‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 5)Chapitre 37 sur 47 · SIGNES £T DATE DE L'AGCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

SIGNES £T DATE DE L'AGCOUCHEMENT

èlre, jusqu'à ce qu'une nouvelle grossesse vienne y apporter la série des modifications dont j'ai essayé de donner une description aussi fidèle que possible. »

Vétat d^ seins peut aussi ajouter des signes de quelque valeur à ceux que je viens de passer en revue, leur développement^ leur dureté, la teinte plus foncée et parfois presque noire de Taréole qui entoure le mamelon, la présence du lait oUfpour mieux dire, du colostrum qui s'écoule à la pression, caractérisent Taccouchement récent. Plus tard, même quand la femme n'a pas allaité, on peut encore tardivement retrouver du lait et constater des éraillures à la peau et la persistance de la coloration brune de Taréole, qui permettent de reconnaître que la femme a eu un ou plusieurs enfants. 11 s'en faut cependant que ces signes soient constants. Cer-* taines femmes, par un privilège rare^ après avoir été mères plusieurs fois^ ne présentent pas autour du mamelon le moindre dépôt de matière pigmentaire et conservent, à cet égard, une apparence virginale.

Je n'ai autant insisté sur ces divers signes de l'accouchement que parce que^ malgré tout, la constatation de ce fait offre souvent une difficulté réelle; et que ce n'est pas trop de l'ensemble de ces caractères et de toute l'attention d'un médecin expérimenté pour se prononcer avec certitude sur la question de savoir si une femme est accouchée. La détermination de l'époque complique le problème. Mais il faut bien prendre garde que l'on ne doit jamais la fixer d'une manière absolue, à moins qu'il ne s'agisse d'une délivrance toute récente. Il suffit que l'expert démontre que la date de l'accouchement de la femme inculpée peut coïncider avec l'époque de la naissance de l'enfant dont le cadavre lui est représenté^ et qu'une relation peut être établie entre la maternité de Tune et le meurtre de l'autre. La justice fera le reste.

nés drcoDstanees relatives h la grossesse et é, faeeosh

ehement. — Dans rimmeose majorité des infanticides, la grossesse a été dissimulée ayec soin et raccouchemenl s'est opéré clandestinement; aussi toutes les circonstances qui s'y rapportent restent enveloppées de mystère, et Pexperl chargé de les apprécier n'a, pour s'éclairer, que les déclarations de la mère accusée, c'est-à-dire des allégations trop intéressées pour n'être pas bien souvent arrangées suivant les nécessités de là défense, ou même absolument fausses. Il faut, dans ces cas, que le médecin légiste s'attende aux inventions lesplds grossières, aux théories les plus chimériques, dont il semble qu'il pourrait laisser lé ridicule faire justice, mais qu'il doit cependant discuter et réfuter sérieusement, même lorsqu'elles sont le moins sérieuses. Que de fois il lui arrivera d'entendre soutenir que la femme a ignoré sa grossesse, qu'elle ne se savait pas enceinte, qu'elle est accouchée sans le savoir. Ce sont là autant de questions qui se produisent au grand jour de la Cour d'assises, et auxquelles il faut être préparé.

La femme a-t-ellepu ignorer sa grossesse P-^V une des charges qui frappent le plus l'esprit des jurés dans toute accusation d'infanticide, c'est le fait de la part de la mère d'avoir dissimulé sa grossesse et de n'avoir rien préparé pour recevoir son enfant. De là l'empressement avec lequel la plupart des accusées cherchent à se disculper de ce reproche en alléguant qu'elles ne se savaient pas enceintes. Si l'on devait résoudt^e la question d'une manière abstraite et dire si, oui ou non, une feoïme peut ignorer sa grosssesse, on risquerait de se trompei* bien souvent et d'égareî* la justice. Il faut se défier eu médecine légale des faits exceptionnels et des possibilités. Ohdoitjuge^chsiqtië cas pàrtiêutier d'âfirës les conditions propres dans lesquelles il se présente.

Une considération importante et de nature à fixer l'attention avant toute autre, c'est de savoir si la femme a déjà eu

LA i'EMME A-T-EtLB PU IGNORER SA GROSSESSE? 219

des eiifants ou %\ elle est primipare. Dans le' premier cas, à moins de maladie constatée, il est difficile d'admettre qu'elle ait pu se tromper sur les premierâ signes de H grossesse, et à plus forte raison sîir les âvant-coureufs de Taccouchertient. La femme, il est vrai, ne manque pas de dire qu'il y avait un dérangement dans sa santé, et elle attribue l'ignorance où elle est restée à une suspension des règles ou à une irrégularité habituelle de ce côté; Mais sî la suppression dés menstrues a pu ne pas la surfirendre. elle n'a pu se méprendre aux phéhomèties qui se montrent J)lus fard, notamment aux mouvements de l'enfant qu'il suffît d'avoir sentis une fois pour ne jamais les méconnaître. Mais certaines femmes ne craignent pas de dire qu'elles n'ont jamais senti remuer leur enfant ; l'expérience unanime des accoucheurs s*élève contre cette assertion. Sî des états pathologiques divers peuvent, en l'absence de toute grossesse, simuler les riibuvements d'un lœltis, dans les conditions normales, la présence de l'enfant est toujouré accoiiipagnée de mouvements qui peuvent se montrer pliis bu moins tardivement, (}ui peuvent être plus ou moins énergiques, plus ou moins fréquents, mais qui, toujours à uii certain moment, seront perçus par la femme enceinte.

Si celle-ci est primipare, il est très-certain qu'on peut, jusqu'à un certain point, se montrer moins absolu et ne pas lui refù*ser le bénéfice de circonstances exceptionnelles qui lui auraient permis d'ignorer complètement sa grossesse ; cependant une jeune fille, sî innocente qu'on la supposedu ftiltdela conception, doit se préoccuper des modifications physiques qui l'accompagnent. Laissons de tôié l'hypothèse d'un trouble ordinaire de là santé; admettons, comme on doîl !e ftiîre dami la réalité, qu'elle e«l réglée comme le sont tôtïtes les femmes, ta disparition et là sùpfiression prolong^ées des règles durant plusieûtâ liàdîs ëe suite, doivent lui élve à la fois nh avërtisséttient et tm sdjèt d'alanïre.

Les questions relatives à Tirrégularité des menstrues» à la possibilité de leur apparition pendant un temps ou même pendant toute la durée de la grossesse, donnent souvent lieu à des discussions scientifiques qui se mêlent aux débats judiciaires. On en trouvera un exemple curieux et instructif dans Taffaire Lemoine^ dont je rapporterai plus loin les détails. J ' engage à rechercher, dans celte relation, les renseignements qu'adonnés sur ce point, avec toute Tautoritéqui lui appartient, M. Danyau, le savant professeur de la Maternité. C'est surtout sur le terme de la grossesse, sur l'époque à laquelle elle est parvenue, que beaucoup de femmes cherchent à donner le change^ et que peuvent se produire les calculs les plus compliqués touchant la date de la suppression.

Si Ton ajoute la déformation de la taille, le développement du ventre, Taugmentation de volume des seins, l'apparition souvent précoce de la sécrétion lactée, les mouvements d'abord peu sensibles, mais de plus en plus accusés, de Fenfant, en voilà certes plus qu'il n'en faut pour qu'une femme primipare s'aperçoive qu'il se passe en elle quelque chose d'insolite, et il y a lieu de s*élonner si elle ne s'est confiée et n'a demandé conseil à personne.

Malgré tout et si rares, si exceptionnels qu'ils soient, il reste un certain nombre.de faits parfaitement avérés et positifs dans lesquels des femmes sont arrivées au moment de la délivrance sans se douter qu'elles étaient enceintes. Mais, chose remarquable et bien utile à relever ici, ce n'est pas chez des jeunes filles primipares que ces faits se produisent, c'est plutôt chez des femmes parvenues à l'âge où elles peuvent se croire délivrées des chances de la maternité et qu'une suppression des règles n'a pas lieu de surprendre. J'en connais un exemple des plus frappants observé dans des conditions sociales et dans des circonstances faites pour éloigner tout soupçon, et dans lequel l'erreur entretenue par

LA FEICME PEUT-ELLE AGCOUGHEft SANS LE SAVOIR? 221

les plus habiles médecins n'a été reconnue qu'au moment de l 'accouchement.

Mais qui ne voit la différence capitale qui sépare ces faits de ceux où se produit Tallégation mensongère de la femme qui se débat sous une accusation d'Infanticide I La meilleure preuve que celle-ci, n'a pas ignoré sa grossesse, c'est qu'elle a tout fait pour la dissimuler; c'est qu'elle a comprimé sa taille, changé la forme de ses vêlements, parfois même suppléé parla ruse à l'écoulement menstruel; et qu'enfin lorsque le terme est arrivé, elle a caché ses douleurs, étouffé ses cris, etseule, sans aide, amis clandestinement au monde l'enfant qu'elle savait bien porter dans son sein et qu'elle a tué au moment même où il venait de naître.

Ainsi, pour l'expert, il ne s'agit pas de dire si une femme peut, en thèse générale, ignorer sa grossesse. Il n'a à juger que la question de fait et à l'apprécier dans ce qu'elle a d'actuel : à voir si la femme est primipare ou si elle a déjà été mère; si elleesttrès-jeune ou, au contraire, plus âgée que ne le comporte d'ordinaire la possibilité de la conception ; à tenir compte de la conduite qu'elle a tenue durant sa grossesse, des conditions dans lesquelles s'est opérée la délivrance, et alors il sera autorisé à conclure, sinon avec une absolue certitude, du moins avec toute vraisemblance, que la femme accusée d'infanticide n'a pas pu ignorer sa grossesse.

La femme peut-elle accoucher sans le savoir? — La femme -qui nie avoir soupçonné sa grossesse, n'aura pas grand effort à faire pour prétendre qu'elle a été surprise par les douleurs de l'enfantement; bien plus, iqu'elle est accouchée sans le savoir. Là encore il n'est pas permis de répondre d'une manière générale, et cependant on pourrait sans trop de témérité soutenir que le fait n'est pas possible.

Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que d'une femme saine de corps et d'esprit; on connaît, en effet, les états pa-

222 GO]!fpiTIOIfS pus PEÉSBITTS: LA FVXIIB ACCUSf B.

biologiques qui, frappant 3ur les facultés physiques ou intellectuelles, abolissant la sensibilité, peuvent enlever h la femme toute conscience de son accouchement. L'anestbésie chloroformique en fournit un exemple saisissant. Il suflSt d^avoir assisté à un accouchement dans lequel le chloroforme a été employé pour être convaincu du défaut absolu de conscience de la femme qui, au sortir de l'anesthésie^ entendant son enfant crier à l'extrémité de la chambre, ne se rend pas compte de sa propre délivrance ; mais les accouchements qui s'opèrent de cette façon n'ont rien à voir avec l'infanticide.

Il y a dans cette question une distinction importante à faire. La femme peut-elle avoir été surprise par les douleurs de Tenfantement ou par une subite délivrance? ou peut-elle avoir accouché sans s'en être doutée, soit durant son sommeil, soit dans tout autre état ?

Sur le premier point, j'ai déjà indiqué, à l'occasion de l'immersion du nouveau-né dans les fosses d'aisances, l'erreur possible d'une femme qui, se croyant pressée par le besoin de la défécation, accouche dans les latrines. Le fait est constant. De même, un certain nombre de femmes accouchent avec une rapidité extraordinaire et ont pu ainsi, en quelques instants, se trouver délivrées brusquement et presque sans douleur, sur la voie publique, dans une voiture, au seuil d'un hôpital. Là n'est pas la question. Dans ces divers cas, la femme a pu se méprendre sur les premiers signes de l'enfantement, et n'avoir pas prévu sa prompte délivrance. Mais à un moment donné, elle a dû se trouver éclairée par le fait lui-même et a pu ou appeler à son aide, ou recueillir elle-même son enfant. Elle a su qu'elle accouchait ou tout au moins qu'elle était accouchée.

Le second cas est plus délicat et se produit dans des conditions complexes. La première qui peut se présenter comme compatible avec l'inconscience de la femme qui accouche,

LA FEMME PKUT-ELLIS ACCOUCHEE SANS LE ÇAYOIB? 223

c'est rétat de maladie^ tel que le coma apoplectique, l'ivresse profonde et prolongée, le narcotisme. Tout le monde connaît le fait de la comtesse de Saint-Géran qui accoucha sans s'en douter pendant le sommeil artificiellement provoqué en vue de soustraire l'enfant, et de s'approprier les biens dont il pouvait hériter.

Parmi les accidents qui compliquent parf(»is le travail, il en est qui méritent une place à part au point de vue qui nous occupe: cesontl'éclampsieetrhémorrhagie.L'éclampsie est suivie d'un état de stupeur, durant lequel la femme perd toute notion du monde extérieur, toute perception sensoriale et peut fort bien accoucher sans le savoir. Mais c'est là un état fort grave; il est difficile d'admettre que les convulsions éclamptiques n'amènent pas quelque intervention étrangère; et je ne sais pas bien ce que deviendrait la femme abandonnée à elle-même dans cet état ; je sais surtout que l'enfant aurait beaucoup de channe pour mourir avant de naître, et qu'il n'y a guère place ici pour TinFanticide.

Quant à Thémorrhagie, si elle peut déterminer une syncope assez prolongée pour que la femme évanouie accouche à son insu, il est plus que probable qu'elle ne passera pas inaperçue. Et il y a également de grande chance pour que la mère et l'enfant succombent. Ce ne sont donc pas là, à vrai dire, des difficultés qui puissent, dans la pratique, embarrasser sérieusement l'expertise médico-légale en matière d'infanticide.

II ne reste donc que le sommeil, et sur ce point, je me fais un devoir de citer l'opinion de M. le professeur P. Dubois, consignée dans une leçon clinique publiée il y a quelques années (1) :

(1) P. Dubois, Revue clinique hebdomadaire (Gaxette des hàpitau^^ 1854, n« 39).

«Une femme peut-elle accouchersans le savoir et sans être dans un état pathologique particulier? M. Devergie résout négativement cette question. La femme ne pourrait accoucher sans le savoir qu'en étant alors plongée dans un sommeil profond ; mais M. Devergie dit que le sommeil serait tout de suite interrompu par les douleurs du travail^ et, selon lui, une femme qui alléguerait un pareil motif serait sans excuse. Cependant un accoucheur célèbre a pensé que les voies peuvent être assez dilatées, le travail assez rapide, les sensations assez obtuses et la femme plongée dans un sommeil assez profond, pour qu'il ne soit pas impossible qu'elle accouchât sans le savoir.

» Pour ne prendre qu'un exemple entre mille, je citerai le fait d'une primipare de vingt-deux ans, qui entra un samedi à la Clinique sans souffrir beaucoup; cet état se continua jusqu'au lundi. Le soir de ce jour, elle dormit depuis huit heures jusqu'à minuit; à cette heure, elle se réveilla, se sentit mouillée et crut qu'elle avait uriné; elle prit un vase de nuit, et, au momentoù elle allait uriner, elle sentit quelque chose de gras à la vulve ; l'enfant allaitsortir. Ainsi donc, pendant son sommeil des contractions utérines s'étaient montrées ; la tôle était descendue dans l'excavation pelvienne, et cependant elle était primipare. Le moment le plus pénible de l'accouchement, celui où la tête franchit le col de l'utérus, elle ne l'avait pas senti.

»DansMontgomery, on trouve deux faits analogues empruntés à deux accoucheurs anglais distingués. L'un d'eux, Douglas, fut appelé auprès d'une femme qui était déjà accouchée ; cette femme, qui était enceinte, couchait avec unepetite fille de quatre ans; elle fut réveillée par cette petite fille, qui criait parce qu'elle avait senti les mouvements d'un petit enfant qui criait aussi; la femme s'aperçut alors qu'elle était accouchée. L'autre accoucheur auquel Montgomery emprunte le deuxième fait, raconte que la femme d'un lord

LA FEMME PEtT-ËlXE ACCOUCHER SAKS tÊ SAVOÎH? 225

d'Angleterre accoucha pendant son sommeil; ce fut son mari; qui couchait avec elle, qui s'en aperçut; il avait senti les mouvements d'une troisième personne dans le lit; il réveilla sa femme, et ils reconnurent alors qu'elle avait accouché.

)) Ainsi donc l'assertion de M. Devergie est trop aflSrmative; il est certain qu'une femme peut accoucher pendant son sommeil. Néanmoins, comme ces cas sont très-rares, puisque ces deux cas inconnus jusqu'ici en France, et que M. Paul Duhois a cités dans sa clinique, sont les seuls qui existent dans la science, il ne faut pas s'en autoriser pour excuser, pour accepter trop facilement qu'une femme peut accoucher sans le savoir. Presque toujours cette question est posée dans le cas d'infanticide; l'enfant est étoufTé le plus souvent, et ce n'est que pour des cas semblables que le témoignage d'un homme instruit est demandé ; il ne faut pas alors que l'appui d'un médecin devienne un 'moyen de défense pour des individus justement accusés. »

Je me rallie pleinement aux principes qui terminent la leçon de M. P. Dubois. Je me permets d'ajouter que les faits empruntés aux auteurs anglais, précédemment cités, n'oifrent peut-être pas toutes les garanties d'authenticité désirables. Je conseille au médecin qui serait interpellé en cour d'assises sur de pareils faits, de se contenter de faire appel aux souvenirs personnels des jurés, parmi lesquels il rencontrera certainement plus d'un père de famille, et de leur demander si ayant assisté à un accouchement, ils croient sincèrement possible qu'un pareil travail s'accomplisse sans troubler le plus profond sommeil, et s'ils sont disposés à accepter les faits exceptionnels et peut-être même apocryphes que l'on invoque à l'appui des allégations de l'accusée.

Je ne voudrais pas m'arrôter à tous les arguments de rencontre, à toutes les questions inattendues qui peuvent se

A. TARDIEU. — Infanticide. 15

225 CONDITIONS ODS PRiSENTE i.A FXMKB ACCUSÉE.

produire à rocoasion de tel ou tel fait d'infanticide. Il est impossible de les prévoir : il serait oiseux de les discuter. Un jour on m'a demandé si un enfant mort pouvait venir au monde par les seuls efforts de la nature. Une autre fois l'expert aura à dire si une femme peut se délivrer seule, ce qui n'est pas douteux ; j'ai eu pour ma part à confirmer le fait pour une femme qui» privée deTun de ses bras^ avait pu néanmoins opérer sans aide sa délivrance. Ce sont là, on le voit, des particularités qui ne prêtent à aucun précepte didactique.

De l'état pUjmUnme et novAl de la featoie afvèa l'aceaa-

eiieaMiit. — L'état physique et moral de la femme après l'accouchement est d'autant plus important à constater que souvent il a été présenté comme pouvant exercer sur les actes une influence directe et par suite enlever à une mère accusée la responsabilité du meurtre de son enfant. Il con<* vient de distinguer à cet égard entre l'état physique et l'état intellectuel et moral, bien que Tun et Tautre puissent être invoqués pour justifier l'infanticide. J'examinerai ^donc successivement les deux questions qui se rapportent à Tune ou à l'autre de ces constatations.

Une femme qui vient d'accoucher est-elle hors d'état de den*' ner à son enfant les soins nécessaires! — Rien n'est plus commun que d'entendre^ en cour d'assises, les femmes accusées d'infanticide^ prétendre qu'elles se sont trouvées dans l'impossibilité physique de s'occuper de l'enfant qu'elle venaient de mettre au monde* L'une alléguera qu'elle s'est trouvée mal au moment de la délivrance, qu'elle est tombée en syncope. Cela peut en effet arriver si une hémorrhagie abondante a eu lieu au moment de l'accouchement : c'est là, à vrai dire^ la seule cause de syncope admissible. Mais il ne sufiSt pas d'alléguer le fait^ il faut le prouver* Une perquisition au domicile de la femme, une enquête dans le

ETAT raTSlQUE SI LA FKMIIB APâiS L'AGGOUGSSlWfT. 837

lieu où elle s'est délivrée, permet de reconnaître «i, en effet» il y a eu perte de sang considérable et capable de produire )a syncope. Une autre soutiendra qu'elle était en proie à des convulsions» à des attaques de ^erfs qui Tout empêchée de songer à son enfant : et que celui-ci a pu ainsi rester dans une position vicieuse, entre les jambes de la mère, la face sur le lit, baignant dans les liquides qui s'échappent des parties de la femme ; ou bien encore que dans un mouve* ment convulsif elle l'aura écrasé ou étouffé sans s'en apercevoir; ou seulement que dansl'étatde stupeurou de syncope dans lequel elle était plongée, elle n'a pu débarrasser son enfant des mucosités et des matières glaireuses qui s'accumulent dans i'arrière-gorge du nouveau-né, ce qui Ta étouffé.

Mais j'ai déjà été au-devant de ces allégations et les ai réfutées en traitant de la mort par suffocation. Je n'y reviens que pour mieux montrer le cas que Ton doit faire de ces nombreuses suppositions imaginées le plus souvent pour soutenir une défense aux abois.

hà plupart de ces suppositions sont purement gratuites ; et lors même qu'elles seraient acceptables en fait^ elles seraient loin d'avoir les conséquences qu'on prétend leur attribuer. C'est ainsi que la position de l'enfant, la submersion de la tête dans les liquides issus de la femme n'entraîneraient pas nécessairement la mort du nouveau-né, chez qui la vie sera entretenue par la circulation placentaire tant que le cordon n'aura pas été coupé et que le placenta sera retenu dans la matrice, ce qui aura certainement lieu, puisque la femme n'aura pas été plus en état de se délivrer que de soigner son enfant. La pression supposée du corps ou de l'un des membres de la femme accouchée laisserait des traces visibles et une déformation persistante, sur la face ou la poitrine du nouveau-né. Et quant aux mucosités accumur lées dans l'arrière-gorge, outre qu'elles ne sont pas de na^

228 cmfttnoNs qcE FHÉssirtE la nioiE Accusis.

iure à obstraer les voies aériennes^ au premier cri de Tenfant, à la première secousse de toux^ elles eussent été expulsées et n'auraient pas empêché l'entrée de l'air.

Pour peu qu'on ait yu naître un enfant et qu'on ait observé ses premiers mouvements, on ne peut douter qu'il en soit ainsi.

Mais toutes ces hypothèses tombent devant ce fait capital^ sur lequel j'ai tant de fois insisté, que Tenfant né dans ces conditions et mort par suite de Tabandon dans lequel il aurait été laissé n'aurait jamais complètement respiré. L'examen de l'enfant, les constatations faites sur son cadavre sont donc les meilleures preuves à opposer aux allégations mensongères de la femme. Et lorsqu'on trouve les poumons pénétrés par l'air on est en droit de déclarer formellement que Tenfant ne s'est pas trouvé dans la position indiquée, et que sa mort n'est pas le résultat de l'impossibilité physique où la mère aurait été de s'occuper de lui et de lui donner les soins nécessaires.

Les violences commises par une femme sur son enfant sontelles le résultat d*une perversion des facultés mentales ou affectives, ou d'un délire puerpéral? — J'arrive à un argument plus délicat qui est, dans bien des cas, la base de la défense, et qui, habilement présenté par une voix éloquente, peut souvent troubler et entraîner la conscience du juge, sans cependant être fondé sur l'appréciation exacte du fait qu'il appartient à l'expert de rétablir dans toute sa vérité. Tout à l'heure on invoquait certaines circonstances physiques dans lesquelles pouvait se trouver la femme récemment accouchée, maintenant c'est au trouble de la raison, c'est à la perversion de ses facultés affectives, à une sorte de délire passager qui peut suivre la délivrance que l'on veut attribuer le meurtre du nouveau-né. L'infanticide n'est pas nié, il est constant, mais l'accusée est irresponsable et partant innocente. Je ne veux pas aborder ici, à l'occasion d'une étude

Page 1