupetit nombre de monuments historiques des races ' primitives ; car les monuments , les faits de l'histoire sont le travail des relations sociales et des progrès de la civiUsation. De là , tant de fables inventées par la crédulité ignorante pour expliquer les conmiencements des nations : les hommes des temps passés , ne pouvant dire la cause précise des changements survenus parmi eux , ont
SUE L'ANGOIMOIS. »
eu recours à 1 intercession d'un pouvoir surnaturel, et l'imagination a créé ainsi l'origine fabuleuse de tous les peuples, cL ciilanlû des préjugés qui, forts de leur antiquité , ont résisté à la civilisation moderne.
La religion des peuples de l'Angoumois fut celle des Druides, dont Tinfluence dut être d autant plus grande, que leur instruction était bien au-dessus des idées du vulgaire. Aristote et Diogène-Laerce comparaient ces prêtres, pour Pantiquité et les connaissances, aux prêtres de l'Êgypte et aux Mages de la Perse j leur hiérarchie avait divers degrés : on distinguait les Baiv des, les Eubages, les Sonnaroldes et lesSaronides. Plusieurs monuments Druidiques existent encore dans le Département de la Charente : bien des révolutions ont passé sur le sol où le fanatisme iea éleva, et ne les ont pas détruits. Ils sont encore debout , noircis par le temps , objeti» d'épouvante pour les peuples de la campagne, qui, peu instruits , ou portés à mettre le merveilleux, à la place des faits naturels , croient y voir le génie du mal présider à la fureur des éléments, au milieu des nuits orageuses ^ comme, dans un autre temps, les peuples nouvellement convertis à la foi chrétienne y venaient religieusement fiiire
Digitizeo lj oOOgle
brûler des cierges et de Tencens Chaque Doi-»
men a sa lés^ende fantastique, où Tiin agi nation à préjugés mêle la vérité avec l'erreur. Ils sont géné* ralement connus dans le pays sous le nom de Pierres^levées, et olireiit cette particularité que Tangle principal est toujours tourné vers TOrient* Nous savons, par les auteurs de l'antiquité, qu'on y immolait souvent des victimes humaines aux Dieux Tentâtes, Tarants et Hésus (d). Ce sont des pierres énormtîs, souvent transportées de fortloin dans des lieux autrefois couverts de forêts, et éloignés des habitations : on en trouve de fort remarquables dans les Communes de Saint-Brice , de Montbron^ de Saint-Fort et de Mainxe. Ce dernier Dolmen est en partie renversé , on le voit au milieu d'une plaine immense, à coté d'une voie Romaine ; lé laboureur s'y réfugie, quand la pluie et Torage viennent le sui^prendre au milieu de ses travaux. Ainsi, la pierre qui fut arrosée souvent du sang humain, est aujourd'hui un asyle hospitalier, et n'inspire aucune frayeur, parce que les habitants de cette contrée ignorent quelle fut autrefois la destination de ce monument de la croyance barbare de nos ancêtres (5). Celui de Saiht-Brice ,
^ Glùld«berti RegU oowtittttio.-^Gapiiulaire de Gbariemagne de'fsD
Digitizeo Ly ^oogle
SDR L'ANGOUMOJS. 2S
très-bien conservé, est composé de plusieurs niasses de rochers , servant d'appui à deux autres de dix-huit pieds de long, sur douze de large : l'œil ne découvre à coté qu'une vaste étendue de pays inculte , couvert de bruyères , ou parsemé de quelques massifs de pins. Qu'on se figure voir, autour de ce \icux monument, une troupe de Gaulois, portant la barbe et les cheveux longs, vêtus de tuniques fendues , comme on en voit encore aux paysans de quelques parties de TAngoumois; un homme au regard sévère , portant une roLe blanche , un rameau de gui dans la main , et l'imagination aura créé le tableau des temps anciens. Sur la rive gauche de la Tardouère , près de Montbron , sont encore deux rochers éle- Tés par la main de l'homme : on peut croire qu'ils ne sont que les restes de deux autels anciens , dont la masse devait être énorme , car ils ont encore quinze pieds de hauteur. Gomme si la pensée des sacrifices humains avait été trans* mise d'une génération à l'autre , les habitants de la contrée disent que çes deux pierres servaient autrefois au supplice des criminels (4).
C'est principalement sur les limites de rx\rrondissement de Cognac que se voient en plus
grsuid nombre ces autels Druidiques; c'est que
ftf ÉTUDES HISTORIÛCES
cette contrée, fonnantles limite» des popuiations
dîflférentes d'intérêts ou de mœurs, était consacrée plus particulièrement aox Dieux*
On ne doit pas regarder toutes les pierres leyées comme dea antela Druidiques : plusieurs sont tumulaires , et souvent on a trouvé sous leur masse des ossements humains, restes de quelques chefii militaires morts dans les mêmes lieux. D'autrc8 servirent de tribune pour haranguer les soldats ou le peuple, quand les intérêts de tous étaient discutés devant la foule. Les Goths, qui ont traversé nos champs, avaient coutume de dresser ainsi d'énormes pierres en mémoire de leurs combats , ou pour servir de mausolées aux Grands de leur nation.
Les anciens habitants du Département de la Charente ne restèrent point étrangers aux incur^ sions des Gaulois au-delà des Alpes. Si l'histoire n'a pas distingué leur vrai nom parmi cette troupe guerrière qui s'empara de Milan , longtemps avant que Rome eût étendu au loin son empire , il est probable cpi'ils ont été confondus " sous le nom générique de Santones , qui , fiers de leur expédition, donnèrent à la ville de Sainte»
mm L*ANCoini(Hs. it
le nom de Mediolaniim**Santonum Au reste ,
kf temps passés ont des secrets , comme les vieux^ monuments qui ne réveillent, le plus souvent, que des idées incertaines : le spUnx des temps mo-» demes y exerce son génie , mais la vérité tout entière ne peut pas toujours nattre du travail de la pensée. L'esprit humain a son ombre plus ou moins obseure , comme l'avenir ses incertitudes ; et les révolutions des hommes ont eela de particulier, que de même qu il est difficile d'en ex«^ plîquer clairement le principe , on ne peut pas» toujours en mesurer les résultats.
Le sol de TAngoumois a du subir bien des ré* volutions dont nous ne connaissons ni les causes, ni les époques ; mais des mines en attestent la certitude. Ainsi, dans diverses partie» de ce Dé» partement, on désigne certains liens comme ayant été jadis la place de quelques villes. Cette croyance a survécu à toutes nos agitations poli» tiques , on a oublié les noms et les époques 9 et les débris sont restés empreints de vagues souvenirs. Sur une hauteur, près de Montbron , 01^ trouve une grande quantité de pierres façonnées par la main des hommes , et jadis arrachées à
tS ÉTUDES HISTORIQUES
leurs habitations ; on y voit des tuiles brisées et des tessons en grand nombre, enfouis jusque dans de -vieux fondements. Le Géologue et TAntiquaire y retrouvent bien la place d une ville Gallo-Romaine; ils n ont plus qu'un nom à de-* mander au passé. Le peuple vous dira que cette ville s'appelait Étampa ou Ét€unpes; il se sert encore de ce nom pour désigner différentes parties des champs voisins. Ce dicton populaire a-t-il quelque fondement? L'histoire est muette ; mais les dcbris et les découvertes récentes sont là pour témoigner d'un peu de vérité. D'ailleurs, les révolutions n'ont dû laisser que des souvenirs confus^ quand le peuple qui en fut témoin était plongé dans l'ignorance.
Quand le char des conquêtes fut descendu du Capttole dans les champs Celtiques , cette province iit partie de 1 Aquitaine , où les légions Romaines firent un long séjour ; car m trouve
presque partout les trac os de ecs vainqueurs du monde ; on voit, dans plusieurs contrées de ce Département, des tuiles romaines , des monnaies, et l'on retrouve même dans la langue du peuple plusieurs mots de la langue des Latins. U y a peu de jours , on a découvert à Bourg-Charente un vase lacrymatoire , un collier , un anneau et
Digitizeo lj
SUR L'AHGOiniOIS. »
une médaille dont les caractères sont entièrement frustes. Cette parure lut celle de quelque femme Romaine ; car ses restes consumée par le feu du bûcher gisaient dans le même lieu.
Sous Honorius , Rome ayant encore divisé le fruit de ses victoires , l'Angoumois fut compris dans la seconde Aquitaine; mais, it cette époque, tout est incertitude pour notre histoire. En interrogeant les vieilles chroniques du Moyen-Age , on peut assigner un temps bien recule à la fondation de quelques villes de cette province j de même qu'à la naissance des préjugés et des usa-> ges de ses habitants : mais que d'erreurs, et com- Ivien peu de vérités monumentales dans ces siècles de barbarie ! Si cpielquefois , dans cet ouvrage , je dis une erreur du temps ou des hommes, je ferai en sorte de lui laisser son caractère primitii , pour m'en servir seulement comme moyen accessoire pour arriver à quelque apparence de vérité.
La ville d'Angouléme , une des principales de l'Aquitaine, a vu souvent détruire ses monuments , toutes les fois qu'elle a changé de maître (5). Chaque conquérant y a, sans doute, élevé des constructions, mais le temps en a peu conservé , et les peuples étrangers s'y sont
-SO tTUDES mSTOaiQUES
succédé avec rapidité , et n^ont bâti que sur des
ruines, après avoir renverse ce qui existait avant eux. Les Romains , les Vandales , les Goths, les INormaiids et les Maures ont tour à tour dominé dans l'Angoumois et dans sa Capitale; alors, tout ce qui existait d'anticpiités s'est écroulé sous leurs mains dévastatrices. Les Francs eux-mêmes , quand ils en ont été maîtres, n'ont point respec*-
tc ce qui lut Fouvrage des siècles passes; aussi, le plus souvent, l'historien ne rencontre dans les champs Celtiques que des faits incertains, des créations sans auteurs, et des temps sans vie. Le premier auteur connu où nous trouvons le nom de la ville d'Angoulême , est Auzonne , poète Bordelais , revêtu de la pourpre consulaire par l'Empereur Théodose Ce poète, dont les ou* vrages , derniers monuments de la littérature latine, sont souvent dictés par les belles inspira^ tions poétiques du siècle d'Auguste , nomme la Charente Canentelus , et la ville d'Angoulême Iculisma , mais il ne dit rien des mœurs et des lois des hommes de cette époque Les bords de la Charente n'eurent pas d'inspirations pour
* Vers Tan ^1 de notre ère.
** Epiire à Tétrade. — Commentaires sur ce poète , par £lîe Yioet de Baibexieux.
Digitizeo Ly ^
le poète latin : son épitre à Tétrade transmit
seulement un nom à l'avenir. Auzonne se trou- Tait à Sainte > quiind il écrivit à Tétrade qui enseignait les belles-le lires, à Angoulême. Grégoire de Tours, placé à la tete de notre histoire, comme Hérodote en face des siècles de la Grèce, rapporte que, lors de la première invasion de. Francs dans la Gaule, il y avait à Angoulême un évéque nommé Dynamius ^. Ainsi, le Christianisme aurait eu, presque dès sa naissance, des autels dans l'Angoumois ; et , dès cette époque , les vierges d'Hcsus ne s'y montrèrent plus seules , le front paré de fleurs, aux fêtes de la divinité
La relif^ion des Druides , mêlée aux croyances du paganisme, y eut des partisans jusque dans le sixième siècle; car le vingt-septième Concile d'Orléans eut lieu pour faire crisser 1 idolâtrie en France. Mais si l'existence de Dynamius n'est attestée que par Grégoire de Tours , toutes les chroniques et la plupart des historiens reconnaissent Saint-Auzonne pour le premier apotre de TAngoumois. Selon les mémoires et
* De gettit Firanc.
** PeDoatMr , ïÔÊAwn des C«ltes.
les légendes de cette époque , il naquit à Morta« gneS) dans le Département de la Charente-Inférieure. Après avoir suivi Saint-Martial, et assiste à seà prédications évangéliques , il convertit à la foi chrétienne une partie du peuple de cette province, et un gouvemeur d'Angoulême, nommé Garulus. Quelques chroniques assurent qu'il fut mis à mort par un chef de Vandales qui as-p siégeait la ville , et vers lequel il s était rendu pour le fléchir Mais on sait que Finvasion de ce peuple eut lieu seulement dans les premières années du cinquième siècle; ainsi, Saint-Auzonne n'aurait pas vécu dans le troisième, ou aurait été mis à mort par les habitants du pays, encore attachés à la religion des Druides, ou a celle des Romains. Cette dernière opinion paraît la plus probable ; cependant , cette incertitude a porté quelques auteurs à croire qu'Auzonne martyr était le même que le poète Auzonne ; mais comment allier la morale évangélique de l'un avec les poésies quelquefois licencieuses de Tautre? Une tradition populaire nous apprend que Saint'- Auzonne reçut le martyre sur l'emplacement où, plus tard , fut élevé le Couvent des Ursulines.
* VenVanm
SCK L'ÀMGÛUliOiS. 53
La religion des Druides avait encore , à cette époque , ses autels et ses sacrifices dans TAngou* mois. La première enlise de Saint-Ausonne» ou, si Ton veut, le premier oratoire bâti sous la ville d' Angouiéme , bât peut^^tre élevé a la place d'un Dolmen Celtique; car autrement, comment les premiers Chrétiens ne Tauraient-ils pas placé sur la hauteur qui domine la ville déjà astes peuplée ? On peut penser de cette manière , quand on sait que les premiers temples chrétiens ont presque tous clc éditics dans les Ueux qui rappelaient quelques souvenirs religieux , quelques miracles adoptés comme vrais , par 1 Ignorance du vulgaire. D'ailleurs» les autels Druidiques , où la voix puissante et révérée de nos antiques Semnothées , vêtus de la robe blanche des Platon et des Pythagore, appelait le peuple à la prière et aux sacrifices , étaient toufours placés dans des lieux écartés , sur le penchant des collines, dans les forets ou au bord des fleuves On tirerait des inductions plus avantageuses à la science historique, s'il nous lestait des monuments où le génie moderne pût venir éclairer de son flambeau de vieilles ruines
* Flonuy Jivre — Picot, Histoife det G«ilef.»Ms «acioi^ «lodenie.
lU ËTUBES BISTORIQ0ES
et d antiques inscriptions ; mais^ la ville d'Angouléme a eu ses révolutions ; quatre fois prise d'assaut, elle a dû nécessairement donner une partie de son eidstence passée à la fureur des ennemis qui Font envahie.
Un historien de cette ville dit qu'une partie des remparts ayant été démolie dans le quinzième siècle, on reconnut > dans les décombres, des colonnes, des frises et des soubassements qui semblaient provenir de la démolition de quelque temple « comme Rome en éleva dans les pays conquis , après avoir étudié l'architeclure du sol de llouie '^^
I^' enceinte de la ville comprenait autrefois un circuit qui , partant des prisons , se * continuait jusqu'à cette partie des remparts où se termine la rue de l'Arsenal j c'est au moins ce qu'il est permis de croire, par la position des constructions les plus anciennes • On y pénétrait par sept portes : celle du Palet, jadis nommée Des Réaux, et, dans une Charte de tiiarlcina^ue % designée sous le nom de porte des Apôtres Pierre et Paul*
* Gorlifitt , Btstoiitt doi Contes d'Aogouléiiie. ** DeTSl.
sua L'AMGOUMOiS. St
Le nom de Réaux peut vetiir du mot latin Reus parce que prés de là on exécutait les criminels : d'autres ont pensé que son nom actuel vient de ce qu il y avait non loin de là un pal, ou pieu, pièce de bois à laquelle on attacliait les têtes des suppliciés. Une autre servant à communiquer avec la rivière, en temps de siège; d'autres, telles que . cèllcs de l'Arc, de Beaulieu, de Saint-Pierre, de Saiiit-Vîncent et du Pèrigord, étaient beaucoup plus modernes, et avaient été bâties par les Comtes d'AngouIême. Une seule, celle de Saint-Pierre, existe encore \ la structure en annonce assez l'antiquité. La partie de la ville ou se trouve le quartier de Saint-Martial , ou ne iaii»ait pas anciennement partie de la ville , ou n'existait pas, car les remparts de ce cftté ont été Ultis dans des temps moins reculés (6).
Quelle lut l'origine de Ja ville d'Angoulême? Quelle main en posa les premiers fondements ? L'hbtorien interroge 'bien loin le passé , et ne trouve rien que des doutes et des fables. Sans doute, on écrivit dans des annales les commencements de cette ville; mais le temps ne respecte pas toujours les annales des peuples , et alors la pensée a ses incertitudes , comme l'imagination ses rêves chimériques. Ainsi, toutes les villes
Digitizeo lj oOOgle
d'une certaine importance prétendent à une antiquité fort reculée , et l'amour du pays a souvent porté les historiens à leur attribuer une origine incertaine , sans autre preuve que quelques vieilles histoires répétées par des populations ignorantes et amies du merveilleux : nos hameaux qui n'ont que quelques siècles d'existence n'ont-ils pas, comme nos antiques cités, leurs vieux contes âmtastiques pour les veillées de famille ? Selon Thevet , sous le règne de Tarquin-le -Superbe , ÂngelUus-Marcus vint dans los Gaules avec six légions, et fit construire deux forteresses en bois, sur le plateau de la ville d'Angoulême : telle est, selon cet historien, l'origine de cette ville Il prétend avoir lu Cette assertion dans un mafhuscrit écrit du temps de Pépin, père de Charlemagne (7). Cette opinion, admise par quelques écrivains , n'est ici mentionnée, tant elle est invraisemblable, que parce <ju'elle a été émise par un. auteur du pays. Le même historien attribue à César la construction des vieilles tours du Cli;\tclet , aujourd'hui les > prisons : cette dernière opinion, admise dans ces derniers temps , ne répugne à nos doutes que paixe qu'il est reconnu que César ne vint jamais
* Cosmographie do Tbevet.
dant TAngoumois — Mais cette constraction
peut avoir ctc exécutée par ses ordres. On peut donc considérer les prisons d'Ângouleme comme un des plus yieux monuments de cette province. Le Chàtelet , CasteUum , fut une position mili^ taire , même à une époque moins reculée , d'où l'on communiquait avec le château par un pas-» sage souterrain. Une découverte, fiiite il y. a plus de deux siècles , fut encore l'objet des recherches de Thevet; on trouva, dans les environs
de Vars, un tombeau dont le coffre était en plomb , entouré de barres de fer , et contenant encore des ossements humains : sur la poitrine, était une plaque en or , portant des caractères grecs rangés <^ns un ordre ^métrique , et impossibles à traduire , car ce n'était que des voyelles Cette plaque , qui fut donnée par un évêqu^ d'Ângoulême à la mère de François , occupa aussi les savants de l'époque. On a ci uy voir un Jbracadabra d'un nouveau genre, auquel on pouvait attribuer , dans les temps , quelque puissance magique»
* Mechin.— De Chaudni , Aniiq. de Saiotes et d*AngoumQM.-^eiiiiier,
recueil d'observalions sur l'Angoumois , édit. de 1779.
Corifea-]hichèiie,bibliollièfiiedMb^^
as ÉTUDES iilSToaiQUËS
La yille d'Angooléme, qui eut son premier
évêque martyr, eut au&si un pieux anachorète, dont le nom est resté à un des faubourgs. Dans le sixième siècle Cybard, fils de Félix Auréole, seigneur de Trémolac , dans le Périgord^ quitta secrètement sa famille^ et se rendit au monastère de Gœdasian , en Espagne , où il resta pendant quinze ans; il vint ensuite à Angouléme , et fixa sa demeure sous les remparts de cette ville , du coté du Nord, dans un lieu où se trouvaient de petites fontaines , et des retraites fermées natu* rellement sous les rochers. Ce fut là^ qu'entraîné par le torrent des idées religieuses du Moyen*Age, il vécut long-temps sous la protection d'Antoine, ou Aptone, évêque d' Angouléme Son premier nom fut Eparche, transformé ensuite en celui de Ckipart, et, dans des temps moins reculés, en celui de Gybard. L'église lui a donné le titre de Saint, comme les peuples donnent le titre de Grand a^ix hommes dont le passage a laissé sur la terre un souvenir de gloire. Comme, en écrivant l'histoire d'un pays , la tâche de l'historien est de présenter un tableau fidèle du passé, de dire les
* Vers Tan 514.
** Grégoire de Tours.— ;Corlien. — Vie des Saints. — État de l'église da P^ord^ édit. de 1716.— 'Gbrouqiie du moine de Saint-CjiMurd.
SUR L*AN60UH0ia>
erreurs des générations primitives > nous citerons ici un miracle attribué à ce saint personnage.
Un gouYemeur d'Angouleme avait fait pendre un voleur de ia contrée; Saint-Cybard , touché du repentir du coupable^ avait vainement solii«» cité sa grâce, et le refus du gouverneur fiit suivi d'un prodige. Le cadavre du supplicié fut transporté dans Fasyle du Saint, qui le rappela à la vie^ au grand étonnement de celui qui u avait pas voulu pardonner, et qui, long-temps après ^ certifia cette résurrection surnaturelle à Grégoire de Tours *. Les erreurs des hommes survivent aux siècles ; bien des années se sont écoulées, et ime partie du peuple de notre époque croit encore àla puissante intercession de Saint-Gybard, qui mourut pauvre et respecte, au milieu de plusieurs religieux venus de loin pour partager sa solitude Alors , on se rendit en foule à son tombeau^ la religion y apporta des offrandes et des prières; la fiiiblesse humaine vint y puiseir de la force contre ses douleurs ; le fanatisme y mventa des miracles, et Ghérébert, &oi de Paris,
* Grégoire do Tours, do gloriit confessorum.— ftec oeqne afllbniar^ neque repcUere operae pretium est.... Famae reruia »tandain est. (Tit. Lw» )■
40 EiUDES HISTORÏQI ES
fit consacrer le tombeau où donnaient les vertos dont la récompense fut ailleurs. La même année, eut lieu la dédicace de l'Eglise Catiiédrale , en^ l'honneur de Saint-Pierre Selon quelques chroniques , cette église avait été commencée par Clow , et terminée par un de ses enfants. Une vieille tradition dit que sur le même emplacement était un temple en l'honneur de Jupiter , qui changea de destination , quand Saint-Martial vint dans cette ville prêcher la foi chrétienne. Ce qui pourrait encore confirmer cette opinion^ c'est une médaille de l'Empereur Anlonin-le- PieuZ) trouvée récemment dans les fondements d'un vieux mur , près de l'église. Saint-Auzonne la consacra à Saint-Saturnin î et ce n'était probablement que les restes de ce temple païen^ sur lesquels Glovis fit bâtir ensuite l'église dont il nous reste la façade. Suivant la chronique du moine de Saifit-Cybard, cette basilique fiit mite sous Tinvocation de Saint-Pierre par Germain, évêque de Paris, et Grégoire de Tours (8).
Il existait aussi autrefois , dans le faubourg de Saint-Auzonne, une. abbaye de femmes, qu'on dit avoir été fondée par Févêque de ce nom j on
sua L'AKGOOliOlS. 41
Cite même la première abbesse , appelée Galefegia *. Cette assertion est peu probable ; car alors la religioit cbrétienne n'avait pas encore assez d'influence pour élever des cloîtres : il iallait encore de longs jours d'épreuves a la foi nouvelle, pour que la fortune et la conviction religieuse unies ensemble élevassent un édiiice à la prière. Ce- monument devait donc être postérieur à Saint-Âuzonne, ou n^était qu'une simple retraite^ où se retira Galefagia, pour se livrera ses médi« tations religieuses.
On ne sait point si les Cambres , ces ennemia redoutables des Romains, ont séjourné dans rÂngoumois ; ils n'y ont point laissé de traces de leurpassage. D'aiUenrs,leur séjour dans laFrance
méridionale lut de courte durée. Mais si les vieux Gaulois de la Charente n'ont pas eu à souÛrir des dévastations de ces barbares , iU ont dû voir avec eiiroi la résistance de cette race nomade , menaçant de se fixer pour toujours dans lea provinecs voisines, où leur défaite ouvrit la Gaule Celtique aux légions Romaines. Alors, César»
dévoré de jalousie, au souyenir des triomphes de Pompée , et résolu à opposer trophées à trophées^
* GailiachrutiaDt.
Digitizeo lj oOOgle
4i ÉTUDES HISTOIUQUES
poar arriTer à la domination ^ entreprit cette
vaste conquête \ Il lut aidé de Grassus, qui en Li a en Aquitaine ) où deux armées Romaines avaient été détruite». Le jeune Décimus-Bnitus, compa^ gnpn des victoires de César, son £is adoptif, et plus tard son assassin, obtint des secours des Santons et des Fictons, c'est-à-dire, du Poitou et de la Saintonge , pour aller soumettre TÀrmorique. Les peuples de l'An^oumois marchèrent donc sous les étendards de Rome; car les Santons et les Angoumoisins ne faisaient qu'un même peuple, comme^ plus tard, une grande partie de . cette province a été comprise dans la Saintonge. Alors, les légions Romaines prirent des positions dans r Angoumois ^ obligé de subir la loi du plus fort. L'opinion publique attribue à un certain Manlius, lieutenant de César, les premiers fondements de la ville de Manies. La domination Romaine fut pleine de modération^ le peuple adopta bient&t les lois de ses nouveaux maîtres, pour adopter plus tard ses croyances religieuses. Il n'apporta point de résistance â l'invasion; c'est que les Gaulois , dans cette circonstance , n'eurent pas tous la même unanimité de cou-
* 48 mm J.-C.
SUR L'ANGOUMOB. «
luge. Alors , il eiutait presqu'antant de gouvernements qu'il y avait de localités ; et les intérêts étant ainsi divisés j la victoire fut plua facile aux
Romains.
Le Déparlenimt de la Charente oflBre encore les traces du passage des triomphes de Rome.
Ainsi^ si le temps et les hommes se h&tent de les efiacer , si Topinion publique n'y trouve pas facilement les enseignements de l'histoire , n'ou* Uions pas de marquer les lieux où ils plantèrent leur drapeau y ne serait-ce que pour apprendre a ceux qui vivront après nous cpie la désunion de nos pères fut la cause de leur asservissement. Parmi les constructions justement attribuées aux Romains , le camp de Suiatc-Scvcrc , pros de Cognac 4 est digne d'attirer l'attention des Antiquaires : sa foime et ses larges fossés remplis d eau, pour en défendre Tapproche, le mettaient à l'abri de toute surprise. Comme il a été mal décrit jusqu'à ce joiu*^ nous rétablirons ici la vérité.
Ce camp est une station d'hiver, située dans la plaine qui forme la Commune de S'«-Sévère ; c'est une vaste enceinte , formée par des remparts de terre rapportée , et qui ont encore plus
de huit mètres d'élévation, et à peu près le double d'épaisseur. Au Sud, se prolonge une ligne droite , ainsi qu'à l'Est et à l'Ouest : au Midi , la ligne qui joint les deux côtés est circulaire. Une partie de la ligne du Sud forme le côté d'un carré équilatéraU dont les trois autres se trouvent dans l intérieur de la grande enceinte : la liauteur et l'épaisseur des terre-pleins étaient à peu pi cs les mêmes dans les deux retranchements. Du milieu de la ligne circulaire , au côté parallèle du petit Fort, l'espace est d'environ cinq cent trente mètres : la seconde enceinte , formée par quatre lignes droites , présente environ cent-dix mètres de largeur. Les quatre côtés extérieurs étaient autrefois entourés par des fossés de huit mètres de large , autant qu'on peut en juger par les renseignements recueillis sur les lieux ; car ces fossés ont été comblés depuis peu avec la terre prise sur les terre-pleins. On voit, d'après cela, quelle a été la hauteur primitive de ces retranchements , puisque de longues années de culture, et la chute naturelle des terres n'ont pas encore nivelé le terrain. Au Nord, était rentrée du premier retranchement, où l'on pénétrait par un pont protège par une porte Ion g- temps connue dans la contrée sous le nom de Porte^Roitge* Le vulgaire aurait-il voulu
SUE L'ANGOimOIS. 45
tlésigner par ce nom le massacre cpii devait avoir lieu dans cette position , quand 1 ennemi cherchait à y pénétrer , après avoir franchi les pre* miers retranchements ? Sur les deux cotés de la ligne circulaire^ étaient deux tours ^ ou tout autre moyen de défense ; car on a trouvé dans le terre-plein beaucoup de débris de maçonnerie antique. Dans l'intérieur de la seconde enceintej on a trouve , il y a quelques années , des fondements qui ont du appartenir à quelques bâtiments; là , sans doute , étaient les loffements des Chefs ilu camp, ou les magasins d'approvisionnement, tandis que des tentes^ dressées dans l'enceinte circulaire , devaient ihettre les soldats à l'abri "des injures de Tair. Le point d'attaque , et l'entrée principale étaient au Sud , en face de la première ligne du premier retranchement, où i on n'arrivait qu'en traversant un pont jeté sur un fossé profond. Le cours d'eau, qui remplissait les fossés, entourait les retranchements^ à des distances inégales.
Quelle fut Tépoque où les légions Romaines
élevèrent ce travail immense ? Nous n'avons que des conjectures , car l'histoire est muette sur cette position. Si elle appartient aux premiers temps de l'invasion , elle dut* servir de défense
Digitizeo lj oOOgle
aux vainqueur» contre les vaincus , dont la haine devait être d'autant plus grande qu'ils avaient perdu leur liberté. Le Gaulois vint souvent, dans sa fureur, heurter ces retranchements « et de sanglants combats y fiirent livrés; car on a trouvé dans les environs beaucoup d ossements enfouis dans les champs. Quant aux guerriers Romains morts dans ces combats, leurs restes , et peut-être leurs armes , se trouveraient sous la masse d'un Tumulus , qui est à quelque distance de là , dans un lieu appelé le Fort de V Abattu, Ces retranchements auraient-ils été élevés pour surveiller la plaine immense où ils se trouvent ? On peut le croire, mais cette position n'est point désignée sur la carte de Théodose : elle peut donc être postérieure aux premiers temps de l'invasion , «t appartenir à l'époque où la puissance Romaine perdit de son empire dans les Gaules, par l'invasion des peuples du Mord. Ainsi, les légions attaquées créèrent ces remparts pour se protéger contre leurs ennemis , plus terribles avec leur barbarie» que ne l'étaient alors les Gaulois dégénérés par l'esclavage. En cultivant l'enceinte de ce camp et les terre-pleins^ on a trouvé divers objets antiques, des cuirasses, des débris de casques, des flèches et des haches ^ mais malheureusement on n'a rien conservé.
SUR L'ANGOUMÛIS. 47
Quant mx lieux voisins, désignés sous le nom de
J^ort de ï Abattu, on y voit les traces de quelques retranchemenis, et près de là un Tumulus, qui peut avoir soixante mètres de longueur, et quinze d'élévation. A peu de frais , on pourrait y faire des fouilles, qui amèneraient quelques découvertes utiles à la science. On trouve aussi, dans la même contrée, les traces assez bien conservées d'une voie Romaine , prolongement de celle qui venait de Limoges : elle passait devant la principale entrée du camp. Voici comment on pourrait expliquer le nom que porte aujourd'hui cette Commune : quand le christianisme eut des autels dans la Gaule, le peuple nouvellement converti fiit peu difficile dans les noms qu'il donna à ses églises. Encore imbu des idées du paganisme, il en mêla plusieurs à cellesde l'évangile. Peut-être, à cette époque , trouva-t-on sur l'emplacement de réglise d'aujourd'hui , ou dans les environs « une médaille, un tronçon de colonne 5 un bouclier, ou tout autre objet , avec ces caractères frustes, S.... S E Y. Alors, le vulgaire ignorant aurait sanctifié ce nom, et un Empereur Romain aurait eu un culte religieux dans le même lieu^ où peut-être il avait connnandé des légions.
On sait que la coutume des Romains, après
le combat, était de réunir dans une sépulture
commune les corps de ceux qui avaient succombé : pour honorer leur mémoire , ils entassaient sur le même lieu une certaine quantité de terre dont la masse formait une élévation plus ou moins grande , selon le nombre de soldats qui participaient à ces honneurs funèbres, en portant la terre dans leurs boucliers. Le plus remarquable de ces Tumulus est celui qui est placé près de Jarnac^ désigné par le nom de la Mott^à'-Peljeaud**. ce nom peut se traduire ainsi : Mons appellatione Joi^is , parce qu'il fut mis, sans doute, sous la protection de Jupiter Stator (9).
On Yoyait encore, dans le seizième siècle, un
autre travail immense , dans un lieu appelé le Fossé'OU'Comte* C'était un retranchement qui s étendait depuis le château de Vîbrac jusqu à la petite ville de Montignac. Les deux extrémités étaient protégées par des terre-pleins qui dominaient les lieux voisins. Dans le même siècle , il existait, à deux lieues d'AngouIéme, près de la Charente , une masse de pierres dclachées de quelque anticpie édifice , et que le peuple désignait par le nom de Fa, mot que les Gaulois ont pu nous transmettre de celui de Fanum^ en ne
Digitizeu Lj vjQOgle
SIR L'ANGOGHOIS. 49
conservam que la pranière syllabe : peaWêtre àossi ce mot e«t-il primitif , car Fa , dérignant la parole dans la langue Celtique , a bien pu for* mer le verbe Fore des Lalim. Quant à l'édifice , ce fut , sans doute , un temple élevé par les Romains, aprè* quelque victoire, ou les Gaulois « oubliant que Tépée de Brennus avait fait le contre-poids de la liberté Romaine, venaient ofinr de l'encens aux Divinités du Capitole. Plus tard, la féodalité éleva une tour sur le même emplacement; ce lieu conserva son nom, et resdavagc du peuple resta le même. On trouve aussi , près du bourg de VœiUl , les restes assez bien conservés d'un camp Romain, ««^j qu'a Merpins, près de Cognac.
Cette dernière position fut un camp retranché, destiné à surveiller le pays : de là, l'oeil domine la plaine , et découvre au loin une perspective des plus bdDes : à droite , des coteaux couverts de vignes ; et à gaucbe , une plaine immense, fertile et bien cultivée; au Couchant, la Charente, dont le cours large et majestueux ajoute à la beauté du paysage. Près de là, se voit encore remplacement du camp Romain , dont il n'existe plus que le terre-plein , et les deux jambages de la porte par laquelle on pénétrait dans les fossés.
Digitizeo lj oOOgle
M traOiS BSTORIODES
Merpin» doit être considéré , uon seulement ocmme place de guerre , mais encore comme une Mansion , ou stalion Romaine , où le» soldats de passage et les courriers publics trouvaient un gîte. Ces Mansions , dont on retrouve les traces dans diverses paities de la France , étaient disposées 4e manière que de l'une à l'autre il y eût une joumce de marche ; celle de Merpins était la seconde, eu partant de Périgueux. «Elles étaient établies sur les voies Romaines , qu'on retrouve dans plusieurs parties de TAn- '^oumois : ces premiers cbemins pavés furent ' construits dans la Gaule, parles ordres d' Agrippa, surtout dans l'Aquitaine et dans la Narbonnaise* On employait à ce travail les soldats des légions, les peuples de la province, principalement les hommes repris de justice et les esclaves. Ces derniers , peuple muet et pâle , mis en de- •hors de Thumanité , étaient eu si grand nombre dans la Gaule , pendant la domination Romaine, qu'ils formaient les deux tiers de la population"^* L'esclave qui travaillait la terre avait souvent pour habitation un souterrain étroit, où il s'en*fermait la nuit. On trouve ces cavités dans plu* rieurs parties de l'Angoumois : une retraite
^ Noctetoièjcjiini]>erttaBt.(Séaé^,^pil.47.)
SUR L ÀNGOUlfOIS. U
'destinée à «et mage est encore bien conservée
dans la Commune de Bichemont. La porte fer- 'inait dans l'intérieur, et s\>ttvrait de même ;
ainsi, l'esclave, pendant la nuit, était à T abri <les dangers extérieurs''.
La table Tbéodosienne fait mention de la station de Merpins, et loi donne le nom de Con-
da/c** ; mais , selon Danville , celle stalion n'était pas à Merpins , tnais bien à Gognacj dont le nom se rapproche, en effet, de celui de Couda te. D'un autre côté , cette viUe est éloignée de la Toie Romaine, qu'elle n'aurait pas
pu proléger. Ainsi, il semble plus juste de croire que Merpins est le Condate de la carte de Théodose, et que, dans des temps postérieur», ce nom a pu être transféré à la ville de Cognac ^ qui s'est agrandie des ruines de cette ancienne station. Pour expliquer l'étymologie du nom de Merpins > on a eu recours à ces deux mots latins , mare pictum ; en effet, après le débor^ dément de la Charente et de la petite rivière du Né , la plaine est couverte au loin par l'inondation
* ColumeUe , de re rusticA. — Journal de rioftitot hiilorii|iie , lif* 48 novembre.
DMmtte.«->BoiiriciiOB> Antiq. de Sainte».
5t ÉTODEs msTOBioues
qui y séjourne pendant long-temps. Pour as signer une antiquité fort reculée aux ruines de Merpins , il suffit de dire les croyances popu-r laires de notre époque , et ce souvenir , transmis d'une génération à l'autre, peut bien fixer l'opinion , alors qu'il a pour lui de vieilles ruines et quelques découvertes récentes ^ au nombre desquelles nous placerons des médailles des Empereurs Romains , et un vase dans la forme de ceux dont les Anciens se servaient dans les sacrifices. Merpins lut , dit-on , une ville assez peuplée. Pour confirmer cette assertion , on nous montre d'antiques fondements trouvés dans les champs voisins, et la place des appartements qui portent encore les marques du séjour qu'on y fit. Près de là, passe une voie Romaine, qui coupe cette partie de TArrondissement, appelée Champagne^ traverse la rivière du Né , et prend alors le nom de Chemm^Boisné (10). On trouve , le long de cette voie^ à des distances inégales, de grosses pierres prises loin de là , et qu on peut- regarder comme tumulaires; car les Romains, et, plus tard, les Gaulois^ plaçaient leur sépulture le long des grands chemins. On voyait encore sur la même voie , il y a quelques années , entre le village de Tout- blanc el celui du Pari^au^ une espèce de colonne milliaire , de forme carrée ,
SUR L'^'GOUMOIS. 53
sur laquelle paraissaient encore ce» lettres fmstes,
TOD,,,CI,.,, Ce reste des temps anciens , sur leqMcl le soldat Romain , fatigué d'une longue route, Usait l'espace qu'il avait encore à parcourir ^ a été déplacé , et transporté sur un autre chemin. Dans la même direction de Saintes à Périgucux , il existait une autre station également indiquée par la carte Théodosienne^ entre Condate etPérigueux ; son nom était Sarum, que quelques auteurs ont cru être Charmant , petit bourg près de La Valette. Mais en s'arrétant à la ressemblance des noms , à quelqpea traces d'une grande route qu'on croit être une Yoie Romaine , et à la position du lieu , on peut placer cette station à Charras. Ce qui rend encore cette opinion probable , c'est l'abondance de résidus de mines de fer entassés dans les environs, etj surtout « au-dessus du boui^ de cette Commune, dans un lieu encore désigné sous le nom de Grosse^Forge, Cette masse de matériaux décomposés par le feu, annonce qu'il y eut autrefois une immense exploitation destinée peut-être à la fabrication des armes Romaines. On y a aussi trouvé un assez grand nombre de médailles Gauloises portant, d'un côté^ une figure chevelue , et de l'autre, un coq posé sur un cheval , symboles du courage et de la liberté sauvage de nos Ancêtres»
S4 ÉTUDES HISTOEIQUES
Au rapport cl'Antonin , Choâsmon , CassinO' maguSy était encore une station placée sur la Toie Romaine cpii conduisait de iiimoges à Saintes En eflct, on trouve ce chemin encore assez bien conservé dans plusieurs Conununes, mais particulièrement du coté de Suris et de la Péruze. A Chassenon, on découvre, tous les jours, des ruines de construction Romaine, des médailles de plusieurs Empereurs Romains , des voûtes souterraines y. et un grand nombre de cercueib en pierre , formés d'un seul bloc. Tout annonce que ce. lieu eut autrefois un grand nombre d'habitants, et que les Romains y firent un long séjour.
Voilà les monuments que les Romains ont
laissés dans TAngoumois, et qui nous donnent encore une idée de la puissance des Tainqueurs et de ^esclavage des vaincus. Encore quelques^ siècles, et il n'en restera rien^ Tavenir aura, sans retour, efl&cé le passé, si nous ne savons pas protéger les traces monumentales des temps anciens. Elles ne doivent pas être indifférentes à la civilisation actuelle ; die y puisera > à Paide de
* Quaitas aperuit \ias : unam per Cemenos montes ad A^uitaoos et Santones , et alteram..,, (âtrabon , kf. n. )
Digitizeo Ly ^oogle
la philosophie , de grands principes de moralité , soit pour les appliquer au maintien de no»
libertés poUtifpies, soit pour consacrer la lé^tLmité de nos croyances religieuses, soit pour servir de base à l'avenir j quand il voudra remonter à des temps inconnus. Quel travail immense que ces voies liomaines, traversant de^ marais,, coupant de hautes collines l Combien ont-*elles exigé de sacniices ! Combien n'ont-elles pas usé de forces humaines! Car alors, la science n'avait pas simplifié les moyens ; c'est que les hommes* de cette époque étaient tourmentés par Tamour de la gloire et de l'immortalité. Deux grandes pensées semblaient les animer : T amour de la patrie qui demandait d'eux de grandes choses , et la religion dont ils associaient lés cérémonies à leurs entreprises gigantesques. Leurs chemins étaient sous la protection des Dieux. Ces mots, DU Viales^ inscrits sur les bornes miiliaires, annonçaient à ces conquérants du monde , dont la vaste ambition envahit les deux tiers de la terre connue, et qui ne succomba qu'accablée sous le poids de sa propre grandeur, que Thomme étend son empire , comme son avenir, par les pensées religieuses, où vient toujours se mêler un rêve* de gloire humaine.