‹ Étude historique sur les professions accessibles aux femmes: Influence du sémitisme sur l'évolution de la position économique de la femme dans la sociétéChapitre 33 sur 58 · Chapitre premier Établissement du Principe · texte numérisé non relu

Chapitre premier Établissement du Principe

La femme est une personne humaine; une individualité propre, consciente, autonome, responsable. Sur le terrain de la philosophie et de la psychologie, on ne peut refuser d'accorder l'égalité de l'homme et de la femme, ou mieux « l'équivalence » (i). Aucun individu pris absolument, n'est en effet identique à l'autre, pas plus la femme à l'homme, qu'un homme à un autre homme ; mais si, métaphysiquement, il y a dissemblance, philosophiquement, en considérant l'unité de l'espèce, il y a égalité. « L'Etre humain, en tant qu'être, n'a pas de sexe, il est vu sous ses deux aspects, l'homme et la femme ne sont pas deux êtres essentiellement et profondément divers, mais seulement deux manifestations de la personnalité humaine (2). »

Or, ce qui constitue proprement la personne humaine, c'est la conscience, qui ne se retrouve chez aucun des êtres réellement inférieurs à notre espèce, et d'où découle pour chacun de nous la responsabihté

(i) Léon Richer. La Femme libre, p. 36. (2) L. Richer. Op. cit., p. .S7.

des actes bons ou mauvais que nous accomplissons. Tous les individus de Tespèce humaine sont à l'état conscient, tous se sentent autonomes, et tous se sentent libres. C'est seulement en descendant l'échelle des êtres que l'on cesse d'apercevoir ces qualités supérieures ; refuser l'égalité de l'homme et de la femme, à ce point de vue, ce serait dire que l'on descend quand on parle de la femme; mais, trouverait-on, dans le monde moderne, quelqu'un qui osât soutenir sérieusement la doctrine des Pères de l'Eglise, du Talmud et du Coran > Difficilement sans doute, et personne ne pourrait dire aujourd'hui, que la femme n'est pas un être conscient, qu'elle ne connaît pas, comme l'homme, sa personnalité, qu'elle n'est pas responsable : la loi elle-même proclame d'ailleurs ici l'égalité des sexes, elle leur impose les mêmes devoirs, elle les punit des mêmes peines.

Il n'appartient donc à aucun de refuser à la femme les moyens de développer ses facultés ; on n'a pas le droit d'entraver sa liberté, d'opprimer ses volontés, d'étouffer ses aspirations, de dominer sa conscience, de porter atteinte au libre épanouissement de son être intellectuel et moral : les principes postulent que la femme soit libre comme l'homme, au même titre que lui, que toutes les carrières lui soient ouvertes, que toutes les professions lui soient accessibles.

Si on s'écarte du principe, la situation faite aux femmes, non seulement ne s'accordera pas avec le droit strict, mais il paraît incontestable, qu'elle ne sera en

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rapport, ni avec les services que les femmes peuvent rendre, ni avec le niveau réel de leur intelligence, ni même avec les intérêts bien entendus de la société. En droit strict, la femme a droit au travail, car elle a droit à l'indépendance ; lui refuser le droit de travailler, le dénier cà celle que la fortune n'a pas favorisée et pour qui le travail est une nécessité, c'est la contraindre à accepter d'autrui sa subsistance quotidienne, la mettre toute sa vie à la merci d'un homme, la faire tomber dans une dépendance absolue, d'autant plus douloureuse, qu'elle est irrémédiable. Au point de vue économique, il est meilleur pour la société que la femme travaille que de ne travailler point; il est plus avantageux, dans l'intérêt de la collectivité, que les femmes concourent avec les hommes pour l'exercice des fonctions publiques. Si, comme quelques-uns l'ont proposé, le travail des femmes était supprimé dans l'industrie, il y aurait une véritable perte pour la société, car il se produirait une restriction dans la production ; on arriverait vite à une décroissance considérable de la richesse nationale. Si on admettait les femmes aux fonctions et aux occupations qui, jusqu'ici, ont été le privilège exclusif de l'homme, l'intérêt général en retirerait l'avantage que peut donner l'augmentation de l'influence excitante, exercée par un plus grand nombre de concurrents sur les compétiteurs, et, d'autre part, l'élargissement du champ, où le choix pourrait être fait. La société aurait une somme double d'intelligence à employer à ses services.

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