‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 3)Chapitre 37 sur 52 · ETAT MENTAL DE LA FEMME APRKS L ACCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

ETAT MENTAL DE LA FEMME APRKS L ACCOUCHEMENT

Je serai plus libre, après l'avoir cité, pour eombattrc ses conclusions.

(( Dans le cas où des traces non douteuses de violence existeraient sur le corps de reniant, si une femnne venait encore alléguer un trouble mental passager, cette excuse serait-elle admissible, ou au moins discutable? La science peut-elle affirmer que dans les derniers moments du travail, une femme soit exposée à des accès de fureur pendant lesquels elle exerce sur son enfant des violences dont elle n'est pas responsable ; semblable en cela aux femelles de certains animaux qui sont quelquefois prises pendant la parturition d'une fureur durant laquelle elles se jettent sur leurs petits et les mordent au point de les tuer(l)?

» Les faits nous permettent de soutenir l'opinion de Gall (2), et de résoudre cette question par Taffirmative. En démontrant la possibilité d'un accès instantané de délire, ils éveillent l'attention de l'expert qui pourra diriger de ce côté son interrogatoire ; dans la pratique, il faudra sans doute une réunion de circonstances bien probantes, et un examen bien attentif, pour arriver à démontrer qu'il a existé au moment de l'accouchement un accès passager d'aliénation mentale. Mais ces faits peuvent se rencontrer, et nous pouvons sans peine en citer quelques exemples. Qui ne connaît le cas de cette fdle dont parle Esquirol? Elle n'avait point caché sa grossesse, elle fit faire une layette. La veille de son accouchement, elle se montra à tout le monde. Elle accoucha pendant la nuit, et le lendemain le corps de l'enfant fut trouvé dans les latrines, mutilé de coups de ciseaux. Cette fille avoua son crime et n'en témoigna aucun regret : Je n'ai pas fait de mal, répétait-elle; ils ne peuvent rien me faire, n'est-ce pas? Quelques jours après

(1) Burdach, Traité de physiologie, trad. Jourdan, t. IV^ p. 323.

(2) Gall, Sur les fonctions du cerveau, t. I*", Infanticide, p. 372 et'suiv.

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on l'inlciTOge, elle avoue son crime, ne s'en défend point, ne témoigne pas le moindre regret, mais elle refuse de manger. Cette fille n'avait-elle pas eu un accès de délire (1)?

» Un cas analogue se retrouve dans les annales judiciaires. En 18^7, la cour d'assises de la Marne jugeait la nommée Rosalie Prunot, accusée d'infanticide. Depuis quelque temps on soupçonnait chez elle une grossesse; un jour, elle se leva comme à l'ordinaire et se mit à l'ouvrage, mais elle dut y renoncer : un médecin appelé examina la malade et finit par lui faire avouer qu'elle était accouchée pendant la nuit. Elle déclara en même temps que [l'enfant n'avait pas vécu et qu'elle Favait caché sous la paille au grenier. Ce fut là qu'on le trouva en effet; il avait autour du cou un cordon fortement serré et noué par un nœud, dit rosette; à l'audience, elle finit par avouer qu'elle avait en effet serré un cordon autour du cou du nouveau-né^, mais elle assura qu'en ce moment elle avait la tête complètement perdue. Elle ne connaissait pas sa grossesse^ dit-elle : effrayée par la venue des premières douleurs, atterrée par la vue d^'un enfant, elle a eu l'esprit égaré et sa main a fait ce que désavouait son cœur : «< Si j'avais pu réfléchir, je n'aurais pas agi ainsi ; je suis jeune^ j'aurais gagné assez pour me nourrir, moi et mon enfant. » Le défenseur établit que l'accusée était réellement folle au moment de l'accouchement : Cette folie était si réelle, ajouta-t-il, que la malheureuse laissa au cou de la victime le cordon qui avait servi à donner la mort. Le jury prononça un verdict d'acquittement (2).

» Enfin, M. Boileau de Castelnau (3), a discuté avec talent

(1) Esquirol, Maladies mentales. Paris, 1838, t. 1, p. 321.

(2) Journal de Reims, 1847.

(3) Boileau de Castelnau, Swr /« /b//e instantanée^ considérée au point de vue médico-judiciaire {Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég.^ t. XLV, p. 437, 1851.)

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et sagacité l'observation d'une fille J., qui, devenue enceinte, mais ayant caché avec soin sa grossesse, accoucha seule et en secret. S'armant d'un petit couteau de poche^ elle frappa son enfant à la tôte, au dos, au ventre, aux jambes, lui trancha la tcte et cacha sous la paillasse de son lit les débris ensanglantés. Son père et une voisine pénétrèrent dans la chambre. A la vue du sang répandu et qu'elle n'avait pas cherché à effacer, l'un et l'autre l'accusèrent. J. nia d'abord. En découvrant le cadavre de Tenfcml, la voisine lui dit : « Tu as commis un crime, la justice se vengera sur toi. — Je le mérite! » répondit J. J. remit elle-même le couteau au maire ; elle ne chercha ni à se cacher^ ni k s'évader; elleavoua'son crime au procureur de la république, en l'attribuant au désespoir causé par le délaissement du père de son enfant, et elle dit à ce magistrat : « Faites de moi ce que vous voudrez, je le mérite. » M. Boileau de Castelnau, prenant en considération les antécédents héréditaires de J., dont le grand-père était mort aliéné, dont la mère avait éprouvé des accidents nerveux très-graves ; s'appuyant, en outre, sur la multiplicité des blessures, sur Tarrachement complet du cordon ombilical, indice d'une violence inutile et désordonnée; enfin, sur ce fait que l'inculpée n'avait nullement cherché à cacher son crime, et en avait avoué toutes les circonstances, arriva h cette conclusion que J., au moment où elle avait commis son crime, était en proie à un égarement momentané qui lui enlevait le libre exercice des ses facultés affectives et intellectuelles. Le jury admit seulement les circonstances atténuantes. »

Oue valent ces faits? Et ne faut-il pas une singulière inexpérience des débats judiciaires et une bien grande complaisance pour y trouver des exemples de folie transitoire survenue au moment de l'accouchement? N'y retrouve-t-on pas textuellement, en quelque sorte, les termes mêmes de

23^ OONDITTONS QliE l'RÉSRNïE LA FEMME ACCUSÉE.

t'otle doteiise banale qui se produit dans loule affaire d'infanticide : ignorance prétendue de la grossesse qui a cependant été dissimulée avec soin, surprise causée par les premières douleurs de l'enfantement, égarement passager qui dure tout juste le temps de mutiler Tenfant avec des ciseaux ou avec un couteau, de lui nouer un cordon autour du cou, puis de le cacher sous les matelas ou de le jeter dans les lalrincs. Les aveux dont les auteurs cités se sont fait un argument en faveur de la folie transitoire sont-ils si difficiles à expliquer en présence d'un flagrant délit. J'en dirai autant des mutilations que Ton veut faire passer pour des violences inutiles, qu'un fou seul peut commettre. Ne savonsnous pas que dans l'infanticide elles constituent un moyen très-ordinaire et si Ton peut ainsi dire très-rationnel de faire disparaître plus aisément le cadavre du nouveau-né? Je ne peux donc admettre dans ces cas, et j'ajoute que je n'en connais pas un seul exemple authentique et vraiment démonstratif, cette folie transitoire du moment de l'accouchechement dont Marcé a voulu faire une variété de la folie puerpérale.

Mais par contre, je recomiais^fort bien qu'ily a des cas où l'infanticide est l'œuvre de la folie, et où la femme accusée doit être déclarée irresponsable. Seulement, ces cas sont d'une toute autre nature que ceux qui précèdent.

Ce sont ceux dans lesquels la folie, qu'elle ait précédé ou suivi l'accouchement, n'est pas transitoire mais bien caractérisée par les symptômes habituels tantôt de la folie hystérique, tantôt et plus souvent de la mélancolie lypémaniaque avec hallucination, tantôt enfin, mais beaucoup plus rarement, de la fureur maniaque.

Qui ne connaît l'histoire fameuse de la fille Gornier, de laquelle il convient peut-être de rapprocher celle de Papavoine. C'est à ce genre d'impulsions morbides que l'on peut rapporter quelques-uns des cas d'infanticide commis par

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des filles irresponsables, .remprunte au livre de Marcé (1) les laits suivants, qui appartiennent manilestement à cette catégorie et qui appellent toute l'altention du médecin légiste. Il y joint d'ailleurs quelques préceptes excellents et tout cl l'ait pratiques.

« Le docteur Barbier (d'Amiens) a communiqué à l'Académie de médecine un l'ait qui a eu un grand retentissement^ et qu'Esquirol cite en détail dans son ouvrage (2). Il s'agit d'une femme nommée Marguerite MoUiens, sujette à divers accidents nerveux^, qui^ cinq jours après son accouchement, ayant été viv(Mnent impressionnée par l'histoire de la fdle Cornicr, qu'on avait racontée devant elle, fut prise d'une impulsion irrésistible qui la portait à tuer son enfant. Un jour, elle sent son bras se porter involontairement vers un couteau, et se met à crier au secours; on accourt, elle se calme cl avoue en pleurant l'impulsion qui la domine. La malade entra à l'Hôtel-Dieu d'Amiens; au bout de six semaines d'un traitement convenable, elle était assez bien rétablie poui' pouvoir entrer comme domestique dans une maison; depuis, sa guérison ne s'est pas démentie.

)) Le docteur Michu (3) a donné Thisloire d'une femme de la campagne, accouchée depuis dix jours de son premier enfant, qui, subitement, en jetant les yeux sur lui, se sentit agitéedu désir de regorgement. Cette idée la fit frémir, elle sortit aussitôt pour se soustraire à ce funeste penchant. Rentrée chez elle, elle éprouva la même impression. Alors elle s'éloigna de nouveau, se rendit à l'église, puis chez le curé, auquel elle confia tout ; ce dernier l'adressa à un médecin qui lui donna les soins convenables; au bout de huit jours, la malade était revenue à des dispositions plus hcu-

(1) Marcé, loc. cit., p. 300.

(2) Esquirol, Des maladies mentales^ t. II, p. 825.

'^3) Esquirol, t, II, p. 808, et J. L. Michu, Discussion médico-légale sur la monomanie homicide. Paris, 1826.

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reuses : elle vit son enfant, mais on jugea convenable de le laisser avec sa nourrice.

w Le médecin légiste^ lorsqu'il sera appelé à donner son avis dans un cas de cette nature, devra procéder à l'examen de rétat mental du sujet, sans tenir aucun compte de l'accouchement récent; il devra chercher si, dans les antécédents de l'accusée, dans les circonstances qui ont accompagné le crime, il se trouve des traces manifestes d'une impulsion irrésistible, ou d'une idée délirante qui a pu modifier sa liberté morale et lui enlever la responsabilité de ses actes. Comme modèle de la manière de procéder en semblable circonstance, je citerai un mémoire rédigé par Cazauvieilh (1), à propos d'une femme qui, deux jours après son accouchement, empoisonna son enfant en lui faisant avaler de l'acide sulfurique, pendant Tabsence de sa nourrice et de son mari. Rien dans les antécédents de cette malade, rien dans les circonstances qui ont précédé ou accompagné le crime, ne pouvait faire croire à un délire même momentané; le crime n'était chez cette malade, comme chez tant d'autres, que le résultat d'un faux calcul. »

On peut joindre aux faits qui précèdent une observation fort ancienne et très-curieuse, que Calmeil rapporte dans son livre, œuvre magistrale d'érudition et d'observation, qui couronne une vie vouée tout entière à la science de l'aliénation et au soulagement des aliénés..

« La femme de George Wedering (deHalberstadt), âgée de vingt-quatre ans, modeste et vertueuse, étant accouchée, le vingt-cinquième jour de novembre 1557, d'une fille baptisée le lendemain, ne se trouva point en son lit. La servante, voyant pleurer l'enfant, vint au lit cuidant y trouver sa maîtresse et l'éveiller. Étonnée de l'absence, elle court éveiller

(1) Cazauvieilh, Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1^"^ série. Paris, 1836, t. XVI, p. 121.

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son maître, qui, merveilleusement ettrayé, prend l'eniant entre ses bras, et cherche la mère par toute la maison. Bien entendent-ils patouiller dedans l'eau (lu puits, proche de la cave. Là-dessus on entend quelque personne au jardin de l'un d'iceux qui vient heurter à la porte, et lui ayant ouvert, ils virent la pauvre accouchée presque transie de froid, se plaignant d'avoir longtemps trempé au puits, dont faisaient foi ses vêtements tout mouillés. Enquise comment elle était dévallée en ce puits, bien couvert et bien clos, et qui n'avait qu'une petite fenêtre fort étroite, elle n'en savait rendre raison, et n'y avait homme qui pût comprendre comment cela s'était fait.

)) Ayant été depuis grièvement malade l'espace de quelques jours, elle commença de se bien porter, tellement que le quatorzième de décembre elle se leva du lit, emmaillota son enfant et se mit à table pour dîner. Gomme la servante fut allée à la cave pour tirer de la bière, elle se remet au lit et s'endort. La servante, de retour, voit la maîtresse dormant, mais le berceau vide. Tout effrayée, elle court au puits, qui lui revient en pensée, et voit l'enfant sur l'eau. La mère dormait comme une femme du tout assoupie. Après la prière faite au pied de son lit, elle ouvre les yeux et commence à dire aux assistants : Pourquoi m'avez-vous éveillée? je jouissais d'un contentement indicible, j'ai vu mon Sauveur, j'ai ouï les anges. S'estant remise à dormir, au bout de quatre heures elle s'éveille, se souvient de son enfant, et, ne le trouvant pas, s'afflige et se tourmente d'une façon pitoyable (1). »

Je puis citer encore quelques observations qui me sont personnelles et qui, sans être tout à fait des exemples d'infanticides, peuvent cependant en être utilement rapprochées.

(1) Calmeil, De la folie, considérée sous le point de vue pathologique, philosophique y historique et judiciaire. Paris^ 1845. 1. 1, p. 200.

238 r.oNDiTioNS que présente la femme accusée. Une femme accoucha à Thôpital Necker. Quelques jours après, elle reçoit de son pays une lettre qui la plonge dans une profonde tristesse; elle devient sombre, et sa mélancolie augmentant elle coupe le cou à son enfant. Le délire lypémaniaque cède après l'accomplissement du meurtre. Mais il n'est pas rare^, dans l'hisloire de ce genre de folie, de voir ainsi un acte violent déchirer en quelque sorte les voiles qui obscurcissent l'intelligence. L'halluciné qui a obéi î\ la voix qui l'obsédait, cesse ordinairement de l'entendre. Ce n'est pas là^ à proprement parler, un exemple de folie transitoire ni de monomanic homicide passagère.

En Allemagne, on a cité le fait auquel j'ai déjà fait allusion d'une femme qui découpa en morceaux l'enfant qu'elle allaitait, le mit dans une marmite avec du lard et des choux et s'apprêtait à servir à son mari cet horrible mets. Il y a dans la nature même du fait quelque chose qui indique l'aberration mentale. Il ne s'agit plus en effet de la femme coupant et mutilant le cadavre du nouveau-né pour le faire disparaître. La folie éclate ici, et il n'est pas besoin de recourir à des explications subtiles ou à des exceptions pour faire accepter, même des personnes les plus étrangères à notre art, l'irresponsabilité de ces femmes devenues criminelles sans en avoir conscience.

Je rapporterai un dernier exemple extrêmement curieux^ le plus frappant peut-être qu'on puisse rencontrer d'un infanticide commis sous l'influence d'une impulsion morbide, avec toute la sécurité et toute l'indifférence qui caractérisent la folie.

Une étrangère d'une famille princière et d'une merveilleuse beauté, vivait à Paris dans un des grands quartiers de la ville, se prostituant à des laquais, à des gens du plus bas étage. Elle avait été déjà dans son pays natal séquestrée dans une maison de santé; mais elle avait réussi à obtenir sa liberté et était venue se fixer en France avec une fortune

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qui lui eût permis l'existence la plus brillante. Le scandale de ses désordres avait de nouveau ému sa famille, qui s'était adressée aux autorités de notre pays pour faire examiner son état mental avant de prendre un parti à son égard. Nous avons été chargés de cette mission, M. Calnieil, M. le professeur Lasègue et moi. Nous avions conclu sans hésiter qu'elle était atteinte de folie hystérique et que le seul moyen de la soustraire à un genre de vie indigne, dont elle n'était d'ailleurs nullement responsable, était de la rendre à sa famille et de la placer de nouveau sous une surveillance sévère. Ce conseil ne fut qu'imparfaitement suivi : après un court voyage en Allemagne^ elle revint à Paris à notre insu. Je ne l'avais plus revue, lorsque dix-huit mois environ après notre consultation, je fus appelé par la justice pour constater un infanticide dans une maison meublée du quartier de la place Vendôme. Introduit dans la chambre où le crime avait été commis, où l'enfant gisait la tête broyée dans un vase de nuit, sous le lit même dans lequel la mère était tranquillement couchée; je reconnais avec stupeur la jeune femme dont il vient d'être question. Elle était parfaitement insensible, à peine couverte et demi-nue en présence des nombreux témoins et agents qui remplissaient la chambre. Elle avait écrasé la tête de son enfant, se croyant parfaitement en droit de disposer de la vie qu'elle avait donnée, sans plus se soucier de sa maternité que de la vie de débauche à laquelle elle la devait. Elle ne pouvait ni admettre ni comprendre qu'on lui demandât des explications, et devant le cadavre de son enfant,, impassible et froide, elle se montrait, comme je l'avais vue lors de ma première visite, inconsciente, irresponsable de ses actes, hystérique et folle.

En résumé, l'appréciation de l'état mental ne diffère pas pour les accusées d'infanticide de ce qu'elle doit être dans tout autre cas. Ce n'est pas sur une prétendue manie transi-

2^0 CONDITIONS QUE PRESENTE tÀ FEMME ACCUSÉE.

loire, sur une fureur homicide produite par les douleurs de l'enfantement que l'on peut fonder l'irresponsabilité de la mère infanticide. L'expert ne se laissera pas détourner par les entraînements de Téloquence, ni par les sentiments de commisération qui s'attachent si naturellement à de pauvres fdles séduites, que la misèr^ et l'abandon ont conduites au crime. Mais l'égarement auquel elles ont cédé est l'égarement de la conscience et non pas la folie. Pour le médecin légiste, il faut, pour qu'il admette que la femme a agi sans discernement et n'est pas responsable du meurtre de son enfant, que par un examen attentif de l'état mental de l'accusée avant et après l'accouchement, et par une froide appréciation des circonstances qui ont accompagné et suivi la délivrance, il arrive à constituer avec ses caractères et sa marche propres une des formes communes de la folie, h laquelle il puisse attacher un nom, sans s'arrêter à une variété mal définie de la folie puerpérale à laquelle l'infanticide reste le plus souvent étranger.

J'en ai dit assez pour montrer quelle place importante occupe dans l'expertise médico-légale, l'étude approfondie et complète des conditions physiques et morales dans lesquelles se présente la femme accusée du meurtre de son enfant nouveau-né, et à l'aide desquelles on pourra souvent établir le lien qui rattache l'acte criminel à celle qui l'a commis.

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