L*ENFANT EST-IL NÉ A TERME
Poids de MOà enfants nés à terme à la Maternité de Paris,
Poids. Garçons. Filles. Total.
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Mais il est une notion qui n'est pas moins importante pour la médecine légale que celle de la moyenne, c'est celle des extrêmes au delà desquels l'expert ne devrait pas admettre que l'enfant est à terme. Nos chiffres de Ja Maternité nous donnent un maximum de S^'ySOO, poids déjà constaté par Baudelocque. Casper a noté 5 kilogrammes^ mais c'est là évidemment un poids exceptionnel, de môme que tous ceux qui dépassent ^""j^OO, puisque nous n'en comptons que 20 sur ûOOO enfants. Entre
30 DE l'identité du NOUVEAU-NE.
U kilogrammes et li^.^i^Q, on en trouve 115; et Zi93 de Z^y500 à U kilogr. Le minimum a dans la pratique plus d'intérêt encore. Dans les conditions normales on ne peut pas admettre qu'il s'abaisse au-dessous de 2 kilogrammes ; Casper Ta fixé à 2'',250. Entre ces deux chiffres le tableau que j'ai dressé ne contient que /i8 enfants. C'est seulement dans des cas pathologiques que des nouveau-nés très-manifestement à terme ont présenté un poids inférieur. On l'a vu tomber à 1200 grammes par suite d'une altération des deux tiers du placenta (1). Mais dans ce cas, les diverses parties du corps présentaient un développement régulier. Il en pourrait être ainsi également dans le cas de grossesse gémellaire (2). Ce qui importe, c'est d^ considérer le développement général en môme temps que le poids.
On sera de la sorte conduit à admettre que si un nouveauné de l'',200 à 1^^500 peut quelquefois être à terme, il ne peut pas ne pas y être s'il pèse 3 kilogrammes. Paul Dubois a très-heureusement insisté sur ce fait constant, en dégageant des charges d'une paternité de rencontre un jeune étudiant qui était venu lui confier qu'un enfant dont il croyait être le père venait de naître à sept mois, pesant 3 kilogrammes. Un nouveau-né de ce poids est certainement et toujours à terme. '
Taille du nouveau-né à terme. Quant à la taille, qui mérite également d'être notée, les chiffres me donnent comme moyenne très-rapprochée de la vérité pour la longueur totale du corps d'un enfant à terme 50 à 52 centimètres. Casper trouve Ul centinniètres seulement, chiffre évidemment trop bas et qu'il ne faut pas attribuer à une influence de race, car Elsaesser dans le môme pays fixe la
(1) Gazette des hôpitaux, 185^, p. 57.
(2) Ganahl, Considérations sur la superfétation^ thèse de Paris, 1867, n» 144, p. 25.
l'enfaiït est-il m x tsrme. 3t
taille moyenne du nouveau-né de 50 à 51 centimètres. Les extrêmes entre lesquels sont contenues ces moyennes sont pour ce dernier observateur UO et 65 ; pour Casper 46,5 et /i9,5 ; et pour nous Zi6 et 58. Le chifire moyen de 50 centimètres facile à retenir est celui qui doit être adopté.
Dans un travail intéressant que je mettrai bientôt à profit (1), M. le docteur Letourneau s*est élevé contre le procédé de mensuration ordinairement suivi et propose, au lieu de prendre la longueur totale du corps, de mesurer par segnnients, c^çst-à-dire du vertex au pubis d'abord, puis successivement du pubis à la tubérosité du condyle fémoral interne, et du condyle interne du fémur au bord inférieur de la face postérieure du calcanéum. Ce procédé, qui a surtout pour objet d'éviter les causes d'erreur qui résultent de la multiplicité et de la mobilité des articulations, n'a pas une grande iipportance dans le cas d'infanticide, où l'examen portant exclusivement sur un cadavre peut se faire en toute liberté. Aussi en ayant soin de mesurer avec un mètre flexible qui s'applique exactement aux points de repère fixes du corps, on arrive à des résultats suffisamment précis. La meilleure preuve c'est que les chiffres obtenus par M. Letourneau à l'aide çle ses mensurations par segments ne diffèrent pas de ceux que nous venons de donner nous-môme, et l'on voit dans ses tableaux la longueur totale du corps des nouveau-nés à terme arriver en moyenne à 50 centimètres entre les extrêmes de UQ et 54 centimètres. Ce sont exactement les chiffres fournis par la mensuration d'ensemble lorsqu'elle est pratiquée avec soin. Les recherches de M. Letourneau peuvent être plus utilement appliquées aux cas où Texpert n'a sous les yeux que des fragments du corps mutilé d'un nouveau-né. Le sexe ne paraît avoir aucune influence constante sur la taille des nouveau-nés.
(1) Ûh. Letourneau, Quelques observations sur les nouveau-nés^ thèse de Paris, 1858, n* 35, p. 13.
32 DE l'identité du nouveau-né.
A ces mesures de la longueur lolale du corps, il convient d^ajouter comme signe d'une grande constance et surtout comme élément utile à noter à divers points de vue dans tous les cas d'infanticide, les dimensions de la tète du nouveauné à terme. Je rappelle donc que le diamètre occipito-frontal mesure de 11 centimètres à 11,5, et le diamètre bipariétal, de 9 centimètres à 9,5. Casper, qui paraît n'avoir observé que des enfants remarquablement petits, donne des chiffres inférieurs : 10^3 pour le premier diamètre et 8 centimètres pour le second, qu'il faut se garder d'accepter comme moyenne générale.
Il est une dernière particularité qui se rattache à la taille du nouveau-né à terme, et que je mentionne seulement pour mémoire, car comme le savant professeur de Berlin, je n'y attache qu'une fort médiocre importance. Je veux parler du point d'insertion du cordon ombilical, qui, à terme, se trouve un peu au-dessous du milieu de la hauteur totale du corps ; de telle sorte que la moitié supérieure est plus longue que la moitié inférieure de 2 à 3 centimètres suivant Elsaesser et quelques autres^ de 1 à 2 au plus, suivant mes propres observations.
b. Etat du tégument externe. — La structure de la peau, qui varie aux différents âges de la vie fœtale, présente au terme de la gestation un aspect véritablement caractéristique, en rapport à la fois avec les influences nouvelles que l'enfant va avoir à subir pendant et après sa naissance. Cet aspect du tégument externe constitue donc un excellent signe de l'identité du nouveau-né, né à terme.
La peau complètement formée, blanche, ferme, élastique et pourvue d'un épidermé très-visîble et prompt à se détacher, est en outre recouverte d'un enduit sébacé très-épais répandu sur tout le corps, mais amassé surtout dans les plis des jointures, et dans certaines parties, aux épaules notamment, d'un duvet très-fin, mais très-dru, d'une sorte
l'knfant est-il n£ à terme. 33
de poil follet destiné à tomber rapidement. Les productions épidermiques sont également développées. Les ongles bien formés, aux mains surtout, arrivent non-seulement à Textrémité libre des doigts, mais la dépassent légèrement. Et les cheveux sont, sinon toujours, du moins le plus souvent déjà assez abondants.
Ce n'est pas seulement comme preuve de la naissance à terme que Tétude des caractères delà peau chez le nouveauné intéresse la médecine légale. Il y a dans certains cas d'infanticide des données extrêmement précieuses à recueillir sur la nature de taches formées par le contact du corps de l'enfant. Elles reposent tout entières sur l'examen microscopique des débris provenant du tégument externe, et par conséquent sur la connaissance de la structure histologique des éléments qui le composent. Cette étude serait ici sans objet, elle sera plus utilement placée et d'une application pratique plus immédiate lorsque je traiterai des circonstances dans lesquelles peuvent se former les taches dont il vient d'être question.
c. Caractères tirés du degré de rosstfication. Les signes que l'on peut tirer du degré d'avancement auquel est parvenue l'ossification, pour déterminer qu'un nouveau-né est bien à terme, ont d'autant plus de valeur que le travail de formation des os obéit à des lois constantes et suit généralement une évolution très-régulière. Mais il n'est pas nécessaire d'interroger tout le squelette : deux points, un seul même, suffirait à donner des caractères excellents.
Le premier est assurément l'une des plus précieuses indications que la médecine légale doive à la science. Il a été signalé en 1819 par un grand anatomiste^ Béclard, qui a fait connaître la présence constante dans l'épaisseur du cartilage épiphysaire de Textrémité inférieure du fémur d'un point osseux qui apparaît dans les derniers temps de la vie intra-utérine, à la dernière quinzaine de la gestation. Au dé-
A. TARDIIU. — Infinticide. 3
34 DB l'{dent)té du iroinrEAU-^é.
but on voit, au rpîlieu (ie la masse blanche nacrée du cartilage, d'abord un point rouge comme une tache de sang ; il s'étend rapidement, at ftu moinenl de la nai^&aacei il forme un petit noyap ayant la forme d'un pois^ un peu plus large transversalement qu'en hauteur, et mesurant dans sou plus grand diamètre de 2 à 5 millimètres (voyez Planche II, 8g. 5). Pour découvrir sûrement le point osseux épiphysaire des fémurs et apprécier exactement le degré de formation auquel il est parvenu^ il faut fléchir fortement le genou et inciser toute l'épaisseur de l'extrémité articulaire du fémur mise en saillie par la flexion. On divise ainsi le cartilage un peu au-dessous du point osseux, et en coupant ensuite l'épiphyse cartilagineuse par tranches minces de bas en haut, on arrive au point d'ossification et l'on atteint graduellement l'endroit où il présente son plus grand diamètra* de manière h en mesurer exactement les dimen^ sions. Cellesr-ei iront en croissant et pourront servir encore plus tard à fixer l'âge d'un enfant qui ne serait plus un nouveau-né. C'est donc là en réalité un caractère excellent et qui à lui seul efface et peut remplacer tous les autres, car n'apparaissant qu'à la veille de la naissance à terme^ il marque bien réellement Tépoque normale du passage de la vie intra-ulérine à la vie extérieure ç et de plus il résiste à la décomposition et se retrouvé tant qu'il reste quelque chose du cadavre.
Le second signe que l'on peut tirer du degré de Tossification est fourni par l'inspection du maxillaire inférieur, qui chez le nouveau -né à terme présente quatre alvéoles nettement circonscrits par un cloisonnement complet, et qui se montrent dès tjue l'on a enlevé d'un coup de ciseaux la portion cartilagineuse qui forme le bord gingival de l'os maxillaire.
Je ne veux pas m'arréter aux autres signes qui ont été «donnés comme caractères du nouveau-né à terme. Ils sont
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vagues, incertains et surtout inutiles, parfois môme dangereux et pouvant conduire à Terreur. J'en citerai seulement pour exemple celui qu'on a voulu tirer de la présence du mécomom dans Textrémité inférieure de Tintestin. Il n'y a pas bien longtemps qu'un honorable confrère, M. le docteur Bineau de Saumur, me communiquait un cas dans lequel, cbes un enfant nouveau^né^ né à terme^ et que la mère avouait avoir étouffé presque immédiatement après sa tiàissance^ il avait trouvé le gros intestin aplati^ confondu {)our Taspect et le volume avec l'intestin grêle et absolument Vide de méconium. Ce fait n'est pas le seul qui ait contribué pour moi à enlever toute valeur à la présence ou à rabsence du méconium dans le rectum chex le nouveau-né à terme.
A quelle époqoe plus oa moins éloignée dn terme de la «rie Intra-iitérltte l'entent e«t-ll né? — Je viens d'indiquer
k Taide de quels signes on peut reconnaître que le nouveauné dont le cadavre est soumis à l'examen de l'expert est bien né à terme. Mais s'il en est autrement, il importe de déterminer aussi exactement que possible à quelle époque plus ou moins éloignée du terme de la vie intra-utérine il est né. Les mômes principes doivent nous guider dans cette recberche,et nous trouverons dans le développement général du corps, dans l'état du tégument externe et dans le degré de l'ossification aux différentes périodes de la vie intra-utérine, des signes positifs propres à caractériser le fœtus aux différents âges. Bien que, au point de vue des infanticides il n^y ait d'intérêt que pour les derniers mois de la vie fœtale, je réunis ici dans un tableau complet l'ensemble des changements qui s'opèrent, à mesure que le produit de la conception se développe. Les signes que j'indique sont d'ailleurs en petit nombre et réduits aux points essentiels. Je me suis attaché à choisir ceux qui sontle plus faciles à constater, et la forme synoptique sous laquelle je les présente permet d'en saisir l'enchaînement et d'en mieux apprécier la valeur.