‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 5)Chapitre 34 sur 47 · SIGNES ET BATE DE L'AGCOUGHEMENT · texte numérisé non relu

SIGNES ET BATE DE L'AGCOUGHEMENT

que cet état peut exercer sur ses actes. Il y a là, comme on le voit, un champ d'observations et de recherches extrêmement vaste et souvent hérissé de difficultés d'autant plus redoutables, que l'expert ne doit compter pour les éviter que sur son expérience, et qu'il court risque de se heurter trop souvent contre des faits dénaturés et de fausses allégations. Je demande donc la permission d'entrer dans tous les développements que nécessite chacune des questions dont il s'agit.

Constatation da fait et de la date de l'aoeonekement. -—

La première chose à faire lorsqu'une femme est soupçonnée du crime d'infanticide est de constater si elle est réellement accouchée , et dans le cas de l'affirmative, à quelle époque remonte son accouchement, ou pour mieux dire si cette époque répond à celle de la naissance de l'enfant dont on a retrouvé le cadavre. Je n'ai pas besoin d'insister sur te nécessité d'une visite complète à laquelle la femme innocente ou coupable ne se refuse d'ailleurs jamais.

La constatation du fait de l'accouchement dans l'infanli-* cide n'offre pas, en général, de grandes dilficoltés, par la raison qu'elle a lieu le plus souvent dans un délai assez court après la délivrance, et que Texpert n'a alors à reconnaître que les traces ordinairement évidentes d'un accouchement récent. Dans quelques cas cependant, lorsque l'infanticide n'a été découvert que tardivement, il y a à rechercher les signes beaucoup moins tranchés, parfois même effacés, d'un accouchement éloigné, ou même très* ancien.

Ordinairement, la femme inculpée est en état d'arrestation et les constatations n'ont rien de très -délicat. Mais quelquefois c'est sur un simple soupçon, sur une dénonciation, que le médecin est appelé à procéder à la visite, et il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir à aborder à cet effet des

306 GONDITiailS 9US PftlISpilTE hk fBUMS 4CCIIS6S.

femmes placées dans des coaditioas sociales asses élevées, qui avaient été déooacées comme étant accouchées elaadestineraeot et ayant tué leur eufaot, li'examea, accepta le plus souvent avec empressem^nl, me mpntrait qu'il q'y avait pas la moindre trace 4'accoucbemant^ soit récept, soit ancien. £;t devant ce résultat négatif nettement formulé toute poui*^ suite sarrôtait. Je rappelle que si par impossible une femme 9e refusait à la visite^ re:$pert, sans jamais employer aucune contrainte, doit se contenter de prendre acte de la résUtapoe et se retirer en se gardant bien de rien conclure au point de vue de l'açconcbement s'il n*a pas proeédé & une visite complète. Et par visite complète, on doit entendre ici l'examen direct de la paroi abdominale, des organes sexuels tant externes qu'internes et des seins. Ce n'est en effet que sur l'ensemble dQs caractères et non sur tel ou tel signe que Ton doit fonder ses conclusions; oar ai, dans l'immense majocité des ca», la constatation est facile, il peut arriver que l'on s'abuse par un examen trop superficiel.

La peau du ventre^ sur laquelle portera la première inspee* tion, se montre pendant les trois ou quatre jours qui suivent la délivrance complètement plissée et comme froissée dans toute son étendue. En écartant ces plis on découvre une ligne brune qui s'étend de l'ombilic au pubis, d'autant plus foncée que la femme est plus brune, mais d'autant plus caractéristique qu'on la voit môme chez les femmes blondes chez qui la matière pigmentaire est peu développée. D'autre part on voit dans le fond des plis de la paroi abdominale, de larges éraillures de teinte rouge violacée obliquement dirigées le long des lianes et dépassant parfois le pli des aines.

La peau revient sur elle-même lentement mais en conservant toujours une certaine laxité ; et en même temps les érailluras sa rétrécissent et perdent leur coloration violacée pour devenir d'un blanc nacré. Ces changements exigent plu-

mams ST DATE DE l'accoughembht. f07

sieurs semaines, quelquefois plusieurs mots, pour se produire ; et Ton peut reconnaître, même chez une femme qui a eu plusieurs enfants, la date récente du dernier accouchement, à la {eAT\ie rouge des éraillures les plus nouvelles qui trancbeut au milieu des lignes blanches provenant d'accouchements antérieurs. Ce signe n*a cependant qu'une valeur relative, Car d'un côté il peut faire complètement défaut : ch^9 des femme» petites, jeunes, k peau très-élastique, la grossesse peut ne laisser aucune trace à Textérieur; et d'un autre côté le plissement et Téraillurede la paroi abdominale peuvent être produits par d'autres causes que la gestation. Les seules variations de l'embonpoint chez de très-jeunes filles de constitution lymphatique et molle; des hydropisies anasarque et ascite que l'aménorrhée ou la suppression des règles déterminent parfois à l'âge de la puberté ou que certains ét«its morbides provoquent même chez rhomme, peuvent s'accompagner du plissement de la peau du ventre. Mais dans ces cas, le relâchement et les érail^ lures du tégument externe se montrent en même temps sur lesci}is$es^ sur les hanches, sur les reins et quelquefois sur les parties supérieures de la poitrine et des bras. J'en ai vu de nombreux exemples et il n'est pas de praticien qui n'en puisse citer, Il faut donc que le médecin légiste se montre très-circonspect dans l'appréciation de ce signe.

J'attache beaucoup plus d'importance aux données fournies par l'examen des organes génitaux. Deux signes notamment méritent une grande confiance au point de vue de la constatation de l'accouchement non-seulement tout récent mais encore datant de plusieurs semaines : c'est, d'une part, Fécoulement particulier qui se fait par les parties externes après la délivrance et qui se prolonge pendant un certain temps; et, d'une autre part, la diminution graduelle du volume et les changements régressifs qui se produisent dans le corps et le col de l'utérus à partir de ^accouchement. Ce

306 GONDiTions oins présehtb ul fbhiis accdsrk.

double phénomène a été l'objet d'une étude si minutieuse, si précise, si complète, de la part de M. le docteur Wieland, que je ne crois pouvoir mieux faire que d'emprunter à son excellente thèse une description qui nulle part n'a été mieux faite et dont ma propre expérience m'a démontré la parfaite exactitude (1) :

La déllyrance. opérée^ il s'échappe du vagin une certaine quantité de caillots et de sang. Pendant un court moment après cette expulsion en masse, à peine s'en écoulet-il quelques gouttes ; puis alors un nouveau suintement, dont la nature, sanguine d'abord, se modifie ensuite, s'établit et se continue pendant un temps variable. C'est à ces matières qu'on a donné le nom de lochies. Pendant les vingt ou vingt-quatre heures qui suivent la délivrance^ il ne s'écoule des parties génitales que du sang presque pur^ qui provient des vaisseaux utéro-placentaires^ de quelques vaisseaux déchirés à la surface de Tutérus, des déchirures que le passage de la tête a déterminées au col, et de quelques éraillures de là muqueuse vaginale. Après ce temps, l'écoulement sanguin perd de sa consistance^ il devient plus ténu ; il n'y a que du sérum teint de sang, en assez grande quantité encore, ce qui tient à la dissolution des caillots qui ta* pissent les parois utérines. Cet écoulement continue pendant un ou deux jours.

)) Du cinquième au sixième jour^ le sang est mélangé ; le liquide est plus séreux, il entraîne quelquefois avec lui des minimes parcelles de la caduque qui étaient restées adhérentes à la muqueuse nouvelle, et de la sérotine qui commence à s'exfolier. L'écoulement perd chaque jour de sa coloration brunâtre, et, vers le huitième jour, il est constitué par un liquide blanchâtre, lactescent, offrant la consis-

(1) A. Wieland, Étude sur révolution de V utérus pendant la grossesse et sur le retour de cet organe à l'état normal après l* accouchement, thèse de Paris, 1858, n« 30ô«

Page 1