LË NOUVEAU-NÉ A-T-IL CRIÉ
du nouveau-né porte les traces de lésions traumatiques. Si l’infanticide a été commis par un procédé qui n’entraîne ni plaie, ni fracture des os, ni extravasation sanguine, et si l’on ne retrouve pas de sang coagulé, aucun signe, dans l’état de mort apparente, ne permet de reconnaître que l’enfant vivait lorsque le crime a été consommé.
Car, je le répète, en dehors de ces cas et malgré les présomptions les plus fondées, il n’est pas permis à l’expert de conclure d’une manière formelle que l’enfant est né vivant lorsque les poumons n’ont pas été dilatés par une respiration complète et ne surnagent pas franchement dans l’opération docimasique, tant avec la masse des organes thoraciques que séparément, divisés par fragments et doucement comprimés sous l’eau.
A cette question de l’établissement de la respiration dès les premiers moments de la vie extra-utérine, s’en rattache étroitement une autre qui est très-souvent posée h l’expert devant la Cour d’assises, dans les affaires d’infanticide.
Le nouveau-né a-t-il crié? C’est, ce que nient obstinément les accusées, qui prétendent le plus souvent que l’enfant qu’elles ont tué n’a donné aucun signe de vie, qu’elles l’ont cru mort et n’ont eu d’autre pensée que de le faire disparaître. Dans beaucoup de cas, des témoins ont entendu les vagissements de l’enfant et viennent le déclarer aux débats. C’est au médecin qu’il appartient de réfuter les allégations mensongères et intéressées de la mère infanticide, et de lever les doutes que la contradiction a fait naître; c’est à lui que la justice adresse la question de savoir si l’enfant a dû nécessairement crier en venant au monde. Il ne faut pas que l’expert se contente d’y répondre d’une manière générale ; mais qu’il ait soin au contraire de ne la résoudre qu’au point de vue du cas particulier dont il s’agit, et d’après l’inspection des organes de l’enfant nouveau-né dont le meurtre est actuellement poursuivi.
Le cri du nouveau-né est la manifestation première et nécessaire de l’établissement de la respiration. Si celle-ci s’accomplit librement et d’une manière complète, elle s’accompagne de cris répétés, aigus, violents, que tous ceux qui ont assisté à un accouchement naturel ont entendu, et dont l’expert fera bien de rappeler le caractère aux jurés, qui pour la plupart en ont gardé le souvenir. Ce cri appelle l’air dans la poitrine et aide les poumons à se dilater. 11 n’y a pas d’enfant nouveau-né qui, dans ces conditions, respire sans crier.
La question revient donc à se demander si, dans l’espèce, les poumons présentaient une dilatation complète, et si l’air en avait bien pénétré toutes les parties; dans ce cas, le doute n’est pas possible, l’enfant a certainement crié, et l’accusée qui le nie ne dit pas la vérité. Dans les conditions contraires d’une respiration incomplète et du défaut de développement des poumons, à plus forte raison lorsqu’il est reconnu que l’enfant, bien que né vivant, a pu rester dans un état de mort apparente jusqu’au moment où le crime a été commis, la réponse sera négative : l’enfant n’a pas crié ou a pu ne faire entendre que d’imperceptibles vagissements.
La solution de cette question, très-intéressante dans la pratique, est donc tout entière, on le voit, subordonnée à l’existence des signes de la respiration qui viennent d’être longuement étudiés.
Combien de temps l’enfant a-t-îl vécu? — Ce n’est pas assez pour la démonstration médico-légale de l’infanticide d’établir que l’enfant mis à mort est né vivant, il faut encore, autant que cela est possible, déterminer combien de temps il a vécu : il y a à cela plusieurs motifs.
Nous avons vu déjà que la qualification du crime dépend du moment où il aura été commis : l’infanticide est le meurtre du nouveau-né, et ce fait d’être nouveau-né étant
essentiellement transitoire, il faut que l'expert soit en mesure de dire à quel moment de sa vie extra-utérine l’enfant a été tué, en d’autres termes, combien de temps il a vécu.
Mais ce n'est pas tout : il importe de déterminer les circonstances dans lesquelles ce meurtre s’est accompli ; et ces circonstances varient de la façon la plus saisissante, suivant que l’infanticide a eu lieu au moment même de la naissance ou plus ou moins longtemps après. Les procédés meurtriers ne sont pas les mêmes, la complicité est plus probable dans un cas que dans l'autre. Dans l’immense majorité des cas, le meurtre du nouveau-né suit immédiatement la naissance. L'accouchement clandestin va être dénoncé par les cris de l’enfant, et c’est ce premier cri qui, chez la femme décidée à faire disparaître son enfant, la pousse au crime ; ce sont ces cris accusateurs qu'il faut étouffer à tout prix. Laissons de côté cette fable imaginée pour les besoins d’une défense impossible, de l’inertie de la femme qui vient d’accoucher, de l’impossibilité où elle est défaire un mouvement, et reconnaissons qu’en fait, c’est au moment de la naissance qu’est consommé le plus grand nombre des infanticides. Mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a des cas dans lesquels le meurtre |n’a lieu que quelques heures et même quelquefois plusieurs jours après la naissance.
Il est très-utile de préciser, car la justice a un grand intérêt à être exactement renseignée sur ce point, et il serait fort à désirer que l’on pût suivre, pour ainsi dire, heure par heure et à des traces certaines, la marche et le progrès de l’enfant dans cette nouvelle vie où il vient d’entrer. Il m’est arrivé plus d’une fois d’être interpellé par des jurés ou par le président des assises sur ce que l’on devait entendre par « peu de temps après la naissance » . On aurait voulu sortir de ce vague; il n’est pas toujours possible de le faire. Cependant je crois être arrivé à des résultats aussi satisfaisants que possible dans cette recherche ; je suis
dans tous les cas allé plus loin qu’on ne l’avait fait avant moi en m’appuyant sur certains signes qui n’avaient pas été encore utilisés par les médecins-légistes, et qui peuvent cependant jeter de vives lumières, surtout sur les premiers temps de la vie extra-utérine du nouveau-né, sur cette phase précisément qui intéresse le plus l’expertise judiciaire en matière d’infanticide.
Ces signes, je les emprunterai à l’état de l’estomac, aux changements anatomiques survenus dans l’état de certaines parties du corps de l’enfant, notamment des poumons, de la peau, de l’appareil ombilical et des ouvertures fœtales, et aux progrès de l’ossification.
Signes tirés de l'état de l'estomac. — Un premier ordre de signes a pour moi une valeur considérable, bien qu’il n’en soit fait aucune mention dans les auteurs, ce sont ceux que donne l’examen de l’estomac du nouveau-né. II ne faut jamais omettre d’y procéder avec la plus grande attention.
Si l’on ouvre l’estomac d’un nouveau-né, on verra que même chez celui qui est mort-né, cet organe n’est pas vide, mais contient une matière visqueuse plus ou moins épaisse, non aérée, dont la couleur varie suivant l’état de conservation du corps, tantôt d’un bleu sale, tantôt d’un jaune brun, tantôt violacée et tirant sur la teinte lie de vin lorsque la décomposition commence à se prononcer. Si l’enfant est né vivant, mais qu’il ait été tué immédiatement après sa naissance, les choses se présentent encore sous le même aspect; c’est-à-dire que l’estomac ne renferme rien autre chose que des mucosités glaireuses, blanchâtres ou diversement colorées telles que je viens de les décrire. Je ne m'occupe pas de rechercher quelle est la nature de cette matière et si elle joue un rôle dans la nutrition du fœtus, cela n’est pas de notre domaine, et je poursuis l’étude des variations que présente l’intérieur de l’estomac chez le nouveau-né.
Quand l’enfant a vécu un peu plus longtemps, en même
COMBIEN DE TEMPS l’ËNFANT à-T-IL VECU ? 8'1
temps que la respiration s’établit, et à mesure qu’elle devient plus complète, l’air se mêle avec les liquides sécrétés dans la bouche, une nouvelle fonction s’établit et s’exerce instinctivement avec les premiers mouvements de l'enfant, c’est la déglutition qui porte dans l’estomac ces liquides aérés. Il s’ensuit que si l’enfant a dépassé cette première limite, celle où la respiration seule a commencé, s’il a vécu un peu plus longtemps, on trouve dans l'estomac non plus seulement des mucosités visqueuses, mais des mucosités spumeuses, en même temps de la salive mélangée d’air. Je ne me hasarderai pas jusqu’à mesurer le temps nécessaire pour en arriver à ce point; mais je ne crois pas m’éloigner beaucoup de la vérité en disant qu’il suppose que la vie a duré plus que quelques instants et au moins dix ou quinze minutes.
Plus tard, si l’infanticide n’a pas suivi immédiatement la naissance, il peut arriver que l’on trouve dans l’estomac du lait plus ou moins complètement digéré, fait important, car à lui seul il établit un commencement de soins donnés par la mère, l’allaitement commencé , et semble peu compatible avec l'intention criminelle ou du moins suppose un enchaînement de circonstances, une résistance de la volonté, une pression subie, une complicité, toute une série défaits moraux qu’il appartient à la justice d’apprécier, mais qui découlent de la constatation matérielle faite par l’expert sur l’estomac du nouveau-né.
Dans d’autres cas non moins importants et relatifs à certains procédés particuliers d’infanticide, tels que l’immersion, l’enfouissement dans certains milieux liquides ou pulvérulents, la présence dans l’estomac des matières dans lesquelles l’enfant a été plongé et la quantité qu’il en contient permettent jusqu’à un certain point de mesurer la durée de la vie ou tout au moins montrent qu’elle a résisté pendant un certain temps.
A, TARDTEtf. — Infanticide.
Signes tirés de l'état des poumons. — La respiration, qui nous a été (Lun si grand secours pour déterminer le fait de la vie chez le nouveau-né, va-t-elle servira mesurer la durée de la vie? A coup sûr on peut tirer à ce sujet quelque chose de l’inspection des poumons, mais c’est peu. Il ne faut ni beaucoup de temps, ni un grand nombre d’inspirations pour que le poumon se dilate complètement, surtout quand l’enfant nouveau-né apporte à ces premiers mouvements respiratoires toute l’énergie dont le rendent capable un développement régulier, une constitution robuste et une naissance facile. La rapidité avec laquelle s’établit une respiration complète dans ces cas enlève à la dilatation de ces organes beaucoup de sa valeur comme signe de la» durée de la vie.
On ne peut même se faire un argument de la condition inverse, c’est-à-dire de la dilatation incomplète des poumons. Car il est des cas,, on le sait, dans lesquels des nouveau-nés ont vécu plusieurs heures sans respirer complètement. De telle sorte que si l’on trouve des poumons en partie à l’état fœtal, en partie pénétrés par l’air, il ne s’ensuit pas que les enfants aient vécu et respiré moins longtemps que d’autres chez lesquels les poumons sont complètement dilatés. Ce n’est pas un fait de durée, mais un fait de puissance. L’enfant vigoureux ouvre ses poumons tout entiers en quelques minutes ; l’enfant débile, né avant terme ou mal conformé, n’arrive pas à les dilater même après plusieurs heures de vie.
Plus tard on verra que les lésions trouvées sur les poumons peuvent fournir des indices un peu plus importants au point de vue de la durée, non pas de la vie, mais de la résistance à la mort. Tenons pour certain quant à présent que l’état des poumons ne fournit pas un signe suffisamment sûr pour apprécier si l’enfant nouveau-né a vécu plus ou moins longtemps.
Signes tirés des modifications du tégument externe. — A peine l’enfant est-il né qu’il subit dans sa constitution physique des changements qui sont la condition même de la vie et qui marquent pour ainsi dire chacun des pas qu’il fait dans sa nouvelle existence. La peau en offre un exemple facile à saisir.
Il n’y a pas à compter beaucoup sur les modifications qui s’opèrent dans la couleur générale du corps. Car, si considérable qu’elles aient pu être pendant la vie, elles se sont effacées et ont perdu toute signification sur le cadavre du nouveau-né.
Ce qui est beaucoup plus important du côté du tégument externe, c’est l’exfoliation de l’épiderme qui suit de près la naissance. Le changement de milieu qu’éprouve le nouveauné qui passe du sein des eaux de l’ammios à l’air libre, rend nécessaire et inévitable un changement dans la structure de la peau ; l’enduit qui la protégeait contre le contact prolongé du liquide intra-utérin devient inutile; d’inactive et d’imperméable qu’elle était, elle doit devenir accessible à l’air et apte à une perspiration continue, c’est-à-dire perméable et active. Elle se débarrasse alors de l’enduit sébacé et des couches épidermiques superficielles qui la recouvraient.
Cette exfoliation de l’épiderme est un phénomène constant qui commence quelquefois dès le premier jour, plus souvent du deuxième au troisième, et qui est en pleine activité vers le cinquième jour. Il consiste dans la formation de petites écailles très-minces, des pellicules analogues à celles que l’on observe dans la desquamation furfuracéc de certaines fièvres éruptives qui se détachent d’une manière à peu près générale sur les diverses parties du corps, mais principalement à la poitrine et sur l’abdomen. Cette exfoliation se continue et se prolonge quelquefois pendant vingt ou trente jours.
8â MOYENS DE RECONNAITRE QUE LENFANT ESÎ NE VIVANT.
Il est à peine nécessaire d'insister sur le danger de confondre ce phénomène avec le soulèvement de l’épiderme produit par la putréfaction, qui ne se montre que dans un degré avancé de la décomposition putride sur des corps ramollis verdâtres, et sous une forme phlycténoïde tout à fait différente de l’exfoliation naturelle propre au nouveau-né ; ou à la suite de la submersion et du séjour prolongé du cadavre dans l’eau, par larges lamelles plissées et blanchies.
Signes tirés des modifications de V appareil ombilical. — L’une des modifications les plus promptes à s’opérer dans la constitution physique du nouveau-né, l’une des plus significatives au point de vue de la durée et des progrès de la vie extra-utérine, est celle de l’appareil ombilical. Destiné à unir l’enfant à sa mère tant que celui-ci est contenu dans l’œuf et à lui fournir les éléments de sa nutrition, il ne peut subsister dès que le nouveau-né mis au jour est appelé à vivre de sa vie propre. De là une série de changements dans les parties qui composaient l’appareil ombilical et dans la conformation du nouveau-né qui, h mesure qu’il se débarrasse de cette dépouille fœtale si l’on peut parler ainsi, subit des modifications anatomiques dont la succession sera très-heureusement mise à profit par le médecinlégiste.
L’appareil ombilical se compose de deux parties, l’une extra-abdominale qui forme le cordon proprement dit, l’autre intra-abdominale formée par le prolongement des vaisseaux ombilicaux. Entre les deux se trouve un anneau fibreux qui circonscrit l’ouverture ombilicale et embrasse la base du cordon au-dessous du prolongement cutané par lequel il est fixé à l’abdomen du nouveau-né.
Le cordon vasculaire qui sert de lien entre le placenta et le fœtus doit être fatalement divisé après la naissance. Lorsque celle-ci a lieu régulièrement et dans les conditions sociales ordinaires, la personne qui assiste la femme au
moment de la délivrance coupe le cordon à huit ou dix centimètres de son insertion sur l’abdomen du nouveau-né après bavoir entouré d’une ligature destinée à prévenir une hémorrhagie. Dans les cas d’accouchement clandestin, la femme, forcée de se délivrer elle-même, divise le cordon soit avec un instrument tranchant, des ciseaux le plus ordinairement, soit en le rompant par une traction énergique ; presque jamais elle ne le lie. Toutes ces particularités doivent, ainsi que je l’ai dit déjà, être soigneusement notées par l’expert. Si le cordon a été tranché, il l’est tantôt tout près de l’abdomen, tantôt et le plus souvent à une hauteur indéterminée, mais presque toujours plus loin que ne le fait l’homme de l’art daiïs un accouchement régulier. Dans tous les cas, le cordon coupé offre une section nette sur laquelle on voit facilement l’orifice béant des vaisseaux ombilicaux. Si le cordon a été rompu, la déchirure a lieu en un point très-variable de la longueur totale, mais le plus ordinairement sans qu’il y ait lieu d’attacher une grande signification à cette circonstance, plus près de l’insertion placentaire que de l’ombilic ; l’extrémité est tordue, frangée., inégalement déchirée, et ne laisse pas voir les vaisseaux. Cette double disposition est si importante à connaître et appelle si vivement l’attention du médecin dans tous les cas où il a à examiner le cadavre d’un nouveau-né, que je l’ai fait reproduire d’après nature et que je la mets sous les yeux de ceux que cette étude peut intéresser [PL II, fig. 3 et l\).
Aussitôt que le cordon a été divisé, soit par section, soit par rupture, et par ce mot j’entends quelques secondes après, les artères ombilicales cessent de battre, la circulation cesse dans le cordon, et même chez les nouveau-nés qui ont été tués très-peu de temps après leur naissance, on trouve dans ces vaisseaux de petits caillots longs de 5 à 6 millimètres et très-bien formés. Je suis convaincu, pour l’avoir observé bien des-fois, qu’il n’est pas besoin de plusieurs heures pour
86 MOYENS DE ilECONNAÎTRE QUE L'ENFANT EST NÉ VIVANT.
que ces caillots apparaissent. Ils s’étendent et se consolident, et au bout de vingt-quatre heures ils occupent le quart, quelquefois la moitié de la longueur des artères.
Le cordon abandonné à lui-même, séparé d'une part du placenta et de l’autre de l’organisme du nouveau-né par l’interruption de la circulation n'est plus et doit disparaître, cette disparition a lieu par suite d’un travail dont il est utile de bien marquer et de suivre toutes les phases. Le cordon commence par se flétrir et par se dessécher. Quelquefois dès les premières heures après la naissance, quelquefois plus tard on le voit devenir mou, flexible, et prendre une teinte bleuâtre, puis brunir, se rétrécir, diminuer de longueur, se contourner en forme de vrille, et se dessécher d’autant plus rapidement qu’il est plus maigre, c’est-à-dire qu’il contient moins de cette matière que l'on a appelée la gélatine de Warthon: il arrive à ne plus former qu’une sorte de bande de parchemin aplatie, large de 8 à 10 ou 12 millimètres, sur laquelle se dessinent des lisérés noirs formés par les vaisseaux ombilicaux, très-visibles à travers l’enveloppe desséchée.
Ce phénomène de la dessiccation du cordon a été l’occasion d’une incroyable erreur, qu’il est impossible de ne pas relever, d’abord parce qu’elle émane d’un observateur justement estimé et ordinairement exact, mais encore et surtout parce qu’elle a eu, en médecine légale, et pourrait avoir encore des conséquences désastreuses. Billard a écrit les lignes qui suivent (1) : « La dessiccation cesse aussitôt » que la vie s’éteint. La présence d’un cordon desséché » aplati peut servir à démontrer qu’un enfant a vécu et » même un ou deux jours , cet état ne pouvant être un phé- » nomène cadavérique. » Rien n’est plus faux qu’une pareille proposition, faux quant au fait, faux quant à la doc-
1) Billard, loc. cit ., p. 10.
tri ne. M. le docteur P. Lorain, qui montrait déjà dans une thèse inaugurale tout à fait hors ligne les qualités dont il a fait preuve dans sa carrière trop courte et volontairement interrompue de médecin légiste, a très-énergiquement combattu et très-justement réfuté (1) cette opinion erronée de Billard. Il a établi sans réplique que la dessiccation du cordon était un phénomène purement physique, et ne pouvait en aucun cas être donnée comme une preuve de la vie du nouveau-né. Il a fait mieux, il l’a démontré expérimentalement. « J'ai., dit M. Lorain, pendant plusieurs semaines et tous les jours coupé sur des enfants naissants des portions de cordon ombilical que je plaçais sur moi dans la poche de mon gilet ; là, à une température qui est à peu près celle du corps, ces cordons ombilicaux se desséchaient tout aussi bien et aussi vite que sur le ventre des enfants auxquels je les avais pris. J’ai depuis varié ces expériences et j’ai vu que la dessiccation était d’autant plus rapide que les cordons étaient exposés à une température plus élevée et à une chaleur plus sèche. Sur les enfants emmaillottés, le cordon est maintenu a une température de -f- 37° centigrades et se dessèche. Gela est facile à comprendre : il ne faut point invoquer ici l’inflammation ni toute autre théorie. La dessiccation du cordon est un fait purement physique. Par conséquent il serait peut-être utile que les médecins-légistes ne s’en rapportassent plus à Billard et qu’ils voulussent bien chercher non pas dans la dessiccation du cordon, phénomène purement physique, mais dans les modifications vitales de l’ombilic et des vaisseaux ombilicaux intra-abdominaux, les preuves dont ils doivent faire un si terrible usage en justice. Ce qui fait que le cordon ne se dessèche pas généralement sur les enfants morts c’est que les cadavres sont froids. » Je peux aller plus loin que* M. Lorain dans la démonstration
(1) P. Lorain, De la fièvre puerpérale chez la femme , le fœtus et le nouveau-né. Paris, 5 .