APERÇU STATISTIQUE
Et(tt dos enfants nouvenu-nés à fnrfnc déposés à la Moi'fjiœ de Paris de 1837 ù 186G.
Années.
Eiiliuits
Autopsies laites.
Inlanti-
cidos
constatas.
Années.
Enfants re(;us.
Autopsies
laites.
Infanti-
l'iiles •onstatés
lieport.
A report.
Total. .
L'augmentation croissante que constate le tableau qui précède, dans le nombre des infanticides constatés, est en rapport avec Taccroissement du chiffre des cadavres de tous genres reçus annuellement à la Morgue et aussi avec celui des autopsies faites. Sur ce dernier point, il est bon de faire remarquer que les habitudes du parquet de la Seine ont varié à différentes époques d'une manière assez sensible. Tandis que pendant un temps, la justice n'ordonnait Tautopsie que du tiers, de la moitié au plus, des cadavres d'enfants nouveau-nés déposés à la Morgue, aujourd'hui, dans des vues très-sages d'ordre public, il est trèsrare que les autopsies ne soient pas prescrites^ et le nombre des infanticides constatés et poursuivis s'accroît d'autant. 11 est actuellement cinq ou six fois plus considérable qu'il ne l'était il y a vingt-cinq ans, et s'élève en moyenne à cinquante par année, auxquels il convient d'ajouter les cas.
12 ÉTUDE MKDrCO-LKGALK SLR 1/ INFANTICIDE.
d'ailleurs en petit nombre, qui sont constatés à Paris ailleurs qu'à la Morgue. Pour ma part, je l'ai dit, j'ai procédé, depuis que je pratique la médecine légale, à plus de huit cents nutoj)sies d'enfants nouveau-nés.
Aussi la proportion qu'indique Casper (1) pour Jierlin, lorsqu'il dit (|ue dans celte capitale, et probablement dans toutes les grandes villes, les autopsies des nouveau-nés forment h elles seules le quart de toutes les autopsies légales, est-elle de beaucoup dépassée à Paris.
L'Angleterre ne le cède en rien à l'Allemagne et à la France, au point de vue de la fréquence des crimes d'infanticide. Taylor nous donne, pour deux années assez rapprochées, les chiffres suivants qui ne peuvent laisser de doute sur ce point : En 1862, sur 20 591 enquêtes criminelles qui ont eu lieu en Angleterre et dans le pays de Galles, 3239 ont eu pour objets des enfants au-dessous d'un an, et sur \2k verdicts de meurtres volontaires, plus de la moitié s'appliquaient à des infanticides. En 1863, sur 11151 enquêtes, 366^ se rapportaient à des enfants, et parmi cellesci, 166 aboutissaient à des verdicts de meurtre. Comme en France, les accusées étaient, pour le plus grand nombre, des femmes en service.
Des circonstances dans lesquelles se produisent les cas d'infanticide et des conditions de l'expertise. — Lcs
circonstances dans lesquelles se présentent les cas d'infanticide sont loin d'être indifférentes, et ont sur les conditions mômes de l'expertise une influence trop directe pour que nous ne nous attachions pas à les faire connaître.
11 n'en est pas de l'infanticide comme des autres genres
(1) Casper, Traite pratique de ntédecine légale, traduction IVaiujuiyc. Paris, 1862, t. Il, p. 3.
i\o moiirlro qui pclatcnl, soil dans un flagrant délit, soit pai- la décoiivei'Le rapide du corps de la victime. Dans rininiensc majorité des cas^ l'infanticide suit de très-prés un accouchement clandestin, et la femme, seule, dans l'ombre, après avoir tué l'enfant cpi'elle vient de mettre au monde, peut dissimuler à la fois sa naissance et sa mort. La victime, en pareil cas, n'est pas difficile à cacher ou à faire disparaître; et le temps quelquefois très-long qui s'écoule avant la découverte du cadavre, ajoute singulièrement à la difficulté des constatations.
Celui-ci, d'ailleurs, peut être retrouvé dans les circonstances et dans les lieux les plus divers. Tantôt, c'est sur la voie publique ; quelquefois, au seuil d'une maison, sous une porte cochère, dans une allée, très-fréquemment à l'intérieur d'une église, que le cadavre du nouveau-né est déposé. Pour ce dernier lieu, il peut arriver que l'enfant ait été abandonné vivant et ait péri par suite de cet abandon; car ce n'est pas dans les endroits écartés que sont exposés les enûmtsque l'on veut livrer vivants à la charité publique. Aussi ceux qui ont péri de mort violente et qu'on cherche à faire disparaître, se retrouvent surtout dans des lieux déserts, dans des chantiers, dans l'enceinte d'un enclos ou d'nn cimetière par-dessus les murs desquels il n'est pas rare que les petits cadavres aient été lancés.
D'autres fois, ils ontété jetés dans un égout, dans un puits. Mais le cas le plus fréquent peut-être dans les grandes villes est celui où on les retire d'une fosse d'aisances. Chose singulière, il semble que ce soit là le moyen le plus sûr de faire disparaître les traces d'un infanticide. La malheureuse qui vient d'accoucher clandestinement et quia tué son enfant, n'a rien de plus pressé que de le jeter dans les latrines et elle se croit assurée du secret et de l'impunité. 11 y a, en effet, une erreur fort répandue, c'estque le corps délicat d'un nouveau-né ne résiste pas longtemps au contact des matières
\k ÉTUDE MÉDTfiO-LKGALE SUR [/INFANTICIDE.
et ne tarde pas ;\ elrc détruit. Mais, outre que c'est tout le contraire qui est vrai, les fosses d'aisances^ fouillées au moindre soupçon d'infanticide, j^ardent longtemps et rendent sûrement le cadavre qui y a été jeté. A Paris notamment où l'usage des fosses molnles est très-répandu et tend à se généraliser, les tonneaux de vidange enlevés à des époques très-rapprochées et transportés au dépotoir, recèlent souvent des cadavres d'enfants nouveau-nés dont l'origine est indiquée sûrement par le numéro que porte la tonne et qui correspond à la maison d'où elle provient. On voit avec quelle facilité peuvent être ainsi découverts le fait et l'auteur de l'infanticide. C'est du dépotoir que viennent ainsi à la Morgue un très-grand nombre de nouveau-nés qui ont péri victimes d'un crime. Cette fréquence de rimmersion dans les fosses d'aisances est un point trèsimportant dans l'histoire médico-légale de l'infanticide, et nous aurons à insister d'une manière toute spéciale sur les questions particulières qui s'y rattachent.
Mais je n'en ai pas fini encore avec les moyens employés pour faire disparaître les traces de l'infanticide. Les petits cadavres sont souvent aussi jetés dans une rivière^ un ruisseau, une mare, un étang, et à Paris dans le canal. Ce qu'il y a à noter dans ces cas, c'est qu'il ne s'agit pas le plus ordinairement d'enfants noyés, mais de nouveau-nés précipités dans l'eau,, après qu'ils avaient été déjà privés de vie. D'autres fois, dans les mêmes conditions, on les trouve enfouis dans la terre, au fond d'un jardin, au coin d'un bois, ou d'un champ, ou bien dans un tas de fumier, où l'on pense, non sans quelque raison, que les petits corps seront promptement consumés, ou encore dans du sable et dans des sacs ou des tonneaux de son et de remoulage.
Mais ce qui est encore très-commun, c'est de trouver le cadavre du nouveau-né dans la chambre même de la mère^ enveloppé,, caché dans une armoire, dans le tiroir
coNDiTfoNS ni-: l'expertise. 45
(l'un meiiblo, dans un cofTi'c, un panier, nno niallo, sous un tas de liardes, ou sous le lit et entre des matelas. C'est là que, dans les premiers moments qui suivent le crime, les recherches sont le plus souvent suivies de résultats.
Enfin, pour ne rien omettre, il i'aul citer les cas où l'on trouve dans le foyer d'une cheminée, ou dans un poêle les débris d'un cadavre que l'on a cherché à faire disparaître en le brûlant ; et ceux où le corps déposé derrière un calorifère s'y est momifié; ou bien encore ceux dans lesquels des fragments sont restés au fond d'une marmite dans laquelle on avaitfait subir au cadavre une véritable coction ; ou dans l'auge des porcs a qui on l'avait donné à dévorer.
Telles sont, sans que j'aie la prétention de les avoir toutes prévues^ les circonstances dans lesquelles se produisent le plus souvent les crimes d'infanlicide. Il est faci](^ de comprendre comment, dans leur diversité, elles peuvcnl faire varier les conditions de l'expertise médico-légale.
En premier lieu, en effet, l'état de conservation du corps diffère suivant le moyen qui a été employé pour le faire disparaître et qui l'a, pendant un temps, quelquefois très-long, soustrait à toutes les recherches. D'autre part, le cadavre n'a pas toujours été laissé dans son intégrité, il est aplati, déformé; souvent on trouve le corps en morceaux, et ces mutilations, que l'on rencontre quelquefois sur des corps d'adultes assassinés, sont beaucoup plus faciles et aussi beaucoup plus fréquentes dans les infanticides dont elles aident à disséminer et à effacer les traces, et dont, dans tous les cas, elles rendent la constatation très-difficile, parfois môme impossible.
L'infanticide présente encore, au point de vue des recherches médico-légales, plusieurs particularités importantes. L'âge et le développement de la victime, qui n'ont qu'une importance secondaire dans les cas de meurtre
IG KTrDK MKDICO-LKGALE STJÏl L TNFAKTTCînË.
ordinaire, acquièronl, quand il s'agil du meuriro dun nouveau-nc, une importance réelle.
La détermination de l'époque à laquelle élaiL parvenue la vie inU'a-ulérine de Tcnfant, en éclairant du même coup la durée de la grossesse de la mère, constitue un renseignement souvent fort mile ;\ la justice. 11 faut donc que l'expert ail soin d'établir si l'enfant est né à terme, ce qui a lieu dans le plus grand nombre des cas, ou, au contraire, avant terme et à un degré plus ou moins avancé de son développement intra-utérin. Des rectierches non moins précises et d'un caractère tout spécial doivent également porter sur certains points de la conformation du nouveauné. Le cordon ombilical, notamment, qui relie l'enfant à sa mère pendant tout le temps qu'il est contenu dans son sein, mérite un examen particulier et fournit à lui seul des données nombreuses et extrêmement intéressantes sur les circonstances dans lesquelles s'est opérée la délivrance, sur la manière dont l'enfant a été traité après sa naissance et même sur certains procédés d'infanticide. L'attention de l'expert se fixera donc sur Tétat du cordon, soit qu'il n'ait sous les yeux que la portion adhérente à l'abdomen de l'enfant, soit qu'il ait en môme temps à sa disposition la portion placentaire. Il constatera la structure et le degré de résistance du cordon; il dira s'il est entier, et, dans le cas contraire, il rechei'chera sur l'extrémité des fragments divisés s'il a été coupé par une section nette ou rompu par une traction énergique, et si, enfin, le cordon a été lié, ce que l'on ne voit presque jamais. Le placenta lui-même pourra être l'objet d'observations utiles au point de vue du développement de l'enfant et de certaines causes de maladie et de mort naturelle du fœtus.
Mais le point capital de l'expertise médico-légale en matière d'infanticide, et ce qui en fait un sujet si complètement à part, c'est la nécessité d'établir que le nouveau-né,
CONDITIONS DE l'eXPERTTSE. 17
que l'on suppose avoir péri par un crime, était bien réellement né vivant. De là toute une série de recherches et d'expériences auxquelles l'expert doit se livrer pour retrouver sur le cadavre les traces de la vie, et qui précèdent et dominent toutes celles qu'il aura à faire pour découvrir les causes de la mort.
Quant à celles-ci, elles diffèrent encore sur bien des points de celles que l'on est accoutumé à constater dans les divers genres d'homicide. Il y a des procédés exclusivement propres à l'infanticide ; et les violences meurtrières elles-mêmes, dont le cadavre conserve l'empreinte, peuvent avoir une signification toute particulière et se rattacher au travail de l'accouchement, distinction qui exige une étude comparative souvent délicate.
L'autopsie cadavérique des nouveau-nés présente, on le voit, des complications et des difficultés que l'on ne rencontre pas dans l'examen des cadavres d'adultes et auxquelles il faut que le médecin soit préparé. Ce n'est pas que je veuille embarrasser la pratique d'une foule de préceptes oiseux sur les méthodes opératoires à suivre en pareil cas, ni que je regrette pour mes confrères ni pour moi les prescriptions impératives du règlement prussien (( concernant le procédé que doivent suivre les médecins » légistes dans les explorations médico-légales des cadavres » humains». J'aime mieux laisser à chacun sa liberté d'action, et je ne demande que deux choses. En premier lieu, que l'expert chargé de faire l'autopsie d'un nouveauné et de constater les preuves d'un infanticide, sache bien ce qu'il doit chercher et ait toujours présentes les questions qu'il doit résoudre. Peu importe après cela la marche qu'il suivra pour y parvenir. Je veux, en second lieu, que le médecin appelé par la justice dans un cas d'infanticide ne se prononce jamais sans avoir fait l'autopsie cadavérique complète. Et je me rallie complètement aux préceptes du
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