‹ Etude médico-légale sur l'infanticide (volume 2)Chapitre 28 sur 46 · ÉTAT PHYSIQUE DE LA FEMHB APRÈS L'AGGOUOISIIIHT · texte numérisé non relu

ÉTAT PHYSIQUE DE LA FEMHB APRÈS L'AGGOUOISIIIHT

lieu où elles^est délivrée, permet de reconnaître si, en eifet, il y a eu perte de sang considérable et capable de produire la syncope. Une autre soutiendra qu'elle était en proie à des convulsions^ à des attaques de nerfs qui Tout empêchée de songer à son enfant : et que celui-ci a pu ainsi rester dans une position vicieuse, entre les jambes de la mère, la face sur le lit, baignant dans les liquides qui s'échappent des parties de la femme ; ou bien encore que dans un mouvement convulsif elle l'aura écrasé ou étouffé sans s'en apercevoir; ou seulement que dansl'élatde stupeurou de syncope dans lequel elle était plongée, elle n'a pu débarrasser son enfant des mucosités et des matières glaireuses qui s'accumulent dans Tarrière-gorge du nouveau-né, ce qui Ta étouifé.

Mais j'ai déjà été au-devant de ces allégations et les ai réfutées en traitant de la mort par suffocation. Je n'y reviens que pour mieux montrer le cas que Ton doit faire de ces nombreuses suppositions imaginées le plus souvent pour soutenir une défense aux abois.

La plupart de ces suppositions sont purement gratuites : et lors môme qu'elles seraient acceptables en fait^ elles seraient loin d'avoir les conséquences qu'on prétend leur attribuer. C'est ainsi que la position de l'enfant, la submersion de la tête dans les liquides issus de la femme n'entraîneraient pas nécessairement la mort du nouveau-né, chez qui la vie sera entretenue par la circulation placentaire tant que le cordon n'aura pas été coupé et que le placenta sera retenu dans la matrice, ce qui aura certainement lieu, puisque la femme n'aura pas été plus en état de se délivrer que de soigner son enfant. La pression supposée du corps ou de l'un des membres de la femme accouchée laisserait des traces visibles et une déformation persistante, sur la face ou la poitrine du nouveau-né. Et quant aux mucosités accumulées dans Tarrière-gorge, outre qu'elles ne sont pas de na*-

228 coifBinoNs que présente la pehme accusés.

lure à obstruer les voies aériennes, au premier cri de Tenfant, à la première secousse de toux, elles eussent été expulsées et n'auraient pas empêché rentrée de Tair.

Pour peu qu'on ait vu naître un enfant et qu'on ait observé ses premiers mouvements, on ne peut douter qu'il en soit ainsi.

Mais toutes ces hypothèses tombent devant ce fait capital, sur lequel j'ai tant de fois insisté, que Tenfant né dans ces conditions et mort par suite de l'abandon dans lequel il aurait été laissé n'aurait jamais complètement respiré. L'examen de l'enfant, les constatations faites sur son cadavre sont donc les meilleures preuves à opposer aux allégations mensongères de la femme. Et lorsqu'on trouve les poumons pénétrés par l'air on est en droit de déclarer formellement que Tenfant ne s'est pas trouvé dans la position indiquée, et que sa mort n'est pas le résultat de l'impossibilité physique où la mère aurait été de s'occuper de lui et de lui donner les soins nécessaires.

Les violences commises par une femme sur son enfant sontelles le résultat d'une perversion des facultés mentales ou affectives, ou d'un délire puerpéral? — J'arrive à un argument plus délicat qui est, dans bien des cas, la base de la défense, et qui, habilement présenté par une voix éloquente, peut souvent troubler et entraîner la conscience du juge, sans cependant être fondé sur l'appréciation exacte du fait qu'il appartient à l'expert de rétablir dans toute sa vérité. Tout à l'heure on invoquait certaines circonstances physiques dans lesquelles pouvait se trouver la femme récemment accouchée, maintenant c'est au trouble de la raison, c'est à la perversion de ses facultés affectives, à une sorte de délire passager qui peut suivre la délivrance que l'on veut attribuer le meurtre du nouveau-né. L'infanticide n'est pas nié, il est constant, mais l'accusée est irresponsable et partant innocente. Je ne veux pas aborder ici, à l'occasion d'une étude

ÉTAT MENTAL DE LA FEMME APRÈS l'ACCOUCHSMENT. 229

spéciale, la grande question médico-légale delà folie que je me propose d'entreprendre bientôt dans son ensemble; mais il est impossible, au point de vue particulier de l'infanticide, de ne pas examiner très-sérieusement, et à fond, la question de responsabilité de la femme accusée qui mérite d'autant plus d'attention qu'elle se rapporte à une forme de folie tout à fait distincte et que l'on a prétendu conslituer sous le nom de folie puerpérale, dont la folie des nou velles accouchées ne serait qu'une variété.

Si l'on veut sainement apprécier les faits de cet ordre, il importe, avant tout, de tracer nettement les limites dans lesquelles ils peuvent se produire. Il ne s'agit pas des perversions instinctives qui se montrent parfois chez les femmes enceintes ; il ne s'agit pas davantage du désordre intellectuel et moral, du délire ou même de la folie qui peut se déclarer plus ou moins longtemps après l'accouchement, au moment de la montée du lait, c'est l'expression consacrée, ou sous l'influence de l'allaitement. Nous ne sommes déjà plus ici dans les conditions de l'infanticide. 11 faudrait, pour être vrai, circonscrire la folie des nouvelles accouchées, dans les premiers moments qui suivent l'accouchement, et la ranger au nombre de ces folies transitoires dans lesquelles, sous l'influence d'un trouble momentané, très-rapide, d'une perversion subite de l'intelligence, des facultés morales, un individu peut se laisser aller à commettre un crime. Cela est d'autant plus nécessaire que ces malheureuses femmes, folles, à ce qu'on prétend, au moment où elles ont tué leur enfant, ne le sont plus le moins du monde lorsqu'elles viennent, en cour d'assises, répondre à une accusation d'infanticide. Et qu'on y prenne garde, c'est bien là la thèse de la défense. Le tableau saisissant qu'elle fait revivre devant le jury ne contient pas autre chose. Ce sont les douleurs atroces de l'enfantement qui portent, jusque dans le fond de l'âme de la femme, le trouble et le déchirement qui

330 COJfDITIONS QUE PEÉSENTi; LA FEMME ACCUSés.

la jettent violemment hors cl'elle-môme, en proie à une surexcitation fiévreuse, à une sorte de fureur maniaque dans les transports de laquelle elle tue, sans en avoir conscience, cet enfant) dont, un instant après, la perte fait couler toutes ses larmes.

Il faut se dégager de ces peintures et fermer Toreille à ces mouvements d'éloquence pour juger froidement les faits après qu'ils auront été replacés dans leur véritable jour, et réduits aux proportions qui leur appartiennent dans la réalité.

Il est incontestable que si le travail de renfantement se prolonge, si les douleurs prennent ce caractère énervant qu'ellesrevêtent quelquefois, la femme, poorpeuqu'elle soit excitable et nerveuse, s'agace, s'irrite, s'emporte, méconnaît la tendresse de ses proches, de son mari qui l'eptou^' renl, les soins de l'homme de l'art qui l'assiste, se répand en paroles violentes, incohérentes môme, éclate en mouvements d'aversion pour l'enfant qui va naître. Mais de là à la folie, k la perversion de la volonté, à la fureur homicide, à l'inconscience et à l'irresponsabilité des actes, il y a un abîme infranchissable. Ce n'est pas la foHe, ce n'est même pas la perversion transitoire des facultés, c'est une sur*excitation de la sensibilité qui laisse intacts la raison et le3 instincts.

Les faits en apparence contraires que les médecins aliénistes ont cités ne démontrent qu'une chose, c'est la fausseté de l'interprétation qu'ils ont reçue. La question est si grave qu'il me paraît indispensable de l'exposer d'une manière complète en laissant la parole à l'auteur qui Ta le mieux résumée dans un livre consciencieux et bien fait(l).

(1) L, Marcé, Traité de la folie des femmes enceintes, des niomdkts accouchées et des nourrices. Considérations médico-légales qui se rattachent à ce sujet. Paris, i858, p. 134.

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