‹ Étude historique sur les professions accessibles aux femmes: Influence du sémitisme sur l'évolution de la position économique de la femme dans la sociétéChapitre 43 sur 58 · LES AUTEURS PROGRESSISTES · texte numérisé non relu

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quant à présent, de ne proposer que ce qui leur parait mùr et possible.

-M. Legouvé part des mêmes principes que Condorcet, que Saint-Simon et Fourrier : « Dieu, dit-il, a créé l'espèce humaine double, nous n'en utilisons que la moitié: la nature dit deux, nous disons un, il faut dire comme la nature... ; nous ne pouvons pas, continuet-il, confisquer une force créée par Dieu, éteindre un llambeau allumé de sa main ; ouvrons à larges portes l'entrée du monde à cet élément nouveau, nous en a\ons besoin. » M. Legouvé se rattache encore aux philosophes progressistes par son opposition contre la tradition pure et simple : « Que nous importe l'histoire (i), s"écrie-t-il, il est une autorité plus forte que le consentement du genre humain, c'est le droit. Quand mille autres siècles de servitude viendraient s'ajouter à tous ceux qui sont déjà passés, leur accord ne pourrait abolir le droit primordial qui domine tout, le droit absolu de perfectionnement que chaque être a reçu par cela seul qu'il a été créé (2). »

.Mais il s'efforce en même temps de chercher un moyen terme entre la tradition qui serait un retour en arrière, et le progrès qui semblerait une révolution ; il le trouve dans la combinaison du progrès et de la tradition, de la différence et de l'égalité; d'après lui

(I) Il fout, a dit quelqu'un, demander à l'histoire non des exemples, mais des enseignements.

{2) Ilist. mor. des femmes.

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on peut progresser sans sortir de la tradition, on peut améliorer la situation de la femme et lui donner une position plus indépendante dans la Société, en maintenant une différence entre elle et Thomme: « si le royaume de la femme est dans le ménage, dit-il. qu'elle y soit reine, et qu'elle y ait toute autorité ; si on veut lui donner un rôle dans l'Etat, c'est dans la dissemblance qu'il convient de le chercher ; la mission des femmes sera de faire ce que les hommes ne font pas, d'aspirer aux places vides, de représenter dans la cité, l'esprit de la femme. »

Le premier point à réformer dans la question, et qui sert comme de base à tout le système, c'est l'éducation; le progrès, au nom de la justice, réclame et impose une modification en faveur d'une éducation plus sérieuse des filles: « Comme créature de Dieu, la femme a droit au développement le plus complet de son esprit ; au nom de l'Eternité, on lui doit la lumière. » On peut aussi invoquer la tradition et l'associer au progrès : la place de la femme est avant tout dans la famille, or, c'est au nom de la famille, au nom de la maternité et du mariage qu'il faut réclamer pour les filles une forte et sérieuse éducation : « Sans savoir, pas de mère complètement mère : sans savoir, pas d'épouse vraiment épouse..., il s'agit de tremper vigoureusement la pensée des femmes par le commerce de la science..., l'ignorance amène milledéfauts, mille égarements pour l'épouse » ; M. Legouvc demande « l'édu- « cation publique pour les filles dans des Athénées

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<c qui, par un enseignement approfondi de la France « de ses lois, de ses annales et de sa poésie, feront des « femmes, des Françaises (i). »

Il ne suffît pas de donner aux femmes une éducation solide ; il faut encore les mettre à l'abri du besoin ; pour cela, il faut donner à celles qui sont employées dans les manufactures et dans les industries, un salaire au moins égal à celui des hommes, il faut, en outre, ouvrir à toutes, l'accès des carrières qu'elles peuvent parcourir avec succès. M. Legouvé continue la tradition en admettant que la première tâche de la femme est le gouvernement de l'intérieur, l'éducation des enfants et la consolation du mari dont elle doit être l'inspiratrice; il la complète par le progrès, en reconnaissant que les femmes ont une fonction accessoire à joindre à la première : à côté de cette carrière d'utilité cachée et de dévouement modeste, il faut que la femme puisse en parcourir une autre plus directement et plus pratiquement utile, il faut qu'elle puisse exercer une profession pour concourir à l'entretien du ménage : « Les femmes pourront exercer accessoirement leur activité et leur intelligence dans l'art, la litlittérature, l'enseignement, l'administration, la médecine (2). » La profession de médecin de femmes doit même, d'après M. Legouvé, être toujours exercée par des femmes : « La pudeur exige qu'on appelle des

(i) Cité par M^e Jenny d'IIéricourt. Op. cit., i, 63. (i) Hist. mor. des Femmes, Livre V, cil. m.

femmes comme médecins auprès des femmes;.... les maladies nerveuses, surtout, trouveraient dans le génie féminin le seul adversaire qui puisse les saisir et les combattre (i). » Quant à la participation directe à la vie sociale, il demande que les femmes aient Tadministration des prisons de femmes, des hospices, des bureaux de bienfaisance, la tutelle légale des enfants trouvés et le maniement de tout ce qui concerne la charité sociale, parce que, dit-il, « elles s'en acquitteront infiniment mieux que les hommes (2). »

Acceptant l'évolution accomplie, et prévoyant qu'elle n'a pas encore atteint son degré final, s'efforçant de relier le progrès à la tradition en ménageant les transitions, cherchant à faire triompher le principe de la justice et de l'égalité en respectant la différence admise, M. Lcgouvé demande donc, quant à présent et comme pour préparer dans l'avenir l'avènement complet à la vie sociale de la femme, personne humaine et membre actif de la cité, la réforme de l'éducation d'abord, puis l'admission à toutes les professions privées, enfin l'admission, dans les limites des qualités et des devoirs actuels des femmes, à certaines professions sociales.

M. Pelletan, parti des mêmes principes, arrive aux mêmes conclusions : « La femme » , dit-il , <^ peut exercer une profession pour entretenir son ménage. »

(i) Loc. cit.

(2) Ilist. mor. des Femmes, livre Y, ch. v.

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Dès ce moment, elle a un intérêt dans l'Etat, et, par conséquent, le droit d'intervenir dans la gestion de l'Etat ; prévoyant le degré supérieur dans révolution que réserve l'avenir, il ajoute : « Il faudra un jour ou l'autre l'élever au rang de citoyen, et habituer nos oreilles au mot de citoyenne (i).

Depuis Saint-Simon et le communisme , depuis MM. Pelletan et Legouvé, le temps a continué à marcher, une partie des progrès annoncés s'est réalisée ; la capacité de fait dont les femmes font preuve de jour en jour, postule la capacité de droit, les auteurs contemporains demandent maintenant la mise en pratique plus étroite et plus stricte des principes posés dans la première moitié du siècle ; la question leur paraît mûre aujourd'hui, on ne se contente plus de demander ce qu'il semble impossible de refuser, on réclame l'application en fait de l'égalité proclamée en théorie : Pour ne citer que quelques noms, les plus connus, Stuart-Mill. en Angleterre, a réclamé, au nom de la justice et au nom de l'intérêt de la société, « Tad- « missibilité des femmes aux fonctions et aux occupa- <( tions qui jusqu'ici ont fait le privilège exclusif du « sexe fort » (2). Au nom de la justice, car, « s'il est une injustice suprême, c'est d'exclure la moitié de la race humaine du plus grand nombre des occupations

(i) La .Mère, p. 32.

(2) L'Assujettissement des Femmes, ch. m, trad. Gazelles, p. 119.

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lucratives et de presque toutes les fonctions élevées » ; au nom de l'intérêt de la société, car s'il est un dommage pour celle-ci, « c'est de ne pas permettre aux femmes de concourir avec les hommes pour l'exercice de toutes les fonctions sociales ; souvent ces fonctions sont occupées par des hommes bien moins propres à les remplir que beaucoup de femmes, la société n'a pas à disposer d'un tel nombre d'hommes propres aux hautes jonctions, qu'elle soit en droit de rejeter les services d'une personne compétente (i) ».

Au nom des mêmes principes, en France, I\l. Léon Richer (2) demande que la femme puisse exercer toutes les professions privées et sociales, que toutes les carrières s'ouvrent devant elles, comme elles s'ouvrent devant les hommes.

M. Secrétan, en Suisse (3) , demande que la femme étant appelée à pourvoir elle-même h sa subsistance, toutes les professions lui soient accessibles, y compris les professions libérales et les emplois publics ; « successivement, » dit-il, « plusieurs portes autrefois fermées se sont ouvertes ou entr'ouvcrtes, la justice veut qu'elles le soient toutes. »

Dans la théorie du xix* siècle, on retrouve ainsi une

(i) Op. cit., ch. III, p. 12,3.

(2) La Femme libre, notamment ch. vu.

(.>; La l'cnime et le Droit. Revue pli ilûsophiquc, i('P,S.

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évolution inverse des deux principes dont la lutte avait empli le moyen âge ; Tesprit de la tradition triomphant à la veille de 1 789, vainqueur le plus souvent, mais perdant chaque jour du terrain pendant la première moitié du siècle : l'esprit du progrès abattu dans les premiers combats, mais se relevant plus fort après la défaite, prépare en des transactions habilement ménagées, un triomphe d'autant plus sûr et durable qu'il sera l'œuvre des deux partis.

Il arriva dans les faits une évolution parallèle.

SECTION TROISIÈxME

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