LES AUTEURS PROGRESSISTES
sur ces idées, elles doivent nécessairement avoir des droits égaux (i) ». Ayant admis le principe équitable du germanisme, le principe logique de la philosophie, il en affirme les conséquences : « ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits, dit-il, ou tous ont les mêmes ». Il y a une contradiction dans l'œuvre de la Révolution si on oublie les femmes dans l'émancipation générale : « ce principe de l'égalité des droits qu'on vient de proclamer, ne l'a-t-on pas violé aussitôt, en privant la moitié du genre humain des bénélices de cette égalité ?■ » Etant admis la qualité d'être humain chez la lemme au même degré que chez l'homme, on ne peut invoquer pour l'exclure de la cité que sa constitution, ou son incapacité intellectuelle ; or, sa constitution physique l'assimile, au plus, aux hommes maladits et faibles de tempérament ; quant à sa moindre connaissance actuelle des affaires, elle est la suite nécessaire de l'éducation ; et en admettant même une supériorité d'esprit chez quelques hommes, l'égalité resterait entière entre les femmes et le reste des hommes : « Cette classe d'hommes très éclairés mise à part, l'infériorité et la supériorité se partagent également entre les deux sexes. Or, puisqu'il serait complètement absurde de borner à cette classe supérieure le droit de cité et la capacité d'être chargée de fonctions publiques, pourquoi en excluerait-on les
(i) Condorcct. Sur l'admission des femmes au droit de cité, 1790. Revue de la Révolution IVançaise. (Janvier-Juin, 1882). M. Aug-. Dide.
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femmes plutôt que ceux des hommes qui sont inférieurs à un grand nombre de femmes? (i) »
A une époque plus récente, le Saint-Simonisme et le communisme font de Tégalité des deux sexes un article de foi. Enfantin, dans la « Religion Saint-Simonnienne », pose le principe de l'égalité de l'homme et de la femme; dans son « Appel à la femme (2) » il annonce au nom de Saint-Simon, à l'homme et à la femme, leur égalité morale, sociale et religieuse; de même, la doctrine du Père Bazard dit expressément que l'homme et la femme doivent être placés sur le même rang, qu'ils doivent partager toutes les fonctions sociales et religieuses, associer leurs forces et leurs capacités dans le temple et la cité, comme dans la famille,
Pierre Leroux, à la suite des disciples immédiats de Saint-Simon, déclare qu'il n'y a pas deux êtres différents, l'homme et la femme, mais « un seul être humain sous deux faces (3) », « il y a, dit-il, des êtres humains d'origine commune et de facultés semblables ; l'homme est dans tous les moments de sa vie sensation, sentiment, connaissance, la femme aussi, la définition est donc la même. Les femmes se manifestent comme personnes humaines et doivent se ranger comme
(ij Lettres d'un bourgeois de Now-Ilaven à un citoyen de Virginie. A. Le Faure. Op. cit.. p. 154 et suiv.
(2) Entretien du 7 doc. i838.
(3) Encyclopédie nouvelle, v. 4, Egalité.
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riiommc sous les diverses catégories de la société civile. La cause des femmes, dit encore P. Leroux, se lie au progrès général du genre humain : « Elles sont les égales des hommes, parce qu'il n'y a plus ni esclaves, ni serfs ; « abolissez les castes c]ui subsistent « encore, abolissez la caste où vous tenez enfermée la « moitié du genre humain ; ouvrez aux femmes l'accès « à toutes les carrières, et nos arts, nos sciences, nos « industries feront autant de progrès nouveaux qu'ils « en ont fait il y a quelques siècles, quand les serfs y « ont été appelés (i). *
Fourrier et les communistes modernes tirent les mêmes conclusions des mêmes principes ; AL Pecqueur, dans la « République de Dieu », pose en principe l'égagalité complète de l'homme et de la femme : « Dans « le milieu créé par la religion de fraternité et d'éga- « lité, dit-il. les femmes trouveront, dès leurs jeunes « années, les mêmes moyens et les mêmes Conditions « de développement, de fonctions et de rémunérations, « enfin les mêmes droits, le même but social à pour- « suivre que les hommes; et à mesure que les mœurs « correspondront aux fins religieuses et morales, la loi « vivante déduira les conséquences pratiques de tout <f ordre contenu en germe dans le dogme de l'égalité «' complète des sexes (2). »
l-'ourrier, dans la « Théorie des quatre mouvements »,
(i) Cite par M-n^ Jenny d'Héricourt. Op. cit., i, p. .^oet suiv. (i) M"? J. d'Her. Op. cit., i. 20.
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déclare que rhomme et la femme se composant des mêmes éléments physiques intellectuels et moraux, il y a entre les sexes, identité de nature ; comme conséquence : les deux ont les mêmes droits et exercent les mêmes fonctions : «■ Tout sera réglé par les chefs des deux sexes, toutes les charges seront conjointement remplies par un homme et une femme qui diviseront entre eux les détails de leur commune fonction (i). »
Entre les deux camps adverses, et comme tenant le milieu entre la tradition et le progrès, obéissant à l'impulsion du mouvement en avant, sans vouloir se détacher complètement des principes traditionnels, AI. Lcgouvé, dans son « Histoire morale des femmes », et M. Pelletan, dans son livre de « La Mère », présentent la question sous un point de vue immédiatement pratique, et y apportent une solution transitoire, dont la modération et la justesse eurent l'avantage de ramener à la cause qu'ils défendaient, ceux qui, sans y être absolument opposés, se seraient cependant montrés ennemis de changements trop brusques, de réformes rompant trop ouvertement avec ce que la tradition les avait accoutumés à considérer comme le droit. iMM. Legouvé et Pelletan s'appuient sur les principes philosophiques comme Condorcet et ses successeurs; mais, au lieu de demander tout ce qu'ils croientjuste, ils se contentent,
(i) J. d'Her. Op. cit., i, 44 et suiv.