SIGNES D’IDENTITÉ DU CADAVRE MUTILÉ
Le tableau qui précède n’a pas besoin de commentaires ; je me bornerai à quelques remarques sur les principales indications qu’il fournit.
En ce qui concerne la taille, il est à noter, Casper en a déjà fait l’observation et la mémoire peut en profiter, qu’à partir du cinquième mois de la vie fœtale, si l’on divise par 5 le chiffre de la longueur totale du corps, le quotient reproduit exactement l’âge du fœtus. Quant au poids, la progression en est rapide, surtout dans les derniers temps de la gestation.
L’état de la peau, que l’on peut juger d’un seul coup d’œil, est surtout intéressant dans la seconde période de la vie intra-utérine en ce qui touche la formation des produits épidermiques. A dater du sixième mois, elle devient blanche et acquiert progressivement plus de fermeté et d’élasticité. L’épiderme s’épaissit et se complète par le développement des ongles. La peau se recouvre d’un enduit sébacé. On peut dire que ce développement et cette formation perfectionnés du tégument externe constituent une condition essentielle de vie pour le nouveau-né, et mesurent en quelque sorte le degré de résistance qu’il est capable d’offrir aux influences extérieures lorsqu’il sera sorti du sein de sa mère.
Quant au degré de l’ossification, on trouve dans les auteurs un luxe véritablement exagéré d’indications anatomiques, à la fois peu exactes et surtout presque impossibles à rechercher dans une expertise médico-légale. Celles qui sont consignées au tableau précédent auront du moins le double avantage d’être peu nombreuses en même temps que rigoureusement vraies, et de s’appliquer à des os dont l’examen n’olfre aucune difficulté pratique.
Peut-011 reconnaître l’identité d’nn nouveau-né dont il ne reste que des fragments décomposés ou mutilés, ou le
placenta? — J’ai dit déjà que l’expert n’avait pas toujours sous les yeux le cadavre entier de l’enfant nouveau-né sur lequel il avait à rechercher les preuves d’un infanticide. 11
UE l’identité du nouveau-né.
arrive fréquemment que, soit par suite de la décomposition putride, soit par le fait de mutilation ou de destruction opérées en vue de faire disparaître le corps du délit, il ne reste que des fragments dont l’examen ne permet pas de résoudre toutes les questions qui peuvent intéresser la justice. Mais, dans ce cas même, il est plus d’un enseignement relatif à l’identité que la science peut utilement retirer de cette investigation incomplète.
Les caractères qui ont à cet égard le plus de valeur sont ceux que l’on tire de l’examen du système osseux. Cependant la mensuration partielle de segments des membres (1), telle qu’elle a été pratiquée par M. Letourneau, pourrait fournir quelques renseignements sur la question de savoir si le fœtus mutilé était né à terme. Il résulte de ces recherches, auxquelles il ne manque que de porter sur de plus grands nombres, que, chez un nouveau-né à terme, la longueur moyenne du vertex au pubis est de 30 centimètres; du pubis à la tubérosité du condyle fémoral interne, 9,5; du condyle interne du fémur au bord inférieur et postérieur du calcanéum, 10,5; de l’apophyse acromion à l’épicondyle, 9; de l’épicondyle à l’apophyse styloïde du rachis, 7. Au-dessous de ces chiffres, il est à peu près certain que l’enfant est né avant terme.
Le même observateur a étendu ses patientes investigations au poids comparatif de chacun des viscères chez les nouveau-nés, et les résultats auxquels il est arrivé, bien que trop restreints pour être définitifs, méritent de trouver place ici, car ils pourraient certainement être mis à profit, au moins comme indications approximatives, dans le cas où sur un cadavre mutilé l’expert trouverait quelques-uns des viscères du nouveau-né.
(1) .Letourneau. Thèse citée , p. 16.