‹ Etude médico-légale sur l'infanticide (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES CONDITIONS PHYSIQUES ET MORALES DANS LESQUELLES SE PRÉSENTE LA FEMME ACCUSEE D'INFANTICIDE.

L'histoire de Tinfanticide serait incomplète et l*on n'aurait qu'une idée insuflBsante de l'expertise médico-légale en cette matière, si Ton négligeait les conditions physiques et morales dans lesquelles se présente la femme accusée d'infanticide. En effet, l'examen de la femme tient une place considérable dans la mission confiée à l'expert, et ainsi que je Tai dit au commencement de cette étude, il est d'une extrême importance d'établir sur des preuves certaines et que le médecin seul peut mettre en lumière, les diverses circonstances relatives à la femme qui est supposée avoir tué son enfant. Les questions nombreuses et délicates qui s'y rattachent demandent donc de notre part une attention toute spéciale.

S'il est impossible de prévoir toutes celles qui peuvent surgir dans les hasards d'une procédure ou d'un débat criminel, et par conséquent de donner d'avance et d'une manière générale des solutions assurées, on peut les diviser en trois groupes principaux comprenant chacun un ordre de faits distincts.

Le premier se rapporte à l'identité de l'accusée : il y a lieu d'établir par le fait et par la date de l'accouchement, que la femme inculpée est ou peut être la mère de l'enfant mis à mort. Le second embrasse toutes les particularités qui, dans le cours de la grossesse ou durant le travail de raccouchement, peuvent être relevées dans l'intérêt de la défense ou de Taccusation. Dans le dernier groupe de questions se placent les questions relatives à l'état physique et moral de la femme après raccouchement, et à l'influence

SIGNES ET DATE DE L'ACCOnCHSMEHT. 205

que cet état peut exercer sur ses actes. Il y a là, comme on le voit, un champ d'observations et de recherches extrêmement vaste et souvent hérissé de diflBcultés d'autant plus redoutables, que Texpert ne doit compter pour les éviter que sur son expérience^ et qu'il court risque de se heurter trop souvent contre des faits dénaturés et de fausses allégations. Je demande donc la permission d'entrer dans tous les développements que nécessite chacune des questions dont il s'agit.

C^asiatatitta ém Udtet d« la daic de I aeeoackcBMat. —

La première chose à faire lorsqu'une femme est soupçonnée du crime d'infanticide est de constater si elle est réellement accouchée, et dans le cas de l'affirmative, à quelle époque remonte son accouchement^ ou pour mieux dire si cette époque répond à celle de la naissance de l'enfant dont on a retrouvé le cadavre. Je n'ai pas besoin d'insister sur la nécessité d'une visite complète à laquelle la femme innocente ou coupable ne se refuse d'ailleurs jamais.

La constatation du fait de Taccouchement dans l'infanticide n'offre pas, en général, de grandes difficultés, par la raison qu'elle a lieu le plus souvent dans un délai assez court après la délivrance, et que l'expert n'a alors à reconnaître que les traces ordinairement évidentes d'un accouchement récent. Dans quelques cas cependant, lorsque l'infanticide n'a été découvert que tardivement, il y a à rechercher les signes beaucoup moins tranchés, parfois même effacés^ d'un accouchement éloigné, ou même trèsancien.

Ordinairement, la femme inculpée est en état d'arrestation et les constatations n'ont rien de très -délicat. Mais quelquefois c'est sur un simple soupçon, sur une dénonciation, que le médecin est appelé à procéder à la visite, et il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir à aborder à cet effet des

206 GONOrrroifS QUS I^RÉSEUtE Là FElllffi àCiCnséE.

femmes placées dans des coaditions sociales assez élevées, qui avaient été dénoncées comme étant accouchées clandestinement et ayant tué leur enfant. L'examen, accepté le plus souvent avec empressement, me montrait qu'il n*]r avait pas la moindre trace 4*ACcouchement^ soit récent, soit ûncietl. Et devant ce résultat négatif nettement formulé toute poursuite s'arrêtait. Je rappelle que si par impossible une femme se refusait à la visite, l'expert» sans jamais employer aucune contrainte, doit se contenter de prendre acte de la résifttanûe et se retirer en se gardant bien de rien conclure au point de vue de Taccouchement s*il n*a pas pfôcédé & une Visite complète. Et par visite complète^ on doit entendre ici l'examen direct de la paroi abdominale, des organes sexuels tant externes qu'internes et des seins. Ce n'est en effet que sur l'ensemble des caractères et non sur tel ou tel signe que Ton doit fonder ses conclusions; car si^ dans l'immense majorité des cas, la constatation est facile, il peut arriver que Ton s'abuse par un examen trop superficiel.

La peau du ventre^ sur laquelle portera la première inspection, se montre pendant les trois ou quatre jours quî suivent la délivrance complètement plissée et comme froissée dans toute son étendue. En écartant ces plis on découvre utie ligne brune qui s'étend de l'ombilic au pubis, d'autant plus foncée que la femme est plus brune, mais d'autant' plus caractéristique qu'on la voit même chez les femmes blondes chez qui la matière pigmentaire est peu* développée. D'autre part on volt dans le fond des plis de la paroi abdominale, de larges éraillures de teinte rouge violacée obliquement dirigées le long des flancs et dépassant parfois le pli des

aines.

La peau revient sur elle-même lentement mais en conservant toujours une certaine laxîté ; et en même temps les éraillures se rétrécissent et perdent leur coloration violacée pour devenir d'un blanc nacré. Ces changements exigent plu-

ftieHES ST DATE DE l'ACCOUGHEMBNT. 207

^urs semaines, quelquefois plusieurs mois, pour se produire ; et l'on peui reconnaître, même chez une femme qui a eu plusieurs enfants, la date récente du dernier accouchement, à la teinte rouge des éraillures les plus nouvelles qui tranchent au milieu des lignes blanches provenant d'accouchements antérieurs. Ce signe n*a cependant qu'une valeur relative. Car d'un côté il peut faire complètement défaut : ehez des femmes petites, jeunes, h peau très-élastique, la grossesse peut ne laisser aucune trace à l'extérieur; et d'un autre côté le plissement et Téraîlluredela paroi abdominale peuvent être produits par d'autres causes que la gestation. Les seules variations de l'embonpoint chez de très-jeunes filles de constitution lymphatique et molle; des hydropisies anasarque et ascite que l'aménorrhée ou la suppression des règles déterminent parfois à Tâge de la puberté ou que certains états morbides provoquent même chez rhomme^ peuvent s'accompagner du plissement de la peau du ventre. Mais dans ces cas, le relâchement et les érail lures du tégument externe se montrent en môme temps sur les cuisses^ sur les hanches, sur les reins et quelquefois sur les parties supérieures de la poitrine et des bras. J'en ai vu de nombreux exemples et il n'est pas de praticien qui n*en puisse citer. II faut donc que le médecin légiste se montre très-circonspect dans l'appréciation de ce signe.

J'attache beaucoup plus d'importance aux données fournies parTexamen des organes génitaux. Deux signes notamment méritent une grande confiance au point de vue de la constatation de l'accouchement non-seulement tout récent mais encore datant de plusieurs semaines : c'est, d'une part, l'écoulement particulier qui se fait par les parties externes après la délivrance et qui se prolonge pendant un certain temps; et, d'une autre part, la diminution graduelle du volume et les changements régressifs qui se produisent^ dans le corps et le col de l'utérus à partir de Taccouchement. Ce

Page 1