SIGNES GÉNÉRAUX DE LA GROSSESSE
ils se composent exclusivement des phénomènes que l’on peut dire propres à l’enfant, ou du moins physiquement produits par sa présence : c’est-à-dire les mouvements actifs ou passifs et les bruits du cœur. Il nous semble qu’il faudrait ajouter encore, pour embrasser tous les cas, le travail de l'accouchement et l’expulsion d’un fœlus mort ou vivant ; ou enfin sa présence anatomiquement constatée dans un point autre que la cavité utérine et abstraction faite des monstruosités par inclusion. Mais à part les bruits du cœur et l’existence avérée d’un produit de conception mis au jour, ou mort et retenu dans le sein de sa mère, l’un et l’autre ordre de signes, certains ou incertains, peuvent, dans des circonstances particulières, se produire plus ou moins nettement, et avec une apparence de réalité plus ou moins grande eu dehors de l’état de gestation. De cette incertitude de presque tous les signes de la grossesse, admise à des degrés divers par les auteurs (1), est résultée, pour les médecins légistes, la nécessité de poser en principe qu’il ne fallait se prononcer qu’alors que l’on avait constaté d’une manière positive l’ensemble des signes certains (2). Cependant on a bien été forcé de reconnaître que, d’une part, la constatation positive rfétait pas toujours possible, que, de plus, certains faits se présentaient entourés d’une obscurité telle que des méprises nombreuses avaient été commises, et qu’il était, par conséquent, nécessaire d’admettre et de distinguer des grossesses fausses, apparentes et simulées . C’est ce qui a fait dire à M. le professeur lourdes, dans
(1) E. G. Brenner, De fallacia signorum in graviditate, dissert 19, in J. G. Schlegel, Syllog. operum minorum præstantiorum ad arlem obstetricam spectantinm. Lispsiæ, 1795, t. I,p. 581.
(2) Orfila, Traité demédecine légale , quatrième édition, Paris, 1 846, t. I. — P. Maigne, Du toucher, considéré sous le rapportées accouchements. Paris, 1839.
son excellente dissertation, que : « Si l’existence de la grossesse en médecine légale ne peut être établie que sur les signes certains, il n’en est pas moins important de rechercher quelles sont les affections qui la simulent (1). » Or, ces cas de grossesses simulées ne peuvent être convenablement distingués et classés qu’à la condition de prendre pour point de départ une analyse exacte et soigneusement étudiée de leurs éléments mêmes, c’està-dire des phénomènes qui, par une fausse analogie, rappellent plus ou moins complètement quelques-uns des signes les plus certains de la grossesse.
C’est là la marche que nous suivrons; et, sans nous attacher à ceux des phénomènes de la grossesse qui sont décidément sans valeur, ou qui ne peuvent donner isolément que de vagues soupçons, nous aurons à rechercher dans quelles conditions, autres que l’état de gestation, peuvent se produire chez la femme, la cessation des règles, le développement du ventre, le gonflement de la glande mammaire et la sécrétion du lait; des mouvements particuliers, des contractions abdominales énergiques et caractéristiques ; et enfin un ensemble de douleurs et d’efforts prolongés plus ou moins analogues au travail de l’enfantement. Lorsque nous aurons terminé cette étude, dans laquelle nous ne hasarderons pas un mot qui n’ait pour appui les faits que la science possède, nous serons en mesure d’établir quelques espèces bien caractérisées parmi les différentes formes de grossesses apparentes, et d’assigner au fait remarquable que nous venons de rapporter la place qui lui convient au milieu de ces affections extraordinaires.
(1) G. lourdes, Des cas rares en médecine légale. Thèse de concours. Strasbourg, 1840, p. 21.