RUE
plus ordinairement administrée. Pour la Sabine, c'est la plupart du temps en poudre sèche, ou sous forme d'huile, ou plus rarement d'essence. Il n'est pas impossible de retirer des liquides contenus dans l'estomac ou dans le tube digestif l'une ouTautre de ces préparations, soit par la distillation, soit par l'évaporation. Pour en reconnaître la nature, la méthode la plus sûre est ensuite de comparer les produits avec la substance elle-même, préalablement préparée et examinée sous ces diverses formes. En s'aidant de l'examen microscopique et des caractères physiques tirés de l'odeur, de la saveur, de la couleur ; en recourant même au besoin à des expériences faites sur les animaux vivants avec les liqueurs extraites du cadavre, on peut arriver à constater de la manière la plus positive la présence de la substance vénéneuse et abortive que l'on recherche.
Rue. — La rue, dans son action spécifique sur l'utérus, a été l'objet d'une étude plus complète que la sabine, et l'on doit au docteur Hélie (de Nantes) (1), des observations fort intéressantes qui mettent hors de doute la propriété abortive de cette plante.
M. Hamelin a consigné les résultats très intéressants d'expériences entreprises sur les animaux; ces expériences complètent les observations de Hélie (de Nantes). Sur des lapines il a réussi à provoquer l'avortement. (( L'époque de l'avortement, dit-il, et les conditions dans lesquelles il s'est produit, n'ont rien de constant. L'avortement a eu lieu trente-six heures après une première injection, et douze heures après une deuxième, chez une lapine qui a succombé ; soixante heures environ après
(1) Hélie (de Nantes), De l'action vénéneuse de la rue, et de son influence sur la grossesse. {Annales d'hygiène et de médecine légale, t. XX, p. 180, 1838.)
36 DES SUBSTANCES ABOP.TIVES.
a dernière administration de rue, chez une autre qui ne parut pas s'en ressentir ; et la mort survint chez une troisième lapine également pleine, huit à dix heures après a prise de la rue, cette fois sans avortement. Cette dernière mourut dans le collapsus, tandis qu'aucune altéraion de leur santé ne se manifestait chez les deux autres (1)»
L'avortement peut donc se produire chez les animaux ainsi que Hélie l'avait observé chez les femmes.
M. Hamelin résume ainsi l'action de la rue. « En résumant cet ensemble de faits, on voit que la rue, chez les animaux mis en expérience, a exercé une action locale peu accentuée sur l'estomac, plus marquée sur le duodénum et la première partie de l'intestin grêle ; qu'elle a provoqué d'abord une élévation de la température suivie d'une dépression allant jusqu'au collapsus, dépression primitive, après des doses très élevées, et que la circulation et la respiration n'ont été modifiées que dans une faible proportion, quoique cependant la diminution de leur rythme ait été ordinairement constatée parallèlement à l'abaissement de la température ; que l'action sur le système nerveux a généralement été stupéfiante, surtout avec l'huile essentielle, et dans quelques cas a été convulsivante (chez les lapines seulement); que l'avortement s'est produit surtout dans la période du collapsus, tantôt avec les organes génitaux congestionnés (dans un cas très probablement à la suite d'asphyxie), tantôt avec ceux-ci anémiés ; enfin que la mort est survenue au milieu du désordre extrême de la circulation et de la respiration, ou par le progrès du collapsus nerveux, et que, lorsque l'animal en réchappait, il gardait une soif vive, avec grand appétit, indice non douteux do la lésion du tube digestif. »
(1) Hamelin (de Montpellier), Dict. encyclopédique des sciences médicales, art. Rue.