AVORTEMENT PAR CONSTIUCTION DU VENTRE
§ 1. Le 13 avril, à neuf heures du matin, devant un honorable confrère, îious procédâmes îi l'examen demandé et constatâmes que les taches de sang qui imprégnaient le linge dans lequel l'enfant était enveloppé étaient trop peu nombi'euses, trop peu intenses, pour révéler une hémorrhagie mortelle ; le cordon, déchiré à 9 centimètres de l'ombilic, ne porte pas de ligature ; est frais, rond, transparent, et la peau sur laquelle il ■s'insère n'offi*e pas l'aspect d« l'organisation parfaite qu'elle a acquise sur ain enfant à terme. Il n'existe pas de putréfaction.
§ 2. La longueur du corps, mesuré du vertex aux talons est de 45 •centimètres ; l'ombilic se trouve en contre-bas de la moitié de cette longueur ; le poids est de 2 kilogrammes 300 grammes. L'épiphyse inférieure des deux fémurs, coupée par tranches, ne renferme par le noyau d'ossifîtion justement considéré comme signe principal de la maturité complète «d'un fœtus.
§ 3. La surface du corps étant lavée avec soin pour enlever la terre sablonneuse qui lui était adhérente, nous trouvons une couche d'enduit sébacé autour du cou et sur la joue droite ; la peau, généralement assez ferme et d'un blanc rosé, présente çà et là des sigillations qui n'ont pas les caractères de violences extérieures ; elles ne recouvrent pas des ecchymoses dans l'épaisseur du derme ni au-dessous, ainsi que cela a été démontré par diverses incisions; elles sont le résultat probable de pressions opérées depuis la mort par des plis du linge et par la teri-e qu'on a pu fouler sur le cadavre après l'inhumation.
Nous nous croyons autorisés à rapporter maintenant à ces causes ou h des circonstances du même genre, une dépression remarquable du visage ^de gauche à droite, avec une déviation du nez dans le même sens, ce qui ■avait éveillé d'abord la pensée d'une main criminelle fermant les ouvertuii'es périphères, la bouche et la narine.
§ 4. La poitrine, vue extérieurement, n'est développée ni latéralement ni en avant.
L'abdomen se présente, au contraire, avec un dévclopement relativement énorme ; on sent à travers ses parois, des tumeurs dures, résistances, dont l'autopsie devait révéler la nature.
Les parties génitales externes sont dans un état tellement anormal, que la détermination du sexe devient incertaine, elles se composent, en effet, d'une saillie de la peau, formant au-dessous du pubis une tumeur qui semble empruntée à un segment de sphère ; le centre en est déprimé et porte un cylindre long de S à 6 milimètres verticalement fendu.
L'anus est imperforé, la région où il devait se trouver n'offre aucune 'dépression.
Passant à l'autopsie, nous trouvons : § 5. Sous le cuir chevé|u, suffusions sanguines sous-péricrâniennes plus ou moins étendues, souvent rondes, à contours bien distincts et toujours d'une teinte rouge ibrune.
La fontanelle antérieure large, les os du crâne ne se touchent pas par leur bord, et sont sensiblement mobiles.
Cerveau congestionné, enveloppé, surface externe sans trace de violence,
§ 6. Pas de corps étranger dans les cavités buccale, laryngienne et pharyngienne, pas d'impressions digitales aux ouvertures.
§ 7. Les poumons sont petits, massés sur eux-mêmes, ayant la consistance du foie dim adulte : loin d'emplir la poitrine, ils laissent le cœur à découvert ; leur texture est compacte et lobuleuse ; enlevés avec le cœur, le thymus est soumis aux épreuves docimasiques : il gagne proniptement le fond du vase.
Allégés du poids des organes cjue nous venons d'indiquer, ils plongent ensemble ou séparément.
Incisés et comprimés sous l'eau, ils ne font monter à la surface aucune bulle d'air ni d'un gaz qu'elconque.
§ 8. Le foie, abreuvé de sang noir, dur et doublé au moins de volume, adhère, par sa face convexe, d'une manière intime, au diaphragme, et, par sa surface concave, à des points sans nombre de l'appareil digesti'
Tous les viscères sont soudés, d'autre part, à la surface périlonéalc. qui double la paroi abdominale antérieure : il a fallu user de beaucoup de précautions pour les en détacher.
L'ensemble de la cavité splanchnique offre des anomalies de structure qui se présentèrent à de nombreux détails d'histologie anormale et d'a^ natomie pathologique au point de vue médico-légal, le seul qui doive nous occuper ici ; nous nous bornons à noter les faits suivants :
L'intestin grêle est de très petit ccdibre ; ses parois, d'une ténuité extrême, se déchirent avec beaucoup de facilité. Le gros intestin, d'une capacité à peu près anormale, contient dans sa partie inférieure du méconium, et se termine en cul-de-sac à 15 millimètres environ de la vessie, à la partie postérieure de laquelle il va se fixer sous forme d'un ligament plein d'une éature fort dense.
Les reins, les capsules surrénales ont pris des dimensions triples de leur volume ordinaire, les uretères atteignent la grosseur d'une plume à écrire.
Le bassin est rempli et débordé par cinq poches, dont l'une, égale à un œuf de poule, est évidemment la vessie, puisque les uretères vont la rejoindre et qu'un stylet plein a pu parvenir dans son intérieur parla fente déjà indiquée comme faisant partie d'un ^simulacre d'appareil génital obtenu plutôt féminin que masculin.
Les quatre autres poches semblent être des anneaux de la vessie ; notons, toutefois, qu'elles ne se vidaient pas dans ce réservoir ; quand nous pressions sur elles, il a fallu les inciser.
Nous avons vainement cherché des traces de la matrice, des ovaires ou des testicules à l'intérieur, et, sous notre scalpel, le petit cadavre n'a réellement pas de sexe.