MOYENS DE RECONNAITRE QUE L'ENFANT EST NÉ VIVANT
Signes tirés de Vétat des poumons. — La respiration, qui nous a été d^un si grand secours pour déterminer le fait de la vie chez le nouveau-né, va-t-elle servira mesurer la durée de la vie? A coup sûr on peut tirer à ce sujet quelque chose de rinspection des poumons, mais c'est peu. Il ne faut ni beaucoup de temps, ni un grand nombre d'inspirations pour que le poumon se dilate complètement, surtout quand Tenfant nouveau-né apporte à ces premiers mouvements respiratoires toute Fénergie dont le rendent capable un développement régulier, une constitution robuste et une naissance facile. La rapidité avec laquelle s'établit une respiration complète dans ces cas enlève à la dilatation de ces organes beaucoup de sa valeur comme signe de la durée de la vie.
On ne peut môme se faire un argument de la condition inverse, c'est-à-dire de la dilatation incomplète des poumons. Car il est des cas^ on le sait, dans lesquels des nouveau-nés ont vécu plusieurs heures sans respirer complètement. De telle sorte que si Ton trouve des poumons en partie à rétat fœtal, en partie pénétrés par. Tair, il ne s'ensuit pas que les enfants* aient vécu et respiré moins longtemps que d'autres chez lesquels les poumons sont complètement dilatés. Ce n'est pas un fait de durée, mais un fait de puissance. L'enfant vigoureux ouvre ses poumons tout entiers en quelques minutes ; l'enfant débile, né avant terme ou mal conformé, n'arrive pas à les dilater même après plusieurs heures de vie.
Plus tard on verra que les lésions trouvées sur les poumons peuvent fournir des indices un peu plus importants au point de vue de la durée, non pas de la vie, mais de la résistance à la mort. Tenons pour certain quant à présent que rétat des poumons ne fournit pas un signe suffisamment sûr pour apprécier si l'enfant nouveau-né a vécu plus ou moins longtemps.
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Signes tiré» des modificaiiom du tégument externe, — A peine l'enfant est-il né qu'il subit dans sa constitution physique des changements qui sont la condition même de la tie et qui marquent pour ainsi dire chacun des pas qu'il fait dans sa nouvelle existence. La peau en offre un exemple fistcile à saisir.
Il n'y a pas à compter beaucoup sur les modifications qui s'opèrent dans la couleur générale du corps. Car, si considérable qu'elles aient pu être pendant la vie, elles se sont effacées et ont perdu toute signification sur le cadavre du nouveau-né.
Ce qui est beaucoup plus important du côté du tégument externe, c'est l'exfoliation de l'épiderme qui suit de près la naissance. Le cha^igement de milieu qu'éprouve le nouveauné qui passe du sein des eaux de l'ammios à l'air libre, rend nécessaire et inévitable un changement dans la structure de la peau ; l'enduit qui la protégeait contre le contact prolongé du liquide intra-utérin devient inutile ; d'inactive et d'imperméable qu'elle était, elle doit devenir accessible à l'air et apte à une perspiration continue, c'est-à-dire perméable et active. Elle se débarrasse alors de l'enduit sébacé et des couches épidermiques superficielles qui la recouvraient.
Cette exfoliatîon de l'épiderme est un phénomène constant qui commence quelquefois dès le premier jour, plus souvent du deuxième au troisième, et qui est en pleine activité vers le cinquième jour. Il consiste dans la formation de petites écailles très-minces, des pellicules analogues à celles que l'on observe dans la desquamation furfuracée de certaines fièvres éruptives qui se détachent d'une manière à peu près générale sur les diverses parties du corps, mais principalement à la poitrine et sur l'abdomen. Cette exfoliation se continue et se prolonge quelquefois pendant vingt ou trente jours.
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analogue recueilli par lui il y a quelque» années, et où il est question d^un enfant né avant ternae et jeté dans un, égoût, chez qui la docimasie hydrostatique dénote l'absence de respiration, et qui^ à côté de pertes de substances à la peau, plaies déchiquetées, pâles, décolorées, provenant de morsures de rats et manifestement postérieures à la mort, a présenté au sommet de la téte^ à la région lombaire, au niveau des hanches, au-devant du genou, de larges ecchy^ moses avec infiltration de sang coagulé dans les tissus sous* jacents. L'ecchymose du cuir chevelu nettement dessinée est accompagnée d^épanchement de sang coagulé sur les hémisphères du cerveau; il existe du sang liquide et de petits caillots à la base du crâne, preuve évidente que la vie avait existé chez Tenfant.
J'ai moi-même observé plusieurs faits absolument sem** blables à ceux qui précèdent, et que je rapporterai à la fin de cette étude. Il en ressort avec évidence que toutes les fois que, même sur un enfant qui n'aurait pas respiré et dont les poumons seraient encore à l'état fœtal, on trouve des lésions traumatiques, des blessures au voisinage desquelles le sang est coagulé, on doit admettre qu'elles ont été faites du vivant de l'enfant, et que par conséquent celui-ci a vécu hors du sein de sa mère. Il restera â déterminer si ces blessures sont la cause réelle de la mort et si elles sont le résultat de violences criminelles, ce sont là d'autres questions; mais celle qui nous occupe en ce moment, ^ savoir si l'enfant est né vivant, reçoit ici une solution posi' tive en dehors et en l'absence des preuves fournies par rétablissement de la respiration et la docimasie pulmonaire.
Il est un fait que l'on a invoqué à tort comme se rattachant à l'ordre de preuves que je viens d'établir, c'est la tumeur œdémateuse séro- sanguinolente, la bosse sanguine que l'on rencontre au sommet de la tète des enfants non-
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veau-nés. II faut se garder de croire que cette bosse ne se forme que sur les fœtus vivants. M. le docteur Blot (1) a montré que, môme chez le fœtus mort depuis un certain temps^ la partie qui répond au vide du col utérin et du petit bassin peut, si le travail dure quelque temps après la rupture des membranes^ devenir le siège d'une tumeur œdémateuse séro-sanguinolente. Celle-ci a été en effet fausse* ment attribuée à la gêne de la circulation veineuse ; elle est due en grande partie à l'action de la pesanteur qui s'exerce aussi bien après la mort que pendant la vie. Elle ne peut donc, à aucun titre, être invoquée comme un signe de vie pendant le travail, ce qui ne serait pas encore une preuve de vie après la naissance, seul point intéressant pour l'his* toire médico-légale de l'infanticide.
Réiumé des êignes propres à établir que V enfant est né vivant. — Si nous résumons les longs développements qui précèdent, nous voyons que les signes propres à établir que l'enfant est^né vivant sont en principe comme en fait dominés par les résultats de la docimasie pulmonaire. C'est donc à préciser en une conclusion dernière sa véritable valeur, que nous devons surtout nous attacher.
Cette valeur est évidemment relative; il ne faut pas prendre le fait brut de la surnatation ou de la submersion des organes extraits de la poitrine et placés dans un vase rempli d'eau pour en déduire immédiatement la preuve de la vie ou celle de la mort du nouveau-né. Ce n'est là qu'uA résultat physique qui a besoin d'être raisonné et interprété, et dont ia signification doit être soigneusement recherchée. Si je me suis fait bien comprendre, on doit reconnaître que la valeur de la docimasie hydrostatique est inséparable de l'état du poumon, et qu'il ne faut conclure qu'en rappro-
(1) H. Blot, Tumeur œdémateuse séro^sanguinolente développée sur U crâne de plusieurs fœtus mort-nés (Mémoires de la Société de biologie, loc% cit.y^. 63).
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chant les données qu^elIe fournit des caractères anatomi« ques que présente le poumon. La surnatation doit être mise en rapport d'une part avec la position des poumons dans la cavité thoracique, leur couleur, leur structure^ le dévelop-» pement des vésicules pulmonaires, et d'une autre part avec Tabsence de gaz putrides et des phénomènes de la décomposition, ou encore avec les signes de l'insufflation artifi* cielle. De même, pour le fait de la submersion, il importe de le rapprocher de l'état du poumon et de considérer si celui-ci est franchement à l'état fœtal ou si l'augmentation de densité tient à une lésion pathologique, hépatisation, atélectasie, induration, ou à la désorganisation du tissu pul* monaire putréfié. Ramenée à ces conditions, la docimasie se montre avec sa valeur réelle et constitue une preuve d'une importance considérable au-dessus de toute objection et véritablement sans égale.
Ce n'est pas toutefois le seul moyen à Taide duquel le médecin légiste puisse résoudre la question de savoir si un enfant nouveau- né est né vivant.
Il peut trouver une preuve négative dans l'état de macé* ration plus ou moins avancé que présente le corps des fœtus mort-nés qui ont séjourné un certain temps, déjà privés de vie, dans la cavité utérine.
Enfin, un dernier ordre de preuves propres à démontrer que l'enfant est né vivant est fourni par la persistance de la circulation et la coagulation du sang eztravasé dans les blessures reçues après la naissance. Ce fait a cela de particulièrement intéressant qu'il peut suppléer ceux qui résultent de l'établissement de la respiration, et qu'on peut le constater et y trouver une preuve de vie, môme chez les enfants nés en état de mort apparente et dont les poumons sont restés à l'état fœtal Toutefois il faut bien reconnaître que la valeur de ce dernier ordre de preuves est bornée, puisqu'il ne peut être acquis que dans les cas où le cadavre
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du nouveau-né porte les traces de lésions traumatiques. Si l'infanticide a été commis par un procédé qui n'entraîne ni plaie^ ni fracture des os, ni extravasation sanguine, et si Ton ne retrouve pas de sang coagulé, aucun signe^ dans Tétat de mort apparente, ne permet de reconnaître que Tenfant vivait lorsque le crime a été consommé.
Car, je le répète, en dehors de ces cas et malgré les présomptions les plus fondées, il n'est pas permis à l'expert de conclure d'une manière formelle que Penfant est né vivant lorsque les poumons n'ont pas été dilatés par une respiration complète et ne surnagent pas franchement dans Topération docimasique, tant avec la masse des organes thora* ciques que séparément, divisés par fragments et doucement comprimés sous l'eau.
 cette question de rétablissement de la respiration dès les premiers moments de la vie extra-utérine, s'en rattache étroitement une autre qui est très-souvent posée à Texpert devant la Cour d'assises, dans les affaires d'infanticide.
La nouveau-né a-t-il crié? C'est ce que nient obstinément les accusées, qui prétendent le plus souvent que l'enfant qu'elles ont tué n'a donné aucun signe de vie, qu'elles l'ont cru mort et.n'ont eu d'autre pensée que de le faire disparaître. Dans beaucoup de cas^ des témoins ont entendu les vagissements de Tenfant et viennent le déclarer aux débats. C'est au médecin qu'il appartient de réfuter les allégations mensongères et intéressées de la mère infanticide^ et de lever les doutes que la contradiction a fait naître; c'est à lui que la justice adresse la question de savoir si l'enfant a dû nécessairement crier en venant au monde. Il «ne faut pas que l'expert se contente d'y répondre d'une manière générale ; mais qu'il ait soin au contraire de ne la résoudre qu'au point de vue du cas paiticulier dont il s'agit, et d'après l'inspection des organes de l'enfant nouveau-né dont le meurtre est actuellement poursuivi.
7ë MOYENS DE RlCOHHAtTâB QUE l'INVAMT WIft NÉ TITANT.
Le cri du nonveau^né est la manifestation première et nécessaire de rétablissement de la respiration. Bi celle^i s'accomplit librement et d'une manière complète, elle s'accompagne de cris répétés, aigus, violents, que tous ceux qui ont assisté à un accouchement naturel ont entendu, et dont l'expert fera bien de rappeler le caractère aux jurés, qui pour la plupart en ont gardé le souvenir. Ce cri appelle Tair dans la poitrine et aide les poumons à se dilater. H ny a pas d'enfant nouveau-né qui, dans ces conditions^ respire sans crier.
La question revient donc à se demander si, dans l'espèce^ les poumons présentaient une dilatation complète, et si l'air ea avait bien pénétré toutes les parties; dans ce cas, le doute n'est pas possible, l'enfant a certainement crié^ et l'accusée qui le nie ne dit pas la vérité. Dans les conditions contraires d'une respiration incomplète et du défaut de développement des poumons, à plus forte raison lorsqu'il est reconnu que l'enfant, bien que né rivant^ a pu rester daiis un état de mort apparente jusqu'au moment où le crime a été commis, la réponse sera négative : l'enfant n'a pas crié ou a pu ne faire entendre que d'imperceptibles vagissements.
La solution de cette question, très-intéressante dans la pratique^ est donc tout entière, on le voit, subordonnée à l'existence des signes de la respiration qui viennent d'être longuement étudiés.
Conriblen ée temps l'enrant a-t-ll irécnt — Ce n'est paS
assez pour la démonstration médico-légale de l'infanticide d'établir que l'enfant mis à mort est né vivant, il fout encore, autant que cela est possible, déterminer combien de temps il a vécu : il y a à cela plusieurs motifs.
Nous avons vu déjà que la qualification du crime dépend du moment où il aura été commis : l'infanticide est le meurtre du nouveau-né^ et ce fait d'être nouveau^né étant
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le corps se sera trouvé placé. L'expérience et robservation ne laissent subsister à cet égard aucun doute.
Mais il est un aulre phénomène d'une bien autre valeur et quij 4ui, est bien réellement vital ; c'est le travail d'élimination qui aboutit à la chute du cordon, et qui, commençant peu de temps après la naissance, dure plusieurs jours et peut être facilement suivi. Personne ne conteste que ce soit là l'un des meilleurs indices sur lesquels l'expert puisse se fonder pour établir qu'un enfant a survécu pendant un certain temps au moment où il est né. Aussi n'y a-t-il absolument aucun compte à tenir du fait fort difficile à comprendre et à admettre que M. Devergie dit avoir vu, à savoir, la phlegmasie du pourtour du cordon chez un mort-né. 11 y a là très-certainement une erreur d'observation, ou tout au moins d'interprétation, car si à la rigueur quelque maladie du fœtus, une péritonite par exemple, peut avoir amené Tinflammation de la partie abdominale aux environs du cordon, cette lésion n'a Tien de comparable avec l'inflammation éliminatrice du cordon.
C'est bien en réalité par un travail inflammatoire qui s'établit au niveau de l'anneau cutané qui entoure le cordon à son insertion abdominale que s'opère l'élimination et la chute de cet appendice fœtal inutile au nouveau-né. Cette inflammation est plus ou moins vive, elle forme une aréole rouge plus ou moins étendue et un sillon plus ou moins profond autour du cordon, détermine un suintement séropurulent plus ou moins abondant, et finit par amener la chute du cordon. L'époque à laquelle tombe le cordon n'est pas absolument fixe. La plupart des auteurs la placent du quatrième au cinquième jour, et les observations les plus récentes consignées dans une bonne thèse de M. le docteur Théas (1), qui a puisé ses observations à la cli-
(1) A. Théas, De quelques considérations sur le cordon ombilical^ thèse de Paris, i%Qli, n» 138.
80 MOYENS DE RECONMaItHE OtIE L^ENFANT EST NÉ VIVANt.
dans tous les cas allé plus loin qu'on ne l'avait fait avant moi en m'appuyant sur certains signes qui n'avaient pas été encore utilisés par les médecins-légistes, et qui peuvent cependant jeter de vives lumières, surtout sur les premiers temps de la vie extra-utérine du nouveau-né^ sur cette phase précisément qui intéresse le plus l'expertise judi* claire en matière d'infanticide.
Ces signes, je les emprunterai à l'état de l'estomac, aux changements anatomiques survenus dans l'état de certaines parties du corps de l'enfant, notamment des poumons, de la peau, de l'appareil ombilical et des ouvertures fœtales, et aux progrès de l'ossification.
Signes tirés de Vétat de V estomac» — Un premier ordre de signes a pour moi une valeur considérable, bien qu'il n'en soit fait aucune mention dans les auteurs, ce sont ceux que donne l'examen de l'estomac du nouveau-né. II ne faut jamais omettre d'y procéder avec la plus grande att^ntion.
Si l'on ouvre l'estomac d'un nouveau-né, on verra que même chez celui qui est mort-né, cet organe n'est pas vide, mais contient une matière visqueuse plus ou moins épaisse^ non aérée, dont la couleur varie suivant l'état de conservation du corps^ tantôt d'un bleu sale, tantôt d'un jaune brun^ tantôt violacée et tirant sur la teinte lie de vin lorsque la décomposition commence à se prononcer. Si l'enfant est né vivant, mais qu'il ait été tué immédiatement après sa , naissance, les choses se présentent encore sous le même aspect; c'est-à-dire que l'estomac ne renferme rien autre chose que des mucosités glaireuses, blanchâtres ou diversement colorées telles que je viens de les décrire. Je ne m'occupe pas de rechercherquelle est la nature de cette matière et si elle joue un rôle dans la nutrition du fœtus, cela n'est pas de notre domaine, et je poursuis l'étude des variations que présente l'intérieur de l'estomac chez le nouveau-né.
Quand l'enfant a vécu un peu plus longtemps, en même