DE L IDENTITE DU NOUVEAU-NÉ
le fait trop souvent, substituer à cette question, ou coniondre avec elle celle de savoir si l'enfant est né viable. J'ai donné assez longuement, pour qu'il ne soit pas besoin d'y revenir, les raisons qui rendraient cette confusion rei;retlable. Mais s'il n'est pas nécessaire d'établir que l'enfant qui a péri victime d'un infanticide était viable, il miporte beaucoup de savoir s'il est né à terme. Il y a là, en effet, un double indice considérable, toucbant le moment 011 le crime a été conçu et exécuté, et les circonstances physiques et morales dans lesquelles a dû se trouver la femme qui, parvenue au terme de sa grossesse, n'a pu se tromper sur l'époque de sa délivrance^ et ne peut arguer de la surprise et du trouble où l'aurait jetée la naissance avant terme de son enfant. La constatation de l'âge de celui-ci est donc indispensable.
Dans le plus grand nombre des cas celle-ci est facile : le cadavre soumis à l'expertise est intact et le médecin a toute latitude pour explorer les différents organes. Mais dans d'autres cas, par le fait de la décomposition ou de mutilations, il peut arriver que l'examen soit réduit à des fragments plus ou moins incomplets. Parmi ceux-ci, il en est qui n'ont aucune signification, aucune valeur au point de vue de la détermination de l'âge, d'autres, au contraire, peuvent être très-utilement interrogés et fournir à eux seuls des données positives sur le fait d'une naissance à terme. Il y aura lieu d'indiquer successivement les signes généraux ou partiels auxquels il convient de s'attacher dans l'un et l'autre cas.
Mais avant de donnor les caractères que présente le corps d'un enfant nouveau-né, né à terme, j'ai besoin de faire remarquer que je m'efforcerai de les réduire au strict nécessaire. La pratique n'a que faire de cette énumération stérile de signes accumulés dans les livres et qui pour la plupart embarrassent la science et rebutent la mémoire la plus
l'enfant kst-ii. nk a terme. 27
obéissante. Je m'attacherai, comme je l'ai toujours fait dans l'enseignement de la médecine légale, à en simplifier l'étude; et, comme précisément dans le sujet qui m'occupe il existe quelques signes excellents, je ne vois aucune utilité à multiplier des indications secondaires et sans objet. Je ne veux pas oublier que le médecin légiste doit porter son bagage scientifique avec lui et posséder des notions simples, mais sûres, qui lui permettent de se prononcer avec certitude et décision.
Les caractères de Tenfant né à terme sont de trois ordres, et se déduisent : 1° du développement général du corps de l'enfant; 2^* de l'état du tégument eUerne ; 3** du degré de l'ossification.
a. Le développement (jénéral du corps de l'enfant nouveauné ne donne pas à lui seul le caractère de la maturité de l'enfant né à terme; mais il constitue un élément d'une très-grande importance qui, joint aux autres, peut conduire à une démonstration à peu près absolue. Il faut le considérer à la fois dans le poids du corps, la taille, et les dimensions de certaines parties.
Poids du nouveau-né à terme. Le poids de l'enfant nouveau-né varie nécessairement suivant la force de la constitution; mais cependant il est contenu dans des limites qui sont très-rarement dépassées, et la moyenne peut être exactement donnée et fournir un signe d'une valeur réelle. J'indiquerai à cet égard les résultats d'un nombre considérable d'observations non encore publiées; mais je dois d'abord consigner les cbifTres fournis par quelques auteurs. Chaussier (1) donnait une moyenne évidemment trop faible en fixant de 2'', 500 à 2'', 750 le poids de l'enfant à terme; etElsaesser (2) peut-être un peu trop élevée, à 3^,750. Gasper
(1) Billard, Traité des maladies des enfants nouveau-nés, 3®édit. Paris.
(2) Elsaesser, Dupoids et de la taille des enfants nouveau-nés {Henke'Sj
*J8 Di: l'iDENTITI':: du iNOliVEAU-NÉ.
avec la plupart des auteurs modernes (1) adopte le ehillre de S^jSOO. Mais ses calculs n'ont porté que sur 2^7 enfants: 130 garçons, pour lesquels la moyenne s'est élevée à 3'', 716, et 117 filles, du poids moyen de 3^^00.
Ceux que je vais produire et que je dois à l'obligeance et au zèle scientifique de madame Alliot, sage-femme en chef de la Maternité de Paris, dont le nom est une garantie de savoir et de talent, comprennent ^lO/i enfants, 2208 garçons et 1896 filles. Pour tous on s'est assuré avec le plus grand soin qu'ils étaient Lien à terme, non-seulement par l'ensemble des signes extérieurs, mais encore par les renseignements précis et concordants donnés par les mères touchant la dernière apparition des règles.
Le nombre considérable des observations que résume le tableau précédent donne aux résultats qui en ressortent une valeur plus grande que n'en a eue aucune des statistiques antérieures. Or un premier fait h signaler c'est que le chifTre le plus élevé des nouveau-nés répond au poids exact de 3 kilogr. Alais ce qui est plus significatif, c'est que si l'on additioîine le nombre de ceux qui pesaient de 3 kilogr. à 3^^,500, on en trouve 21^2, c'est-à-dire plus de la moitié ; c'est donc bien exactement à ce chifi're que doit être fixé le poids moyen du nouveau-né, né à terme. Il est bon d'ajouter que le sexe n'est pas sans influence, et que les garçons pèsent généralement plus que les filles.
Zeitschrift, t. IV, n** 42, et Ann, dliyg. et de méd. lég. 1'"'' série, t. XXXI, p. 459).
(1) On consultera avec fruit les rcclierches récentes et très-dignes d'intérêt de M. Bouchaud {De la mort par inanition ; Études expérimentales sur la nutrition chez le nouveau-né, tlicse de Paris, 1864, n° 141), et de MM. L. Odier et R. Blaclie {Quelques considérations sur les causes de la mortalité des ?iouv eau-nés. Paris, 1807).
L ENFANT l^ST-TL NK A TtltlMË.
Poids do /il 04 enfant'i nés à teniin h lu MfdcrnUi' dr Paris.
Poids. Ganous. Mlles.
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Mais il est une notion qui n'est pas moins importante pour la médecine légale que celle de la moyenne, c'est celle des extrêmes au delà desquels l'expert ne devrait pas admettre que l'enfant est à terme. Nos chiffres de la Maternité nous donnent un maximum de 5'',300, poids déjà constaté par Baudelocque. Casper a noté 5 kilogrammes, mais c'est là évidemment un poids exceptionnel, de même que tous ceux qui dépassent ^'',500, puisque nous n'en comptons que 20 sur ^lOOO enfants. Entre
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U kilogrammes et Zi'S500, on en trouve 115; et ^93 de 3'',v)00 à U kilogr. Le minimum a dans la pratique plus d'intérêt encore. Dans les conditions normales on ne peut pas admettre qu'il s'abaisse au-dessous de 2 kilogrammes; Casper l'a lixé à 2'', 250. Entre ces deux chiffres le tableau que j'ai dressé ne contient que ^8 enfants. C'est seulement dans des cas pathologiques que des nouveau-nés très-manifestement h terme ont présenté un poids inférieur. On l'a vu tomber à 1200 grammes par suite d'une altération des deux tiers du placenta (1). Mais dans ce cas, les diverses parties du corps présentaient un développement régulier. Il en pourrait être ainsi également dans le cas de grossesse gémellaire (2). Ce qui importe, c'est de considérer le développement général en même temps que le poids.
On sera de la sorte conduit à admettre que si un nouveauné de 1^',200 à l'',500 peut quelquefois être à terme, il ne peut pas ne pas y être s'il pèse 3 kilogrammes. Paul Dubois a très-heureusement insisté sur ce fait constant, en dégageant des charges d'une paternité de rencontre un jeune étudiant qui était venu lui confier qu'un enfant dont il croyait être le père venait de naître à sept mois, pesant 3 kilogrammes. Un nouveau-né de ce poids est certainement et toujours à terme.
Taille du nouveau-né à terme. Quant à la taille, qui mérite également d'être notée, les chiffres me donnent comme moyenne très-rapprochée de la vérité pour la longueur totale du corps d'un enfant à terme 50 à 52 centimètres. Casper trouve kl centimètres seulement, chiffre évidemment trop bas et qu'il ne faut pas attribuer à une inlluence de race, car Elsaesser dans le même pays fixe la
(1) Gazette des hôpitaux, 1854, p. 57.
(2) Ganahl, Considérations sur la super fétation^ thèse de Paris, 1867, n» 144, p. 25.
l'enfant i:st-il né a terme. 31
Ijiille moyenne du nouveau-né de 50 à 51 centimètres. Les extrêmes entre lesquels sont contenues ces moyennes sont pour ce dernier observateur kO et 65 ; pour Casper ^G,5 et 49,5 ; et pour nous U& et 58. Le cbifï're moyen de 50 centimètres liîcilc à retenir est celui qui doit ôtre adopté.
Dans un travail intéressant que je mettrai bientôt à profit (1), M. le docteur Letourneau s'est éievé contre le procédé de mensuration ordinairement suivi et propose, au lieu de prendre la longueur totale du corps, de mesurer par segments, c'est-à-dire du vertex au pubis d'abord, puis successivement du pubis à la tubérosité du condyle fémoral interne, et du condyle interne du fémur au bord inférieur de la face postérieure du calcanéum. Ce procédé, qui a surtout pour objet d'éviter les causes d'erreur qui résultent de la multiplicité et de la mobilité des articulations, n^'a pas une grande importance dans le cas d'infanticide, où l'examen portant exclusivement sur un cadavre peut se faire en toute liberté. Aussi en ayant soin de mesurer avec un mètre flexible qui s'applique exactement aux points de repère fixes du corps, on arrive à des résultats suffisamment précis. La meilleure preuve c'est que les chiffres obtenus par M. Letourneau à l'aide de ses mensurations par segments ne diffèrent pas de ceux que nous venons de donner nous-même, et l'on voit dans ses tableaux la longueur totale du corps des nouveau-nés à terme arriver en moyenne à 50 centimètres entre les extrêmes de 46 et 54 centimètres. Ce sont exactement les chiffres fournis par la mensuration d'ensemble lorsqu'elle est pratiquée avec soin. Les recherches de M. Letourneau peuvent être plus utilement appliquées aux cas où l'expert n'a sous les yeux que des fragments du corps mutilé d'un nouveau-né. Le sexe ne paraît avoir aucune influence constante sur la taille des nouveau-nés.
(1) Gh. Letourneau, Quelques observations sur les nouveau-nés^ thèse de Paris, 1858, n° 35, p. 13.
A CCS mesures de la longueur totale du corps, il convient d'ajouter comme signe d'une grande constance et surtout comme clément utile à noter à divers points de vue dans tous les cas d'infanticide, les dimensions de la tête du nouveauné à terme. Je rappelle donc que le diamètre occipito-frontal mesure de 11 centimètres à 11,5, et le diamètre bipariétal, de 9 centimètres à 9,5. Casper, qui paraît n'avoir observé que des enfants remarquablement petits, donne des chiffres inférieurs: 10^3 pour le premier diamètre et 8 centimètres pour le second, qu'il faut se garder d'accepter comme moyenne générale.
Il est une dernière particularité qui se rattache à la taille du nouveau-né à terme, et que je mentionne seulement pour mémoire, car comme le savant professeur de Berlin, je n'y attache qu'une fort médiocre importance. Je veux parler du point d'insertion du cordon ombilical, qui, à terme, se trouve un peu au-dessous du milieu de la hauteur totale du corps ; de telle sorte que la moitié supérieure est plus longue que la moitié inférieure de 2 à 3 centimètres suivant Elsaesser et quelques autres, de 1 à 2 au plus, suivant mes propres observations.
b. Etat du tégument externe. — La structure de la peau, qui varie aux différents âges de la vie fœtale, présente au terme de la gestation un aspect véritablement caractéristique, en rapport à la fois avec les influences nouvelles que l'enfant va avoir à subir pendant et après sa naissance. Cet aspect du tégument externe constitue donc un excellent signe de l'identité du nouveau-né, né à terme.
La peau complètement formée, blanche, ferme, élastique et pourvue d'un épiderme très-visible et prompt à se détacher, est en outre recouverte d'un enduit sébacé très-épais répandu sur tout le corps, mais amassé surtout dans les plis des jointures, et dans certaines parties, aux épaules notamment, d'un duvet très-fm, mais très-dru, d'une sorte