‹ Étude historique sur les professions accessibles aux femmes: Influence du sémitisme sur l'évolution de la position économique de la femme dans la sociétéChapitre 56 sur 58 · Chapitre V Professions traditionnelles · texte numérisé non relu

Chapitre V Professions traditionnelles

Les résultats de révolution accomplie au cours du XIX'' siècle ne se constatent pas seulement par le nombre, de jour en jour plus considérable, des carrières ouvertes aux lemmes : en vertu du jeu naturel des lois économiques, celle-ci retentit jusqu'en les professions qui leur furent abandonnées de tous temps, jusqu'en les professions traditionnelles.

L'effet ici produit est double; ces professions restent librement accessibles à toutes, comme par le passé ; mais par suite de l'application presque complète, dans le domaine de Téducation. du principe d'égalité, par suite de Taccès, ouvert aux femmes, à de nouvelles carrières, beaucoup moins s'offrent à tenir ces emplois ; comme conséquence , les demandes devenant supérieures aux offres, la condition des employées s'élève en raison directe des progrès de l'évolution dans les domaines voisins. Les salaires des femmes remplissant les fonctions subalternes de serviteurs attachés à la personne, suivantes, chambrières, nourrices, gouvernantes, et qui leur furent presque seules accessibles, sous l'empire des principes tradi^J')nncls.sont considérablement plus élevés aujour-

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d'hui, qu'au commencement du siècle, et que dans l'ancien droit.

La réalisation effective de la notion d'équité devra arriver à faire aux femmes, ici encore, une situation économique égale à celle des hommes exerçant des professions analogues. Le législateur les met déjà sur un pied d'égalité absolue avec ceux-ci, au point de vue juridique, l'article 2101, 4" du Code civil, qui donne aux gens de service un privilège pour recouvrer leur salaire de l'année échue et de l'année courante, ne distingue pas entre les sexes; le principe d'égalité s'imposera, au dernier terme de l'évolution, aussi dans la question économique de la quotité des gains.

La seconde conséquence, relative aux professions traditionnelles, de l'application en fait des principes posés en théorie, sera sans doute la diminution du nombre, des femmes qui s'abandonnent elles-mêmes, pour vivre, et qui doivent demander au métier de courtisane, les ressources nécessaires pour subvenir à leur entretien, parfois, à celui de leurs enfants. Cette profession, qui fut si répandue au moyen âge, si brillamment illustrée en Grèce, et par imitation, à Rome, devra s'atténuer en raison des progrès accomplis, pour disparaître des civilisations éclairées, où la législation et la pratique réaliseront l'application de plus en plus large de la notion d'équité et du principe d'égalité.

L'histoire de révolution dans la situation économique de la femme vient ainsi compléter les raisonnements philosophiques et apporter des éléments nouveaux à la solution du problème. En cette matière spéciale, comme dans la question générale, dans cette dernière comme en le domaine plus vaste des questions sociales, le progrès, d'un peuple à l'autre, d'une période de civilisation à la suivante, de siècles en siècles, se manifeste uniformément par une application plus exacte et plus précise de la notion d'équité; celle-ci, à tous les âges, sous toutes les latitudes, domine et dirige invariablement comme d'en haut, et par une marche ascendante, le processus de toute institution vers un but, toujours le même, plus élevé de degré en degré, dont le terme final doit donner la réalisation de la justice et de l'égalité, le règne d'une harmonie complète entre les divers éléments sociaux, la plus juste expression du droit par la loi .

Dans la question des femmes, l'évolution a suivi lentement, mais d'une manière continue et progressive, à travers les innombrables obstacles suscités par les

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faits et par la tradition, la voie conforme au droit, que lui traçait l'équité : partie du degré infime des organisations primitives où la force prime le droit, où le groupe absorbe l'individu, où la femme est l'esclave de l'homme, elle franchit bientôt les stades intermédiaires, pour atteindre le terme supérieur où le despotisme s'efface devant le droit, où l'individu s'élève au dessus de la famille, en attendant qu'il s'affirme en face de l'Etat ; où la femme devient la compagne de l'homme et son associée dans la famille. Le principe progressiste, fort de toute l'autorité de la justice, triomphe finalement des résistances de la tradition ; il s'affirme tout-puissant, dès l'antiquité, dans la pratique romaine, plus tôt, même, dans la législation égyptienne,et dans les sociétés où la notion d'équité n'eut pas à lutter contre la force ph}'sique, où la tradition était elle-même progressiste. Réfoulé et arrêté dans son essor au moyen âge, par la renaissance des principes traditionnels et le développement considérable que leur donnèrent les Pères de l'Eglise et les Juristes, il puise des forces nouvelles dans les déclarations de 1789; le souffle de la Révolution lui imprime un élan qui rélève rapidement au dessus de la tradition exclusive.

L'évolution a reconquis le terrain perdu au moyen âge, la situation économique des femmes, dans les états modernes, est supérieure, le plus souvent, à ce qu'elle fut à. Rome, au moins égale, dans les cas les plus défavorables. L'évolution semble peu éloignée d'at-

teindre le terme final, qui devra donner l'application pure et simple du principe d'égalité dans le libre accès aux professions et fonctions sociales, ouvert indistinctement aux hommes et aux femmes, et dans la juste rémunération des services rendus par les uns et par les autres ; elle atteindra ce terme dans un avenir plus ou moins éloigné, deux fois la notion d'égalité s'introduira dans le droit et ce sera comme la clef de voûte qui va résumer et concentrer en son unité, le progrès accompli, qui va consolider, du faîte à la base, ce monument élevé par les efforts de quarante siècles, reposant, comme sur une assise inébranlable, sur les principes éternels de la justice sociale.

Les principes philosophiques et l'utilité de la société postulent qu'il soit fait à la femme une situation économique égale à celle de l'homme ; la femme, comme tout individu, doit s'élever au-dessus de la famille, elle doit s'allirmer en face de l'Etat; il ne suffit pas à la notion d'équité que la lemme soit l'associée de l'homme dans la famille, il lui faut l'être aussi dans la cité ; il y a plus, elle ne peut l'être complètement en celle-là qu'en l'étant en celle-ci. L'histoire qui constate la progression constante, le développement continu, l'extension toujours plus considérable, en l'application, du principe d'égalité, qui nous montre les femmes, s'élevant de degré en degré, de la position d'esclave, tenue dans l'ignorance et enfermée dans le gynécée, à celle de mère et d'épouse, éducatrice intelligente des enfants, compagne éclairée de l'époux, et même asso-

ciée parfois à la vie publique de celui-ci comme à sa vie privée, occupant, en de certaines civilisations et à de certaines époques privilégiées, une situation sociale, en dehors de la famille, égale à celle des hommes, silhouette entrevue, comme en une réalisation anticipée des principes directeurs de révolution, du terme final conforme à l'équité où celle-ci devait aboutir ; l'histoire s'accorde avec les principes, la pratique confirme la théorie, le fait prouve la nécessité du droit, l'évolution apporte comme une vérilication partielle de l'hypothèse généreuse du principe libéral : si la justice veut que les femmes occupent dans la société une position économique égale à celle des hommes, chaque nouveau stade de l'évolution a invariablement marqué une amélioration de leur condition en ce sens; on est donc, semble -t-il, justement autorisé à conclure: les derniers termes achèveront l'œuvre commencée. La femme ne sera pas seulement l'associée de l'homme dans la famille, mais comme déjà sous le régime féodal, la dame de fief, comme dans l'antiquité, en la civilisation égyptienne, et comme actuellement en la majorité des Etats d'Amérique et dans quelques pays d'Europe à de certains points de vue, la femme sera l'associée de l'homme aussi dans l'Etat: en elle se manifestera, à côté et indépendamment de la mère et de l'épouse, la personne humaine, l'individu membre de la cité, apte à rendre les mêmes services sociaux que l'homme : l'éducation des filles sera de tous points égale à celle des garçons, les professions privées et les fonctions

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pLibliiqucs prufcssionnellcs seront ég-alement accessibles aux deux sexes et aux mêmes conditions; ce sont les conclusions de réquité et de la logic]uc. Ainsi, de degré en degré, à travers les âges et les civilisations, de l'Orient à la Grèce, de la Grèce à Rome, de Rome à l'Europe moderne, de celle-ci au nouveau monde, se sera réalisé progressivement, dans la question de la condition économique des i^mmes, et revêtant une forme toujours plus précise, le principe de justice qui domine et élève à soi toute évolution, qui sert de règle inllcxiblc, de modèle jamais changeant au droit et à la loi.

Le progrès social qui relèvera la condition de la femme et lui permettra d'être dans la vie politique, administrative, juridique, industrielle, l'égale de l'homme, si d'ailleurs, ses aptitudes justifient cette prétention à l'égalité, ce progrès ne saui"ait être ni anéanti, ni enrayé. Il y a déjà droit acquis, puisqu'il \' a raison attestée. Si on veut se rendre compte de l'importance de l'évolution moderne à cet égard, il suffit de comparer entre elles les affirmations des écrivains du passé et des auteurs modernes sur la question de l'équivalence des sexes. Tandis c]ue sous l'empire des préjugés théologiques , on examinait , non pas au moyen cage, mais en plein xvi*^ siècle, la question de savoir si les femmes appartenaient à l'espèce humaine, tandis qu'on regardait au XVI r siècle comme un paradoxe audacieux, les timides revendications d'un Poulain de la Barre, voici que

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sous kl Révolution, l'un des philosophes les plus illustres de la Convention nationale, l'un des esprits les plus modérés et les plus vastes de notre pays, Condorcet, affirme hardiment réyalité des droits pour l'homme et pour la femme.

Au XIX' siècle, ce qui n'était qu'une opinion isolée, apparaît comme une thèse presque universellement acceptée, l'éclair est devenu le plein jour. Des théoriciens comme Pierre Leroux, des philosophes comme Stuart .Mill, gravement, doctement, soutiennent la doctrine de l'équivalence. Jadis, on aurait souri de leurs efforts, raillé leur thèse; selon le mot de Beaumarchais, tout aurait fini par des chansons. Aujourd'hui les railleries d'antan semblent non seulement insuffisantes, mais injustes, blessantes, pour la conscience humaine, et si le ridicule est de quelque côté, c'est bien plutôt du côté des détracteurs des droits deS femmes, que du côté de leurs défenseurs.

Des journaux se fondent, des sociétés se créent pour la défense d'une juste cause : présentée avec modération, appuyée de plus en plus sur des raisonnements et sur des faits, cette défense ne saurait que gagner en popularité sérieuse. A qui la thèse de l'accession des femmes aux professions qu'elles peuvent remplir mais dont quelques-unes ont été accaparées par les hommes, pourrait-elle porter ombrage?* Il ne s'agit pas de déposséder d'un droit ceux qui le possèdent, il s'agit d'élargir la notion du droit. Cet agrandissement de justice apportera nécessairement une

force nouvelle à la société, car la prospérité de celle-ci dépend du concours de tous; là où des énergies, des puissances, des capacités sont tenues à l'écart, volontairement amoindries, il y a germe de dépérissement et de faiblesse ; là où de par la loi et les mœurs, toutes les virtualités peuvent vivre et se développer, il y a au contraire, occasion de prospérité et de grandeur. Avec quelques-uns des plus nobles penseurs de ce temps et à fabri de l'autorité, nous demandons simplement pour la femme, un peu plus de justice et d'égalité sociale ; le progrès, n'est-ce pas la diffusion du droit, la réalisation des réformes qui mettent l'équité audessus des abus de la force, la raison au-dessus des traditions >

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