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de l'habit sacerdotal. La \'estale, par la cérémonie de la captio ou de Vinauguratio, sortait de sa famille sans capitis deminuHo (i). Mais elle ne devenait pas complètement suijuris; elle cessait d'êh'epersona Juri subjecta, mais appartenant désormais à la divinité à laquelle elle était vouée, elle était en quelque sorte sous la puissance du Pontifex Maximus qui l'avait acquise pour celle-ci. Libre juridiquement de toute puissance paternelle, elle était soumise religieusement à la surveillance et à la juridiction de ses chefs hiérarchiques.
3. Les Vestales avaient à leur tête l'une d'entre elles, la Vestalis maxima (2) qui devait le rang qu'elle occupait à l'âge, et non au choix des autres prêtresses. Celles-ci étaient classées par rang d'âge en trois divisions, correspondant aux périodes différentes de la durée de leur charge : elle était de trente ans. Dans les dix premières années, la Vestale apprenait les cérémonies du culte ; dans les dix suivantes, elle exerçait
Marquardt et Mommscn arg-umenlent pour la ncg-ativc, de ce que les sources juridiques opposent la captio des Vestales à Yinaugiiratio des grands prêtres. Gaius, i, i3o. Ulp., x, 5.
(1) Elle passait dans une sphère juridique supérieure placée quasi in mancipio deœ , elle ne subissait pas de capitis dcininutio, pas plus que celui qui tombe en mourant au pouvoir des dieux. (Marq. Loc. cit.).
Atrium Vestœ deducla et Pontificibus tradita est eo statim tempore sine emancipatione ac sine capitis dcminulione e patria potestate exit. Ulp., x, .5. Gaius, i, i3o-i45.
(2) Quae natu maxima virgo est. Tacite. Aiin. II, 32.
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les fonctions proprement dites de Vestale, dans les dix dernières, elle les enseignait aux autres. Après ce temps, la Vestale avait la liberté ou de se faire exaugurer et de rentrer dans la vie privée où elle pouvait se marier (i), ou de rester attachée au culte toute sa vie; alors elle pouvait parvenir au rang de Vestalis maxima. dirigeant l'enseignement des Vestales, et jouant le rôle le plus important dans les sacrifices (2). Les Vestales relevaient hiérarchiquement du Pontifex Maximus qui les avait nommées. Elles étaient, comme les flamines. placées sous son pouvoir disciplinaire. Le Pontifex Maximus exerçait en quelque sorte sur elles la patria potestas au nom de la déesse : il statuait seul, ou le collège entendu, suivant la gravité de la faute commise. S'il s'agissait d'une négligence dans le service, notamment si la Vestale avait laissé éteindre le feu sacré, le Pontifex Maximus infligeait seul le châtiment, sans prendre l'avis de personne. Si une Vestale avait manqué à son devoir de chasteté, la sentence de condamnation (3) ne pouvait être prononcée que le collège entendu. Il est probable que les pontifes ne
(1) Gell. L 12.
(2) Symmach. Epit. 9, 147.
(3) On la condamnait à être enterrée vivante. On la portait dans une bière au Campus sceleratus à la porte Colline ; là, on la fustig-eait et on l'enterrait vivante sans oser la tuer, parce qu'il eut été « nefas » de faire périr de mort violente une personne vouée à la Divinité. (Marq. Op. cit., p. 29.)
Chauvin. 6
faisaient que donner un avis, le Pontifex Maximus était seul responsable de la sentence.
4. Les fonctions que remplissaient les Vestales, étaient des fonctions publiques. Elles étaient de deux sortes : ordinaires et spéciales. Leurs fonctions ordinaires consistaient dans la garde du feu et de l'eau. Elles entretenaient le feu éternel au foyer de l'État (i). Numa les avait aussi chargées de garder l'eau (2), elles devaient arroser chaque jour le temple à l'aide d'un aspersoir (3) et orner la maison de la déesse avec le laurier qui purifie. Le culte qu'on rendait au foyer de l'État correspondait au culte du foyer de la famille ; les Vestales devaient à Vesta les mêmes offrandes que le chef de famille aux pénates. On leur confiait en outre le sang du cheval sacrifié le i5 octobre au Champ de Mars, et la cendre du veau brûlé aux Forcidies. Elles devaient chaque jour adresser aux dieux, pour le salut du peuple romain, des prières auxquelles on
(i) On le renouvelait tous les ans au i^'- mars S'il s'éteignait lui-même, on regardait cela comme un «^prodigium » et la Vestale de g-ardc était punissable. On rallumait le feu en frottant l'un contre l'autre deux morceaux de bois pris à un arbre d'heureux aug-ure. (.Marq. Op. cit., p. 3o).
(2) A Rome, elles puisaient de l'eau courante à la fontaine d'Egérie ou des Camènes : elles en remplissaient des urnes qu'elles portaient sur la tète dans leur demeure. A Lanuvium, elles la tiraient du Mincius (Marq. Id.,ibid.).
(.3) On le trouve représenté sur les monnaies parmi les instruments des pontifes. (Marq. kl., ihid.).
attribuait une puissance surnaturelle (i). Dans les moments de danger ou à la suite de prodiges, elles en faisaient de particulières.
Leurs fonctions spéciales consistaient à intervenir dans certaines cérémonies ; elles prenaient part aux fêtes précatives, célébrées au foyer de l'Etat, pour le salut de la famille impériale ; elles participaient également aux sacrifices accomplis en l'honneur de Jupiter, le jour des Ides ; elles intervenaient dans la plupart des sacrifices et des fêtes publiques, au sacrifice des Lupercales (2), aux Forcidia (3), aux Pnrilia (4), aux fête de la bona Dea (5) du mont Aventin. à celles d'une autre bona Dea. dont le culte était célébré par la femme du Préteur ou du Consul en fonctions. Les Vestales
(1) La Precatiu Vestalium avait assez de force pour arrêter les esclaves fugitifs tant qu'ils étaient encore dans la ville. (^Larq. Id., ibid.).
(2) Le in février, elles livraient la mola salsà pour ce sacrifice.
(3) Le 1.5 avril, des vaches pleines étaient sacrifiées à Tellus. Les fœtus des veaux étaient réduits en cendre, par la Vestalis m.7xim.7 : ces cendres étaient mises en dépôt, pour être soig^neusement conservées.
(4) Le 21 avril, le peuple recevait des Vestales, pour faire des lustrations, les cendres de veaux l")rûlés, le sang- du cheval d'octobre et de la paille de fèves.
(ô) La fête de la bojia Dea, sur l'Avcntin, où un temple avait été bâti par la vestale Claudia, et rétabli par Livie, était célébrée par les Vestales mêmes, pour empêcher les tremblements de terre. Elles assistaient seulement à la fête de l'autre bona Dea. Marquardt. Id., ibid.).
célébraient aussi, le 25 août, un sacrifice mystérieux avec le Poniifex maximus.
5. Comme une sorte de compensation apportée à ce service public, en général assez pénible, à ces devoirs rigoureux et sévèrement contrôlés, les Vestales jouissaient de privilèges exceptionnels. Elles portaient un costume spécial (i), elles demeuraient dans V Atrium Vestœ. Quand elles sortaient, elles étaient précédées d'un licteur, devant lequel le Consul lui-même s'écartait. Quelquefois même elles allaient en voiture, ce qui leur avait été octroyé en vertu d'un privilège spécial (2). Leur char était un curriis arcuatus comme celui des flamines (3). Une place d'honneur leur était réservée aux jeux publics (4). Au point de vue juridique, le caractère sacré de leurs fonctions leur donnait aussi une situation privilégiée, legibus non tenentur; elles sont affranchies de la tutelle; elles ont la libre disposition de leurs biens ; elles rendaient témoignage sans prêter le serment d'usage ; on leur confiait des testaments importants, et les conventions
(i) Vêtues de blanc, le front orné d'un bandeau en forme de diadème [infuld) d'où pendaient des bandelettes, elles se couvraient au moment du sacrifice d'un voile blanc. (Sufjîbulum). (Marq. Op. cit., p. 26).
(2) Tacite. Ann. XII, 42.
(3) Liv. I, 21.
(4) Elles assistaient aux combats de gladiateurs du temps de la République, et même plus tard, mais non aux luttes d'athlètes. (Marq. Op. cit., p. 27, note 5).
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diplomatiques (i). Celui qui les outrageait était puni de mort : après leur mort elles recevaient un dernier honneur, on permettait de les ensevelir dans rintcrieur de la ville.
En dehors des fonctions de Vestales, dont elles étaient investies nominalement, et qu'elles exerçaient directement en leur quahté de vierges, les femmes avaient accès à d'autres fonctions publiques sacerdotales, qui leur étaient confiées soit directement, en leur qualité d'épouses de magistrats importants, soit accessoirement, pour compléter les fonctions sacerdotales de leur mari. C'était à la femme du consul en fonction ou du préteur urbain qu'était confié le culte de la bona Dea. Elle en célébrait les fêtes pro populo, en présence des Vestales, dans la maison de son mari (2).
C'était aussi des femmes de magistrats, qui étaient prêtresses de Vénus, de Junon, de Cérès. Tous ces cultes avaient une grande importance, ils avaient un caractère officiel ; les dames romaines qui en étaient investies, et qui étaient chargées de prier pour tous les
(1) Marquardt. Loc. cit.
(2) En l'an 63 av. J.-C, elle fut célébrée dans la maison de Cicéron ; en l'an 62, dans celle de César, qui était alors préteur.
C'était une fête de nuit, secrète, à laquelle aucun homme ne pouvait assister, pas même le magistrat dans la maison duquel avait lieu la cérémonie. (Marquardt. Op. cit., p. 33).
C'est à l'une de ces fêtes, que Clodius prit part sous des habits de femme.
citoyens, étaient dans l'usage assimilées aux autres magistrats de la ville (i). Les femmes avaient également part au culte des Césars, étroitement lié à l'administration des provinces et des municipes ; elles étaient prêtresses des impératrices déifiées. Ainsi, pour honorer Livie et Faustine, quand un décret leur eut décerné l'apothéose, on faisait choix de l'épouse de quelque personnage important, qui lui-même était revêtu de fonctions civiles, et qui souvent, était prêtre d'Auguste ou d'Antonin. Enfin, la plupart des prêtres étaient assistés par leurs femmes, dans leur ministère sacré. La Flaminica remplissait des devoirs presque aussi délicats que le flamen, elle était soumise à des prescriptions aussi minutieuses (2),
Le mari et la femme avaient alors des attributions semblables; nommés tous deux de la même façon, et par le suffrage des mêmes personnes, ils remerciaient leurs électeurs en leur faisant les mêmes présents : les flaminicaî élevaient des monuments et donnaient
(i) G. Roissier. La Relig-ion romaine d'Aug-uste aux Antonins, II, 236.
(2) hz. flaminica ne sortait jamais sans ses vêtements de fête; elle devait porter les cheveux tressés avec une bande de laine pourpre, et disposés en forme de pyramide (c'était le lululus). Sa tête était enveloppée d'un voile, et d'une pièce d'étoile, h laquelle on attachait une branche d'un arbre d'heureux augure. Son long- vêtement était de laine, et cousu avec de la laine. Ses sandales devaient être faites avec le cuir d'un animal sacrifié ou tué. l'allé portait la seccspita couteau sacré) comme son mari. (Marq. Op. cit., p. i5-i<<. La Flaminica dialis.)
des jeux, comme les flamines, leurs libéralités étaient payées par les mêmes hommages (i).
La notion d'équité triomphait donc d'une manière absolue, dans le domaine de la religion. Le principe rationnel de l'égalité des sexes, qui avait dominé dès le début, dans les sociétés fondées sur le maternicat, qui avait été étouffé et refoulé dans les primitives organisations sorties du paternicat, reparaissait, après une laborieuse évolution, dont chaque terme avait été marqué par le triomphe toujours croissant de l'esprit du progrès sur l'esprit de la tradition. Il s'imposait entier, précisément dans la sphère d'où la tradition l'avait d'abord exclu, pour affermir la base du système de despotisme et de subordination.
Telle apparaît ainsi, au seuil du moyen âge, l'évolution accomplie dans les sociétés fondées sur Je paternicat: Dans la religion, tandis que la femme, en Orient, est considérée comme indigne même de connaître la loi sainte, qu'elle est, en Grèce, exclue de toute fonction sacerdotale, à Rome, non seulement elle est associée au culte des dieux domestiques, non seulement elle participe, avec son mari, à l'exercice des cultes publics, mais certaines fonctions sacerdotales lui sont spécialement et personnellement confiées ; dans le domaine des fonctions publiques temporelles, alors que l'Orient
(i) M. Boissier. Loc. cit.
excluait rigoureusement les femmes de tous emplois dans la cité, que la Grèce souffrait à peine qu'une certaine classe de femmes connût les affaires publiques, Rome, au nom des principes religieux, associe, du moins indirectement, les épouses aux fonctions administratives et gouvernementales de leurs maris. Au point de vue des professions privées, si une seule semble avoir été accessible aux femmes de l'Orient, un peu plus nombreuses apparaissent celles qui leur furent ouvertes en Grèce, et presque toutes peuvent être exercées par les Romaines.
Le progrès accompli au cours de l'évolution, atteint presque le terme où il doit se rencontrer, dans la réalisation effective de la notion d'équité et du principe d'égalité, avec les civilisations fondées sur le maternicat : la religion romaine qui passe sous silence l'infériorité de la femme, se rapproche de celle de l'Egypte, où la femme est l'égale de l'homme; la pratique romaine, sinon encore la loi, tend à faire à la femme, en la vie extérieure et sociale, une place presque aussi grande et importante que le droit égytien. Ainsi, de degré en degré, au dessus des idées traditionnelles d'infériorité et de subordination nécessaire, s'élevaient et dominaient, la notion d'équité, les principes de justice, préparant l'égalité et l'indépendance des individus ; le dernier terme de la civilisation antique rejoignait le moyen âge, qui semblait devoir achever l'œuvre commencée, affirmer ce qui n'était encore que proposé, développer au grand jour ce qui n'était
qu'entrevu : les principes déposés au sein des nouvelles sociétés continuaient l'évolution : la doctrine du Christ et le germanisme s'ajoutaient comme un complément rationnel du progrès accompli.
La chaîne se trouva rompue. Avec les doctrines juives, soutenues bientôt par de vieux textes, reparut la tradition : une nouvelle évolution dut commencer, plus longue et pénible, où les deux principes en lutte, tour à tour vaincus et vainqueurs, donnèrent au cours du moyen âge une législation souvent disparate, parfois contradictoire ; lutte opiniâtre, où l'esprit traditionnel triompha d'abord à la veille de 1789, mais où l'esprit progressiste devait avoir le dernier mot, en la marche ascendante d'une civilisation plus éclairée.
DROIT MODERNE