INFANTICIDE PAK KHACTIIKE DU CRANE
Observ. XXII. — Meurire d\m enfant ûijc de dix-huil jours pai' fracture du crâne.
En vertu d'une commission rogatoire de Cosne (Nièvre) du 4 0 octobre 1857, j'ai rédigé la consultation suivante :
L'enfant de la fille B. .. était âgé de dix-huit jours; il était fortement constitué ; les seules blessures qu'il présentât existaient à la tête. La région pariétale droite était gonflée et rouge, sans déchirure ni plaie de l'épiderme. Un épanchement considérable de sang coagulé recouvrait le sommet et les deux parties latérales ; le péricrâne était décollé et déchiré en plusieurs endroits. Les deux pariétaux, c'est-a-dire les deux côtés de la tête étaient le siège d'une double fracture de forme irrégulière. A l'intérieur du crâne, la dure-mère était déchirée et le cerveau recouvert d'une couche épaisse de sang épanché. Aucune autre blessure n'existait sur le reste du corps ; et les viscères thoraciques et abdominaux n'offraient rien à noter. Les intestins en particulier ne présentaient aucune trace d'inflammation ou de maladie quelconque.
Tels sont les faits indiqués avec beaucoup de précision dans les rapports de MM. Debaude et Ledroit.
Après les avoir examinés avec la plus sérieuse attention et noufe être pénétré de la description très-nette qu'ils donnent de la fracture du crâne observée chez l'enfant de la fille B. .., nous n'éprouvons aucune difficulté à répondre aux questions qui nous sont soumises en nous attachant uniquement aux caractères anatomiques très-tranchés des blessures ci-dessus décrites. Nous aborderons donc sur-lechamp l'examen de chacune des questions posées dans l'ordonnance de M. le juge d'instruction de Cosne.
Première question. — Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sonl-elles certainement antérieures à la mort? Il ne peut y avoir le moindre doute sur cette première question. Le double épanchement constaté à l'extérieur et à l'intérieur du crâne, la coagulation du sang épanché sont des phénomènes exclusivement vitaux, qui ne peuvent se rencontrer qu'à la suite de blessures faites sur des individus vivants.
Deuxième question. — A quelle circonstance peut-on attribuer les lésio7is de la tête? Peut-on penser qu elles ont été le résultat d'un crime ou le 7'ésuUat d'un accident ? — L'étendue des désordres existant à la tête, le siège, le nombre et la forme des fractures excluent de la manière la plus formelle l'idée d'une chute simple, soit que celle-ci ait eu lieu des bras de la mère, ou du haut du berceau. Nonseulement en eff'et, la tête de l'enfant nouveau-né (et à cet égard l'enfant âgé de dix-huit jours ne diff'ère pas du nouveau-né) présente une souplesse et une élasticité qui, en diminuant considérable-
ment le danger d'une chute, le préservent le plus souvent de toute fracture du crâne dans des circonstances semblables ; mais encore la fracture survenue par le fait d'une chute même aggravée par le mouvement de projection d'un berceau, n'aurait pas eu le caractère de fracture comminutive et surtout n'aurait pas intéressé à la fois les deux côtés du crâne, quand un seul devait avoir porté sur le sol. Il n'y a pas à objecter que la rougeur et le gonflement extérieurs étaient bornés aux téguments du côté droit et que le pariétal gauche a pu se briser par contre-coup ou par la propagation du choc qui a fracturé le pariétal droit. Car, d'une part, la direction de la double fracture n'était pas la môme sur l'un et l'autre pariétal, et d'une autre part les fractures par contre-coup, déjà douteuses chez l'adulte, sont inadmissibles chez le nouveau-né en raison de la conformation même de la tête dont les os non soudés entre eux ne peuvent transmettre le choc qui n'atteint qu'un point de leur surface. Quant à l'absence de lésion apparente des téguments du côté gauche, il suffira de faire observer qu'il est très-commun de voir une pression très-forte exercée sur une partie, ne laisser aucune trace à l'extérieur, et que d'ailleurs sous le cuir chevelu du même côté, on trouvait une infiltration et un épanchement de sang non moins considérable que du côté droit.
Mais si tous les caractères des lésions de la tête de l'enfant de la fille B... se réunissent pour exclure l'idée d'une chute simple et d'un choc direct qui aurait porté sur l'un des côtés seulement, ils démontrent de la manière la plus péremptoire l'écrasement du crâne, c'est-à-dire une pression violente agissant à la fois sur les deux côtés de la tête et qui seule peut expliquer la fracture simultanée et multiple des deux pariétaux, la direction et la forme irrégulière de la solution do continuité, les déchirures et le décollement du péricrane et de la dure-mère, l'étendue et l'abondance du double épanchement interne et externe.
Conclusions. — En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent, de l'examen et de la discussion des questions qui nous sont soumises, nous n'hésitons pas à conclure que :
1° Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sont très-certainement antérieures à la mort.
2° Elles sont la cause unique et nécessaire de la mort.
3" Elles ne peuvent être attribuées à un accident, tel que la chute simple de l'enfant des bras de sa mère ou de son berceau, soit qu'il en soit tombé par son propre mouvement, soit qu'il en ait été précipité.
4° Ces lésions ont été produites par l'écrasement de la tête et ne permettent guère de douter qu'elles ne soient le résultat de violences criminelles.
JNrANTIClDE PAR STRANCUILATION. 293
InfaDticide par slran^^iilafion.
Observ. XXIII. — Infanticide par strangulation.
Le 10 mai 1853, j'ai fait à la Morgue l'autopsie de l'enfant de la fille C. .., accouchée le 2 mai à l'hôpital Saint-Louis.
Cette enfant, du sexe féminin, vigoureux, né à terme depuis sept jours, présente une cicatrice ombilicale parfaitement et complètement formée. Un sillon large d'un doigt et demi, et très-profond, tourne transversalement autour du cou. Les bords sont violets; la partie inférieure de la face est très-violacée. Il n'y a pas d'ecchymose dans îe tissu cellulaire sous-jacent. Le larynx et les bronches contiennent une écume rosée très-fine et très-abondante. Les poumons sont gorgés de sang ; des ecchymoses larges et nombreuses sont disséminées à leur surface ; les cavités droites sont pleines de sang fluide. L'estomac est rempli de lait récemment ingéré.
Cette enfant, née à terme, bien conformée, a vécu huit jours ; sa mort est le résultat de la strangulation opérée à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou.
Observ. XXIV. — Infanticide par strangulation.
Le 28 avril 1854, j'ai procédé à l'autopsie d'un enfant nouveauné trouvé sur la voie publique, sans lien autour du cou, à terme, viable, vigoureux, pesant 2'^'', 500. Le cordon a été rompu et non lié.
La région temporale droite présente une infiltration de sang trèsépais, coagulé, qui s'étend jusque sur le côté du cou. Des ecchymoses sous- cutanées existent en outre au front. De chaque côté du cou, au-devant de la poitrine, et sur les épaules, on remarque un grand nombre d'ecchymoses et d'excoriations. Deux très-larges répondent à la forme de l'extrémité des doigts d'un adulte de chaque côté du cou. La peau y est excoriée, et une profonde infiltration de sang coagulé s'est faite dans les muscles sous-jacenls. La docimasie pulmonaire prouve d'une manière non douteuse la respiration. Les poumons volumineux, d'un rose très-pâle, sans le moindre engouement, présentent quelques ecchymoses sous-pleurales, très-petites et rares vers les bords. Quelques-unes sont pointillées et réunies en groupe, de manière à former une plaque uniforme. Le cœur est rempli de sang fluide : l'estomac contient des mucosités teintes de sang.
Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré. La mort est le résultat de la strangulation opérée non à l'aide d'un lien, mais avec les mains, qui ont en même temps exercé des violences très-graves sur la tête et la poitrine, ainsi que de chaque côlé du cou.
Observ. XXV. — Infanticide par strangulation.
J'ai procédé, le 16 mai 1856, à l'autopsie de l'enfant nouveau-né issu de la femme B... I/enfant, du sexe masculin, pèse I'^i',500, ne présente pns dépeints osseux dans les cartilages du fémur. Le corps exhale une odeur fécale. Le cordon a été rompu et non lié, à 1 5 centimètres de son insertion abdominale.
Sur la face, le tronc, la poitrine, le ventre, vingt longues incisions de profondeur variable, blafardes, sans infiltration sanguine, évidemment postérieures à la mort. Au cou, des excoriations en forme de coups d'ongles et des ecchymoses irrégulières sont disséminées autour du larynx. Sous le cuir chevelu^ du sang coagulé forme plusieurs épanchements circonscrits ; les poumons, volumineux, sont rosés, crépitants ; ils sont le siège d'un emphysème superficiel presque général, sans ecchymose sous-pleurale ; du sang fluide remplit le cœur. Du liquide de la fosse d'aisance a pénétré dans le larynx ; l'eslomac est vide.
L'enfant, né trois ou quatre semaines avant terme, est né viable et bien conformé, a vécu et respiré. Sa mort est le résultat de la strangulation. Sur le cadavre, de nombreuses et profondes incisions et des mutilations incomplètes ont été opérées par un instrument non tranchant. Le corps a été jeté dans une fosse après la mort.
Observ. XXVI. — Infanticide par strangulation.
Le 26 février 1857, j'ai procédé à l'autopsie de l'enfant de la fille P...
La putréfaction était assez avancée. La cicatrice ombilicale parfaitement formée; un point osseux, large de 7 millimètres, existe dans les cartilages épiphysaires du fémur. A droite et en arrière du crâne, un vaste épanchementde sang coagulé s'étend jusqu'à l'oreille et à la joue ; à gauche, on voit une ecchymose semblable à l'oreille et au cou; il n'y a pas de fracture des os. Le pariétal droit est enfoncé. Au cou, on remarque un sillon large de 8 à 9 millimètres, transversal, au niveau duquel la peau est parcheminée, et les muscles infiltrés de sang. Le larynx renferme de l'écume fine et rosée. Les poumons, d'une couleur rosée, n'offrent pas de taches souspleurales et seulement quelques vésicules superficielles rompues. Le cœur est plein de sang en partie coagulé, l'estomac est vide.
En résumé, les violences graves à la tête et à la face résultent d'une forte pression exercée sur ces parties et faites manifestement pendant la vie. La mort a été opérée par strangulation à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou.
Observ. XX vu. — Infanticide par strangulation , question médicolégale importante relative au mode de strangulation.
L'affaire que je vais rapporter a donné lieu à une question soulevée par les allégations de l'accusé principal et qui offre un très-grand intérêt dans l'histoire de la strangulation. Les termes de la commission qui nous fut donnée par M. le juge d'instruction, en font connaître l'objet et la portée : nous étions invité à nous livrer à de nouvelles investigations dans le but de constater « si l'asphyxie par » compression du col qui , ainsi qu'il appert de notre rapport d'au- » topsie en date du 13 avril 1847, a occasionné la mort de l'enfant «nouveau-né des époux D..., a pu être l'œuvre de la femme D... » au moment où elle lirait son enfant pour hâter sa délivrance et ce )•> sans intention coupable ne sachant, comme elle le dit, ce qu'elle » faisait ».
Il résulte des allégations de l'accusée « qu'au moment de son » accouchement et l'enfant étant au passage, la femme D. aurait » voulu le tirer pour hâter sa délivrance et lui aurait fait sans le sa- » voir du mal à la figure, et que la mort de l'enfant serait le résul- » tat involontaire de ces tractions faites sans intention coupable ».
Nous devons rechercher si les désordres matériels que nous avons constatés, en procédant à l'autopsie du cadavre de l'enfant des inculpés, peuvent être expliqués parles allégations de la femme D..., ou si au contraire la fausseté de ces déclarations ne ressort pas manifestement du caractère et de la nature des lésions observées.
Or, s'il n'est pas complètement impossible que dans les derniers instants du travail de l'accouchement, la femme D... ait cherché à saisir la tête de l'enfant au passage dans le but de hâter sa délivrance, et qu'elle ait ainsi, sans le vouloir, froissé ou même excorié légèrement la face de son enfant ; il est cependant difficile d'admettre que dans la position d'une femme qui accouche et dont le ventre considérablement développé gêne les mouvements, elle ait pu atteindre les parties génitales et saisir la tête de l'enfant ; qu'elle l'ait fait en outre avec assez de force pour déterminer sur le visage des excoriations dont le nombre s'élève à sept.
Mais le doute n'est plus possible, pour les lésions étendues et tout à fait caractéristiques qui existent au col. — En effet, rappelons que derrière l'angle de la mâchoire du côté droit nous avons constaté : « 1 ° deux excoriations parallèles longues de 1 5 millimètres, pro- » fondes, commençant en haut par une extrémité effilée se dirigeant » assez obliquement d'arrière en avant et de haut en bas et se ter- » minant par un bourrelet large et saillant ; 2'' plus en dehors et en » haut, trois petites excoriations dont deux ont une forme demi-cir- » culaire, à convexité supérieure ; 3" deux autres écorchures tout à
296 KAIM'ORïS KT CO.NSULTATIONS.
» lait sur les côtés du col ; 4" en avant et à gauche, froissement con- » sidérable de la peau avec excoriations et ecchymoses. »
Ainsi non-seulement les lésions occupent circulairement tout le tour du col et sont à la fois nombreuses et très-profondes, ce que Ion ne peut comprendre dans l'hypothèse alléguée par la femme de D...; mais de plus la direction des excoriations contredit d'une manière formelle ses déclarations. L'enfant se présentant au passage la tête en bas, la trace de tractions exercées sur le col pour amener le corps hors de la vulve, devrait être dirigée du cou vers la tête, c'està-dire (en replaçant l'enfant dans sa position naturelle) de bas en haut. C'est précisément le contraire qui a lieu. Les excoriations commencent en haut par une extrémité effilée, et vont en s'élargissant et en creusant la peau de plus en plus de manière à former en avant et en bas un bourrelet saillant. Il est impossible de considérer cette déchirure plus profonde comme le point de départ de l'excoriation, car il était facile de voir sur ie cadavre le sens dans lequel étaient refoulés les tissus, et de constater que la déchirure s'arrêtait en bas d'une manière nette et tranchée. Enfin si ces caractères manquaient, il suffirait de faire remarquer la trace parfaitement distincte des ongles, dont la convexité tournée en haut indique de la façon la plus évidente que le col a été saisi de haut en bas et non de bas en haut.
Nous ajouterons encore que l'état des poumons et de l'estomac constaté par lautopsie, et qui nous a permis d'établir que l'enfant avait vécu el respiré assez longtemps, ne permet pas davantage d'admettre que la strangulation ait eu lieu au moment où l'enfant était au passage.
En résumé, nous concluons que les lésions qui existaient au col et qui ont occasionné la mort de l'enfant nouveau-né des époux D, , ne peuvent être le résultat des manœuvres exercées par la femme au moment où elle lirait son enfant pour hâter sa délivrance.
Observ. XX VIII. — Infanticide par slrangidalion el suffocation. Consia talion de V accouchement.
Eh vertu d'une ordonnance de M. Brault, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en date du 30 mars 1850, nous nous sommes transporté à la Maison d'arrêt, où nous a été présentée la fille D...,qui était debout et que nous avons pu examiner dans la sa'le de visite.
Cette femme est de très-haute taille et de vigoureuse constitution. Elle nous dit être accouchée environ quinze jours avant terme, le mercredi 27 courant, vers troisheures de relevée, après trois ou quatre douleurs seulement. Suivant sa version, l'enfant serait alternativement i-orti el rentré, el elle aurait été obligée de le saisir p'ar le cou.
INFAINTICIKK l'AU STIIANUULATION. 297
Elle ajoute qu'il a à peine donné signe de vie et qu'il n'a pas poussé un seul cri. Le délivre, expuL-é en môme temps que l'enfant, aurait été jeté dans les latrines par la fille H...
L'examen auquel nous la soumettons nous permet de constater les faits suivants. Les jiarties sexuelles sont le siège d'un écoulement sanguinolent exhalant l'odeur caracléristique des lochies, et assez abondant pour avoir couvert la chemise de taches très -étendues. L'ouverture do la vulve est notablement dilatée. Les parois du ventre sont relâchées et plissées. On sent la matrice en partie revenue sur elle-même, mais encore plus volumineuse que dans l'état normal et atteignant la région sus-pubienne. Les seins sont très-volumineux, durs et fortement engorgés. Le pouls est fréquent; le teint animé.
De l'exposé des faits qui précèdent, nous concluons que :
1" La lille D... est accouchée récemment,
2" L'accouchement ne remonte pas à plus de quatre jours.
Autopsie à la Morgue, i''" avril. Enfant du sexe féminin, 3 '^'',400, 51 cent. 28 à l'ombilic. Pas de putréfaction. Tête, 1 1 centimètres sur 9. CorBon déchiré à 1 centimètre et demi de l'insertion.
Nez aplati ; empreinte de pression de chaque côté du nez.
Au cou, peau très-rouge chagrinée. De chaque côté du larynx, ecchymose en forme d'ongle, 3 à gauche, 1 adroite, tournées en dedans. Infiltration sous-jacente.
Poumons surnageant, volumineux; engouement; taches ecchymosées ; cœur contenant du sang noir coagulé ; estomac vide, ni aliments, ni salive; matière calcinée en petite quantité; intestins revenus sur eux-mêmes.
1* L'enfant nouveau-né, issu de la fille D..., est né à terme, viable et parfaitement conformé.
2° Cet enfant a vécu, il a respiré complètement de manière à ce que l'air ait pénétré la totalité des poumons, et il est incontestable qu'il a dû pousser quelques cris.
3" La mort est le résultat de l'asphyxie par suffocation et strangulation opérée par l'application de la main sur l'ouverture de la bouche et des narines et par la pression des doigts sur le cou. L'état des poumons indique les efforts que l'enfant a dû faire pour vaincre les obstacles apportés au libre exercice des fonctions respiratoires.
4" La mort peut remonter à huit jours environ.
5° L'enfant a été étouffé très-peu de temps après qu'il est venu au monde; et aucun liquide alimentaire ou autre n'a pénétré dans l'estomac par la déglutition.
6° Les traces de violence, constatées au devant du cou, ne peuvent être le résultat de manœuvres exercées par la femme en travail pour se délivrer elle-même. Leur siège et leur forme sont en opposition formelle avec cette allégation de la fille D...
298 RAPVORTS ET CONSULTATIONS.
Observ. XXIX. — Inlanlicide par strangulation.
Autopsie à Belleville, le 3 juillet, du cadavre de l'enfant B... H était enveloppé dans une serviette étroitement appliquée sur le corps et fixée par plusieurs épingles. Cette circonstance, ainsi que la position à l'abri du contact de l'air, explique le peu de progrès qu'ont fait la décomposition putride et l'espèce de momification qu'il a subie. Les tissus sont en effet desséchés et offrent une couleur brunâtre. Ces organes profonds sont d'ailleurs bien conservés. Cordon rompu, non lié, à 10 centimètres, complètement desséché. Point osseux bien formé dans les cartilages.
Tête enveloppée d'un linge. Téguments et os du crâne intacts. Quelques épanchemenls.
Cou entouré par un linge roulé et fortement serré, passé sous les aisselles et fixé par un nœud derrière la nuque. Ce lien a laissé une profonde empreinte sur le cou qui porte les marques d'une contraction considérable.
Organes thoraciques surnageant. Poumons affaissés, non décomposés. Pas de lésion caractéristique. Cœur vide et flasque.
La fille B... se dit accouchée le 14 juin.
Ventre vojumineux, un peu douloureux à la pression. Matrice non complètement revenue, se sent au niveau du pubis. Vulve avec écoulement lochial, léger, sanguinolent. Eraillures récentes. Seins siège de sécrétion laiteuse. Santé non altérée. Physionomie naturelle. Intelligence nette.
i° La fille B... porte les traces d'un accouchement récent; 2" sans qu'il soit possible de déterminer avec certitude le jour auquel remonte l'accouchement, il paraît un peu moins éloigné que ne le déclare la fille B. ..; 3^ l'enfant est du sexe féminin, né à lerme et vigoureusement constitué ; 4" cet enfant a vécu et respiré; 5" il a été étranglé à l'aide d'un lien serré autour du cou, et sa mort est manifestement le résultat de violences criminelles.
Obsebv. XXX. — Strangulation. Corps mutilé. InfQnticide.
Autopsie le 13 novembre 1858, à la Morgue, d'un cadavre extrait des latrines des halles.
Le corps est coupé en dix-neuf morceaux et est assez bien conservé; sexe masculin; cordon coupé net à 8 centjpiètres. Point ossseux des fémurs; les os et les chairs sont coupés net comme avec un couperet; la face est divisée en trois, de manière a laisser intacts le nez et la bouche. On reconnaît que les lèvres sont ecchymosées, ainsi que la langue; les os du crâne sont intacts; le cou froissé, étranglé. Les poumons surnagent; ils sont peu volumineux, peu aérés, rosés et sans ecchymoses sous-pleurales.
IMMERSION DANS LES FOSSES u'AISANCES. 299
En résume. — Knlant nouvoau-né, sexe masculin, né à terme, viable et bien conformé; a vécu ol respiré. Il a été étranglé à l'aide d'un lien fortoment serré aulour du cou. Le cadavre a été divisé en plus do vingt fragments, à l'aide d'un instrument tranchant et lourd, comme un couperet, manié avec beaucoup de force et par une main exercée.
Immersion dans les fosses d'aisances.
Observ. XXXI. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances.
Autopsie à la Morgue le 26 avril 1 849 , avec le docteur Charpentier, du cadavre d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, du poids de 2 kilogrammes 320 grammes, long de 50 centimètres. L'insertion du cordon ombilical se trouve à 2 centimètres au-dessous de la moitié du corps. La tète, de dimensions ordinaires, présente : diamètre bipariétal, 0,09; fronto-occipital 0,11. Le cordon, divisé à 34 centimètres de son insertion abdominale, n'a pas été régulièrement coupé, mais bien déchiré et non lié ; la surface du corps est d'une couleur à peu près uniformément verdâtre; la putréfaction n'est cependant pas très-avancée. Le cadavre exhale une odeur analogue à celle des fosses d'aisances; l'extrémité inférieure du fémur présente un point d'ossification parfaitement formé.
Tête. — A la partie antérieure du front, vers la ligne médiane et au niveau de la bosse frontale du côté droit, les téguments du crâne amincis, parcheminés, offrent une coloration brune très-foncée; au-dessous de la peau on trouve, dans ces deux points, une infiltration considérable et un épanchemeut de sang coagulé. Le péricrâne est en partie décollé, et, un peu au-dessous de la bosse frontale droite, il existe une fracture de l'os frontal, étendue transversalement sur le segment droit de cet os, longue de 3 centimètres, présentant un soulèvement et une certaine mobilité des fragments avec un commencement d'éclat de l'os fracturé.
La dure-mère est détachée de la paroi osseuse du crâne, et le sang est épanché à la surface du cerveau. Les téguments et les os du crâne examinés, soit au sommet, soit à la partie postérieure de la tête, sont tout à /ait intacts. La face n'est le siège d'aucune lésion; le nez n'est pas aplati. L'orifice des narines, le pourtour des lèvres n'otirent pas d'ecchymoses, ni de traces de contusions ou de déchirures.
Poitrine. — Le col ne présente pas non plus d'altérations résultant de violences; les organes thoraciques, détachés en masse et plongés dans un vase rempli d'eau, surnagent. Les poumons sont volumineux, d'une couleur rosée; on dislingue, à leur surface, les
300 nAiM'OUTs i:t consultations.
divi.-ions des lobules distendus par l'air qui a pénélrc abondamment dans Tinlérieur des vésicules pulmonaires. îîéparés du cœur et du thymus, divisés en petits fragments, fortement comprimés sous l'eau, les poumons surnagent encore. Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang liquide, avec quelques bulles de gaz putride.
Viscères abdominaux sains.
Estomac contenant une notable quantité d'un liquide brun trosfétide, ayant une grande analogie avec les matières liquides des fosses d'aisances dans lesquelles le cadavre a été trouvé.
Le gros intestin est distendu par une grande quantité de méconium.
Conclusions. — 1'' Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un enfant nouveau -né, du sexe féminin, né à terme et parfaitement conformé.
^2" Cet enfant est né viable; il a vécu et respiré.
3" La mort est le résultat de la submersion dans les fosses d'aisances.
4° Il existait, à la tête, une double ecchymose et une fracture des os du crâne, paraissant résulter d'une forte pression exercée sur la tête pour lui faire franchir l'orifice des latrines. Cette double lésion ne peut résulter ni du travail de l'accouchement ni de la chute accidentelle du corps.
5" Le volume et l'état des poumons, les matières trouvées dans l'estomac où elles ont été introduites par la déglutition, montrent que la vie a dû se prolonger pendant un certain temps, ou au moins pendant cinq ou dix minutes.
6° Le séjour du cadavre dans les fosses d'aisances n'a pas dû dépasser huit ou dix jours.
Visite, à la Conciergerie, de la fille P. .. Forte et bien constituée; ne présente en ce moment, malgré l'émotion, aucune altération dans la santé générale. Les seins, qui sont assez peu développés, laissent suinter, lorsqu'on les presse, quelques gouttes de lait jaune et assez épais ; les parois du ventre sont flasques, la ligne médiane est marquée de l'ombilic au pubis par une raie d'un brun très-foncé; la peau, qui offre une teinte brune beaucoup plus marquée que sur les parties voisines, est le siège de plis et d'éraillures nombreux et récents. En palpant et en déprimant avec force les parois abdominales dans la région hypogastrique, nous trouvons que la matrice, presque complètement revenue sur elle-même, est encore sensible cependant derrière le pubis. Les parties sexuelles n'offrent rien d'insolite, si ce n'est un écoulement peu abondant, dont l'odeur, quoique assez faible, est celle des lochies.
Cunclusiuns. — 1" La fille P... porte les traces d'un accouche-
IMMKHSION r.ANS LÈS FOSSIÎS D'AISANCES. liOl
ment récent qui, conformément à sa déclaration, doit remontera une quinzaine de jours.
2" Il est impossible d'admettre que cette fille ait pu ignorer sa grossesse, et que, accouchant pour la première fois, dans les circonstances alléguées par elles, elle ait pu être tellement saisie que, malgré elle et à son insu, l'enfant soit tombé dans les lieux d'aisances, sur lesquels elle aurait été assise.
Observ. XXXÏI. — Enfant jelé vivant dans la fosse d'aisances. Examen de taches sur les vêtements de la mère.
Autopsie, le 17 décembre 1857, de Tenfant issu de la fille H..., qui a été jelé vivant dans les latrines, et entendu vagissant dans le tuyau, d'où il a été relire mort.
Enfant du sexe féminin : 3 kilogrammes 52 centigrammes. Point osseux; cordon rompu, déchiré vers le milieu de sa longueur, non lié.
Sur les bras, aux genoux et sur le dos, nombreuses excoriations avec ecchymoses sous-jacenles.
Tète, dont le plus grand diamètre est de 11 centimètres, et très aplatie; fracture du pariétal gauche dans toute sa hauteur; épanchement de sang coagulé sous le cuir chevelu.
Organes thoraciques surnageant. Cœur, très-volumineux, rempli de sang fluide. Poumons incomplètement distendus par l'air, d'une couleur violacée, avec quelques ecchymoses sous-pleurales.
Estomac rempli de salive et de mucosités spumeuses.
1" Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, viable et très-vigoureusement constitué.
2° Cet enfant a vécu et respiré.
3° Il a eu la tête écrasée à son passage à travers le tuyau de conduite des latrines où il a été précipité; et, à cette fracture, qui eût pu à elle seule causer la mort, est venue s'ajouter la suffocation purulente parle manque d'air respirable.
ii° On ne peut attribuer la fracture du crâne aux difticullés du travail de l'accouchement.
5° Les traces de violences qui existent sur le corps sont dues aux frottements qu il a subis contrôles parois du tuyau.
Sur le jupon de la fille H..., deux larges taches à l'extérieur et sur le devant de la jupe; l'une près de la ceinture, l'autre vers le milieu de sa longueur, transversales et larges de 40 centimètres environ.
(Détails de l'examen conformes à la description donnée dans le chapitre précédent.)
Le jupon saisi porte les traces du contact du corps d'un enfant nonveau-né, caractérisé par des taches formées à la fois par du sang el de la matière qui compose l'enduit fœtal.
302 HAin'ORTS ET CONSULTATIONS.
Ces taches, par leur siège à l'extérieur de la jupe, par leur forme et leur direction , attestent que le corps a été enveloppé dans le jupon relevé sur lui-même, et non saisi et soutenu avec le dedans du jupon.
Observ. XXXI II. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances. Lésions multiples.
Autopsie à la Morgue, le 9 décembre 1 862, avec le docteur Racle, d'un enfant du sexe masculin, trouvé dans leslatrines de l'hôtel n'^IS, rue Notre-Dame-des-Vicloires : 55 centimètres, très-gros (pas de poids à cause de la mutilation). Point osseux épiphysaire ; cordon arraché à 1 8 centimètres et non lié. Etat parfait de conservation ; cordon frais. Naissance et mort récentes ; mutilation du bras gauche complètement coupé par un couteau mal tranchant; os brisés. A droite, mutilations commencées. Quelques coupures au front et au menton. Cuisse gauche fracturée. Toutes lésions faites après la mort. Poumons très-volumineux, rosés ; rares ecchymoses et ruptures vésiculaires. Ecume dans la trachée. Cœur volumineux; quelques taches sous-péricardiques. Au devant du cou, vive rougeur, teinte violacée; deux empreintes d'ongles à gauche. Plus en arrière et vers l'oreille large et profonde ecchymose. A droite, mêmes lésions manifestes. Au devant de la poitrine dans trois travers de doigt, peau violacée, infiltration de sang. Compression énergique du thorax. Téguments et os du crâne intacts; bosse sanguine au sommet. Présentation de la tête. Organes contenus dans l'abdomen, rien à noter. Colonne vertébrale et os du bassin brisés par flexion forcée et pression trèsforte. Os brisés en plusieurs fragments. Poumons : épanchemenl et infiltration de sang coagulé.
i" Cadavre d'enfant né à terme, viable et vigoureusement constitué. 2° Né vivant, a vécu et respiré complètement. 3° Il a subi, immédiatement après la naissance, des violences multipliées, accomplies avec une main exercée, et qui ont produit, d'une part, l'écrasement et le broiement des reins et du bassin, de l'autre, la strangulation et la suffocation auxquelles l'enfant a succombé ; 4" il a été en outre, après sa mort, l'objet de mutilations qui avaient pour but de favoriser la disparition du cadavre, 5° Aucune des nombreuses blessures et lésions constatées ne peut être attribuée, soit aux difficultés du travail de la délivrance, soit à toute autre cause naturelle ou accidentelle.
Observ. XXXIV. — Infanticide. Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances.
Visite, le 25janvier 1861, dans songarni, ruedu Cherche-Midi, 43, de la fille T..., à quatre heures et demie, accouchée à midi. Se disant