COMBIEN DE TEMPS L'ENFANT A-T-IL VÉCU
te mps que la respiration s'établit, et à mesure qu'elle devient plus complète, Tair se môle avec les liquides sécrétés dans la bouche, une nouvelle fonction s'établit et s'exerce instinctivement avec les premiers mouvements de l'enfant, c'est la déglutition qui porte dans l'estomac ces liquides aérés. Il s'ensuit que si l'enfant a dépassé cette première limite, celle où la respiration seule a commencé, s'il a vécu un peu plus longtemps, on trouve dans Testomac non plus seulement des mucosités visqueuses, mais des mucosités spumeuses, en môme temps de la salive mélangée d'air. Je ne me hasarderai pas jusqu'à mesurer le temps nécessaire pour en arriver à ce point; mais je ne crois pas m'éloigner beaucoup de la vérité en disant qu'il suppose que la vie a duré plus que quelques instants et au moins dix ou quinze minutes.
Plus tard, si l'infanticide n'a pas suivi immédiatement la naissance, il peut arriver que l'on trouve dans Testomac du lait plus ou moins complètement digéré, fait important, car à lui seill il établit un commencement de soins donnés par la mère, l'allaitement commencé, et semble peu compatible avec l'intention criminelle ou du moins suppose un enchaînement de circonstances, une résistance de la volonté, une pression subie, une complicité, toute une série de faits moraux qu'il appartient à la justice d'apprécier, mais qui découlent de la constatation matérielle faite par l'expert sur l'estomac du nouveau-né.
Dans d'autres cas non moins importants et relatifs à certains procédés particuliers d'infanticide, tels que l'immersion, l'enfouissement dans certains milieux liquides ou pulvérulents, la présence dans l'estomac des matières dans lesquelles l'enfant a été plongé et la quantité qu'il en contient permettent jusqu'à un certain point de mesurer la durée de la vie ou tout au moins montrent qu'elle a résisté pendant un certain temps.
A. TARDIBU, — Infanticide. 6
82 MOYENS DE RBGONNAITRE QUE L'ENFANT EST NÉ yiYÀNT.
Signes tirés de Vétat des poumons. — La respiration, qai nous a été d'an si grand secours pour déterminer le fait de la vie chez le nouyeau-né, va-t-elle servira mesurer la durée de la vie? A coup sûr on peut tirer à ce sujet quelque chose de rinspection des poumons, mais c'est peu. Il ne faut ni beaucoup de temps, ni un grand nombre d'inspirations pour que le poumon se dilate complètement, surtout quand l'enfant nouveau-né apporte à ces premiers mouvements respiratoires toute Ténergie dont le rendent capable un développement régulier, une constitution robuste et une naissance facile. La rapidité avec laquelle s'établit une respiration complète dans ces cas enlève à la dilatation de ces organes beaucoup de sa valeur comme signe de la durée de la vie.
On ne peut même se faire un argument de la condition inverse, c'est-à-dire de la dilatation incomplète des poumons. Car il est des cas^ on le sait, dans lesquels des nouveau-nés ont vécu plusieurs heures sans respirer complètement. De telle sorte que si Ton trouve des poumons en partie à l'état fœtal, en partie pénétrés par l'air, il ne s'ensuit pas que les enfants* aient vécu et respiré moins longtemps que d'autres chez lesquels les poumons sont complètement dilatés. Ce n'est pas un fait de durée, mais un fait de puissance. L'enfant vigoureux ouvre ses poumons tout entiers en quelques minutes ; l'enfant débile, né avant terme ou mai conformé, n'arrive pas à les dilater même après plusieurs heures de vie.
Plus tard on verra que les lésions trouvées sur les poumons peuvent fournir des indices un peu plus importants au point de vue de la durée, non pas de la vie, mais de la résistance à la mort. Tenons pour certain quant à présent que l'état des poumons ne fournit pas un signe suflSsamment sûr pour apprécier si l'enfant nouveau-né a vécu plus ou moins longtemps.
GOKfilBN ms TEMPS L'BHFANT A-T-IL VÉCU? SS
Signes tirée des modifications du tégument externe. — A peine l'enfant est-ii né qu'il subit dans sa constitution physique des changements qui sont la condition même de la vie et qui marquent pour ainsi dire chacun des pas qu'il fait dans sa nouvelle existence. La peau en offre un exemple facile à saisir.
Il n'y a pas à compter beaucoup sur les modifications qui s'opèrent dans la couleur générale du corps. Car, si considérable qu'elles aient pu être pendant la vie, elles se sont effacées et ont perdu toute signification sur le cadavre du nouveau-né.
Ce qui est beaucoup plus important du côté du tégument externe, c'est Texfoliation de l'épiderme qui suit de près la naissance. Le cha^igement de milieu qu'éprouve le nouveauné qui passe du sein des eaux de l'ammios à l'air libre, rend nécessaire et inévitable un changement dans la struc*ture de la peau ; l'enduit qui la protégeait contre le contact prolongé du liquide intra-utérin devient inutile; d'inactive et d'imperméable qu'elle était, elle doit devenir accessible à l'air et apte à une perspiration continue, c'est-à-dire perméable et active. Elle se débarrasse alors de Tenduit sébacé et des couches épidermiques superficielles qui la recouvraient.
Cette exfoliation de l'épiderme est un phénomène constant qui commence quelquefois dès le premier jour, plus souvent du deuxième au troisième, et qui est en pleine activité vers le cinquième jour. 11 consiste dans la formation de petites écailles très-minces, des pellicules analogues à celles que l'on observe dans la desquamation furfuracée de certaines fièvres éruptives qui se détachent d'une manière à peu près générale sur les diverses parties du corps, mais principalement à la poitrine et sur l'abdomen. Cette exfoliation se continue et se prolonge quelquefois pendant vingt ou trente jours.
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analogue recueilli par lui il y a quelques années^ et où il est question d^un enfant né avant terme et jeté dans un, égoût, chez qui la docimasie hydrostatique dénote Tabsence de respiration, et qui^ à côté de pertes de substances à la peau^ plaies déchiquetées, pâles, décolorées, provenant de morsures de rats et manifestement postérieures à la mort, a présenté au sommet de la téte^ à la région lombaire, au niveau des hanches^ au-devant du genou, de larges ecchy-* moses avec infiltration de sang coagulé dans les tissus sous* jacents. L'ecchymose du cuir chevelu nettement dessinée est accompagnée d^épanchement de sang coagulé sur les hémisphères du cerveau; il existe du sang liquide et de petits caillots à la base du crâne, preuve évidente que la vie avait existé chez Tenfant.
J'ai moi-môme observé plusieurs faits absolument sem-* blables à ceux qui précèdent, et que je rapporterai à la fin de cette étude. Il en ressort avec évidence que toutes les fois que, même sur un enfant qui n'aurait pas respiré et dont les poumons seraient encore à Tétat fœtal, on trouve des lésions traumatiques, des blessures au voisinage desquelles le sang est coagulé, on doit admettre qu'elles ont été faites du vivant de l'enfant, et que par conséquent celui-<ci a vécu hors du sein de sa mère. Il restera à déterminer si ces blessures sont la cause réelle de la mort et si elles sont le résultat de violences criminelles, ce sont là d'autres questions ; mais celle qui nous occupe en ce moment^ k savoir si l'enfant est né vivant, reçoit ici une solution posi* tive en dehors et en l'absence des preuves fournies par l'établissement de la respiration et la docimasie pulmonaire.
Il est un fait que l'on a invoqué à tort comme se rattachant à l'ordre de preuves que je viens d^établir, c'est la tumeur œdémateuse séro- sanguinolente, la bosse sanguine que l'on rencontre au sommet de la tête des enfants nou-
COMBI^î DE TBBCPS L'BNFANT A-T-IL VÉCtT? ^5
intestin absolument vide chez un nouveau-né à terme^ étouffé presque aussitôt après sa naissance ; et je n^avais pas hésité en répondant à l'avis que ce confrère distingué me faisait l'honneur de me demander, à déclarer ce signe trèsmauvais et très-incertain. Les raisons du reste en sont faciles à donner. D'une part, en effet, la quantité de méconium qui se forme pendant la vie intra-utérine est très-variable et peut être trop peu considérable pour que l'évacuation en soit constatée et se prolonge durant quelques jours. D'un autre côté, le méconium peut être rendu en grande partie avant la naissance et souiller par son mélange le liquide amniotique. Enfin diverses causes mécaniques ou autres peuvent accélérer l'évacuation du méconium et enlever toute signification à la limite qu^on assigne d'ordinaire à sa présence»
Signes tirés des progrès de /'oMi/îca^ton. — Nous retrouvons des signes plus importants et d'une valeur réelle pour la solution de la question qui nous occupe dans les progrès de l'ossification durant les premiers temps qui suivent la naissance.
C'est surtout le point osseux épiphysaire des fémurs qui nous a déjà si utilement servi à déterminer le fait de la naissance à terme, et qui par son accroissement rapide et régulier permet encore de mesurer aussi exactement le temps qui s'est écoulé depuis le terme des neuf mois de vie intra-utérine. Ollivier d'Angers a donné les dimensions exactes de ce point osseux relevées sur cinquante enfants depuis le premier jour jusqu'à un an .
A terme. . . de 1 à2 et 4 millimètres sur 5 millimètres. De 13 à 20 jours. ... 6 — sur 5 — Au delà de 20 jours . . 7 — sur 5 —
— 8 mois.. 13 — sur 5 —
— 9 mois.. 15 — sur 12 —
— 11 mois.. 15 — sur 13 —
Il ne faut pas prcBdre à la lettre ces indications, car les
76 Moyens de hegomnaItre am l'enfant est né vivant.
chant les données qu^elle fournit des caractères anatomiques que présente le poumon. La sumatation doit être mise en rapport d'une part avec la position des poumons dans la cavité thoracique, leur couleur, leur structure^ le développement des vésicules pulmonaires, et d'une autre part avec l'absence de gaz putrides et des phénomènes de la décom* position, ou encore avec les signes de l'insufflation artificielle. De même, pour le fait de la submersion, il importe de le rapprocher de l'état du poumon et de considérer si celui-ci est franchement à Fétat fœtal ou si Taugmentation de densité tient à une lésion pathologique, hépatisation, atéiectasie, induration, ou à la désorganisation du tissu pulmonaire putréfié. Ramenée à ces conditions, la docimasie se montre avec sa valeur réelle et constitue une preuve d'une importance considérable au-dessus de toute objection et véritablement sans égale.
Ce n'est pas toutefois le seul moyen à l'aide duquel le médecin légiste puisse résoudre la question de savoir si un enfant nouveau- né est né vivant.
Il peut trouver une preuve négative dans l'état de macération plus ou moins avancé que présente le corps des fœtus mort-nés qui ont séjourné un certain temps, déjà privés de vie, dans la cavité utérine.
Enfin, un dernier ordre de preuves propres à démontrer que l'enfant est né vivant est fourni par la persistance de la circulation et la coagulation du sang extravasé dans les blessures reçues après la naissance. Ce fait a cela de particulièrement intéressant qu'il peut suppléer ceux qui résultent de l'établissement de la respiration, et qu'on peut le constater et y trouver une preuve de vie, même chez les enfants nés en état de mort apparente et dont les poumons sont restés à l'état fœtal Toutefois il faut bien reconnaître que la valeur de ce dernier ordre de preuves est bornée, puisqu'il ne peut être acquis que dans les cas où le cadavre