EFFETS DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES ANGLAISES
A mesure que l'heure de la libération approchait, les noirs se montraient plus impatients : c'est toujours au dernier moment que l’on se lasse d'attendre. Ainsi que l'a très justement observé un sociologue avisé, il arrive le plus souvent qu'un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s'il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s'en allège. « Le mal qu'on souffrait patiemment, comme inévitable, devient insupportable dès que l’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu'on Ôôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui reste et en rend le sentiment plus cuisant ; le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus NIVe» DT).
Sous la pression de l'opinion publique (2), lord Brougham demanda, le 20 février 1858, à la Chambre haute, la suppression définitive de l'apprentissage pour le r'* août suivant. Le cabinet, sous la présidence de lord Melbourne, proposa un act modificatif de celui de 1833 et faisant intervenir avec plus d'autorité Les volontés du Parlement dans tous Les rapports des maitres et des apprentis. Dès que cet acte fut promulgué (11 avril 1838), les législatures coloniales n'hésitèrent plus et se prononcèrent pour l'émancipation immédiate, déjà acceptée à Antligoa. Elle fat proclamée à la Jamaïque, à la Trinité, à la Dominique, à la Barbade, à Sainte-Lucie, à
(1) A. de Tocqueville, L'ancien Régime el la Révolution, p. 259. (2) Parmi les innombrables pélitions rédigées à cet effet, l’une, adressée à la reine Vicloria, était signée par 600.000 femmes.
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la Guyane, dans les mois de juin, juillet, août 1838 ; à l'ile Maurice, le 11 mars 1839. Le terme du délai fixé par la loi de 1833 pour l'expérience de l'apprentissage était ainsi devancé de deux ans.
La fin du régime de l'apprentissage, nous insistons sur ce point, fut done brusque dans les colonies anglaises. Ceux qui, comixe nous, estiment que l'abolition immédiate est la meilleure solution à la question de l'esclavage, ont le droit d'en tirer argument.
Lord Glenelg nous a dit combien le passage de la servitude à l'apprentissage s'était opéré heureusement; lord Stanley, secrétaire d'Etat aux colonies, caractérise en ces termes la transition de l'apprentissage à la pleine liberté :
« En somme, le résultat de la grande expérience d’émancipation tentée sur l'ensemble de la population des Indes occidentales a surpassé les espérances des amis même les plus ardents de la prospérité coloniale. Non seulement la prospérité matérielle de chacune des îles s'est grandement accrue, mais, ce qui est encore mieux, il y «a eu progres dans le système social et religieux, et développement, chez les individus, de ces qualités du cœur et de l'esprit qui sont plus nécessaires au bonheur que les objets matériels de la pie... |
» Les nègres sont. heureux et satisfaits, ils se livrent au travail, ils ont amélioré leur manière de vivre, augmenté leur bien-être, et, en même temps que les crimes ont diminué, les habitudes morales sont devenues meilleures. Le nombre des mariages a augmenté sous l'influence du clergé; l'instruction s'est répandue.
» Tels sont les résultats de l’émaneipation : son succès a été complet, quant au but principal de la mesure ».
Et lord Stanley complétait ces témoignages sur le bonheur et les progrès des affranchis par des renseignements d'ordre économique, qui méritent aussi d’être notés :
« Le nombre des noirs devenus propriétaires par leur industrie et leur économie s'élevait, pour toute l’île de la
Jamaïque, à 2.114 en 1838; deux ans après, on en comptait 7.340. À la Guyane, on a vu 150 à 200 noirs s'associer pour acheter des domaines de 250.000 et mème de 400.000 francs. Des villages importants s'étaient formés, composés de jolies chaumières avec une bonne église, et occupés par des habitants nombreux, appliqués au travail et convenablement vêtus.
» Pendant les six dernières années d’esclavage, la valeur des exportations de l'Angleterre aux colonies avait été de 69.575.000 francs.
» Pendant l'apprentissage (1835-1838), elle s'est élevée à 89.450.000 francs.
» La première année de la libération, elle atteignit le chiffre de 100.061.575 et la seconde année, 87,318.350 ».
Sur tous ces points, les témoignages français s'accordent complètement avec les rapports anglais. De la Jamaïque, le capitaine de vaisseau Layrle écrivait :
« Les noirs n’ont pas abandonné les cultures ; c’est un fait. Maintenant, si par travail on entend celui qui rapporte au planteur, celui qui, sous le régime précédent, profitait à une poignée de blancs qui le monopolisaient, il se fait moins de travail, cela est vrai. Mais si l’on fait entrer en ligne de compte le travail des noirs sur leurs propres terrains (car il est notoire qu'il a été fait, depuis 3 ans, pour 2.500.000 francs d'achats par les affranchis), on trouve que la diminution du travail n’a pas été aussi considérable qu'elle le parait d'abord ; seulement, le travail a pris une autre direction ».
Présentons enfin le tableau qu'un colon de la Jamaïque traçait, en 1858, de l’état de la société de couleur dans cette île, où vivaient alors 16,000 blanes à côté de 369,000 noirs :
«€ L'homme de couleur tient ici ane position qui n'a rien d'inférieur, et nous n'avons pas à nous plaindre qu'il soit sur le même pie que nous. Notre barreau n'est pas nombreux, mais ce sont des avocats de couleur qui tiennent les premières places. Les médecins de couleur y exercent concurremment avec les blancs. Ce sont là des faits importants
à signaler, car {ous ces progrès se sont accomplis depuis l'abolition de l'esclavage dans cette île. Nous avons constaté par l'expérience que l'homme de couleur peut s'élever au premier rang de la société civile et y tenir aussi bien sa place que tout Européen d'origine ». (Repue coloniale, 1859).
Les partisans de l'esclavage dans les colonies françaises ont prétendu et répètent encore que l'Angleterre, en décrétant l'émancipation des noirs, avait agi dans un intérêt égoïste, de manière à ruiner toutes les autres colonies restées esclavagistes en excluant leurs produits de son marché. Un écrivain belge précise l'accusation en ces termes:
« Les Anglais n’ont jamais été surpassés par personne dans l’art de créer des débouchés à leurs produits. Non seulement les négriers avaient réalisé des bénéfices énormes, mais ils avaient aussi fait prospérer l’industrie anglaise en activant les manufactures ; car les nègres ne s’échangeaient pas contre de l'argent, mais contre toute espèce de marchandises : cotonnades, verroteries, armes, spiritueux, etc.
» Les Etats-Unis, principal marché d'esclaves, étaient fermés à l'Angleterre ; les Etats du Nord commencçaient à inonder de noirs les possessions espagnoles, portugaises et françaises. La perte d’un débouché si important et la concurrence faite par les Américains dans le plus honteux des commerces jetèrent le désarroi au milieu des marchands anglais. Heureusement pour la prospérité du Royaume-Uni, l’acquisition de l’Hindoustan venait d'ouvrir un immense champ d'action à l’activité britannique et lui présenter en même temps une occasion unique de ruiner les colonies concurrentes, qui vivaient absolument du travail des esclaves. Les Hindous, en effet, sans être esclaves, étaient soumis à un travail forcé et livraient à bas prix la plupart des produits que. fournissaient les pays chauds.
» Quand les nègres, en se soulevant à Saint-Domingue, montrèrent qu'il fallait compter avec eux, ce fut un argu-
ment de plus. Après l'échec désastreux de l'expédition du général Leclere, les Anglais comprirent enfin le danger de l'esclavage et la nécessité pour eux de supprimer un trafic ruineux ; ils virent, du même coup, les avantages à retirer de l'exploitation des grandes Indes. On sacrifiait, il est vrai, la Jamaïque et quelques îles des Tropiques, mais l’Angleterre accaparait le commerce de l'univers entier ». (1)
D'autre part, M. de Chavagnes a dénoncé, dans la Revue des Deux-Mondes, la conduite équivoque de la Grande- Bretagne dans la répression même de la traite :
« Si l'émancipation des nègres, écrit-il, n'était pour l'Angleterre qu'une préoccupation morale et religieuse, on admirerait ses efforts et on louerait sa persévérance dans la poursuite de la traite. Malheureusement, il est difficile, pour qui a vu Sierra-Leone, de conserver quelque illusion sur le mobile qui a inspiré cette croisade philanthropique.
» Les nègres, enlevés aux bâtiments qui font la traite, subissent à Sierra-Leone un esclavage plus odieux que dans toutes les colonies du monde. Avant d'atteindre cette côte, les malheureux, entassés dans la prison flottante d'un navire, succombent le plus souvent aux souffrances d'une captivité atroce. Un médecin anglais, dont le témoignage ne peut être suspect, assure qu'il a vu périr, dans une seule nuit, 25 nègres, étouffés faute d'air et de soins, sur un de ces bâtiments armés pour la cause de l'humanité et de la civilisation !
» Arrivés à Sierra-Leone, les nègres sont remis, sous le nom d'engagés, à des planteurs anglais. La durée de l'engagement est de 14 ans. Souvent les maîtres les revendent, sans nul scrupule, avant l'expiration de ce terme, et ils n’ont besoin, pour sé mettre à couvert, que de certifier le décès de l'engagé. IL est arrivé que des nègres, vendus par les planteurs de Sierra-Leone, ont été de nouveau livrés à des négriers. Tous ceux qui ont visité le Brésil ont rencontré de ces esclaves.
(1) Scursez de Locqueuenille, Notes el documents pour servir à l'histoire de l'esclavage.
» J’eus d'abord peine à croire, je l'avoue, que I Angleterre tolérait de semblables abus, mais j'ai dû me rendre à l’évidence. Les nègres sont esclaves à Sierra-Leone comme au Brésil; car l'engagement de quatorze ans ne peut être considéré que comme un esclavage perpétuel dissimulé. » (r)
Les deux auteurs que nous venons de citer vont même encore plus loin ; ils affirment que les Anglais, tout en montrant Le plus grand zèle pour empêcher les puissances mari-. times de s'occuper du trafic prohibé, s'adonnaient euxmêmes avec ardeur à ce même commerce, en prenant soin de couvrir leurs bâtiments d’un pavillon d'emprunt.
« Les preuves de cette participation de l'Angleterre, après la suppression de la traite, sont innombrables. En 1810, la Société africaine de Londres disait : «On a découvert qu’en dépit de toutes les peines édictées par le Parlement, des navires sous le pavillon espagnol ou suédois ont été équipés à Liverpool et à Londres pour transporter des esclaves de la côte d'Afrique ». En 1811, des enquêtes judiciaires ont prouvé que la traite se continuait sur uné vaste échelle et cela, en partie, grâce aux capitaux et aux crédits des commercants anglais. Une foule d'esclaves sont introduits dans les Antilles anglaises et, tous les ans, de nombreux navires quittent les ports de Liverpool et de Londres pour se rendre sur la côte d'Afrique. Les rapports de 1812 et 1813 ne sont pas moins formels, et l'on pourrait poursuivre cet examen d'année en année. En 1815, M. Buham répétait à la Chambre des Communes que « c'était un fait connu de tout le monde que des capitaux très considérables étaient employés dans la traite et qu'elle se faisait par navires anglais. » Et lord Castleregh disait à la Chambre Haute : «Ce serait une bien grande erreur de croire que le reproche de faire illégalement la traite tombe uniquement sur les nations étrangères. Dans une multitude de cas, j'ai regret à le dire, il est venu à ma
(4) Revue des Deux-Mondes, 1844, t. LL.
connaissance que des sujets anglais étaient engagés pour des sommes très fortes dans le commerce des ésclaves. »°
: » A défaut des aveux des ministres anglais, il nous suffirait d'invoquer le fait suivant ; l'excès des décès sur les naïssances, parmi la population noire, était très considérable dans les Antilles anglaises; vers 1810, il s’éleva à dix mille pour une seule île, et cependant la population esclave des colonies anglaises est toujours allée en s’accroissant. En 1819, M. Goulburn constatait avec étonnement qu'en deux ans, le nombre des esclaves à la Jamaïque s’est accru de plus de cinq mille. L'autorité prescrivit l'enregistrement de tous les esclaves, la constatation des naissances et des décès, les transferts de propriété; mais ces mesures furent inefficaces. Les commerçants de Glascow, de Liverpool et de Manchester accordaient aux entrepreneurs de traite un crédit tout spécial. À Rio-de-Janeiro, la plupart des négriers s'adressaient aux maisons anglaises : celles-ci avançaient la marchandise et en répondaient. Les marchés étaient toujours conditionnels, c'est-à-dire que le négociant avait droit à une prime, en cas de réussite, et subissait une réduction convenue si l’entreprise échouait. Les agents et négociants anglais, pendant leur séjour dans l'empire du Brésil, achetaient des noirs qu'ils revendaient à leur départ. Le ministre d'Angleterre à Rio-de-Janeiro n'était servi que par des escelaves. » (1)
Dans le rapport qu'il présenta, en 1843, au nom de la Commission chargée de préparer l'abolition de l'esclavage et la constitution politique des colonies françaises, le due de Broglie remet les choses au point, quant au fond même de l'accusation portée contre l'Angleterre
€ On fait trop d'honneur, dit-il, au gouvernement anglais, et on lui ferait trop d'injure en attribuant de sa part l’abolition de la traite, l'abolition de l'esclavage, soit à de hautes
(1) De Chavagnes, Etat moral el politique du Brésil (Revue des Deux-Mondes, 1844).
PS de
vues de sagesse et de prévoyance, soit à des combinaisons machiavéliques. Le gouvernement anglais n'a, sur ce point, ni devancé les temps, ni dirigé les événements; il s’est borné à maintenir le séatu quo, tant qu'il n'a pas eu la main forcée ; il a résisté pendant quinze ans à l'abolition de l'eselavage; il a défendu pied à pied toutes les positions intermédiaires et n’a cédé, dans chaque occasion, qu'à la nécessité.
» On ferait également trop d'honneur à la philosophie, à la philanthropie de l'Angleterre, en lui assignant le premier rôle dans cette grande entreprise: Les philosophes, les philanthropes ont figuré, sans doute, glorieusement au rang cles combattants ; mais c'est L esprit religieux qui a porté le poids du jour et de la chaleur, et c’est à lui que revient, avant tout, l'honneur du succès.
» C'est la religion qui a véritablement affranchi les noirs dans les colonies anglaises ; c'est elle qui a suscité, au début de la lutte, les Clarkson: les Wilberforce, les Granville Scharp et tant d’autres, en les armant d’un courage indomptable et d’une persévérance à toute épreuve. Les premiers auteurs de cette grande réparation ont eu à lutter non seulement contre la routine, mais encore contre la politique, contre le commerce, contre la marine marchande, contre l'industrie, contre tous les éléments les plus puissants de la grandeur britannique ; ils les ont vaincus. Ils n'ont jamais reculé, jamais douté d'eux-mêmes; et, après trente ans de travaux, de mécomptes et de calomnies, au jour fixé par les décrets éternels, Dieu les a couronnés par le succès et par
une gloire si belleet si pure, que mon cœur français et catho-
lique ne se console pas de la voir dérobée à la France et à l'Eglise. » ET
Mais il demeure établi que l'Angleterre a mésusé de sa qualité de protectrice des nègres libérés. ose Cochin
‘lui-même est obligé de le reconnaître
« L'Angleterre, écrit-il, tira un Ér parti des Africains libérés, c'est-à-dire des esclaves que ses croiseurs saisissaient sur les négriers ; ils étaient déclarés libres, mais tenus à un
engagement envers leur libératrice. Procédé plus ou moins légitime, on en conviendra, d'une philanthropie subtile et contestable ». (L'abolition de l'esclavage, t. 17, p. 405).
Un mot sur ces «travailleurs libres », employés dans plusieurs colonies anglaises et françaises après l'abolition de l'esclavage.
En même temps que la main-d'œuvre servile disparaissait, amenant une diminution notable de la classe agricole aux colonies, la demande de travail augmentait avec l'activité et les ressources plus grandes que les anciens maitres étaient obligés de déployer dans leurs exploitations. On dut faire appel à la main-d'œuvre étrangère. Après avoir essayé à peu près de toutes les races, on ne trouva rien de mieux pour remplacer les Africains que d’autres Africains (1).
Que penser de ces enrôlements, plus ou moins volontaires, d'immigrants noirs et jaunes ?
«€ La traite, a dit un publiciste, était un drame en cinq actes : la capture, la caravane, la vente, la traversée, l'esclavage. L’immigration est un drame qui finit autrement, mais qui commence de même : on prend, on emmène, on vend, on emporte le noir; seulement, au lieu d'aller à l'esclavage, il va à la liberté, — une liberté très spéciale qui débute par un exil et par un engagement de travail. »
Il est permis de se demander quelles garanties offre un contrat passé sans contrôle et consistant dans quelques mots adressés par un interprète interressé à un captif ignorant et terrifié. Mais admettons que l’indigène se soit engagé libre-
(1) Dès leur introduction dans les mines et dans les champs de l'Amérique espagnole, les noirs africains se montrèrent des travailleurs tellement supérieurs aux Indiens, lant par l'intelligence que par la force physique, que bientôt les colons ne virent aucun intérêt à s'opposer à la libéralion des protégés de l'abbé de Las Casas. Les Indiens ont été ainsi libérés plusieurs siècles avant les nègres (ordonuance de Charles Quint en 1542) précisément à cause de leur infériorité comme travailleurs, c'est: à-dire de leur aptitude moindre à se civiliser,
E—- [A] ne
ment, il est certain qu'il n'a pas 6Li amené à la côte de son plein gré. La surveillance organisée pour réprimer les abus est toujours restée inefficace.
On peut donc considérer l'institution des € travailleurs libres », dans les colonies où l’ulcère de la traite est à peine cautérisé, comme une atténuation très faible et le plus souvent illusoire du régime de l'esclavage (1).
(1) Uue thèse curieuse de M. Jean Duchesne-Fouruet, sur les conditions de la main-d'œuvre en Guyane. Hollandaise, a été récemment présentée à l'Ecole des Sciences Politiques. L'auteur a étudié, au cours d'un séjour dans les Guyaues, le mécanisme de l'immigration javanaise et surtout hindoue à Surinam. Sans doute, il le reconnait, le coolie immigrant est un serf, au service d'un planteur engagiste, mais pour > ans seulement : à l'expiration de son contrat de travail, il devient libre et a droit à son rapalriement gratuit ; enfin ce n’est pas à la glèbe patronale qu'il est attaché, mais à la glèbe coloniale : s'il a des démêlés avec le planteur, l'engagé a recours à l'autorité administrative qui le déplace en l’assignant au service d'un autre patron. Traitement humain, soins médicaux, logement salubre, autorité tutélair>, tout contribue, affirme Jean Duchesne-Fournet, à rendre acceptable cette aiiénation quinquennale de la liberté; cela est surlout vrai, quaud on compare la situation de ces Hindous avec celle de leurs frères restés sur le sol natal où les déciment ces terribles famines décrites de façon si saisissaute par Pierre Loti. Celle institulion de l'fmmigration à Surinam fait autant d'honneur à l'Angleterre, qui en a imposé les lraits caractéristiques, qu'à la Hollande qui en a loyalemeut accepté et même élargi les charges et les obligations humanitaires.