LA DIGNITÉ MESSIANIQUE DE JÉSUS
Eis ra Ldta Ale, xa ol Ldtor adtoy où rape- Aafoy (Jean I, 11).
Acyw yap Xptorov Otaxovov yeyevnolar reptropns drep GAnletac, elç to Pebatwoat tas cbay- YEhtus Tdy Tatepuv, Tæ de Ebyn Ümeo Eheoug
Joëaoat roy Oeoy, xafws yeypartar.
(Rom. XV, 8-9).
TBSER ESS —
Parmi les questions soulevées dans les derniers temps sur la personne de Jésus, il n’en est aucune qui offre un si vif intérêt, qui soit d’une si grande actualité que celle de sa dignité messianique. Cette question n’a sans doute pas une grande influence sur la vie chrétienne ; mais elle peut être considérée comme le point de départ de toutes nos conceptions christologiques. De la manière dont on l’envisage dépendent nos idées sur le Sauveur, sur sa position à l'égard de l'humanité. Aussi son importance a-t-elle été si bien sentie par les auteurs des travaux les plus récents sur la personne de Jésus, qu'ils y ont fixé tout particulièrement leur attention.
Nous avons essayé d'aborder la question de la dignité messianique de Jésus dans celui des évangiles qui offre
le plus de détails sur ce sujet, mais dont l'authenticité et le caractère historique sont loin d’être universellement reconnus, et cela surtout à cause des différences notables qui le distinguent des trois premiers évangiles. Mais pour ce motif même une étude telle que la nôtre est de nature à mériter quelque intérêt; car s'il est vrai que l’image de Jésus, telle qu’elle est retracée par le quatrième évangile, diffère sensiblement de celle que nous trouvons chez les synoptiques , il doit en être de même du caractère messianique attribué au Sauveur. C'est en effet là un des arguments qu'une école célèbre! a fait vaioir contre l'authenticité de l'évangile selon saint Jean. Au dire de M. Hilgenfeld, qui se rattache à cetle école sous bien des rapports, l’image du Messie telle qu’elle est présentée par les synoptiques a subi sous l'influence des préoccupations dogmatiques de l’auteur du quatrième évangile une transformation si profonde qu’elle n'offre plus guère de ressemblance avec celle des trois premiers évangiles?. D’après ce critique, cet évangéliste n'aurait appliqué des titres messianiques à Jésus que pour s’accommoder au point de vue de ses contemporains judéo-chrétiens, parmi lesquels ces titres étaient encore en grand honneur. Aussi le Messie, selon l’évangile de Jean, aurait-il un caractère essentiellement universaliste et anti-national.
Notre travail a pour but d'examiner rapidement si ces résultats sont fondés, c’est-à-dire si le Christ de saint Jean est le Messie des Juifs, si cet évangéliste le considère comme tel, en un mot, s'il lui attribue un
! L'école appelée communément l’école de Tübingen. Das Evangelium und die Briefe Johannis.
caractère national. De la solution de cette question dépend, ce nous semble, celle de cet autre problème : l’auteur du quatrième évangile a-t-il reproduit le caractère historique de Jésus, ou bien ce caractère tel qu’il le reproduit n'est-il qu’une conception idéale? Il va sans dire que nous ne songeons pas à aborder un pareil problème; qu'on nous permette simplement de l'indiquer.
L'ordre chronologique des faits rapportés par l’évangile selon saint Jean, étant de nos jours tout aussi contesté que l’authenticité, nous sommes obligé d’en faire abstraction et d'examiner ces faits sans égard à leur succession historique. Nous considérons donc d’un côté les déclarations des disciples de Jésus sur sa dignité messianique , de l’autre ses propres déclarations sur sa personne , soit dans des situations spéciales, soit devant les Juifs en général, et enfin les opinions que ces derniers expriment sur lui et les dispositions qu’ils manifestent à son égard. Si nous parvenons à constater dans ces différents faits un développement historique, nous pourrons conclure avec quelque probabilité à un ordre chronologique des événements tels qu'ils sont exposés dans le quatrième évangile.
De cetle manière se confirmera peut-être pour nous la conviction acquise par la simple lecture de cet évangile, que son auteur a voulu raconter «ce que ses yeux avaient vu, ce que ses mains avaient touché» (4 Jean I, 4), c'est-à-dire les faits historiques dans leur suite naturelle, dans leur dramatique réalité. Aussi croyons-nous que si son langage diffère sensiblement de celui des trois premiers évangélistes, s’il emploie Loute une terminologie qui peut nous inspirer
de la défiance, ces différences peuvent s'expliquer par les circonstances au milieu desquelles il composa son évangile. S'il est vrai que ce dernier provient d’un apôtre et de celui dont il porte le nom, nous pouvons comprendre qu’en racontant l’histoire de Jésus à quarante ou cinquante années de distance dans un pays peuplé de Grecs, il ait pu employer pour écrire cette histoire le langage usité dans les églises de l’Asie-Mineure et se servir d’une certaine terminologie chrétienne reçue parmi les populations auxquelles il s’adressait. C’est dans cette langue différente de celle des synoptiques qu'il exprime les expériences historiques dont son âme était remplie. Aussi les prétendues différences inconciliables entre les discours de Jésus dans les trois premiers évangiles et ceux du quatrième s’expliqueraient-elles, ce nous semble, par une comparaison plus large, non de leur forme, mais de leur fond. Mais une considération plus importante encore ne devrait pas être négligée dans un pareil examen: c’est que Jésus ne pouvait à Jérusalem — sur ce théâtre de luttes incessantes où 1l devait avant tout affirmer ses droits et sa dignité — s'exprimer en sentences et en paraboles, langage approprié à son activité essentiellement missionnaire en Galilée. Les deux manières de parler ne s’excluent nullement; au contraire, elles complètent l’histoire et la vie du prophète Messie, qui n’a pas voulu uniquement remplir la mission d’un docteur en Israël (IT, 2), mais encore et principalement celle d’un Roi- Sauveur de sa nation (XII, 13).