SIGNES D’IDENTITÉ DU CADAVRE MUTILÉ
Poids moyens des principaux viscères chez les nouveau-nés à terme.
gr.
Poumon droit 33,0
Poumon gauche 28,5
Cœur 15,0
Thymus ... 8,5
Foie 91,5
Masse encéphalique 338,5
Rate 8,5
Rein 11,0
Ces diverses indications ne sont, il est vrai, relatives qu’à l’âge du nouveau-né; mais on sait que c’est là le plus important parmi les caractères d’identité. Ceux qui sont relatifs au sexe sont tout à fait secondaires; et je n’hésite pas à dire que toutes les tentatives faites pour établir des différences au point de vue des dimensions de certaines parties du corps entre les enfants du sexe masculin et ceux du sexe féminin sont inconstantes et vaines. Je parle ici des plus sérieuses, de celles de Sœmmcrring et du docteur Letourneau. Elles sont jugées parla prétention singulière d’un praticien qui, ayant à examiner une main trouvée sur la berge de la Seine, déclarait qu’elle provenait d’un enfant du sexe masculin. S’il est facile sur le squelette d’un adulte de retrouver l’indication positive du sexe, il n’en saurait être ainsi chez le nouveau-né. Gela n’est d’ailleurs, je le répète, d’aucun intérêt.
Il est plus important d’insister suivies indications que l’on peut tirer au point de vue de la détermination de l’identité du seul examen des os du fœtus. Et sur ce point, nous trouvons des observations ingénieuses et souvent pratiques d’Ollivier d’Angers (1). Il est constant en effet que certains os peuvent à eux seuls fournir une donnée précise touchant l’époque de son développement qu’a atteint un nouveauné. Le point osseux épiphysaire du fémur, caractéristique
(I) Ollivier (d’Angers), Deuxième mémoire sur l* infanticide. Des inductions qu'on peut tirer du seul examen des os du fœtus {Ann. d’hyg. et deméd.lég lre série, 1842, t. XXVII, p. 329).
de l’identitk DU 1N70UYEAIJ-NÉ.
du terme de la vie intra-utérine,
peut être retrouvé dans
toutes les circonstances sur un cadavre décomposé ou mutilé. Et il est facile d’en mesurer les dimensions et de déterminer ainsi non-seulement si l’enfant est à ternie^ mais encore s’il est mort un certain temps après sa naissance. On sait qu’à terme, le plus grand diamètre du point osseux mesure de 2 à 5 millimètres. Au-dessus de ce dernier chiffre, il y a lieu de penser qu’il appartient à un enfant qui n’est déjà plus un nouveau-né. Je reviendrai plus tard sur ce point.
Le maxillaire inférieur fournit aussi, par le cloisonnement de quatre alvéoles, un excellent signe qui permettrait à lui seul de déclarer un nouveau-né à terme. On peut ajouter que les germes des dents se solidifient et que les papilles dentaires des dents molaires ne se couronnent que dans les derniers temps de la grossesse, notion qui a été mise à profit avec beaucoup de bonheur par MM. Reynaud et Porral, médecins experts dans une affaire très-grave jugée en 18à6 par la cour d’assises de la Haute-Loire, et où il s’agissait d’un triple infanticide et de recherches à faire sur les squelettes d’enfants nouveau-nés retrouvés après deux et quatre ans.
Je n’attache pas une grande importance aux données fournies par les dimensions des diverses autres parties du système osseux, os plats du crâne et notamment pariétaux ou os longs des membres. Je ne donne que pour mémoire les chiffres indiqués par Ollivier d’Angers (1) et parGünz (2).
Os pariétal diamètre diagonal. 76 centimètres.
Humérus 75
Cubitus 70
Radius 66
Fémur 87
Tibia 79
Péroné 77
Je considère comme de beaucoup plus de poids la corn-
(1) Ollivier (d’Angers), (oc. cit., p. 336.
(2) Casper, (oc. cit.y p. 489.
SIGNES D’IDENTITÉ FOURNIS PAR LE PLACENTA. âl
paraison directe des portions de squelette que l’expert a à examiner avec des fragments correspondants d’un enfant nouveau-né d’âge connu. Les moyennes sont toujours incertaines, et dans les cas où les ossements retrouvés ne sont meme pas intacts, comme dans le cas de combustion, le seul moyen d’arriver sûrement à reconnaître s’ils appartiennent réellement à un foetus humain et à un nom eau-né â terme, c’est de les rapprocher et de les comparer avec un squelette connu. Cette méthode est infiniment préférable à tous les tableaux péniblement dressés par les auteurs et à tous les efforts de mémoire.
Indices fournis par l'examen du placenta. — Il est d’autres indices utiles à recueillir et souvent fort importants pour la détermination du développement et de l’âge du nouveau-né. Ils sont fournis par cet organe transitoire, annexe du fœtus et expulsé comme lui et avec lui du sein de la femme, le placenta, dont l’examen peut aider à la solution de plusieurs questions médico-légales et ne doit jamais être négligé dans la recherche de l’infanticide. Alors môme qu’il serait représenté seul à l’expert et en l’absence meme du cadavre, il pourrait encore servir à plus d’un titre.
Le placenta est bien formé vers le troisième mois de la vie fœtale. Au terme de la grossesse, il présente un diamètre qui varie de 20 à 25 centimètres et pèse de 5 à 600 grammes. La longueur du cordon qui l’unit à l’enfant est à cette époque ordinairement égale à la longueur du corps de celui-ci; elle est de lx 5 à 55 centimètres. Négrier, dans des recherches intéressantes à plus d’un titre pour le médecin légiste (1), donne les chiffres suivants pour la longueur du cordon, mesuré dans 166 cas. Il en a trouvé au-dessous de U 3 centimètres, 28; de fxh à 67, 112; au-dessous de 67, 2 h ; plus
(1) Négrier, Recherches médico-légales sur la longueur et la résistance du cordon ombilical au terme de la gestation [Ann. d'hyg. et de méd. lég.y lre série, t. XXV, p. 126).
DE L’IDENTITÉ DU NOUVEAU-NÉ
d’un mètre, 2. Mais de plus il faut noter que les dimensions du placenta sont en général en rapport avec le développement du fœtus, et qu’un placenta très-volumineux suppose un enfant vigoureux. Au contraire, les altérations, les maladies, le défaut de développement du placenta, coïncident avec un développement faible ou incomplet du produit de la conception. Ces données trouveront dans plus d’un cas une utile application.
J’ai terminé ce qui se rapporte au premier ordre de recherches tendant à établir l’identité du nouveau-né. J’ai montré comment on devait entendre cette identité et quel intérêt elle offrait pour la démonstration scientifique de l’infanticide : j’ai donné les signes à l’aide desquels il devient facile de reconnaître si l’enfant nouveau-né est né à terme ou s’il est né avant terme, et à quelle époque de la vie intra-utérine. J’ai enfin poursuivi l’étude de ces signes sur les cadavres incomplets, décomposés ou mutilés, et sur le placenta qui forme une annexe du fœtus. Il nous est permis d’aborder maintenant le second ordre de questions et de rechercher si l’enfant est né vivant et a vécu.