‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 4)Chapitre 44 sur 48 · DE L'EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE · texte numérisé non relu

DE L'EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE

s'accomplit sans péril ,ni pour la femme, ni pour l'enfant. Enfin, dans d'autre cas, on s'en prend à l'ignorance de la mère, à son trouble, â l'oppression de ses forces, à l'égarement de sa raison. J'espère avoir donné au médecin les moyens de faire justice de ces hypothèses si souvent gratuites. *

Pour conclure, je dirai à l'expert qui est appelé à discuter devant la cour d'assises et à soutenir les conclusions qu'il a formulées : ne vous laissez pas entraîner hors de la question même qui s'agite dans le débat ; ne vous arrêtez pas aux abstractions, aux théories générales qu'on vous oppose; ramenez la discussion au fait particulier actuellement soumis au jury, et puisez dans le fait même les preuves péremptoires que l'examen anatomique vous aura fournies.

C'est de l'enfant dont vous avez fait l'autopsie qu'il faut parler. Vous constatez qu'il est né vivant, c'est un premier point. Vous établissez pour chaque cas particulier la nature des violences qui ont causé la mort. Que vous reste-t-il à faire? A distinguer avec toute la rigueur possible les signes de la mort violente, des causes de mort naturelle ou accidentelle qu'un procédé banal de la défense cherche à faire prévaloir.

Ce n'est pas à vous qu'il appartient déjuger. Vous ne devez jamais apporter dans une expertise ce mauvais sentiment qui vous pousse à faire de l'accusation votre propre affaire. Vous devez rester indifférent au verdict qui,, même quand il est le plus opposé aux données de la science, ne saurait vous atteindre, car il n'émane que de la -conscience des jurés, et se fonde plus encore sur des considérations morales que sur des preuves matérielles, les seules qu'il appartienne au médecin légiste d'apporter à la justice.

Il ne me reste qu'à montrer pour ainsi dire l'expert à

,1'œuvre, en réunissant àlafin de cette étude médico-légale sur

'infanticide, un choix de rapports et de consultations em-

pruntés à ma longue pratique. Je les grouperai d'après le genre de mort, dans l'ordre que j'ai précédemment suivi.

Infanticide par suffocation.

Observ. I. — Infanticide par suffocation. Occlusion des voies aériennes.

Je donnerai cette première observation dans tous ses détails, afin qu'on prenne une idée aussi complète que possible de la manière dont se présentent les faits d'infanticide.

L'accusée est une fille de vingt-sept ans, qui déclare se nommer Marie-Anastasie, née dans le département de la Marne.

Voici les faits qui résultent de l'instruction : — P. était domestique à Arzillières ; dans les premiers jours de mars 4 854, elle quitta Arzillières dans un état de grossesse très-avancée, mais elle n'en avait fait part à personne : loin de là, lorsqu'on la questionnait sur l'épaisseur de sa taille, elle cherchait à détourner ces soupçons, et tantôt répondait d'une manière évasive, tantôt affirmait qu'elle n'était pas enceinte.

D'Arzillières, la fille P. vint à Paris et, presque aussitôt son arrivée, elle entra comme domestique chez les époux Mercier, marchands plumassiers, rue Saint-Sauveur, 5, pour remplacer momentanément leur propre domestique absente. Dès les premiers jours, la dame Mercier crut s'apercevoir que la fille P. était enceinte; elle fit part de ses conjectures à son mari, mais, par un sentiment de délicatesse louable, elle n'osa pas déclarer ses soupçons à celle qui en était l'objet, dans la crainte de l'humilier s'ils n'étaient pas fondés.

Cependant, le 24 mars, la fille P., souffrante d'un rhume, était restée dans son lit; la dame Mercier voulut la faire expliquer nettement sur sa position. Elle lui demanda, à plusieurs reprises, si elle était enceinte, et cette fille nia avec persévérance ; la darne Mercier insista pour triompher de ce qu'elle considérait avec raison comme un mensonge; elle lui tint le langage le plus bienveillant, le plus propre à la rassurer ; elle lui fit connaître qu'il y avait à Paris des établissements où elle serait reçue pour faire ses couches, où on lui faciliterait le moyen d'élever son enfant.

L'inculpée persista dans ses dénégations, et la dame Mercier, à laquelle ce silence donnait des inquiétudes, lui fit clairement entendre qu'elle soupçonnait qu'elle pouvait avoir de mauvais desseins sur son enfant, et que la loi était très-sévère pour ces sortes de crimes.

Plus tard, dans la même journée, la dame Mercier interpella de nouveau la fille P.; elle lui annonça que son mari et elle, convaincus de son état de grossesse, étaient décidés à la faire visiter par un médecin : enfin elle fit appel à ses sentiments religieux, et lui demanda de jurer sur ce Christ qu'elle n'était pas enceinte.

Après avoir cherché à- nier, l'inculpée finit par avouer qu'elle se croyait enceinte, mais elle fit remonter sa grossesse tantôt à six mois , tantôt à huit mois, ajoutant, lorsque sa maîtresse lui offrait de la faire conduire dans une maison d'accouchement, qu'elle était loin encore de l'époque de sa délivrance.

Ceci se passait dans la journée du 24 mars.

Le lendemain matin, à six heures et demie, le sieur Mercier entrait dans la chambre de sa domestique qui, à une question sur sa santé, se contentait de répondre que ça n'allait pas, sans entrer dans aucun autre détail.

A huit heures moins un quart, la dame Mercier, étonnée de n'avoir pas vu encore paraître la fille P., entrait à son tour dans sa chambre, et celle-ci lui déclara qu'elle avait fait une fausse couche; qu'au milieu de la nuit, de quatre à cinq heures, elle avait éprouvé de vives coliques ; qu'à six heures du matin elle avait cru avoir besoin d'aller à la garderobe ; qu'en se plaçant sur le vase de nuit son enfant était venu, qu'il était tombé dans le vase, avait poussé un petit cri, fait deux soupirs et qu'il était mort aussitôt ; quelques instants après, elle varia dans ces détails et dit que l'enfant était tombé, non dans le vase, mais par terre.

Les sieur et dame Mercier envoyèrent de suite chercher leur médecin, le sieur Lebreton ; il arriva aussitôt, l'enfant était mort, mais son cadavre était encore chaud ; il n'existait aucune trace de lésions ou de violences extérieures, mais il trouva l'enfant empaqueté dans un jupon qui le recouvrait de toutes parts. Il lui parut bien constitué, né à terme et parfaitement viable, et il attribua sa mort soit au défaut de soins, soit à une pensée coupable par suite de laquelle il aurait été enveloppé de façon à ne pouvoir respirer.

J'ai été chargé, le 27 mars 1854, de procédera l'autopsie de l'enfant nouveau-né issu de la fille P. et j'ai fait les constatations suivantes :

Enfant du sexe féminin, forte et vigoureuse, 2 kil. ,750, 52 centimètres de long, point épiphysaire très-développé, cordon non coupé, déchiré, non lié, pas de putréfaction.

Tête et cou, ainsi que la partie supérieure de la poitrine d'une couleur violacée très-foncée; pas d'excoriation apparente sur le visage et le cou.

A îa surface du péricrâne, on trouve un très-grand nombre de

petits épanchements très-limités de sang coagulé, distincts de la bosse sanguine syncipitale ; os intacts.

Organes thoraciques surnageant.

Poumons gorgés de sang ; mais sur la surface d'un rouge foncé on distingue une multitude de petites ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre, d'une couleur noirâtre, et qui donnent aux deux poumons un aspect granitique.

Larynx et trachée contenant une certaine quantité d'écume sanguinolente.

Cœur offrant aussi à sa surface des ecchymoses sous-péricardiques vers la base et à l'origine des gros vaisseaux. Il contient du sang tout à fait fluide.

Viscères abdominaux à l'état normal.

Estomac distendu par une grande quantité de mucosités teintes de sang.

• 1° Enfant né à terme, viable et très-vigoureusement constitué;

2° Cet enfant a vécu et respiré ;

3° La mort est le résultat d'une asphyxie par suffocation, produite par un obstacle violemment apportée l'action de l'air dans les voies aériennes :

4° Il n'existe pas de lésion apparente à l'extérieur; mais les altérations des organes respiratoires ne peuvent laisser des doutes sur la cause de la mort, qui ne peut être attribuée ni aux difficultés naturelles de l'accouchement, ni à un état de faiblesse congénital de. l'enfant.

Observ. IL — Infanticide par suffocation. Discussion médico-légale.

J'ai été chargé, au mois d'octobre 1849, de concert avec mon honorable confrère, M. le docteur Gaide, en vertu d'une commission rogatoire de M. le juge d'instruction de Nogent-sur-Seine, de résoudre plusieurs questions relatives à une grave affaire d'infanticide. « Il s'agissait d'émettre notre avis sur les rapports des docteurs C. » et P., en les rapprochant des données de l'instruction com- » mencée contre la fille B., inculpée d'infanticide. Dire si la dé- » claration de l'inculpée paraît concorder avec les observations » faites sur le cadavre de l'enfant, ou si la mort n'est pas due au » défaut de soins apportés à l'enfant, ou à un acte coupable fait » directement, comme l'apposition de la main ou de tout corps » étranger sur la bouche de l'enfant. » Après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d'instruction, nous avons reçu communication des pièces suivantes : 10 deux interrogatoires subis par l'inculpée ; 2° la déposition de la sage-femme ; 3° le rapport de l'offi-

cier de santé Poupelier, et 4° le rapport du docteur Cherlier et du docteur Poupelier.

Afin d'apporter, dans la solution des questions qui nous sont posées, toute l'exactitude et toute la rigueur possibles, nous commencerons par exposer succinctement les faits matériels qui résultent de l'examen auquel se sont livrés les premiers experts, ainsi que les allégations contenues dans les interrogatoires de l'accusée. Nous discuterons ensuite les conclusions du rapport de MM. Chertier et Poupelier, et nous terminerons par l'énoncé de notre propre opinion.

Exposé des faits. — Malgré certaines omissions importantes que nous devrons signaler, l'autopsie cadavérique de l'enfant né de la fillle B. a établi d'une manière positive les faits suivants :

L'enfant paraît être né à terme; bien que le poids ne soit pas indiqué, les dimensions et le diamètre de la tète montrent que le volume du corps était plutôt au-dessous qu'au-dessus de la moyenne ordinaire.

La coloration d'un blanc mat suffirait, s'il n'en existait d'autre preuve, pour exclure l'idée de la mort du fœtus longtemps avant la délivrance et du séjour du cadavre dans le sein de la mère.

Il existait sur différentes parties du corps, au front, à la peau, sur les bras, des excoriations légères ou des ecchymoses toutes situées du côté gauche, et qui ne paraissent avoir présenté aucune gravité.

L'état des organes respiratoires doit, au contraire, fixer notre attention d'une manière toute spéciale. En effet, à l'extérieur, les lèvres sont brunâtres, violacées, la langue fait saillie entre les mâchoires, la peau du cou est, dit-on, intacte ; mais rien n'indique que le tissu cellulaire et les muscles sous-jacents, que l'épaississement des lèvres, l'intérieur de la bouche, et même le fond de la gorge aient été examinés dans le but d'y rechercher ces ecchymoses, ces traces de violences qu'il est si fréquent de rencontrer dans ces parties, lorsqu'une main criminelle a été portée sur un nouveauné. Quoi qu'il en soit, les poumons décrits avec beaucoup de soin sont distendus par l'air; ils offrent une coloration générale rosée; mais, chose très-importante à noter, « «7s présentent quelques petites marbrures irrégulières d'un rouge plus foncé». Ils sont d'ailleurs congestionnés, et une sérosité spumeuse sanguinolente s'écoule de leur tissu divisé. Ce n'est pas tout : « La membrane interne du » larynx, de la trachée et des bronches est injectée, et l'on trouve » dans ces conduits de la sérosité spumeuse, abondante surtout dans » les petites bronches » .

Le cœur ne contient pas de sang coagulé.

Du côté de la tête, on constate les signes d'une congestion assez

considérable qui va jusqu'à produire une exhalation sanguine à la surface du cerveau.

L'estomac n'a pas élé ouvert; et il est à regretter que l'on n'ait pu ' reconnaître, la déglutition s'étant opérée, quelles matières auraient été ainsi portées dans l'estomac, ce qui eût permis de mesurer en quelque sorte l'énergie et la durée de la vie du nouveau-né.

Quant aux déclarations de la fille B., elles tendraient à établir que la délivrance qui s'est opérée sans trop de douleurs a eu lieu pendant que l'inculpée était accroupie; que l'enfanta mis de dix à quinze minutes à sortir tout à fait. Les pieds ayant passé d'abord, la tête a mis sept ou huit minutes à se dégager, et a été immédiatement suivie du délire. Cette fille ajoute que le corps du nouveauné était tout froid, qu'il n'a ni bougé ni poussé un seul cri, et qu'elle a vu tout de suite qu'il était bien mort et ne respirait pas.

Tels sont les faits et allégations d'après lesquels doit se former notre conviction, et qui ont dû servir de base aux conclusions des premiers experts, sur lesquelles nous sommes appelés à donner notre avis.

Discussion du rapport des premiers experts et des faits précédemment exposés. — Les trois premières conclusions qui établissent que l'enfant issu de la fille B. est né à terme, qu'il a vécu et respiré, sont parfaitement en rapport avec les constatations nécroscopiques, et découlent rigoureusement de la conformation et de l'apparence du corps, ainsi que de la structure des poumons, et des expériences auxquelles ces organes ont été soumis.

Sur la quatrième conclusion , nous ne saurions partager l'avis de MM. Chertier et Poupelier, et nous avons besoin d'entrer dans quelques développements. Ces honorables médecins pensent « qu'il est o très-probable que la mort est le résultat du fait de l'acccouchement » et non d'un infanticide ». Et pour soutenir cette opinion, ils s'appuient non plus sur les faits matériels qui ressortent de" l'autopsie, mais presque exclusivement sur les allégations de la fille B. , et principalement sur le mode d'accouchement que l'inculpée a déclaré, mais dont rien absolument ne saurait faire admettre la réalité. Ainsi, dès le principe, nous sommes obligés de faire remarquer que les premiers experts acceptent sans réserve une simple hypothèse, peutêtre même une déclaration inexacte.

En effet, à quels signes peut-on reconnaître que l'enfant s'est présenté par le siège, ainsi que la mère le déclare? Sera-ce aux; matières qui ont souillé le pourtour de l'anus ? Mais quel qu'ait été le mode d'accouchement, le mécooium peut s'échapper dès les premiers moments de la naissance; et, d'ailleurs, s'il n'est pas douteux que l'enfant ait vécu, nul ne peut dire pendant combien de temps. Sera-ce la présence du placenta adhérent encore au cordon ? Cette

circonstance est encore moins probante que la première, et peut se présenter dans les conditions les plus diverses de la délivrance. Il en est de même de cette prétendue compression du cordon ombilical et du col, pendant le quart d'heure durant lequel la tète serait restée au passage ; suppositions qu'aucun fait ne confirme, qui n'ont été soumises à aucun contrôle, et qui, au contraire, paraîtraient formellement contredites par la facilité de cet accouchement que la fille B, elle-même dit s'être opéré sans trop de douleur.

Quant aux lésions qui ont dû produire la mort, l'interprétation qu'en donnent MM. Ghertier et Poupelier est évidemment dominée par la manière dont ils ont admis que l'accouchement avait eu lieu. Sans s'arrêter à l'état (des organes respiratoires, et se préoccupant surtout de la congestion évidemment secondaire qui existait vers la tête, ilsont cru reconnaître un état apoplectique consécutifà la tuspension de la circulation placentaire; mais c'est là, nous ne craignons pas de le dire, une nouvelle hypothèse que dément de la manière la plus évidente l'état des poumons si bien décrit dans le rapport d'autopsie.

La distension des vésicules pulmonaires par l'air atmosphérique, cette preuve physique de l'accomplissement le plus régulier et le plus complet de l'acte respiratoire, est absolument incompatible avec un état apoplectique et une suspension de la circulation placentaire portée assez loin pour déterminer la mort. Cela est si vrai que MM. Chertier et Poupelier ont été frappés les premiers de certaines contradictions singulières;. et il n'est pas inutile de citera ce sujet les remarques qui terminent leur consciencieux rapport. « Toute- » fois, disent-ils, si ces faits peuvent rendre compte delà mort, ils » ne sont pas complets. La respiration, dans ces cas d'apoplexie » des nouveau-nés, n'a souvent pas lieu ou est incomplète. Dans » l'espèce, elle a été complète ; nous ne nous rendons pas bien » compte de l'intégrité des poumons, de l'absence du sang dans les » cavités du cœur. Aussi avons-nous cru devoir formuler notre » quatrième conclusion sous forme de probabilité. »

En résumé, on voit que, à part la déclaration de l'inculpée, cette dernière conclusion, en attribuant la mort du fœtus au fait de l'accouchement, no repose sur aucune autre preuve suffisante.

Il nous sera facile de montrer que la seconde partie de cette même conclusion, qui exclut toute idée d'infanticide, est complètement en désaccord avec les faits matériels résultant de l'autopsie, et les allégations contradictoires de la fille B.

Si nous nous reportons^ en effet, à ces déclarations, nous devons, avant tout , faire remarquer qu'il est tout à fait impossible d'admettre que le corps du nouveau-né ait été tout à fait froid; fût-il mort pendant le travail, la chaleur eût persisté après la délivrance.

11 est également de toute impossibilité que l'enfant n'ait ni bougé ni poussé un seul cri; les poumons ont été complètement pénétrés par l'air, la respiration a eu lieu, et pour le nouveau-né le premier mouvement vital, la première inspiration est un cri.

Ajoutons que les contusions et les ecchymoses observées sur le côté gauche de la tête et des membres, et que l'on attribue à la position du corps sur le chaume, sembleraient, d'ailleurs, indiquer que la vie n'était pas éteinte au moment où le nouveau-né a été transporté dans le champ où il a été trouvé inhumé.

Mais outre la preuve de la vie et de la respiration accomplie, on trouve dans l'état des poumons et des voies aériennes des signes qui jettent une vive lumière sur la cause de la mort.

A la saillie de la langue, à la coloration des lèvres, à la congestion du tissu pulmonaire, à la présence d'une écume abondante dans le larynx, la trachée et jusque dans les plus petites divisions des bronches, enfin, et surtout à ces petites taches irrégulières d'un rouge foncé disséminées à la surface des poumons, à ces signes constants, joints à la liquidité du sang, on ne saurait méconnaître les lésions caractéristiques de l'asphyxie par obstacle à l'entrée de l'air dans les organes respiratoires. La congestion cérébrale signalée dans le procès -verbal d'autopsie est un effet secondaire du trouble profond et de la gêne apportée dans la respiration. Dans tous les cas, ces lésions sont tout à fait indépendantes du mode suivant lequel la délivrance s'est opérée.

Conclusions. — De l'exposé des faits et de la discussion qui précède nous concluons que :

1° L'enfant issu de la fille B. est né viable à une époque probablement très-voisine du terme naturel de la grossesse;

2° Cet enfant a vécu et respiré; la vie s'est prolongée assez longtemps pour que la respiration ait eu lieu largement et à plusieurs reprises ;

3° Les déclarations de l'inculpée ne concordent en aucune façon avec les observations faites sur le cadavre de l'enfant;

4° La mort du nouveau-né n'est pas le fait de l'accouchement ni même du défaut de soins;

5° Elle est le résultat de l'asphyxie par obstacle apporté à l'entrée de l'air dans les voies aériennes ou par étouffement;

6° Il est impossible de déterminer d'une manière précise, en raison de l'omission de certains détails non consignés dans le rapport d'autopsie, si l'acte coupable qui a déterminé la mort a consisté dans l'apposition de la main ou d'un corps étranger quelconque sur la bouche de l'enfant, ou dans une pression violente exercée directement sur les parois de la poitrine.

INFANTICIDE ï>Aft SUFFOCATION* 273

Observ. III. — Mort accidentelle par suffocation. Compression des parois de la poitrine et du ventre.

Le 28 novembre 1855;, j'ai pratiqué l'autopsie de l'enfant de la fille D..., âgé de deux mois, laissé seul par sa mère, couché près de sa petite sœur, âgée de dix-huit mois. La mère, après une absence de trois heures, dit avoir retrouvé les deux enfants dans la nuit, l'aînée couchée sur la plus jeune.

Cadavre d'un enfant de deux mois très-vigoureusement constitué. Il n'existe à l'extérieur du corps que quelques petites excoriations au front et à la tempe du côté gauche. Cette dernière paraît avoir été faite par le frottement de la tête contre le mur. Les autres ont l'aspect et la forme de coups d'ongle. Dans le flanc gauche, on voit une petite cicatrice croûteuse plus amincie que les trous qui viennent d'être indiqués, et qui paraît résulter d'une piqûre. On remarque aussi en travers du ventre et de la poitrine une sorte de dépression assez large, et qui a laissé une empreinte sur les téguments.

La tête n'offre aucune lésion ; les os sont intacts : le nez et la bouche ne sont pas aplatis. Il n'existe non plus au bras aucune marque de violence.

Les deux poumous sont le siège d'altérations caractéristiques :. ils sont volumineux. Congestionnés dans quelques parties, pâles, au contraire, dans d'autres : mais, sur les unes et sur les autres, il existe un assez grand nombre de taches ecchymotiques, noirâtres, reconnues sous la plèvre. Les vésicules sont en outre déchirées dans une grande étendue ; le cœur ne renferme que du sang tout à fait liquide.

L'estomac est absolument vide et rétracté.

Ce jeune enfant est mort étouffé par une pression violente et continue exercée sur les parois de la poitrine et du ventre.

Les excoriations n'ont en aucune façon contribué à la mort; celle-ci a eu lieu au moins plusieurs heures après que l'enfant a été allaité pour la dernière fois.

Observ. IV. — Infanticide par suffocation. Pression exercée sur les parois de la poitrine et du ventre.

La fille Anne T..., âgée de vingt-quatre ans, est accouchée dans une étable dans la nuit du 14 au 15 février 1855, et d'après ses propres indications, que nous n'obtenons qu'à grand'peine, elle reconnaît avoir eu sax dernière époque menstruelle au mois de mai dernier, date qui correspondait effectivement au terme naturel de la grossesse. Les suites de couches ont été très-régulières. Pressée par nous de s'expliquer sur la manière dont s'est opérée sa délivrance,

A. TARDIEU. — Infanticide. 18

21k RAPPORTS ET CONSULTATIONS.

la fille T. entre dans des explications embarrassées et contradictoires qui révèlent néanmoins une astuce et une intelligence que n'aurait pu faire soupçonner la physionomie stupide de cette fille. Il est absolument impossible d'obtenir d'elle une réponse précise sur le point de savoir dans quelle position elle est accouchée. Elle dit tantôt qu'elle était debout, tantôt accroupie ou agenouillée; mais si cette circonstance est obscure, elle n'a qu'un intérêt très-secondaire. Ce qui est plus important, c'est l'explication que donne la fille T. des conditions dans lesquelles l'enfant s'est trouvé. Elle soutient que dans les ténèbres où elle était elle n'a pas vu son enfant, que celuici n'a pas crié, et qu'étant tombée près de lui après la délivrance, elle a, en se relevant, posé le pied sur ce petit corps. Nous la faisons préciser davantage, et elle ajoute que s'étant aperçue du fait, elle a immédiatement retiré le pied sans l'avoir appuyé beaucoup. Mais l'enfant ne donnant, à ce qu'elle prétend, aucun signe de vie, elle l'enveloppa dans un linge et le porta dans un coin de l'écurie où elle le coucha derrière un tonneau.

Ces dernières circonstances, sur lesquelles nous avons insisté à dessein parce qu'elles se rapportent directement . à la cause de la mort de l'enfant, sont tout à fait en opposition avec les constatations qui résultent de l'autopsie cadavérique.

Le 'cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, long de 54 centimètres, et présentant le développement régulier d'un enfant né à terme, notamment un point osseux bien formé dans l'épaisseur des cartilages fémoraux. Ce cadavre a été gravement mutilé par un chien qui a enlevé toutes les parties molles du dos, du cou et de la région temporale du côté gauche. La surface de cette large plaie, qui pénètre jusqu'aux os, est dans toute son étendue blafarde, et ne présente pas d'infiltration de sang coagulé.

La tête offre un aplatissement considérable dans son diamètre transversal, et l'on remarque dans les muscles temporaux et sous le cuir chevelu du côté droit un épanchement de sang coagulé. Si l'on n'en constate pas la présence du côté opposé du crâne dans le point correspondant, cela peut tenir à la destruction des parties dans lesquelles le sang se serait infiltré; les os ne sont pas fracturés.

Les organes thoraciques extraits de la poitrine en totalité et plongés dans un vase rempli d'eau surnagent; leurs poumons, qui sont volumineux, pénétrés par l'air dans toutes leurs parties, offrent une couleur rosée sur laquelle tranchent à la surface, et principalement vers les bords, une innombrable quantité d'ecchymoses ponctuées dont quelques-unes sont réunies en plaques, et qui toutes résultent d'extravasations sanguines disséminées sous la plèvre. Une véritable exsudation de sang recouvre le bord postérieur du poumon gauche. Les poumons, du reste, isolés, et par fragments,

plongés dans l'eau, surnagent invariablement. Le cœur est volumineux et distendu par du sang liquide.

Bien que les parois abdominales n'offrent à l'extérieur aucune apparence de contusion, on trouve dans les cavités du ventre un épanchement très-abondant de sang coagulé qui recouvre tous les viscères, et qui résulte manifestement de l'exhalation sanguine qui s'est faite à la surface du péritoine, sous l'influence d'une forte pression. Les organes abdominaux ne sont le siège d'aucune déchirure. L'estomac contient une assez grande quantité de liquide spumeux, mélange de salive et d'eau.

En résumé, cette fille est accouchée d'un enfant né à terme viable et bien conformé.

Cet enfant a vécu et respiré, et a certainement dû faire entendre des cris.

La mort est le résultat d'une asphyxie par suffocation, et d'un obstacle violent et prolongé apporté a l'entrée de l'air dans les voies respiratoires.

La suffocation a été produite par une pression exercée à l'aide d'un corps à surface large, et placé sur le ventre, la poitrine et la tête.

La profondeur et l'étendue des lésions constatées dans les organes thoraciques et abdominaux en attestant l'énergique résistance que le nouveau-né a opposée à ces violences, démontrent qu'elles ne résultent pas d'un simple accident, et d'une pression passagère du pied posé par mégarde sur le corps, mais, au contraire, d'un effort puissant et soutenu qu'atteste également la déformation de la tête.

Cette fille a fini par avouer, dans le cours de l'instruction, qu'elle avait tué son enfant en l'étouffant sous le poids d'un tonneau vide.

Observ. V. — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivant dans la cendre.

J'ai pratiqué à la Morgue, le 16 janvier 1854, l'autopsie d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, trouvé dans un fossé sur le territoire de la commune d'Ivry.

Enfant très-fort, 2 kilogrammes 900 grammes, à terme.

Tout le corps est enduit de cendre. Les narines et les lèvres en sont obstruées, la bouche remplie. On Irouve la poussière dans toute la longueur de l'œsophage, et jusque dans l'estomac, où des parcelles de cendre sont mêlées à des mucosités grasses.

Du côté des voies aériennes, la cendre n'a pas pénétré au delà de l'épiglotte. Il n'en existe ni dans le larynx ni dans la trachée où l'on trouve seulement de l'écume sanguinolente.

Les poumons ont été distendus par l'air, la respiration a été com-

276 RAPPORTS 'Et Ë'CMSU'LTÀTÏÔNê.

plète. Ils sont volumineux, de couleur rosée médiocrement Foncée. Toute leur surface est sillonnée par des plaques emphysémateuses, et tachetées par de nombreuses ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre. Le rupture simultanée des vésicules pulmonaires et des vaisseaux superficiels donne un aspect tout particulier aux poumons. Le cœur est volumineux, et ne contient que du sang liquide. Sous le cuir chevelu, on voit un grand nombre d'épanchements circonscrits de sang coagulé. Il n'existe d'ailleurs aucune trace de violence à l'extérieur. Le cordon ombilical n'a pas été coupé, mais rompu et non lié.

Observ. VL — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivunt dans du son.

J'ai pratiqué, le 25 octobre 1854, l'autopsie de l'enfant de la fille Bazin, trouvé dans un tonneau rempli de son.

Enfant très-fort, mâle, 2 kilogrammes 950 grammes 53 centigr., point osseux très-développé; cordon non coupé, rompu, et non lié à 35 centimètres de son insertion abdominale. Tout le corps est couvert d'une poussière assez fine qui paraît être du son.

Téguments et os du crâne intacts. On trouve seulement sous le cuir chevelu de nombreuses extravasations de sang coagulé, trèscirconscrites, et qui ne résultent pas du travail de l'accouchement.

Les narines et la bouche sont remplies par la poussière, qui ne pénètre pas dans les voies digestives au delà de l'isthme du gosier ; lèvres aplaties, sans excoriations.

Organes thoraciques surnageant en totalité. Poumons très-volumineux, d'une couleur marbrée. Leur surface présente à la fois de nombreuses ampoules d'emphysème et des ecchymoses sous-pleurales disséminées et assez profondes, surnageant soit en totalité, soit par fragments comprimés sous l'eau. La trachée contient une petite quantité de liquide sanguinolent non spumeux, et quelques petits grains de poussière semblables à celle qui enduit le corps.

Le cœur est tout à fait vide.

Les viscères abdominaux sont à l'état normal.

L'estomac ne contient que quelques mucosités teintes de sang.

-1 ° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, né à terme, violet et très- vigoureusement constitué.

2° A vécu et respiré.

3° La mort est le résultat de la suffocation, et les poumons portent la trace des efforts énergiques qu'ils ont faits pour vaincre l'obstacle apporté à l'entrée de l'air dans les voies aériennes.

4° Ces lésions ne peuvent être attribuées aux difficultés du travail de l'enfant mort.

Observ. VII. — Infanticide par suffocation. Enfant enfermé dans une boite.

Enfant du sexe féminin, né à terme, et bien conformé. Cordon ombilical coupé, non lié ; coloration générale du corps très-pâle.

Pas de trace de blessure à l'extérieur.

Tête. — Les téguments et les os du crâne sont intacts. On trouve sous le péricrâne de nombreuses ecchymoses et de petits épanchements de sang coagulé.

La face présente une conformation très-remarquable, et tout à fait caractéristique La lèvre inférieure est renversée de haut en bas, et aplatie sur la hauteur. La membrane muqueuse qui en revêt la face interne est comme parcheminée, et porte l'empreinte d'un tissu dont quelques fragments sont même restés adhérents à la lèvre. L'extrémité de la langue est également comprimée, desséchée et couverte d'un léger duvet. Il n'y a d'ailleurs ni excoriations ni ecchymoses.

Au devant du cou est une très-légère excoriation sans importance.

Les organes thoraciques extraits en totalité et plongés dans un vase rempli d'eau surnagent. Les poumons sont très-volumineux, distendus complètement par l'air. Ils sont d'une couleur rosée assez pâle, marbrée et violacée dans quelques points seulement. A leur surface, il existe une vingtaine de petites ecchymoses disséminées sous la plèvre, et un certain nombre de vésicules pulmonaires sont rompues. Il n'y a d'ailleurs pas de congestion générale des poumons. Le cœur est volumineux, et contient une grande quantité de sang tout à fait liquide.

Viscères abdominaux à l'état normal. L'estomac contient des mu ■ cosités spumeuses et verdâtres.

Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré.

Il a été étouffé par occlusion des voies aériennes opérée à l'aide d'un linge appliqué sur la bouche, et a succombé à l'asphyxie par sulfocation.

Il n'existait aucune autre cause de mort naturelle ou accidentelle.

Observ. VIII.— Meurtre par suffocation d'un enfant de quatre jours.

J'ai eu à pratiquer, le 27 février 1855, l'autopsie d'un enfant appartenant à une femme'du nom de H..., qui était accouchée à l'Hôtel-Dieu, et dont l'enfant avait été trouvé mort auprès d'elle. Cette femme avait déjà, deux ans auparavant, perdu un enfant de la même façon, à l'hôpital Sainte-Marguerite.

Le cadavre, par ses dimensions, par son développement, par son aspect extérieur et la formation complète d'un point osseux dans

l'épaisseur des cartilages fémoraux, réunissait tous les caractères d'un enfant né à terme. Il n'était pas davantage douteux que la vie extra-utérine se fût établie et entretenue régulièrement : car la dessiccation du cordon ombilical, qui n'était pas encore détaché, indiquait que cet enfant avait vécu trois ou quatre jours.

Le corps n'offrait à l'extérieur aucune trace de violence, aucune blessure apparente. On remarque seulement une déformation assez marquée du nez, dont l'extrémité est aplatie assez fortement pour qu'on ne puisse rendre aux narines leur disposition naturelle. Le cou et la poitrine ne sont notamment le siège d'aucune lésion extérieure.

Les téguments et les os du crâne sont intacts. Mais on trouve sous le cuir chevelu, dans le tissu cellulaire péricrânien, un assez grand nombre de petits épanchements de sang coagulé , disséminés à une assez grande distance les uns des autres. Il n'y a d'ailleurs pas de bosse sanguine au sommet, mais seulement une teinte rougeâtre, uniforme, qui répond à une exsudation séro-sanguinolente survenue pendant l'accouchement et en partie disparue, qui, dans tous les cas, est tout à fait distincte des ecchymoses circonscrites et récentes que nous venons d'indiquer. La face et les lèvres offrent une teinte ' violacée.

Les organes thoraciques extraits de la poitrine surnagent dans un vase rempli d'eau, ainsi qu'on devait s'y attendre. Les poumons, dans toute leur étendue, dans toute leur épaisseur, présentent une coloration uniforme d'un rouge lardacé, due à l'accumulation du sang dans leur trame la plus profonde. Mais en' outre, à leur surface et notamment sur leur bord libre, et en avant, au niveau de la face médiastine, on voit un certain nombre de petites taches d'un rouge noirâtre, dont les dimensions varient, depuis celles d'une pointe d'aiguille jusqu'à celles d'une grosse tête d'épingle. Elles sont formées par du sang extravasé sons la plèvre. Dans quelques points, les vésicules rompues ont donné lieu à ces emphysèmes inlerlobulaires. — Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang tout à fait fluide.

Les viscères abdominaux sont sains : l'estomac ne renferme que quelques mucosités mélangées d'air; on n'y trouve pas trace de lait ou de résidu quelconque de la digestion.

En résumé, cet enfant né viable et parfaitement conformé, après avoir vécu quatre jours avec toutes les apparences de la force et de la santé, est mort étouffé par une pression considérable et assez longtemps continuée, exercée à la fois sur la poitrine et sur la face. L'état des organes respiratoires indique que l'enfant a énergiquement résisté à l'obstacle qui empêchait l'air de pénétrer dans les poumons.

INFANTICIDE l'Ait SUFFOCATION. 279

Au moment où la mort a eu lieu, il y avait déjà quelque temps, plus d'une heure, que l'enfant n'avait teté ou pris aucun aliment.

Observ. IX. — Infanticide par suffocation. Etat remarquable du cordon.

Autopsie le 25 mai 1857, de l'enfant nouveau-né de la jeune P., né huit jours auparavant ; état de conservation extraordinaire à l'extérieur; quelques meurtrissures au dos et aux lèvres et dans la bouche; cordon très-long tourné autour du cou sans le serrer; desséché au point de former un ruban aplati comme du parchemin avec liseré formé par les vaisseaux vides ; au milieu du. cordon, une portion non desséchée est molle et en putréfaction; pas de sillons ni ecchymoses au cou ; aplatissement du nez et des lèvres; excoriation à l'extrémité du nez, dessèchement des lèvres; poumons parsemés de taches sous-pleurales. — Cœur rempli de sang fluide ; estomac moins sanguinolent.

4° Enfant né à terme, sexe féminin viable et bien conformé.

2° Avait respiré et fait entendre plusieurs cris.

3° Est mort étouffé par une forte pression exercée avec la main sur le nez et sur la bouche et par l'occlusion forcée des voies aériennes.

4° La disposition du cordon tourné autour du cou peut avoir été naturelle, mais n'a en aucune façon contribué à la mort qui est le résultat de la suffocation et non de la strangulation.

5° Malgré l'absence des signes extérieurs de la putréfaction et notamment de l'odeur putride, la mort de cet enfant peut remonter à huit jours, et le retard de la décomposition peut s'expliquer par les conditions dans lesquelles le cadavre a pu se trouver placé hermétiquement enveloppé à l'abri du contact de l'air et de l'humidité.

Observ. X. — ■ Infanticide par suffocation. Mutilation du cadavre.

Autopsie le 13 novembre 1858, d'un enfant trouvé au dépotoir, issu de la fille P.. . On n'a trouvé dans le tonneau mobile que six fragments: il manque la tête et un pied. — La putréfaction est assez avancée. — Le point osseux épiphysaire est bien formé. — Le cordon rompu à 6 centimètres environ. — Le tronc n'est pas ouvert.— Les poumons et les autres viscères sont intacts. — A la surface des poumons on voit des ecchymoses sous-pleurales. — Les fragments ont été grossièrement divisés après la mort à l'aide d'un instrument mal tranchant.

En résumé, le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, né à terme et suivant toute apparence viable et bien conformé.

Le corps a été mutilé et divisé en plusieurs fragments, dont six seulement ont été retrouvés et parmi lesquels manquent la tête, les organes sexuels et uu pied.

Malgré ces mutilations, il est facile de reconnaître que cet. enfant est né vivant, qu'il a vécu et respiré.

L'impossibilité d'examiner la tête et le cou empêche de déterminer l'existence de violences qui auraient pu exister sur le crâne, le cou et la face; mais les constatations que nous faisons sur les poumons nous permettent d'affirmer que l'enfant est mort étouffé et qu'un obstacle a été apporté par violences au libre entretien de la respiration.

La section du corps a eu lieu après la mort avec un instrument peu tranchant et d'une manière qui n'indique aucune habileté opératoire, aucun dessein autre que de faciliter la disparition du cadavre.

Tête découverte le 30 novembre, dans la plaine de Montmartre.

Bien en rapport par, ses dimensions, la forme de la section du cou et la décomposition avancée, avec le cadavre de l'enfant Paquelin.

Os du crâne peu fracturé , mais séparé et laissant couler la matière cérébrale; rien sur le cuir chevelu.

A la face, de chaque côté des ailes du nez, infiltrations de sang coagulé s'étendant jusque dans l'épaisseur de la lèvre supérieure. Rien à noter de l'intérieur de la bouche.

Ces traces de compression robuste confirment mes précédentes constatations et la conclusion que nous en avons tirée touchant la cause de la mort de l'enfant delà fille Paquelin, qui a succombé à la suffocation produite par l'occlusion forcée des voies respiratoires.

Observ, XI. — Infanticide par suffocation à l'aide d'un tampon de papier dans la bouche.

Autopsie le 3 juin 4 855, à la Morgue, d'un enfant presque à terme, huit mois et demi. — Retiré d'une fosse d'aisances et de la bouche duquel on a retiré un tampon de papier.

Enfant de petite taille, du poids de 2 kilogrammes. — Putréfaction peu avancée, peut-être cinq à six jours dans la fosse. — Cordon non coupé. Placenta adhérent. — Pas de violences au cou. Excoriations cadavériques aux genoux et au devant des jambes. Bouche déformée. Lèvres distendues et déprimées. — Poumons trèsvolumineux ayant respiré, couleur rouge livide pâle. Très-nombreuses taches sous-pleurales caractéristiques. — Cœur, beaucoup de sang fluide. Dans l'estomac sang décomposé. — Rien autre.

Mort par suffocation à l'aide de l'occlusion forcée des voies aériennes.

Avait cessé de vivre lorsqu'il a été précipité dans la fosse, où il n'a dû séjourner que quelques jours seulement.

INFANTICIDE l'AR FRACTURE DU CRANE. 281

Observ, XII. — Infanticide par suffocation et strangulation.

Autopsie à la Morgue, le 17 janvier 1864, de l'enfant delà jeune G. trouvé le 1 4 janvier dans un puits.

Nouveau-né à terme, vigoureusement constitué. Enduit sébacé encore abondant à la têie et sur le corps..

Cordon coupé net à 28 centimètres de l'insertion abdominale.

Au-devant du cou et de la poitrine plusieurs ecchymoses en forme d'impressions digitales.

Poumons très-volumineux. — Nombreuses ruptures vésiculaires et ecchymoses sous-pleurales. — Cœur, sang fluide:

Estomac contenant seulement quelques mucosités, pas du tout d'eau.

Né vivant, a vécu et respiré.

Étranglé et étouffé par pression violente exercée avec la main sur le cou et sur la poitrine, ni accident ni difticultés de la délivrance ; corps jeté dans le puits privé de vie.

Observ. XIII. — Infanticide par enfouissement dans du poussier de charbon.

Autopsie de l'enfant de la fille F..., né à terme, du sexe féminin ; cordon lié ; poussier de charbon sur la face et dans le nez, l'œsophage et l'estomac, pas dans la trachée.

Poumons très-volumineux, rouge foncé; taches noires, apoplectiques sur le bord inférieur ; emphysème, sang noir fluide ; excoriations sur les reins, gonflement et ecchymose des pieds.

Mort résultant de la suffocation opérée par l'obstruction des voies aériennes au moyen de la poussière de charbon et par une forte pression exercée sur la bouche et sur le nez.

Trace de violences indiquant les efforts faits pour assurer l'étouffeînent de l'enfant.

Infanticide par fracture du crâne.

Observ. XIV. — Infanticide par fracture du crâne el suffocation.

Autopsie le 22 décembre 1852, de l'enfant nouveau-né de la fille S., sexe féminin; cordon non coupé, rompu à 36 centimètres; corps souillé de boue, desséché.

Face aplatie, nez et lèvres sans déchirure ni excoriation, téguments du crâne dans toute leur étendue soulevés par un épanchementdesang coagulé énorme, toute la voûte traversée par des fractures multiples qui partent des deux pariétaux.

Poumons surnagent, très-aérés, à leur surface, et sur le cœur quelques petites ecchymoses purulentes.

Estomac, mucus spumeux.

Point d'ossification des fémurs; sur le dos, les genoux, les cuisses, nombreuses et profondes ecchymoses.

1° Enfant nouveau-né à terme viable, bien conformé.

2° A vécu et respiré assez longtemps pour que ia respiration complète et la déglutition s'opèrent.

3° Mort résultant des fractures du crâne.

4° Ces fractures sont produites par l'écrasement de la tête. Elles ne peuvent en aucune façon être rapportées soit à une chute accidentelle, soit au travail de l'accouchement.

5° De nombreuses contusions, suite de violences, existent sur le tronc et les hanches.

6° L'état du poumon, les ecchymoses que nous avons constatés à leur surface indiquent que des efforts ont été faits pour élouffer les cris de l'enfant et qu'un commencement d'asphyxie a eu lieu.

Observ. XV. — Infanticide par fracture du crâne.

Autopsie à Bondy, le 9 avril l 849, du cadavre d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, bien constitué; cordon coupé à 35 centimètres par un instrument peu tranchant.

Point osseux du fémur.

Tête. — Épanchement de sang considérable en partie coagulé sous les téguments du crâne ; double fracture des os du crâne siégeant près de la tempe droite jusqu'à la bosse pariétale et au sommet de la tête près de la suture sagittale; ces deux fractures sont le résultat de violences exercées sur le crâne, elles sont linéaires et accompagnées de chevauchement des fragments osseux. L'épanchement existe en même temps à l'intérieur du crâne, A la face, nulle trace de blessure ; pas d'ecchymoses autour de la bouche et de l'orifice des narines; pas de violences autour du cou.

Les organes thoraciques surnagent; poumons volumineux violacés; cœur plein de sang coagulé.

Viscères abdominaux sains, estomac renfermant du mucus verdâtre; gros intestin plein de méconium :

1° Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, né à terme, viable et vigoureusement constitué ;

2° Cet enfant a vécu, il a respiré ;

3° La mort est ie résultat de la double fracture du crâne et de l'épanchement de sang qui l'a suivie;

4° Ces fractures ont été produites par des violences directes, et non par le travail naturel d'un accouchement difficile.

Observ. XVI. — Infanticide par fracture du crâne.

Autopsie, le 4 octobre 1 854, de l'enfant nouveau-nélissu de la fille

D..., sexe masculin, 4i kilogramme 60 grammes 41 centigrammes; pas de point osseux dans les fémurs ; cordon arraché au niveau de l'insertion abdominale, adhérent au placenta qui est sain et long de 52 centimètres.

Tête envahie par une putréfaction qui contraste avec la conservation du reste du corps, circonstance qui tient aux lésions profondes dont elle est le siège et à l'infiltration du sang dans les tissus. En effet, d'une part la face est aplatie et comme écrasée; lèvres, yeux, nez déformés par des excoriations et des contusions profondes ; os du crâne fracturés en tous sens par une forte pression; épanchement de sang eu poche sur le crâne; pas de trace de ponction de piqûres ou de lésion directe des téguments du crâne.

Organes thoraciques, extraits en totalité de la poitrine, surnagent ; les deux poumons, quoique incomplètement distendus par l'air, en contiennent cependant assez pour surnager, soit en entier, soit par portion et après avoir été comprimés sous l'eau ; le cœur contient un peu de sang liquide.

Viscères abdominaux sains; estomac vide.

1° Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né parvenu au septième mois de la vie intra-utérine et qui, quoique né avant terme, est peut-être considéré comme n'étant pas viable.

2° Cet enfant a vécu et respiré.

3° La mort est le résultat de l'écrasement de la tête et des violences exercées directement sur le crâne.

Observ. XVII. — Infanticide par fracture du crâne.

Autopsie, à la Morgue, le 9 mars, de l'enfant nouveau-né de la fille F...

Né à terme ; vigoureux : 3 kilogrammes. Cordon arraché au niveau de son insertion abdominale; non lié.

A la face, au front, au nez, à la lèvre, six' très-larges ecchymoses avec parcheminement de la peau ; infiltration de sang coagulé dans toute l'épaisseur de la lèvre supérieure. Tête broyée: sang et substance cérébrale épanchés dans une vaste poche formée par le cuir chevelu. L'os du crâne emboîte ces fragments nombreux à droite et à gauche.

Abcès au cou.

Signes de respiration évidente ; poumons très-pâles avec quelques taches ecchymotiques sous-pleurales, ponctuées. Cœur vide ou à peu près. Rien dans l'estomac que des mucosités.

Tué par broiement de la tête; fracture ne résultant pas d'une chute accidentelle^ ainsi que le prouvent l'étendue des désordres, la profondeur des lésions et leur siège à la face et des deux côtés du crâne. Forte pression exercée sur la tête.

Observ. XVIII. — Infanticide. Enfouissement dans le fumier. Fracture du crâne.

Autopsie à l'hôpital de Lourcine, le 4 9 juillet I 848, du cadavre d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, provenant de la fille V,, inculpée d'infanticide.

Enfant de petites dimensions; cordon déchiré, imparfaitement lié. Point épiphysaireà peine apparent du fémur.

Tête. — Fracture des deux pariétaux, à' gauche surtout. Épanchement considérable de sang, près de 1 centimètre, coagulé et recouvrant le sommet de la tête et la région temporale gauche, avec ecchymose et excoriation à la bosse frontale de ce côté.

Ecchymoses à la poitrine, au bras gauche; coups d'ongles sur les avant-bras

Poitrine. — La bouche renferme une certaine quantité de matière verdâtre provenant du fumier. Pas d'ecchymoses autour de la bouche ni sur les lèvres. Poumons volumineux, surnageant, parsemés à la surface de très-nombreuses ecchymoses sous-pleurales, pénétrant dans le tissu pulmonaire, sur lequel elles tranchent par leur couleur noirâtre. Pas de lésions dans le pharynx.

Coeur volumineux, contenant du sang tout à fait liquide.

Abdomen. — Viscères abdominaux sains: estomac contenant une grande quantité de fumier mêlé de salive aérée. Méconium en partie rendu au dehors.

1° Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né au commencement du neuvième mois de la vie intra-utérine, ayant vécu et respiré.

2° Il présente de nombreuses traces d'ecchymoses; contusions sur les bras et sur le tronc.

3° La tête a été brisée. Les fractures multiples qui existent sur le crâne ne sont pas le résultat du travail de l'accouchement ou de la chute accidentelle du corps au moment de la délivrance, mais bien de la projection violente de la tête contre une surface dure.

4° La mort est le résultat de l'asphyxie produite par l'occlusion de la bouche et des voies aériennes, au moyen du fumier dans lequel l'enfant a été plongé.

5° La vie et la respiration ont persisté pendant assez longtemps, ainsi que l'indiquent l'état des poumons et la présence dans l'estomac de la salive aérée et du fumier que l'enfant a pu avaler.

Observ. XIX. — Infanticide par fracture du crâne. Folie hystérique .

Visite de la dame de K..., le 28 août 1852, et autopsie d'un enfant nouveau-né

La dame de K.. , levée, sans expression de douleur, vêtements

INPANÏICÏDË PAR ËRACTÙRË DU àRANE. 285

en désordre, chemise d'une malpropreté révoltante, jambes nues, entourées seulement d'une jarretière de cuir, pieds chaussés de pantoufles dépareillées et tombant de vétusté, attestant un singulier oubli d'elle-même, dit avoir ignoré sa grossesse et n'avoir reçu aucun avertissement de sa délivrance. Nous constatons chez elle l'existence d'un écoulement sanguin, développement de matrice, gonflement des seins, caractéristiques d'un accouchement tout récent.

Cadavre de nouveau-né du sexe féminin, très-volumineux; cordon ombilical coupé net, à 40 centimètres. Point osseux complètement formé dans les fémurs.

Déformation du crâne; aplatissement du côté gauche au-dessous de l'oeil ; sur les ailes du nez, sur les lèvres, des excoriations, des ecchymoses; empreintes d'ongles et de doigts. Ecchymoses sur le haut du bras gauche et sur le dos de la main.

Au-dessous du cuir chevelu, vaste épanchement de sang coagulé qui recouvre toute la surface du crâne. Fracture multiple comprenant le frontal, le pariétal et le temporal gauches, avec écrasement et enfoncement des fragments avec épanchement dans le crâne.

Organes thoraciques surnageant; poumons très-volumineux, crépitants. Pas d'ecchymoses sous-pleurales. Cœur vide et revenu sur lui-même.

Viscères abdominaux sains ; estomac distendu par une grande quantité de salive avalée.

Conclusions : 1° La dame de K... est tout récemment accouchée; son état ne s'oppose pas à ce qu'elle soit transférée hors de son domicile.

, 2° L'enfant nouveau-né, à terme, viable, très-vigoureusement constitué.

3° A vécu et respiré; vie assez longue pour avoir pu avaler la salive.

4° La mort de cet enfant est le résultat de l'écrasement de la tête et des fractures profondes produites par les violences qui ont été exercées sur la tête. Ces lésions ne peuvent être attribuées au travail naturel de l'accouchement, non plus qu'à la chute accidentelle du corps.

Observ. XX. — Infanticide par fracture du crâne.

Autopsie du cadavre de l'enfant nouveau-né issu de la fille Chardon.

Etat extérieur. — Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, du poids de 1 kilogramme et demi, long de il centimètres. Le cordon ombilical a été, non pas coupé, mais rompu à 46 centimètres de son insertion abdominale. Les extrémités des fémurs ne contiennent pas de pointosseux encore

bien formé. Au coude et au genou, on trouve des ecchymoses profondes, et les apophyses des os sont déchirées.

Tête. — Les téguments du crâne sont soulevés par du sang coagulé, qui forme une couche très-épaisse, surtout à droite. Dans ce point existe une fracture très-étendue, à fragments multiples, avec déchirure delà dure-mère et issue de la substance cérébrale, occupant tout le pariétal droit.

Poitrine. — Les organes thoraciques, extraits et plongés dans un vase plein d'eau, surnagent en totalité. Les poumons, quoique peu volumineux, sont cependant rosés et presque complètement distendus par l'air. Ils ne sont le siège d'aucune lésion . " Abdomen. — Les viscères abdominaux sont à l'état normal. L'estomac est vide.

Conclusions. — De l'examen qui précède, nous concluons que :

4 ° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, parvenu au huitième mois de la vie intra-utérine, viable et bien conformé.

2° Cet enfant a vécu et rfespiré.

3° Il a succombé à une fracture du crâne produite par un coup très-violent ou par la chute du corps d'un lieu très-élevé.

4° Cette fracture, ainsi que la lésion des membres, ne peut être attribuée, ni aux difficultés du travail, ni à quelques circonstances accidentelles de l'accouchement.

Observ. XXI. — Infanticide par écrasement de la tête. — Enfant, ayant vécu sans avoir respiré.

En vertu d'une Commission rogatoire de Cognac (Charente-Inférieure), en date du 10 octobre 1857, j'ai rédigé la consultation suivante :

Avant d'en aborder la discussion, nous croyons utile de préciser les faits en rappelant succinctement les points principaux qui résultent des constatations faites par M. le docteur Tercinier, tant sur la femme C... que sur le cadavre de son enfant. Nous devons dire en commençant que les détails consignés dans le rapport de notre honorable confrère sont aussi complets que possible et ne laissent rien à désirer, et que ses descriptions, par leur remarquable netteté et le cachet d'exactitude qu'elles portent, faciliteront singulièrement la tâche qui nous est confiée.

Nous ne nous arrêterons pas à l'examen dont la femme C. . . a été l'objet, et qui a établi de la manière la plus évidente le fait de sa délivrance récente. Il n'y a à cet égard aucune difficulté, aucune contestation possible. Nous ne nous occuperons que de ce qui est relatif à l'enfant nouveau-né, issu de cette femme, et nous aurons à

rechercher : 1 ° dans quelles conditions d'âge et de développement cet enfant est né, 2° s'il est sorti vivant du sein de sa mère 3°'si sa mort est le résultat des causes naturelles, d'un accident ou d'un crime. Les éléments de solution de ces trois questions sont complètement et très-explicitement contenus dans le rapport de M. le docteur Tercinier, et sans avoir pu apprécier par nous-même l'état matériel du cadavre, nous pouvons néanmoins nous former une opinion très-formelle sur les différents points qu'il s'agit d'examiner.

Exposé des faits. — • Le corps de l'enfant de la femme C. retiré de la terre où il avait été enfoncé, pesait près de 2 kilogrammes et demi, et n'avait pas moins de 52 centimètres de long ; bien que l'on ne trouvât pas encore de point osseux bien formé dans les cartilages épiphysaires des fémurs, mais seulement la vascularité qui précède l'ossification. Le développement était d'ailleurs très-avancé et l'enfant avait toutes les apparences de la force. Il n'existait rien de particulier à noter à l'extérieur du corps, si ce n'est le phénomène de la putréfaction déjà très-prononcée.

Celle-ci n'avait pas épargné les organes externes. Les poumons notamment étaient le siège d'une infiltration de gaz putrides considérables qui les faisaient d'abord surnager, ainsi que la masse des viscères thoraciques. Mais lorsque, par une pression mesurée le tissu divisé des poumons avait été débarrassé de ces gaz il se montrait d'un rouge foncé, non pénétré par l'air et chaque fragment se précipitait rapidement au fond du vase. Les expériences docimasiques faites avec beaucoup de soin et de précision par l'honorable expert de Cognac ne peuvent laisser le moindre doute sur l'exactitude des résultats qu'il a obtenus.

La tête était le siège des lésions les plus graves et les plus caractéristiques. Au premier aspect, elle se montrait aplatie et comme écrasée, les os du crâne étaient fracturés en plusieurs endroits et en fragments multiples, dont l'un avait perforé les téguments et faisait saillie à travers le cuir chevelu. Ces fractures, de forme irré°-ulière, s'étendant d'un côté à l'autre du crâne et comprenant les deux pariétaux et les deux temporaux, étaient en outre accompagnées d'un épanchement de sang nettement circonscrit, c'est-à-dire coagulé sur le lieu même où il s'était extravasé, et d'une infiltration sanguine résistant à des lavages et à des frictions répétés et occupant toute l'épaisseur du cuir chevelu au niveau des fractures.

Appréciation des faits. Discussion des questions qu'ils soulèvent.

Tels sont les points essentiels qu'établissent, comme une base solide de discussions, le procès-verbal d'autopsie et les constatations si exactes et si complètes consignées dans le rapport de M. le docteur Tercinier. Nous sommes en mesure à présent d'apprécier les faits et d'en déduire la solution des questions que nous avons posées plus haut.

1° Dans quelles conditions d'âge el de développement l'enfant issu de la femme G. . . est-il venu au monde ? — Cette question n'a pas pour objet de' rechercher si cet enfant est né viable, la viabilité n'étant pas une condition nécessaire de l'infanticide ; mais seulement, d'apprécier si les conditions d'âge et de développement dans lesquelles l'enfant est né, étaient de nature à l'empêcher de vivre hors du sein de sa mère et à expliquer sa mort d'une manière naturelle ; en même temps qu'elles pouvaient servir de contrôle aux affections de la femme C, touchant l'époque et les circonstances de sa grossesse. Or, les caractères anatomiques que nous avons rappelés établissent de la manière la plus positive, que si l'enfant de celte femme n'était pas parvenu tout à fait au terme extrême de la vie intra-utérine, ce que démontre l'absence de pointosseux complètement formé dans les extrémités des fémurs, i! est certainement né à une époque extrêmement voisine du terme; que sa taille, son poids, l'ensemble de son développement extérieur ne peuvent laisser de doute à cet égard, et qu'en outre il était dans des conditions de force qui excluent toute idée de mort survenue naturellement patdébilité ou par maladie, soit dans le sein de sa mère, soit au moment de la naissance.

2° L'enfant est-il ne vivant? — On peut dire d'une manière générale qu'un enfant est né vivant, lorsque l'on trouve dans l'état des organes la preuve anatomique, qu'une des fonctions vitales s'est exercée alors qu'il était déjà sorti du sein de sa mère. Si le plus ordinairement c'est à la fonction de la respiration nouvellement établie chez l'enfant qui vient de naître que l'on demande la preuve de la vie, il faut bien se garder de croire que ce soit là une preuve nécessaire et unique, et que demander si un enfant a vécu, ce soit rechercher s'il a respiré. Il peut arriver en effet que le nouveau-né vienne au monde dans un état tel que la respiration tarde à s'établir, et pendant un certain temps la vie ne se manifeste chez lui que par le cours non interrompu de la circulation du sang. Il peut dans cet état être tué comme il peut être rappelé à la vie ; et si plus tard on a à rechercher la preuve qu'il était vivant, ce n'est plus dans les poumons, c'est dans les organes de la circulation qu'il sera possible de la retrouver.

Il n'était peut-être pas inutile de rappeler ces principes qui trouvent une application si directe et si frappante dans le cas qui nous occupe. L'état des organes respiratoires chez l'enfant de la femme C..,, les expériences docimasiques auxquelles les poumons ont été soumis, démontrent péremptoirement que cet enfant n'a pas respiré. Mais, d'un autre côté, l'épanchement de sang circonscrit, c'est-àdire coagulé, qui existait au niveau de la fracture des os du crâne» et l'infiltration de sang également coagulé, puisqu'il résistait au

lavage qui occupait le cuir chevelu, prouvent d'une manière irréfragable que ces blessures ont été faites sur l'enfant encore vivant, pendant que le sang circulant encore conservait la propriété de se coaguler en sortant des vaisseaux qui le contiennent.

Il reste donc à établir que les blessures constatées n'ont pu être faites qu'après que l'enfant était sorti du sein de sa mère, pour qu'il demeure constant que, bien que n'ayant pas respiré, il est né vivant; j'ajoute que les faits de ce genre, quoique rares, ne sont pas cependant exceptionnels. Signalés d'abord par Ollivier (d'Angers) qui en a fait l'objet d'une étude spéciale, il s'en est déjà offert à moi un certain nombre d'exemples ; et tous offrent avec les caractères observés sur l'enfant de la femme C... la plus complète analogie.

3° Quelles sont les causes de la mort de cet enfant? La cause directe évidente de la mort du nouveau-né, est l'écrasement de la tête et les fractures multiples des os du crâne. Aussi la question qu'il s'agit d'examiner consiste-t-elle en réalité à se demander comment ces blessures ont été produites et si elles sont le résultat du travail de l'accouchement, d'une chute accidentelle ou de violences criminelles. Le doute n'est pas permis ; car les fractures survenues dans ces diverses circonstances ont des caractères assez distincts pour n'être pas confondues, surtout dans des cas aussi tranchés que celui qui nous est soumis. Il est certain que dans quelques cas rares la tête de l'enfant, pendant le travail de l'accouchement, éprouvant au passage une pression trop forte, peut subir en un point un enfoncement ou une fracture; mais outre que ce fait ne se rencontre que chez les femmes qui accouchent pour la première fois, ou dans le cas d'une disproportion notable entre le volume de la tête de l'enfant et le diamètre du bassin de la femme, ce qui n'a pas eu lieu pour la femme C. déjà mère deux fois, et dont l'enfant, n'étant pas tout à fait à terme, n'avait pas un développement exagéré, ces fractures survenues durant le travail sont limitées au point du crâne qui répond à la saillie sacro-coxale, et ne présentent jamais ni l'étendue, ni la forme de ces fractures multiples par écrasement de la tête que l'on rencontre chez le nouveau-né issu de la femme C...

Une chute accidentelle de l'enfant au moment de la naissance, aurait moins encore produit de semblables désordres. L'expérience, en effet, a démontré que lorsqu'un enfant naît vivant, une chute sur la tête, d'une hauteur correspondant à celle des parties de la mère, et limitée par la longueur du cordon, n'entraîne pas de fractures du crâne, en raison de l'élasticité des os et des circonstances qui autorisent la chute.

Les lésions profondes constatées chez l'enfant de la femme Cornet, l'aplatissement de la tête, les fractures multiples comprenant jes deux côtés du crâne, la perforation des téguments par l'un des

A. taRMEU. — Infanticide. \9

fragments, tout concourt à démontrer de la manière la plus positive que la tête a été écrasée par une compression très-forte, indice certain de violences criminelles.

Examen des conclusions du rapport de M. le docteur Tercinier. ■ — Les longs développements dans lesquels nous venons d'entrer nous permettront d'être bref dans l'examen des conclusions qui terminent le rapport de notre honorable confrère de Cognac, et sur lesquelles on nous demande notre avis. D'autant plus que nous n'avons qu'à nous y rallier sans réserve en les rendant seulement plus formelles.

Comme M. le docteur Tercinier, nous admettons que : <1° L'enfant de la femme Cornet est né viable : nous avons dit dans quel sens et à quel point de vue il importait d'établir la viabilité. 2° L'enfant n'a pas atteint la fin du neuvième mois de la grossesse : nous ajouterons toutefois qu'il est né à une époque très-voisine du terme. 3° Cet enfant n'a pas respiré : ce que démontrent l'état des poumons et les expériences docimasiques. 4° Cet enfant est probablement ne vivant. Nous dirons que cela n'est pas seulement probable, mais certain ; les caractères tirés de la coagulation du sang épanché au niveau de la fracture et dans l'épaisseur du cuir chevelu ayant une valeur absolue, et pouvant démontrer que l'enfant était vivant au moment où il a été frappé, d'une manière aussi assurée que la pénétration de l'air dans les poumons et l'établissement 3e la respiration. 5° Tout porte à: croire que les lésions observées la tête ont été produites C enfant vivant encore de la vie intra-utérine, de la vie de circulation. Tel est, en effet, l'état dans lequel le nouveau-né a été frappé. Sorti vivant du sein de sa mère, il a été tué avant que la respiration ait commencé à s'établir chez lui, soit qu'il fût né dans une sorte d'état asphyxique propre aux nouveau-nés, soit que les violences aient suivies immédiatement la naissance et arrêté la vie extra-utérine pour ainsi dire sur le seuil. 6° Ces lésions rendent compte de la mort de l'enfant; ajoutons qu'elles en sont l'unique cause , qu'elles ne résultent ni d'une circonstance naturelle, ni d'un accident, et qu'elles sont produites par l'écrasement volontaire de la tête.

Conclusion générale. — Des faits qui précèdent, delà discussion à laquelle nous les avons soumis et de l'examen des conclusions* du rapport de M. le docteur Tercinier, nous n'hésitons pas à conclure

que :

4° L'enfant nouveau-né, issu de la femme C..., est né à une époque très-voisine du terme, et vigoureusement constitué.

2° Il est né vivant.

3° La mort est le résultat de l'écrasement de la tête, qui a eu lieu au moment, même où il venait dé naître.

4° Les lésions de la tête sont le résultat de violences criminelles.

Observ. XXII. — Meurtre d'un enfant ûgè de dix-huit jours par fracture du crâne.

En vertu d'une commission rogatoire de Cosne (Nièvre) du 4 0 octobre \ 857, j'ai rédigé la consultation suivante :

L'enfant de la fille B. .. était âgé de dix-huit jours: il était fortement constitué ; les seules blessures qu'il présentât existaient à la tête. La région pariétale droite était gonflée et rouge, sans déchirure ni plaie de l'épidémie. Un épanchement considérable de sang coagulé recouvrait le sommet et les deux parties latérales ; le péricrâne était décollé et déchiré en plusieurs endroits. Les deux pariétaux, c'est-à-dire les deux côtés de la tête étaient le siège d'une double fracture de forme irrégulière. A l'intérieur du crâne, la dure-mère était déchirée et le cerveau recouvert d'une couche épaisse de sang épanché. Aucune autre blessure n'existait sur le reste du corps; et les viscères thoraciques et abdominaux n'offraient rien à noter. Les intestins en particulier ne présentaient aucune trace d'inflammation ou de maladie quelconque.

Tels sont les faits indiqués avec beaucoup de précision dans les rapports de MM. Debaude et Ledroit.

Après les avoir examinés avec la plus sérieuse attention et nous être pénétré de la description très-nette qu'ils donnent de la fracture du crâne observée chez l'enfant de la fille B. .., nous n'éprouvons aucune difficulté à répondre aux questions qui nous sont soumises en nous attachant uniquement aux caractères anatomiques très-tranchés des blessures ci-dessus décrites. Nous aborderons donc sur-lechamp l'examen de chacune des questions posées dans l'ordonnance de M. le juge d'instruction de Cosne.

Première question. — Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sont-elles certainement antérieures à la mort? Il ne peut y avoir le moindre doute sur cette première question. Le double épanchement constaté à l'extérieur et à l'intérieur du crâne, la coagulation du sang épanché sont des phénomènes exclusivement vitaux, qui ne peuvent se rencontrer qu'à la suite de blessures faites sur des individus vivants.

Deuxième question. — A quelle circonstance peut-on attribuer les lésions de la tête? Peut-on penser qu'elles ont été le résultat d'un crime ou le résultat d'un accident ? — L'étendue des désordres existant à la tête, le siège, le nombre et la forme des fractures excluent de la manière la plus formelle l'idée d'une chute simple, soit que celle-ci ait eu lieu des bras de la mère, ou du haut du berceau. Nonseulement en effet, la tête de l'enfant nouveau-né (et à cet égard l'enfant âgé de dix-huit jours ne diffère pas du nouveau-né) présente une souplesse et une élasticité qui, en diminuant considérable-

ment le danger d'une chute, le préservent le plus souvent de toute fracture du crâne dans des circonstances semblables ; mais encore la fracture survenue par le fait d'une chute même aggravée par le mouvement de projection d'un berceau, n'aurait pas eu le caractère de fracture comminutive et surtout n'aurait pas intéressé à la fois les deux côtés du crâne, quand un seul devait avoir porté sur le sol. Il n'y a pas à objecter que la rougeur et le gonflement extérieurs étaient bornés aux téguments du côté droit et que le pariétal gauche a pu se briser par contre-coup ou par la propagation du choc qui a fracturé le pariétal droit. Car, d'une part, la direction de la double fracture n'était pas la môme sur l'un et l'autre pariétal, et d'une autre part les fractures par contre-coup, déjà douteuses chez l'adulte, sont inadmissibles chez le nouveau-né en raison de la conformation môme de la tête dont les os non soudés entre eux ne peuvent transmettre le choc qui n'atteint qu'un point de leur surface. Quant à l'absence de lésion apparente des téguments du côté gauche, il suffira de faire observer qu'il est très-commun de voir une pression très-forte exercée sur une partie, ne laisser aucune trace à l'extérieur, et que d'ailleurs sous le cuir chevelu du même côté, on trouvait une infiltration et un épanchement de sang non moins considérable que du côté droit.

Mais si tous les caractères des lésions de la tête de l'enfant de la fille B. . . se réunissent pour exclure l'idée d'une chute simple et d'un choc direct qui aurait porté sur l'un des côtés seulement, ils démontrent de la manière la plus péremptoire l'écrasement du crâne, c'est-à-dire une pression violente agissant à la fois sur les deux côtés de la tête et qui seule peut expliquer la fracture simultanée et multiple des deux pariétaux, la direction et la forme irrégulière de la solution de continuité, les déchirures et le décollement du péricrâne et de la dure-mère, l'étendue et l'abondance du double épanchement interne et externe.

Conclusions. — En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent, de l'examen et de la discussion des questions qui nous sont soumises, nous n'hésitons pas à conclure que :

4° Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sont très-certainement antérieures à la mort.

2° Elles sont la cause unique et nécessaire de la mort.

3° Elles ne peuvent être attribuées à un accident, tel que la chute simple de l'enfant des bras de sa mère ou de son berceau, soit qu'il en soit tombé par son propre mouvement, soit qu'il en ait été précipité.

4° Ces lésions ont été produites par l'écrasement de la tête et ne permettent guère de douter qu'elles ne soient le résultat de violences criminelles.

Infanticide par strangulation.

Observ. XXIII. — Infanticide par strangulation.

Le 1 0 mai 1 853, j'ai fait à la Morgue l'autopsie de l'enfant de la fille C..., accouchée le 2 mai à l'hôpital Saint-Louis.

Cette enfant, du sexe féminin, vigoureux, né à terme depuis sept jours, présente une cicatrice ombilicale parfaitement et complètement formée. Un sillon large d'un doigt et demi, et très-profond, tourne transversalement autour du cou. Les bords sont violets; la partie inférieure de la face est très-violacée. Il n'y a pas d'ecchymose dons le tissu cellulaire sous-jacent. Le larynx et les bronches contiennent une écume rosée très-fine et très-abondante. Les poumons sont gorgés de sang ; des ecchymoses larges et nombreuses sont disséminées à leur surface ; les cavités droites sont pleines de sang fluide. L'estomac est rempli de lait récemment ingéré.

Cette enfant, née à terme, bien conformée, a vécu huit jours ; sa mort est le résultat de la strangulation opérée à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou.

Observ. XXIV. — Infanticide par strangulation.

Le 28 avril 1854, j'ai procédé à l'autopsie d'un enfant nouveauné trouvé sur la voie publique, sans lien autour du cou, à terme, viable, vigoureux, pesant 2kil,500. Le cordon a été rompu et non lié.

La région temporale droite présente une infiltration de sang trèsépais, coagulé, qui s'étend jusque sur le côté du cou. Des ecchymoses sous- cutanées existent en outre au front. De chaque côté du cou, au-devant de la poitrine, et sur les épaules, on remarque un grand nombre d'ecchymoses et d'excoriations. Deux très-larges répondent à la forme de l'extrémité des doigts d'un adulte de chaque côté du cou. La peau y est excoriée, et une profonde infiltration de sang coagulé s'est faite dans les muscles sous-jacents. La docimasie pulmonaire prouve d'une manière non douteuse la respiration. Les poumons volumineux, d'un rose très-pâle, sans le moindre engouement, présentent quelques ecchymoses sous-pleurales, très-petites et rares vers les bords. Quelques-unes sont pointillées et réunies en groupe, de manière à former une plaque uniforme. Le cœur est rempli de sang fluide : l'estomac contient des mucosités teintes de sang.

Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré. La mort est le résultat de la strangulation opérée non à l'aide d'un lien, mais avec les mains, qui ont en même temps exercé des violences très-graves sur la tête et la poitrine, ainsi que de chaque côté du cou.

29k RAPPORTS ET CONSULTATIONS. '

Observ. XXV. — Infanticide par strangulation.

J'ai procédé, le 1 6 mai \ 856, à l'autopsie de l'enfant nouveau-né issu de la femme B... L'enfant, du sexe masculin, pèse 1kil,500, ne présente pas de points osseux dans les cartilages du fémur. Le corps exhale une odeur fécale. Le cordon a été rompu et non lié, à 1 5 centimètres de sou insertion abdominale.

Sur la face, le tronc, la poitrine, le ventre, vingt longues incisions de profondeur variable, blafardes, sans infiltration sanguine, évidemment postérieures à la mort. Au cou, des excoriations en forme de coups d'ongles et des ecchymoses irrégulières sont disséminées autour du larynx. Sous le cuir chevelu, du sang coagulé forme plusieurs épanchements circonscrits ; les poumons, volumineux, sont rosés, crépitants ; ils sont le siège d'un emphysème superficiel presque général, sans ecchymose sous-pleurale ; du sang fluide remplit le cœur. Du liquide de la fosse d'aisance a pénétré dans le larynx ; l'estomac est vide.

L'enfant, né trois ou quatre semaines avant terme, est né viable et bien conformé, a vécu et respiré. Sa mort est le résultat de la strangulation. Sur le cadavre, de nombreuses et profondes incisions et des mutilations incomplètes ont été opérées par un instrument non tranchant. Le corps a été jeté dans une fosse après la mort.

Observ. XKVI. — Infanticide par strangulation.

Le 26 février 1857, j'ai procédé a l'autopsie de l'enfant de la fille P. ..

La putréfaction était assez avancée. La cicatrice ombilicale parfaitement formée ; un point osseux, large de 7 millimètres, existe dans les cartilages épiphysaires du fémur. A droite et en arrière du crâne, un vaste épanchement de sang coagulé s'étend jusqu'à l'oreille et à la joue ; à gauche, on voit une ecchymose semblable à l'oreille et au cou; il n'y a pas de fracture des os. Le pariétal droit est enfoncé. Au cou, on remarque un sillon large de 8 à 9 millimètres, transversal, au niveau duquel la peau est parcheminée, et les muscles infiltrés de sang. Le larynx renferme de l'écume fine et rosée. Les poumons, d'une couleur rosée, n'offrent pas de taches souspleurales et seulement quelques vésicules superficielles rompues. Le cœur est plein de sang en partie coagulé, l'estomac est vide.

En résumé, les violences graves à la tête et à la face résultent d'une forte pression exercée sur ces parties et faites manifestement pendant la vie. La mort a été opérée par strangulation à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou.

Observ. XXVII. ■ — Infanticide par strangulation , question médicolégale importante relative au mode de strangulation.

L'affaire que je vais rapporter a donné lieu à une question soulevée par les allégations de l'accusé principal et qui offre un très-grand intérêt dans l'histoire de la strangulation. Les termes de la commission qui nous fut donnée par M. le juge d'instruction, en font connaître l'objet et la portée : nous étions invité à nous livrer à de nouvelles investigations dans le but de constater « si l'asphyxie par » compression du col qui , ainsi qu'il appert de notre rapport d'ao- » topsie en date du 13 avril <l 847, a occasionné la mort de l'enfant » nouveau-né des époux D..., a pu être l'œuvre de la femme D... » au moment où elle lirait son enfant pour hâter sa délivrance et ce « sans intention coupable ne sachant, comme elle le dit, ce qu'elle » faisait » .

Il résulte des allégations de l'accusée « qu'au moment de son » accouchement et l'enfant étant au passage, la femme D. aurait » voulu le tirer pour hâter sa délivrance et lui aurait fait sans le sa- » voir du mal à la figure, et que la mort de l'enfant serait le résul- » tat involontaire de ces tractions faites sans intention coupable ».

Nous devons rechercher si les désordres matériels que nous avons constatés, en procédant à l'autopsie du cadavre de l'enfant des inculpés, peuvent être expliqués par les allégations de la femme D... , ou si au contraire la fausseté de ces déclarations ne ressort pas manifestement du caractère et de la nature des lésions observées.

Or, s'il n'est pas complètement impossible que dans les derniers instants du travail de l'accouchement, la femme D... ait cherché à saisir la tête de l'enfant au passage dans le but de hâter sa délivrance, et qu'elle ait ainsi, sans le vouloir, froissé ou même excorié légèrement la face de son enfant ; il est cependant difficile d'admettre que dans la position d'une femme qui accouche et dont le ventre considérablement développé gêne les mouvements, elle ait pu atteindre les parties génitales et saisir la tête de l'enfant ; qu'elle l'ait fait en outre avec assez de force pour déterminer sur le visage des excoriations dont le nombre s'élève à sept.

Mais le doute n'est plus possible, pour les lésions étendues et tout à fait caractéristiques qui existent au col. — En effet, rappelons que derrière l'angle de la mâchoire du côté droit nous avons constaté : « \ ° deux excoriations parallèles longues de 1 5 millimètres, pro- » fondes, commençant en haut par une extrémité effilée se dirigeant » assez obliquement d'arrière en avant et de haut en bas et se ter- « minant par un bourrelet large et saillant ; 2° plus en dehors et en » haut, trois petites excoriations dont deux ont une forme demi-cir- » culaire, à convexité supérieure ; 3° deux autres écorchures tout à

» fait sur les côtés du col ; 4° en avant et à gauche, froissement con- » sidérable de la peau avec excoriations et ecchymoses. »

Ainsi non-seulement les lésions occupent circulairement tout le tour du col et sont à la fois nombreuses et très-profondes, ce que l'on ne peut comprendre dans l'hypothèse alléguée par la femme de D...; mais de plus la direction des excoriations contredit d'une manière formelle ses déclarations. L'enfant se présentant au passage la tête en bas, la trace de tractions exercées sur le col pour amener le corps hors de la vulve, devrait être dirigée du cou vers la tête, c'està-dire (en replaçant l'enfant dans sa position naturelle) de bas en haut. C'est précisément le contraire qui a lieu. Les excoriations commencent en haut par une extrémité effilée, et vont en s'élargissant et en creusant la peau de plus en plus de manière à former en avant et en bas un bourrelet saillant. Il est impossible de considérer cette déchirure plus profonde comme le point de départ de l'excoriation, car il était facile de voir sur le cadavre le sens dans lequel étaient refoulés les tissus, et de constater que la déchirure s'arrêtait en bas d'une manière nette et tranchée. Enfin si ces caractères manquaient, il suffirait de faire remarquer la trace parfaitement distincte des ongles, dont la convexité tournée en haut indique de la façon la plus évidente que le col a été saisi de haut en bas et non de bas en haut.

Nous ajouterons encore que l'état des poumons et de l'estomac constaté par l'autopsie, et qui nous a permis d'établir que l'enfant avait vécu et respiré assez longtemps, ne permet pas davantage d'admettre que la strangulation ait eu lieu au moment où l'enfant était au passage.

En résumé, nous concluons que les lésions qui existaient au col et qui ont occasionné la mort de l'enfant nouveau-né des époux D. , ne peuvent être le résultat des manœuvres exercées par la femme au moment où elle lirait son enfant pour hâter sa délivrance.

Observ„ XXVIII. — Infanticide par strangulation et suffocation. Constatation de V accouchement.

Eu vertu d'une ordonnance de M. Brault, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en date du 30 mars 1 850, nous nous sommes transporté à la Maison d'arrêt, où nous a été présentée la fille D. . . , qui était debout et que nous avons pu examiner dans la salle de visite.

Cette femme est de très-haute taille et de vigoureuse constitution. Elle nous dit être accouchée environ quinze jours avant terme, le mercredis? courant, verstroisheuresde relevée, après trois ou quatre douleurs seulement. Suivant sa version, l'enfant serait alternativement feorti et rentré, et elle aurait été obligée de le saisir pyr le cou.

Elle ajoute qu'il a à peine donné signe de vie et qu'il n'a pas poussé un seul cri. Le délivre, expulsé en même temps que l'enfant, aurait été jeté dans les latrines par la fille D...

L'examen auquel nous la soumettons nous permet de constater les faits suivants. Les parties sexuelles sont le siège d'un écoulement sanguinolent exhalant l'odeur caractéristique des lochies, et assez abondant pour avoir couvert la chemise de taches très-étendues. L'ouverture de la vulve est notablement dilatée. Les parois du ventre sont relâchées et plissées. On sent la matrice en partie revenue sur elle-même, mais encore plus volumineuse que dans l'état normal et atteignant la région sus-pubienne. Les seins sont très-volumineux, durs et fortement engorgés. Le pouls est fréquent ; le teint animé.

De l'exposé des faits qui précèdent, nous concluons que :

1° La fille D... est accouchée récemment.

2° L'accouchement ne remonte pas à plus de quatre jours.

Autopsie à la Morgue, 1er avril. Enfant du sexe féminin, 3kil,400, 51 cent. 28 à l'ombilic. Pas de putréfaction. Tête, \ \ centimètres sur 9. Cordon déchiré à 4 centimètre et demi de l'insertion.

Nez aplati ; empreinte de pression de chaque côté du nez.

Au cou, peau très-rouge chagrinée. De chaque côté du larynx, ecchymose en forme d'ongle, 3 à gauche, 1 adroite, tournées en dedans. Infiltration sous-jacente.

Poumons surnageant, volumineux ; engouement ; taches ecchymosées ; cœur contenant du sang noir coagulé ; estomac vide, ni aliments, ni salive; matière calcinée en petite quantité; intestins revenus sur eux-mêmes.

Ie L'enfant nouveau-né, issu de la fille D..., est né à terme, viable et parfaitement conformé.

2° Cet enfant a vécu, il a respiré complètement de manière à ce que l'air ait pénétré la totalité des poumons, et il est incontestable qu'il a dû pousser quelques cris.

3° La mort est le résultat de l'asphyxie par suffocation et strangulation opérée par l'application de la main sur l'ouverture de la bouche et des narines et par la pression des doigts sur le cou. L'état des poumons indique les efforts que l'enfant a dû faire pour vaincre les obstacles apportés au libre exercice des fonctions respiratoires.

4° La mort peut remonter à huit jours environ.

5° L'enfant a été étouffé très-peu de temps après qu'il est venu au monde; et aucun liquide alimentaire ou autre n'a pénétré dans l'estomac par la déglutition.

6° Les traces de violence, constatées au devant du cou, ne peuvent être le résultat de manoeuvres exercées par la femme en travail pour se délivrer elle-même. Leur siège et leur forme sont en opposition formelle avec cette allégation de la fille D...

Observ. XXIX. — Infanticide par strangulation.

Autopsie à Belleville, le 3 juillet, du cadavre de l'enfant B... Il était enveloppé dans une serviette étroitement appliquée sur le corps et fixée par plusieurs épingles. Cette circonstance, ainsi que la position à l'abri du contact de l'air, explique le peu de progrès qu'ont fait la décomposition putride et l'espèce de momification qu'il a subie. Les tissus sont en effet desséchés et offrent une couleur brunâtre. Ces organes profonds sont d'ailleurs bien conservés; Cordon rompu, non lié, à 10 centimètres, complètement desséché. Point osseux bien formé dans les cartilages.

Tête enveloppée d'un linge. Téguments et os du crâne intacts. Quelques épanchements.

Cou entouré par un linge roulé et fortement serré, passé sous les aisselles et fixé par un nœud derrière la nuque. Ce lien a laissé une profonde empreinte sur le cou qui porte les marques d'une contraction considérable.

Organes thoraciques surnageant. Poumons affaissés, non décomposés. Pas de lésion caractéristique. Cœur vide et flasque.

La fille B... se dit accouchée le 4 4 juin.

Ventre volumineux, un peu douloureux à la pression. Matrice non complètement revenue, se sent au niveau du pubis. Vulve avec écoulement lochial, léger, sanguinolent. Eraillures récentes. Seins siège de sécrétion laiteuse. Santé non altérée. Physionomie naturelle. Intelligence nette.

1° La fille B... porte les traces d'un accouchement récent ; 2° sans qu'il soit possiblede déterminer avec certitude le jour auquel remonte l'accouchement, il paraît un peu moins éloigné que ne le déclare la fille B. ..; 3° l'enfant est du sexe féminin, né à terme et vigoureusement constitué; 4° cet enfant a vécu et respiré; 5° i! a été étranglé à l'aide d'un lien serré autour du cou, et sa mort est manifestement le résultat de violences criminelles.

Observ. XXX. — Strangulation. Corps mutilé. Infanticide.

Autopsie le 1 3 novembre 1 858, à la Morgue, d'un cadavre extrait des latrines des halles.

Le corps est coupé en dix-neuf morceaux et est assez bien conservé; sexe masculin; cordon coupé net à 8 centimètres. Point ossseux des fémurs; les os et les chairs sont coupés net comme avec un couperet; la face est divisée en trois, de manière à laisser intacts le nez et la bouche. On reconnaît que les lèvres sont ecchymosées, ainsi que la langue; les os du crâne sont intacts; le cou froissé, étranglé. Les poumons surnagent; ils sont peu volumineux, peu aérés, rosés et sans ecchymoses sous-pleurales.

En résumé. — Enfant nouveau-né, sexe masculin, né à terme, viable et bien conformé; a vécu et respiré. Il a été étranglé à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou. Le cadavre a été divisé en plus de vingt fragments, à l'aide d'un instrument tranchant et lourd, comme un couperet, manié avec beaucoup de force et par une main exercée.

Immersion dans les fosses d'aisances.

Observ. XXXI. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances.

Autopsie à la Morgue le 26 avril 1849, avec le docteur Charpentier, du cadavre d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, du poids de 2 kilogrammes 320 grammes, long de 50 centimètres. L'insertion du cordon ombilical se trouve à 2 centimètres au-dessous de la moitié du corps. La tête, de dimensions ordinaires, présente : diamètre bipariétal, 0,09; fronto-occipital 0,41. Le cordon, divisé à 34 centimètres de son insertion abdominale, n'a pas été régulièrement coupé, mais bien déchiré et non lié ; la surface du corps est d'une couleur à peu près uniformément verdâtre; la putréfaction n'est cependant pas très-avancée. Le cadavre exhale une odeur analogue à celle des fosses d'aisances ; l'extrémité inférieure du fémur présente un point d'ossification parfaitement formé.

Tête. ■ — A la partie antérieure du front, vers la ligne médiane et au niveau de la bosse frontale du côté droit, les téguments du crâne amincis, parcheminés, offrent une coloration brune très-foncée; au-dessous de la peau on trouve, dans ces deux points, une infiltration considérable et un épanchement de sang coagulé. Le péricrâne est en partie décollé, et, un peu au-dessous de la bosse frontale droite, il existe une fracture de l'os frontal, étendue transversalement sur le segment droit de cet os, longue de 3 centimètres, présentant un soulèvement et une certaine mobilité des fragments avec un commencement d'éclat de l'os fracturé.

La dure-mère est détachée de la paroi osseuse du crâne, et le sang est épanché à la surface du cerveau. Les téguments et les os du crâne examinés, soit au sommet, soit à la partie postérieure de la tète, sont tout à^fait intacts. La face n'est le siège d'aucune lésion; le nez n'est pas aplati. L'orifice des narines, le pourtour des lèvres n'offrent pas d'ecchymoses, ni de traces de contusions ou de déchirures.

Poitrine. — Le col ne présente pas non plus d'altérations résultant de violences; les organes thoraciques, détachés en masse et plongés dans un vase rempli d'eau, surnagent. Les poumons sont volumineux, d'une couleur rosée; on distingue, à leur surface, les

divisions des lobules distendus par l'air qui a pénétré abondamment dans l'intérieur des vésicules pulmonaires. Séparés du cœur et du thymus, divisés en petits fragments, fortement comprimés sous l'eau, les poumons surnagent encore. Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang liquide, avec quelques bulles de gaz putride.

Viscères abdominaux sains.

Estomac contenant une notable quantité d'un liquide brun trèsfétide, ayant une grande analogie avec les matières liquides des fosses d'aisances dans lesquelles le cadavre a été trouvé.

Le gros intestin est distendu par une grande quantité de méconium.

Conclusions. — 1° Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme et parfaitement conformé.

2° Cet enfant est né viable; il a vécu et respiré.

3° La mort est le résultat de la submersion dans les fosses d'aisances.

4° Il existait, à la tête, une double ecchymose et une fracture des os du crâne, paraissant résulter d'une forte pression exercée sur la tête pour lui faire franchir l'orifice des latrines. Cette double lésion ne peut résulter ni du travail de l'accouchement ni de la chute accidentelle du corps.

5° Le volume et l'état des poumons, les matières trouvées dans l'estomac où elles ont été introduites par la déglutition, montrent que la vie a dû se prolonger pendant un certain temps, ou au moins pendant cinq ou dix minutes.

6° Le séjour du cadavre dans les fosses d'aisances n'a pas dû dépasser huit ou dix jours.

Visite, à la Conciergerie, de la fille P. .. Forte et bien constituée; ne présente en ce moment, malgré l'émotion, aucune altération dans la santé générale. Les seins, qui sont assez peu développés, laissent suinter, lorsqu'on les presse, quelques gouttes de lait jaune et assez épais ; les parois du ventre sont flasques, la ligne médiane est marquée de l'ombilic au pubis par une raie d'un brun très-foncé; la peau, qui offre une teinte brune beaucoup plus marquée que sur les parties voisines, est le siège de plis et d'éraillures nombreux et récents. En palpant et en déprimant avec force les parois abdominales dans la région hypogastrique, nous trouvons que la matrice, presque complètement revenue sur elle-même, est encore sensible cependant derrière le pubis. Les parties sexuelles n'offrent rien d'insolite, si ce n'est un écoulement peu abondant, dont l'odeur, quoique assez faible, est celle des lochies.

Conclusions. — 1" La fille P... porte les traces d'un accouche-

Immersion pans les fosses ê'aisànces. 30l

ment récent qui, conformément à sa déclaration, doit remontera une quinzaine de jours.

2° Il est impossible d'admettre que cette fille, ait pu ignorer sa grossesse, et que, accouchant pour la première fois, dans les circonstances alléguées par elles, elle ait pu être tellement saisie que, malgré elle et à son insu, l'enfant soit tombé dans les lieux d'aisances, sur lesquels elle aurait été assise.

Observ. XXXII. — Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances. Examen de taches sur les vêtements de la mère.

Autopsie, le 17 décembre 1357, de l'enfant issu de la fille H..., qui a çté jeté vivant dans les latrines, et entendu vagissant dans le tuyau, d'où il a été retiré mort.

Enfant du sexe féminin : 3 kilogrammes 52 centigrammes. Point osseux; cordon rompu, déchiré vers le milieu de sa longueur, non lié.

Sur les bras, aux genoux et sur le dos, nombreuses excoriations avec ecchymoses sous-jacentes.

Tête, dont le plus grand diamètre est de \ \ centimètres, et trèsaplatie ; fracture du pariétal gauche dans toute sa hauteur; épancbement de sang coagulé sous le cuir chevelu.

Organes thoraciques surnageant. Cœur, très-volumineux, rempli de sang fluide. Poumons incomplètement distendus par l'air, d'une couleur violacée, avec quelques ecchymoses sous-pleurales.

Estomac rempli de salive et de mucosités spumeuses.

1° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, viable et très-vigoureusement constitué.

2° Cet enfant a vécu et respiré.

3° Il a eu la' tête écrasée à son passage à travers le tuyau de conduite des latrines où il a été précipité; et, à cette fracture, qui eût pu à elle seule causer la mort, est venue s'ajouter la suffocation purulente par le manque d'air respirable.

4° On ne peut attribuer la fracture du crâne aux difficultés du travail de l'accouchement.

5° Les traces de violences qui existent sur le corps sont dues aux frottements qu'il a subis contre les parois du tuyau.

Sur le jupon de la fille H..., deux larges taches à l'extérieur et sur le devant de la jupe; l'une près de la ceinture, l'autre vers le milieu de sa longueur, transversales et larges de 40 centimètres environ.

(Détails de l'examen conformes à la description donnée dans le chapitre précédent.)

Le jupon saisi porte les traces du contact du corps d'un enfant nonveau-né, caractérisé par des taches formées à la fois par du sang el de la matière qui compose l'enduit fœtal.

Ces taches, par leur siège à l'extérieur de la jupe, par leur forme et leur direction , attestent que le corps a été enveloppé dans le jupon relevé sur lui-même, et non saisi et soutenu avec le dedans du jupon.

Observ. XXXIII. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances. Lésions multiples.

Autopsie à la Morgue, le 9 décembre 1 862, avec le docteur Racle, d'un enfant du sexe masculin, trouvé dansleslatrines de l'hôtel n°1S, rue Notre-Dame-des-Victoires : 55 centimètres, très-gros (pas de poids à cause de la mutilation). Point osseux épiphysaire; cordon arraché à \ 8 centimètres et non lié. Etat parfait de conservation ; cordon frais. Naissance et mort récentes; mutilation du bras gauche complètement coupé par un couteau mal tranchant ; os brisés. A droite, mutilations commencées. Quelques coupures au front et au menton. Cuisse gauche fracturée. Toutes lésions faites après la mort. Poumons très-volumineux, rosés ; rares ecchymoses et ruptures vésiculaires. Ecume dans la trachée. Cœur volumineux; quelques taches sous-péricardiques. Au devant du cou, vive rougeur, teinte violacée ; deux empreintes d'ongles à gauche. Plus en arrière et vers l'oreille large et profonde ecchymose. Adroite, mêmes lésions manifestes. Au devant de la poitrine dans trois travers de doigt, peau violacée, infiltration de sang. Compression énergique du thorax. Téguments et os du crâne intacts; bosse sanguine au sommet. Présentation de la tête. Organes contenus dans l'abdomen, rien à noter. Colonne vertébrale et os du bassin brisés par flexion forcée et pression trèsforte. Os brisés en plusieurs fragments. Poumons: épanchement et infiltration de sang coagulé.

4° Cadavre d'enfant né à terme, viable et vigoureusement constitué. 2° Né vivant, a vécu et respiré complètement. 3° Il a subi, immédiatement après la naissance, des violences multipliées, accomplies avec une main exercée, et qui ont produit, d'une part, l'écrasement et le broiement des reins et du bassin, de l'autre, la strangulation et la suffocation auxquelles l'enfant a succombé ; 4° il a été en outre, après sa mort, l'objet de mutilations qui avaient pour but de favoriser la disparition du cadavre, 5° Aucune des nombreuses blessures et lésions constatées ne peut être attribuée, soit aux difficultés du travail de la délivrance, soit à toute autre cause naturelle ou accidentelle.

Observ. XXXIV, — Infanticide. Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances.

Visite, le 2 5 janvier 1 861, dans son garni, ruedu Cherche-Midi, 43, de la fille T. . ., à quatre heures et demie, accouchée à midi. Se disant

enceinte rie quatre mois, ayant eu ses règles quinze jours avant son arrivée de Lyon à Paris. Baignée de sang; matrice volumineuse, dépassant de plus d'une main au-dessus du pubis. Dit être accouchée sur les latrines que nous visitons et qui forment une auge largement ouverte (elle y est restée plus d'une heure). Elle déclare que tout est paru à. la fois. Envoyée à l'hôpital.

Accouchée depuis peu d'heures, à une époque beaucoup plus avancée qu'elle ne le dit.

Autopsie le 27, à la Morgue, de l'enfant retiré de la fosse. Sexe masculin: 1 kilogramme 9S0 grammes, 47 centimètres; pas encore de point épiphysaire. Enduit sébacé, ongles ; cordon déchiré par un visible effort, à 6 centimètres de l'abdomen. Pas de violences extérieures; rien aux lèvres ni au nez; docimasie évidente. Poumons très-volumineux, aérés, sang noir. Pas d'ecchymoses souspleurales. Cœur plein de sang noir. Estomac contenant, ainsi que l'œsophage, un liquide brun, épais, fétide.

i Né viable à un peu plus de huit mois ; vivant, a respiré complètement et assez longtemps; le corps n'a pas été expulsé en même temps que le placenta. Il n'en a été séparé que par la rupture violente du cordon, qui n'a pu céder au seul poids de l'enfant, et a été certainement déchiré par un effort direct.

Jeté vivant dans la fosse, où il est mort par le fait de la submersion .

Observ. XXXV. — Enfant jeté dans une fosse d'aisances. Vivant et y ayant respiré plusieurs heures.

Autopsie à la Morgue, le 6 septembre 'I848, du cadavre d'un enfant nouveau -né, du sexe masculin, jeté dans une fosse d'aisances par la fille L.. . Né à terme, fort, vigoureux : 3 kilogrammes, 58 centimètres. Cordon ombilical coupé net, non lié; a vécu et respiré. Poumons violacés; pas d'ecchymoses; cœur vide. Contusions, ecchymoses au-dessus de l'œil gauche, à la pommette, derrière l'oreille du même côté. Excoriation profonde au genou droit; tête en forme conique. Chevauchement des os pariétaux. Mort par asphyxie par défaut d'air respirable. Contusions par suite de pression du corps à travers un conduit étroit. En résumé, crime d'infanticide.

Interpellé le 25 juillet par M. le juge d'instruction Desnoyers sur la question de savoir si la mère a pu croire à la mort de son enfant avant de le jeter dans la fosse, où on l'a entendu crier pendant plusieurs heures, nous répondons qu'il est très-peu probable que l'enfant soit venu au monde dans un état de mort apparente, parce que le cordon n'ayant pas été lié, l'écoulement de sang aurait dissipé l'asphyxie.

3Û!| kAPPÛHTS ET CONSÛLtAtiONS.

Orserv. XXXVI. — Enfant jeté vivant dans la fosse et retiré Vivant après onze heures.

Autopsie, le 2 août 1 859, d'un enfant jeté dans la fosse, d'où il a été retiré vivant après onze heures. Il est mort une heure après. Les poumons présentent une particularité très-curieuse. De nombreux lobules sont restés à l'état fœtal et forment des plaques violacées à la surface, entre les parties aérées qui sont pâles. Cela simule des noyaux apoplectiques, mais il n'y a pas traces d'infiltration sanguine ni ecchymose sous-pleurale.

Enfant à terme; cordon rompu et non lié, à <l 0 centimètres de son insertion abdominale. Estomac renfermant une assez grande quantité de matières liquides de la fosse d'aisances. Enfant du sexe féminin, à terme, viable et bien conformé ; a vécu et respiré. Mort par suite de son séjour prolongé dans la fosse d'aisances et de l'air vicié qu'il y a respiré. La fille L. présente les signes d'un accouchement qui ne remonte pas au delà de trois jours.

Observ. XXXVII. — Infanticide, immersion dans la fosse d'aisances. — Questions médico-légales.

J'ai reçu le 8 février 1 864, de M. le juge d'instruction Henriquet, la lettre suivante :

u La fille L... est accouchée le 20 janvier dernier dans les lieux d'aisances dépendant de l'appartement des époux Montacle, chez lesquels elle servait comme domestique; il résulte des constatations faites par le commissaire de police que la. cuvette de ces lieux est à bascule, c'est-à-dire ne s'ouvre qu'au moment où l'on est assis sur le siège et que l'orifice du conduit est assez large pour laisser passer le corps d'un fœtus et peut-être d'un enfant nouveau-né.

» Le corps de l'enfant de la fille L. n'a pourtant pas glissé jusqu'à la fosse proprement dite, il s'est arrêté dans le conduit et l'on a dû, par mon ordre, pour le faire descendre dans la fosse et l'y prendre, employer certains moyens, notamment un poids assez lourd en plomb qui, entrant dans le conduit, a pressé le cadavre et l'a fait couler.

» Dans ces circonstances, doit-on attribuer les traces de la pression violente qui s'est étendue sur la tête jusqu'à l'orifice des voies respiratoires à un acte volontaire exercé sur cette partie du corps de l'enfant avant son entrée dans le conduit de la fosse d'aisances?

» Ces traces ne résultent-elles pas plutôt de la compression nécessairement exercée sur le corps, par les parois du conduit trop étroit dans lequel ce corps est engagé?

» L'inculpée accouchant sur un siège à bascule dont l'orifice est ouvert au moment où l'enfant sort du sein de sa mère, cet enfant

peut-il être tombé dans le conduit en quelque sorte naturellement ?

» En admettant cette hypothèse, le corps ne devait-il pas être retenu par le cordon ombilical?

» Je vous serais fort reconnaissant de vouloir bien m'éclairer sur tous ces points qui, dans l'intérêt de la vérité, me paraissent avoir une certaine importance. »

La réponse que j'ai adressée aux questions qui précèdent peut se résumer ainsi :

L'enfant issu de la fille L... n'a pu tomber à travers la lunette par suite de la rupture spontanée du cordon ombilical, qui est fort et bien conformé et qui a été déchiré violemment à 8 centimètres.

Les lésions graves et profondes constatées à l'autopsie ne peuvent avoir été produites par les moyens employés pour achever de faire descendre le corps jusque dans la fosse ; le corps était sans doute alors privé de vie et il n'y eût pas eu ecchymoses; de plus , la pression n'eût eu lieu que sur le sommet du crâne et non sur la totalité de la tête.

Ces lésions résultent de la compression de la tête par les parois du tuyau de conduite où le corps de l'enfant encore vivant a été violemment engagé.

La mort ne peut être attribuée qu'à un acte volontaire et criminel.

Observ. XXXVIII. — Infanticide par suffocation, immersion dans les fosses d'aisances.

Autopsie à la Morgue le 26 septembre 1862, d'un nouveau-né à terme, sexe féminin, cordon arraché à 18 centimètres.

Excoriations et ecchymoses très-nombreuses et' très-profondes sur les côtés du cou, de la poitrine, sur les coudos, aux genoux ; nez et lèvres très-aplatis, excoriés et ecchymoses; poumons ayant respiré, très-emphysémateux, ecchymoses sous la plèvre et sous le péricarde.

Rien dans l'estomac.

Placenta séparé, retrouvé sain.

Enfant né vivant, mort étouffé et étranglé par des violences criminelles.

A l'occasion de ce fait, je reçus de M. le juge d'instruction de Lurcy la lettre suivante : « Je vous envoie ci-joint le procès-verbal descriptif des lieux d'aisances (affaire G.). — Je suis convaincu que cette fille est accouchée sur les dalles du cabinet, et qu'elle a précipité volontairement son enfant dans le tuyau de descente. Mais elle s'obstine à soutenir qu'étant accroupie sur la lunette, elle estaccou-

A, TARDIEU. — Infanticide. 20

chée presque sans s'en douter, et que l'enfant est tombé accidentellement; elle reconnaît cependant que l'enfant a crié.

» Veuillez donc me faire savoir si les violences constatées ontété exercées directement par une main criminelle, ou si elles auraient pu être le résultat delà seule chute par le tuyau de descente.

»Dans cette dernière hypothèse, l'enfant a-t-il été précipité volontairement, ou a-t-il pu tomber accidentellement? »

Je répondis dans les termes suivants : Si la fille a pu être surprise par les douleurs, le cordon sain n'a pu se rompre.

Lésions caractéristiques attestant par leur siège, leur nombre, leur nature, l'intervention active et directe de la main. Ce n'est ni au cou, ni sur les narines, ni sur les bras que se seraient imprimées les traces de la chute du corps dans le tuyau. Ces stigmates, rapprochés des altérations des poumons, sont un indice de strangulation et de suffocation.

Ecorchures aux parties saillantes, genoux et coudes, lorsque le corps, non tout à fait privé de vie, a été jeté dans les latrines. Mais ce sont là des lésions secondaires indépendantes de la vraie cause de mort.

1° Les violences constatées et qui ont amené la mort , ont été incontestablement exercées d'une manière directe par une main criminelle.

2° Le corps de l'enfant n'a pu tomber accidentellement dans les latrines, par suite de la rupture spontanée du cordon.

Observ. XXXIX. — Mort par précipitation dans les latrines.

Autopsie à la Morgue, le 24 décembre 1862, du nouveau-né issu de la fille M...

A terme; cordon rompu à 4 8 centimètres.

A l'extérieur, très-nombreuses ecchymoses et excoriations, principalement sur le dos et sur les membres inférieurs; avec sang coagulé, faites pendant la vie, et résultant du frottement sur une surface rude. Au niveau des chevilles, empreinte des doigts qui auraient exercé sur ce point une forte pression.

Téguments et os du crâne intacts; épanchement sous-péricrânien; rien au nez, à la bouche ni au cou. Poumons très-volumineux, distendus par l'air; très-nombreuses ecchymoses, quelques vésicules rompues. — Né à terme, viable; a vécu. Il vivait lorsqu'il a été exposé dans la cuvette des latrines ; les lésions et ecorchures dont son corps est couvert ont été produites par la violence avec laquelle il a été jeté, ainsi que par le frottement sur une surface rude. Mort étouffé par défaut d'air respirable, suite de son séjour dans les latrines,

Visite de la fille M... à l'Hôtel-Dieu; accouchement tout récent :

trente-six heures ; matrice non revenue sur elle-même. Est accouchée une première fois, trois ans auparavant.

J'ai visité, avec M. le juge d'instruction, la cuvette des lieux d'aisances : elle formait un cône très-étroit et long, très-propice à l'étouffement.

Observ. XL. ■ — \lnfanticide par immersion dans les fosses d'aisances.

Autopsie à la Morgue, le 20 février 1 853, d'un enfant nouveau-né, issu de la fille M...

Enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, bien conformé : pas la moindre trace de violences. Putréfaction très-avancée; corps souillé de matières fécales. Gordon rompu et non coupé, à 8 ou 9 centimètres de l'insertion abdominale.

Tête non aplatie, non déformée; pas de fracture, pas de contusion.

Poumons peu distendus par l'air; bronches remplies de matières fécales. Cœur sain.

Bouche et arrière-gorge remplies de matières fécales. Estomac ne renfermant qu'une petite partie de liquide brun.

1° Né à terme, viable; bien conformé.

2° A vécu et respiré.

3° Mort asphyxié par submersion dans les fosses d'aisances.

4° Pas de traces de violences.

Observ. XLI. — Enfant étouffé et jeté dans les fosses d'aisances. Fracture du crâne.

Visite de la fille M... à l'hôpital Beaujon,le 12 mars 1855. Signes évidents d'accouchement récent et à terme, pouvant remonter à cinq ou six jours. Elle dit faussement qu'elle n'était enceinte que de quatre mois et demi.

Enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, viable et bien conformée ; du poids de 2 kilogrammes et demi. Cordon rompu et non lié, à 19 centimètres de l'insertion abdominale. A vécu et respiré; odeur forte de fosses d'aisances. Au front, dessiccation brunâtre de la peau. Sous le cuir chevelu, nombreuses ecchymoses formées par de petits amas de sang coagulé. A l'occiput et. aux deux pariétaux, fractures évidemment postérieures à la mort.

Poumons médiocrement volumineux, offrant un très-grand nombre de taches tout à fait noires, réunies en certains points par plaques, et des parties emphysémateuses. La généralité du tissu pulmonaire est rosée et peu congestionnée; la trachée et les bronches contiennent une très-grande quantité d'écume très-fine et à peine teinte, en rose; le cœur est distendu par du sang fluide. L'estomac est complètement vide ; la mort est le résultat de la suffocation produite

308 Rapports et consultations.

par un obstacle apporté violemment à l'entrée de l'air dans les voies aériennes.

Après avoir été étouffé, le corps a été précipité dans la fosse d'aisances, et la tête fortement pressée au point d'être brisée pour traverser l'orifice trop étroit.

Comme des lésions ne pouvant être attribuées au travail naturel ou à quelque accident, de l'accouchement.

Observ. XLII. — Immersion dans la fosse d'aisances. Fracture du crâne.

Sur réquisition de M. Sallantin, substitut du procureur impérial près le tribunal de la Seine, en date du 26 mars 1856 :

Nous nous sommes transportés le 27 mars courant à la Morgue, où, en présence de M. le commissaire de police de la section des Iles, et, après avoir prêté serment entre ses mains., nous avons procédé à l'opération qui nous est confiée.

Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveauné, du sexe masculin, du poids de 1650 grammes, présentant un point osseux bien formé dans les cartilages des fémurs ; le cordon a été coupé à 5 centimètres et non lié : le corps est dans un bon état de conservation, et la putréfaction est à peine commencée; les téguments du crâne sont largement excoriés. Il existe un vaste épanchement de sang coagulé, au niveau du pariétal, du côté droit, qui présente une fracture étendue, correspondant à une fracture du côté opposé, et résultant d'une forte pression faite pendant que l'enfant vivait encore. Au devant du cou, la peau offre une teinte d'un rouge livide, qui a l'apparence d'une contusion, mais qui ne s'accompagne pas d'infiltration sanguine dans les tissus sous-jacents, et n'est autre chose qu'une sugillation cadavérique.

Les organes extraits de la poitrine, plongés dans un vase rempli d'eau, surnagent, soit en totalité, soit isolément; les poumons sont distendus par l'air, d'une couleur rosée, sans aucune lésion; l'estomac est vide. Il n'existe aucune autre trace de violences. On voit seulement quelques excoriations sur les genoux et sur la poitrine.

De l'examen qui précède nous concluons que :

1° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, né à terme, viable et bien conformé; 2° cet enfant a vécu et respiré; 3° la mort est le résultat d'une fracture du crâne déterminée par une forte pression qui a aplati la tête, probablement au moment du passage à travers l'orifice étroit d'un tuyau de latrines.

4° L'accouchement de la fille R... n'a pu avoir lieu dans les conditions et avec les circonstances que celle-ci a déclarées ;

2° L'état des parties sexuelles d'une femme ne permet pas de

décider, dix jours après la délivrance, si ou nonelleestaccouchéed'un enfant à terme; l'examen du corps du nouveau-né démontre qu'il était bien à terme;

3° La rupture du cordon ombilical indique que l'issue du fœtus et de ses annexes n'a pas eu lieu simultanément et de façon à ce que le tout soit tombé à la fois directement dans la fosse ;

4° Cette rupture faite, soit au moment de la délivrance, soit après, suppose des efforts et des Iractions qui ne paraissent que très-difficilement compatibles avec l'infirmité dont la fille R... est atteinte, et qui, dans tous les cas, sont inadmissibles dans les conditions où elle dit s'être trouvée placée au moment de l'accouchement.

Observ. XL1IÏ. — Enfant jeté vivant dans la fosse. Cordon lié. Circonstance capitale.

Enfant jeté vivant dans une fosse d'aisances, retiré vivant, mort e soir.

Le 13 décembre 1861, visite de la mère à Lariboisière; accouchement récent, autopsie de l'enfant né à terme.

Le cordon a été coupé et lié régulièrement, mais sans doute après l'extraction de la fosse; je ne l'ai pas vu à ce moment. Circonstance capitale.

Quelques excoriations.

Poumons mi- partie à l'état fœtal et pénétrés par l'air.

Mort résultant de l'établissement incomplet de la respiration, qui a été violemment entravée par le séjour dans l'atmosphère irrespirable d'une fosse d'aisances.

Observ. XLIV. — Immersion dans la fosse d'aisances. Fracture du crâne.

Autopsie à la Morgue, le 11 février 1854, d'un enfant nouveauné trouvé au dépotoir de la Villette.

Enfant du sexe féminin, née à terme, viable et bien conformée: a vécu et respiré; le cordon ombilical a été rompu, non coupé et non lié; putréfaction très-avancée, odeur de fèces.

À la surface, sur le bras gauche, sur la paroi de la poitrine, aux genoux, de nombreuses et larges ecchymoses; sang coagulé avec excoriations, résultat de frottement.

Tête écrasée, face aplatie, crâne fracturé en éclats nombreux, de dimensions variables et de forme irrégulière. Sang coagulé sous le cuir chevelu et entre les os fracturés. Docimasie complète. Poumons très-volumineux, très-pâles, très-crépitants, sans engouement à la base. Cœur contient un peu de sang coagulé; dans l'estomac, li-

quide roussâtre exhalé par la putréfaction ; pas de fèces ni autre liquide avalé.

La mort est le résultat des fractures multiples du crâne et des contusions nombreuses produites par le passage forcé du corps à travers le tuyau de conduite dans une fosse d'aisances.

Observ. XLV. — Enfant jeté vivant dans la fosse cV aisances . Fracture du crâne.

Autopsie, le 6 décembre 1 859, de l'enfant de la fille Varet, né à terme, bien constitué; cordon rompu non lié à 26 centimètres, pas de putréfaction, odeur fécale.

Tête fortement aplatie ; sur le front, petites excoriations sous le cuir chevelu, vaste épanchement coagulé; double fracture des pariétaux par écrasement ; pas de violences au cou et à la boucbe ; poumons surnagent, très-volumineux, engoués à la base, sans ecchymose ; sang noir et visqueux ; matière de la fosse dans l'estomac ; a vécu et respiré d'une manière complète.

Le front et l'aplatissement du crâné attestent que la tête a subi une forte pression et un véritable écrasement sans doute au passage des latrines, mais non dans le travail de l'accouchement.

L'enfant respirait encore lorsqu'il est tombé dans la fosse où il devait nécessairement succomber tant par suite de la double fracture que par le séjour dans l'atmosphère viciée de la fosse.

Observ. XLVI. — Infanticide par strangulation. Immersion dans la fosse d'aisances.

Autopsie, le 27 mai 1864, de l'enfant nouveau-né de la fille Montgellard .

Enfant du sexe masculin, 48 centimètres. Point osseux commençant à paraître. Cordon coupé manifestement avec un instrument tranchant, à M centimètres. Corps bien conservé, odeur de matières, grande quantité de ces matières dans la bouche, ne dépassant pas l'arrière-gorge. Il n'y en a ni dans l'œsophage, ni dans l'estomac, ni dans les voies aériennes.

A l'extérieur, au devant du cou, de chaque côté du larynx, de très-petites empreintes linéaires, très-peu apparentes, mais répondant à des ecchymoses situées dans le tissu sous-jacent et parfaitement caractérisées; écume sanguinolente dans le larynx.

Poumons très-volumineux parsemés de très-nombreuses vésicules rompues, et dans leur épaisseuril existe des quantités circonscrites; sang fluide dans le cœur, mucosités abondantes dans l'estomac.

Enfant né un peu avant terme, viable et bien conformé ; né vivant, a vécu et respiré ; étranglé avant d'être jeté dans la fosse.

Observ. XLVII. — Immersion dans la fosse d'aisances. Fractures du crâne. Questions médico-légales.

Autopsie de l'enfant delà fille K... le 5 mai 1859. Visite de la mère à l'Hôtel-Dieu. Tombé dans une fosse à orifice de 15 centimètres.

Enfant à terme, volumineux , cordon adhérent au placenta, aux épaules, au coude, aux genoux, larges et nombreuses excoriations avec infiltration de sang coagulé.

Tête déformée, aplatie, 1 3 centimètres de diamètre. Pariétaux écrasés, vaste épancheraient de sang. Rien aux poumons qui ont respiré. Estomac vide.

Fille, accouchement récent, pas d'enfant avant, l'accouchement remonte au 29-30 avril.

Enfant à terme, viable, vigoureux, a vécu et respiré.

Mort par écrasement de la tête.

Les traces de violences qui existent non-seulement sur le crâne, mais sur les saillies du corps, attestent la violence qui a été nécessaire pour lui faire traverser le tuyau de conduite.

Impossible d'admettre que l'enfant ait glissé sans que la fille s'en soit aperçue.

Observ. XLVIII. — Enfant étouffé, jeté dans les latrines. Fractures du crâne.

Autopsie, le 22 mai 1 853, de l'enfant de la fille Truss, masculin, 2k,750, cordon déchiré à 16 centimètres. Odeur fétide putréfiée.

Tête couleur brun verdâtre. Nez et lèvres aplatis. Excoriations sur la peau, les coudés et les cuisses, postérieures à la mort. Os du crâne fracturés au niveau du pariétal gauche.

Poumons peu volumineux quoique pénétrés par l'air, présentant à leur surface un très-grand nombre de très-petites taches ecchymotiques.

Cœur, sang liquide.

Viscères abdominaux sains. Estomac renfermant du mucus spumeux. Gros intestin distendu par du méconium.

1° L'enfant de la fille Huss, né à une époque voisine du terme ; viable et bien conformé;

2° A vécu et respiré ;

3° Mort résultant de l'asphyxie par suffocation, et de l'obstacle apporté violemment à l'entrée de l'air dans les voies aériennes ;

4° Après que l'enfant a été étouffé, la tête a été écrasée et le corps jeté dans les fosses d'aisances. L'écrasement de la tête peut avoir eu lieu par suite du passage à travers l'orifice trop étroit des latrines. Les fractures ne sont pas le fait du travail de l'accouchement.

o'l2 KAIM'OKTS ET CONSULTATIONS.

Observ. XLIX. — Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances.

Autopsie le 18 janvier 1850, poids 2k,550, long. 52 cent, dont 31 à l'ombilical, diamètres. 41 cent, fronto-occipit, 9 1/2 biparités. Cordon déchiré, non coupé, non lié ; pas de putréfaction ; couleur normale; odeur fécale.

1° Le cordon est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, né à terme et bien conformé ;

2° Cet enfant est né viable, il a vécu et respiré ;

3" La mort de cet enfant est le résultat de l'asphyxie par submersion dans une fosse d'aisances ;

4° L'aplatissement de la tête, les ecchymoses situées aux parties les plus saillantes du crâne, montrent qu'une pression assez forte a dû être exercée sur la tête pour lui faire franchir la lunette des lieux d'aisances, et que la chute du corps dans la fosse n'est pas accidentelle.

5° 11 n'est pas moins évident, d'après l'état des poumons et du cœur et la présence des matières fécales dans l'estomac, quel'enfant a été jeté vivant dans la fosse d'aisances.

Observ. L. — Tentative <f infanticide . Enfant je té vivant dans un égout et retiré vivant.

■ Visite le 30 mai 1855, à la Briche, de la fille Boudier et do son enfant nouveau-né qu'elle a jeté dans un égout d'où on l'a retiré vivant le 27 mai.

1° L'enfant n'est pas né tout à fait à terme, mais à 8 mois 1/2, et dans tous les cas parfaitement viable.

2° La conformation et les dimensions de l'enfant n'étaient pas de nature à rendre l'accouchement plus difficile, mais le travail d'une première délivrance ne permet pas de penser que l'enfant ait pu s'échapper du sein de sa mère sans que celle-ci pût le retenir.

3° La position assise dans laquelle la fille B... prétend avoir été saisie des douleurs de l'enfantement n'eût pas permis la délivrance et surtout la délivrance pour ainsi dire inaperçue de cette fille.

4° Le cordon ombilical a été manifestement cassé en deux endroits (près de l'ombilic et près du placenta) par suite d'une violence exercée au moment de la naissance, et ne s'est pas rompu sous le poids du corps de l'enfant.

5° Il n'existe sur le corps de l'enfant aucune trace de violences; il est très-vivant et dans un excellent état.

6° La fille B.-. . présente, le 30 mai, les signes d'un accouchement récent qui peut remonter à trois jours et dont les suites sont régulières;

INFANTICIDE i'AR SUBMERSION. 313

7° Elle ne porte aucune trace appréciable d'accouchements antérieurs;

8° Son état, à moins de complications ultérieures qu'il est impossible de prévoir, permet de penser qu'elle pourra être transportée à Paris dans cinq ou six jours.

Infanticide par submersion.

Observ. LI. — Suffocation et submersion.

Autopsie le 3 octobre 1853, d'un enfant nouveau-né issu de la fille Prat, trouvé dans le canal de l'Ourq, bien conformé, à terme. Cordon coupé à 3 centimètres, non lié, le sang a coulé sur le ventre et les cuisses; cordon desséché, mais pas de cicatrice formée. Putréfaction, couleur verdâtre générale, détachement de l'épiderme au cou. Peau des mains et des pieds blanche, ridée.

Tête volumineuse. Aplatissement du nez et des lèvres, autour des narines et de la bouche, trois petites excoriations en forme d'ongles. Côté droit du crâne et de la face parcheminés. Tégument fortement pressé. Contact assez rude pour avoir enlevé l'épiderme. Quelques plis semblent indiquer l'emploi d'un linge rude. Pas de fracture.

Organes thoraciques surnagent. Dans toute l'étendue des poumons, rupture des vésicules les plus superficielles et de petites ecchymosesdisséminées à leur surface, double indice des fortes inspirations par lesquelles l'enfant nouveau-né a résisté aux obstacles qui gênaient le libre établissement des fonctions respiratoires. Trachée, un peu d'écume.

Estomac distendu par une grande quantité d'eau roussâtre sans mélange de lait ou de matières alimentaires.

Gros intestin rempli de méconium. Intestin grêle complexe revenu sur lui-même.

4° Nouveau-né, né à terme, viable, bien conformé;

2° A vécu et respiré ;

3° Des tentatives violentes ont été faites pour étouffer cet enfant par l'occlusion forcée des narines et de la bouche;

4° D'après l'état de l'estomac et des poumons, il se pourrait que le corps a été jeté à l'eau vivant, que l'asphyxie fût complète et la mort fût le résultat de cette double suffocation et submersion ;

5° La mort a eu lieu dans les premiers moments qui ont suivi la naissance, sans que l'enfant ait reçu aucun soin, ni aucune nouriture;

6° Le séjour du corps dans l'eau a été de sept ou huit jours environ.

Lé&édaircissements demandés par M. le juge d'instruction Perrin m'ont conduit à ajouter qu'il n'y avait pas de doute sur la vie intrautérine: qu'il n'y avait pas eu d'étouffement au passage, où l'enfant n'était resté que d'une demi-heure à trois quarts d'heure; que les lésions étaient manifestement faites pendant la vie; qu'il n'est pas certain que l'enfant respirait encore quand il a été jeté à l'eau. L'état déjà avancé de la putréfaction et la connexité des lésions ont pu, en l'absence de tous renseignements recueillis au moment de l'autopsie, nous faire considérer comme possible une double cause d'asphyxie. La seule chose positive et manifestement démontrée, c'est que l'enfant est mort par asphyxie, et que les violences ont été exercées sur le nouveau-né vivant ; qu'il peut enfin, d'après le degré de putréfaction, s'être écoulé quatre ou cinq jours entre la mort et le moment où le corps a été jeté à l'eau.

Observ. LU. — Infanticide par suffocation. Prétendu accouchement dans le bain.

La fille Kremer (Marguerite), inculpée d'infanticide, prétend qu elle a mis au monde son enfant pendant qu'elle était dans un bain.

M. le docteur Tardieu, commis par M. le procureur impérial, le 20 juillet, pour faire l'autopsie du corps de cet enfant, est prié de s'expliquer, dans son rapport, sur la vérité de cette déclaration.

Autopsie à la Morgue, le 21 juillet, de l'enfant de la fille Kremer.

Né à terme, très-grosse tête; cordon coupé avec des ciseaux très-net, à 6 centimètres.

Rien à l'extérieur. Corps taché de sang, n'a pas été dans l'eau.

Poumons volumineux pénétrés par l'air. Taches ecchyrnotiques et ruptures vésiculaires à la surface. Sang fluide dans le cœur.

Pas d'eau dans les poumons ni dans l'estomac.

Né à terme, viable, bien conformé.

Né vivant, a vécu et respiré.

Mort étouffé par un obstacle apporté à la continuation régulière de la respiration.

La mort ne peut être attribuée ni à un accident, ni aux difficultés du travail de l'accouchement, elle est certainement le résultat d'un crime.

Visite, à la Charité, le 24 juillet, de la femme, très-pâle, ayant perdu beaucoup, accouché le 18 courant; primipare. Il est absolument inexact qu'elle soit accouchée avant terme, dans le bain, d'un enfant mort, et que le cordon se soit rompu , ces diverses allégations sont formellement contredites par l'état dans lequel nous avons trouvé l'enfant.

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