SIGNES DE VIE TIRÉS DE L’ÉTAT DU SANG
sistance de la fonction vitale par excellence, de celle qui appartient aussi bien au fœtus qu’au nouveau-né, et qui ne cesse qu’avec la vie elle-même, c’est-à-dire la circulation. Même en l’absence de la respiration, elle continue pendant un certain temps à s’accomplir d’une manière régulière et constante chez le nouveau-né et tant que dure l’état de mort apparente. L’enfant n’a pas fait un mouvement, n’a pas poussé un cri, mais le sang circule et porte la vie dans toutes les parties; ce sang lui-même est vivant. Or l’un des caractères du sang qui vit, c’est que, sorti des vaisseaux et soustrait au mouvement de la circulation, il se coagule immédiatement. La coagulation du sang extravasé est donc une preuve de vie; et toute blessure, toute violence capable d’amener une extravasation sanguine, laissera dans les organes la marque propre à faire reconnaître si elle a été faite pendant la vie ou après la mort. C’est là un fait constant et qui, particulièrement en ce qui touche la démonstration de Tinfanticide, a été dans un assez grand nombre de cas consacré par des observations décisives. Je ne puis comprendre la résistance obstinée que Gasper (1) oppose à cette preuve et les reproches fort injustes qu’il adresse à ce sujet aux médecins légistes français. J’ai montré ailleurs (2) que le professeur de Berlin confond tantôt la transsudation du sang, effet de la décomposition cadavérique, avec l’extravasation sanguine, et la dessiccation du liquide sanguin produite par l’évaporation avec la coagulation, phénomène essentiellement et exclusivement vital. J’ai pris soin de discuter et de réfuter un à un les faits cités par Gasper à l’appui de sa fausse doctrine. Il serait superflu d’y revenir ici; je me bornerai à faire remarquer que fort heureusement cet
(1) Gasper, loc. cit p. 532 et 18.
(2) A. Tardieu, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris. 1866, art. Blessures.
auteur est seul de son avis. Mais lorsque je luttais avec toute l’énergie de ma conviction contre une aussi grave erreur en traitant des blessures en général, j’avais présente à la pensée l’extrême importance que le fait a surtout en matière d’infanticide, dans le cas où la coagulation du sang est le seul indice à l’aide duquel l’expert peut reconnaître que l’enfant est né vivant, a vécu et a péri de mort violente.
Les exemples ne manquent pas dans lesquels des crimes commis sur des enfants nouveau-nés, tués avant d’avoir respiré, ont été très-positivement constatés par la science, et punis par la justice. Le docteur Bellot (du Havre) en a cité deux cas observés il y a quarante ans (1 ), et reproduits depuis par tous les auteurs à juste titre, car ils ont dès le principe très-nettement posé et éclairé ce point de doctrine important. Il s’agissait dans le premier d’un double infanticide commis sur deux jumeaux par leur mère, qui., de son propre aveu, leur avait immédiatement après leur naissance écrasé la tête avec un sabot. L’un avait eu le temps de respirer; mais chez l’autre, qui présentait au crâne les mêmes blessures oflrant les mêmes caractères de blessures faites pendant la vie, la docimasie hydrostatique la plus complète démontrait qu'il n’avait pas respiré. Le second cas de Bellot a trait à un enfant qui, avec des traces de strangulation et de fractures du crâne accompagnées des désordres caractéristiques de lésions opérées pendant la vie, présentait à la docimasie pulmonaire les signes certains du défaut absolu de respiration. M. Devergie (2) a fait en 1838, avec le doc-
(1) Bellot (du Havre), Rapport sur un infanticide commis sur des jumeaux {Ann. d’hyg. et deméd. lég ., lre série 1832, t. VIII, p. 199); Infanticide par strangulation et par brisement des pariétaux , par le même ( ibid p. 205) ; Remarques sur ces rapports , par Marc ( ibid p. 209).
(2) Devergie, Commentaire sur l’art. 300 du Code pénal. Fait d’infanticide sur un enfant gui n’avait 1 pas respiré {Ann. d’hyg. et de méd»