‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 3)Chapitre 46 sur 52 · INFANTICIDE TAR FRACTURE DU CRANE · texte numérisé non relu

INFANTICIDE TAR FRACTURE DU CRANE

rechercher : 1" dans quelles conditions d'âge et de développement cet enfant est né, V s'il est sorti vivant du sein de sa mère, 3" si sa mort est le résultat des causes naturelles, d'un accident ou d'un crime, [.es éléments de solution de ces trois questions sont complètement et très-explicitement contenus dans le rapport de M. le docteur Tercinier, et sans avoir pu apprécier par nous-même l'état matériel du cadavre, nous pouvons néanmoins nous former une opinion très-formelle sur les diflerents points qu'il s'agit d'examiner.

Exposé (les faits. — Le corps de l'enfant de Ja femme C.., retiré de la terre où il avait été enfoncé, pesait près de 2 kilogrammes ot demi, et n'avait pas moins de 52 centimètres de long ; bien que l'on ne trouvât pas encore de point osseux bien formé dans les cartilages épiphysaires des fémurs, mais seulement la vascularité qui précède lossification. Le développement était d'ailleurs très-avancé et l'enfant avait toutes les apparences de la force. Il n'existait rien de particulier à noter à l'extérieur du corps, si ce n'est le phénomène de la putréfaction déjà très-prononcée.

Celle-ci n'avait pas épargné les organes externes. Les poumons notamment étaient le siège d'une infiltration de gaz putrides considérables qui les faisaient d'abord surnager, ainsi que la masse des viscères thoraciques. Mais lorsque, par une pression mesurée le tissu divisé des poumons avait été débarrassé de ces gaz, il se montrait d'un rouge foncé, non pénétré par l'air et chaque fra'^-ment se précipitait rapidement au fond du vase. Les expériences docimasiques faites avec beaucoup de soin et de précision par l'honorable expert de Cognac ne peuvent laisser le moindre doute sur l'exactitude des résultats qu'il a obtenus.

La tête était le siège des lésions les plus graves et les plus caractéristiques. Ad premier aspect, elle se montrait aplatie et comme écrasée, les os du crâne étaient fracturés en plusieurs endroits et en fragments multiples, dont l'un avait perforé les téguments et faisait saillie à travers le cuir chevelu. Ces fractures, de forme irré"-ulière, s'étendant d'un côté à l'autre du crâne et comprenant les deux pariétaux et les deux temporaux, étaient en outre accompagnées d'un épanchement de sang nettement circonscrit, c'est-à-dire coa^-ulé sur le lieu même où il s'était extravasé, et d'une infiltration sano-uine résistant à des lavages et à des frictions répétés et occupant toute l'épaisseur du cuir chevelu au niveau des fractures.

Appréciation des faits. Discussion des questions qu ils soulèvent.

Tels sont les points essentiels qu'établissent, comme une base solide de discussions, le procès-verbal d'autopsie et les constatations si exactes et si complètes consignées dans le rapport de M. le docteur Tercinier. Nous sonmies en mesure à présent d'apprécier les faits et d'en déduire la solution des questions que nous avons posées plus haut.

I** Dam quslles conditions d'âge et de développement V enfant issu de la femme C... est-il venu au monde? — Cette question n'a pas pour objet, de rechercher si cet enfant est né viable, la viabilité n'étant pas une condition nécessaire de l'infanticide; mais seulement d'apprécier si les conditions d'âge et de développement dans lesquelles l'enfant est né, étaient de nature à l'empêcher de vivre hors du sein de sa mère et à expliquer sa mort d'une manière naturelle ; en môme temps qu'elles pouvaient servir de contrôle aux affections de la femme C, touchant l'époque et les circonstances de sa grossesse. Or, les caractères anatomiques que nous avons rappelés établissent de la manière la plus positive, que si l'enfant de cette fenmie n'était pas parvenu tout à fait au terme extrême de la vie intra-utérine, ce que démontre l'absence de pointosseux complètement formé dans les extrémités des fémurs, il est certainement né à une époque extrêmement voisine du terme; que sa taille, son poids, l'ensemble de son développement extérieur ne peuvent laisser de doute à cet égard, et qu'en outre il était dans des conditions de force qui excluent toute idée de mort survenue naturellement par débilité ou par maladie, soit dans le sein de sa mère, soit au moment de la naissance.

2° V enfant est-il né vivant? — On peut dire d'une manière générale qu'un enfant est né vivant, lorsque l'on trouve dans l'état des organes la preuve anatomique, qu'une des fonctions vitales s'est exercée alors qu'il était déjà sorti du sein de sa mère. Si le plus ordinairement c'est à la fonction de la respiration nouvellement établie chez l'enfant qui vient de naître que l'on demande la preuve de la vie, il faut bien se garder de croire que ce soit là une preuve nécessaire et unique, et que demander si un enfant a vécu, ce soit rechercher s'il a respiré. 11 peut arriver en effet que le nouveau-né vienne au monde dans un état tel que la respiration tarde à s'établir, et pendant un certain temps la vie ne se manifeste chez lui que par le cours non interrompu de la circulation du sang. Il peut dans cet état être tué comme il peut être rappelé à la vie ; et si plus tard on a à rechercher la preuve qu'il était vivant, ce n'est plus dans les poumons, c'est dans les organes de la circulation qu'il sera possible delà retrouver.

11 n'était peut-être pas inutile de rappeler ces principes qui trouvent une application si directe et si frappante dans le cas qui nous occupe. L'état des organes respiratoires chez l'enfant de la femme C..,, les expériences docimasiques auxquelles les poumons ont été soumis, démontrent péremptoirement que cet enfant n'a pas respiré. Mais, d'un autre côté, l'épanchement de sang circonscrit, c'est-àdire coagulé, qui existait au niveau de la fracture des os du crâne, et l'infiltration de sang également coagulé, puisqu'il résistait au

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lavage qui occupait le cuir chevelu, prouvent d'une manière irréfragable que ces blessures ont été faites sur l'enfant encore vivant, pendant que le sang circulant encore conservait la propriété de se coaguler en sortant des vaisseaux qui le contiennent.

Il reste donc à établir que les blessures constatées n'ont pu être faites qu'après que l'enfant était sorti du sein de sa mère, pour qu'il demeure constantque, bien que n'ayant pas respiré, il est né vivant; j'ajoute que les faits de ce genre, quoique rares, ne sont pas cependant exceptionnels. Signalés d'abord par Ollivier (d'Angers) qui en a fait l'objet d'une étude spéciale, il s'en est déjà offert à moi un certain nombre d'exemples ; et tous offrent avec les caractères observés sur l'enfant de la femme C... la plus complète analogie.

3° Quelles sont les causes de la mort de cet enfant? La cause directe évidente de la mort du nouveau-né, est l'écrasement de la tête et les fractures multiples des os du crâne. Aussi la question qu'il s'agit d'examiner consiste-t-elle en réalité à se demander comment ces blessures ont été produites et si elles sont le résultat du travail de l'accouchement, d'une chute accidentelle ou de violences criminelles. Le doute n'est pas permis; car les fractures survenues dans ces diverses circonstances ont des caractères assez distincts pour n'être pas confondues, surtout dans des cas aussi tranchés que celui qui nous est soumis. Il est certain que dans quelques cas rares la tête de l'enfant, pendant le travail de l'accouchement, éprouvant au passage une pression trop forte, peut subir en un point un enfoncement ou une fracture; mais outre que ce fait ne se rencontre que chez les femmes qui accouchent pour la première fois, ou dans le cas d'une disproportion notable entre le volume de la tête de l'enfant et le diamètre du bassin de la femme, ce qui n'a pas eu lieu pour la femme C. déjà mère deux fois, et dont l'enfant, n'étant pas tout à fait à terme, n'avait pas un développement exagéré, ces fractures survenues durant le travail sont limitées au point du crâne qui répond à la saillie sacro-coxale, et ne présentent jamais ni l'étendue, ni la forme deces fractures multiples par écrasement de la tête que l'on rencontre chez le nouveau-né issu de la femme G...

Une chute accidentelle de l'enfant au moment de la naissance, aurait moins encore produit de semblables désordres. L'expérience, en effet, a démontré que lorsqu'un enfant naît vivant, une chute sur la tête, d'une hauteur correspondant à celle des parties de la mère, et limitée par la longueur du cordon, n'entraîne pas de fractures du crâne, en raison de l'élasticité des os et des circonstances qui autorisent la chute.

Les lésions profondes constatées chez l'enfant de la femme Cornet, l'aplatissement de la tête, les fractures multiples comprenant jes deux côtés du crâne, la perforation des téguments par l'un des

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fragments, tout concourt à déuiontrer de la manière la plus positive que la tête a été écrasée par une compression très-forte, indice certain de violences criminelles.

Examen des conclusions du rapport de M. te docleur TerciMei-. — Les longs développements dans lesquels nous venons d'entrer nous permettront d'être bref dans l'examen des conclusions qui terminent le rapport de notre honorable confrère de Cognac^ et sur lesquelles on nous demande notre avis. D'autant plus que nous n'avons qu'à nots y rallier sans réserve en les rendant seulement plus formelles.

Comme M. le docteur Tercinier, nous admettons que : 1° Venfant de la femme Cornet est né viable : nous avons dit dans quel sens et à quel point de vue il importait d'établir la viabilité. 2° Lenfant n'a pas alleint la (in du neuvième mois de la (jrossesse : nous ajouterons toutefois qu'il est né à une époque très-voisine du terme. 3" Cet enfant n'a pas respiré : ce que démontrent l'état des poumons et les expériences docimasiques. 4° Cet enfant est probablement né vivant. Nous dirons que cela n'est pas seulement probable, mais certain ; les caractères tirés de la coagulation du sang épanché au niveau de la fracture et dans l'épaisseur du cuir chevelu ayant une valeur absolue, et pouvant démontrer que l'enfant était vivant au moment où il a été frappé, d'une manière aussi assurée nue la pénétration de l'air dans les poumons et l'établissement Ae la respiration. 5° Tout porte à croire que les lésions obse^^vées la tête ont été produites Cenfant viva,nt encore de la vie intra-utérine, de la vie de circulation. Tel est, en effet, l'état dans lequel le nouveau-né a été frappé. Sorti vivant du sein de sa mère, il a été tué avant que la respiration ait commencé à s'établir chez lui, soit qu'il fût né dans une sorte d'état asphyxique propre aux nouveau-nés, soit que les violences aient suivies immédiatement la naissance et arrêté la vie extra-utérine pour ainsi dire sur le seuil. 6° Ces lésions rendent compte de la mort de Venfant; ajoutons qu'elles en sont l'unique cause , qu'elles ne résultent ni d'une circonstance naturelle, ni d'un accident, et qu'elles sont produites par l'écrasement volontaire de la tête.

Conclusion générale. — Des faits qui précèdent, delà discussion à laquelle nous les avons soumis et de l'examen des conclusions du rapport de M. le docteur Tercinier, nous n'hésitons pas à conclure

que :

y|^ L'enfant nouveau-né, issu de la femme C..., est né à une époque très-voisine du terme, et vigoureusement constitué.

2° Il est né vivant.

3° La mort est le résultat de l'écrasement de la tête, qui a eu lieu au moment, même où il venait de naître.

40 Les lésions de la tête sont le résultat de violences criminelles.

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