‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 2 sur 113 · LEIPZIG, E. JUNG-TREUTTEL, 10, QUERSTRASSE · texte numérisé non relu

LEIPZIG, E. JUNG-TREUTTEL, 10, QUERSTRASSE

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PRÉFACE

Je poursuis le dessein que je me suis proposé de recueillir et de publier, dans une série d’études distinctes, les résultats de mes recherches et de mes observations personnelles sur les principaux sujets de la médecine légale, sur ceux qui forment en réalité le fond de la pratique dans cette branche de notre art. Après les attentats aux mœurs, l’avortement, la strangulation, la suffocation, l’empoisonnement, j’offre aujourd’hui à mes élèves et à mes confrères une monographie de l’infanticide.

Il n’est pas de questions plus ardues, plus complexes, que celles qui se rattachent à la démonstration scientifique du crime d’infanticide. Il n’en est pas non plus qui se présentent plus souvent au médecin, et qui sollicitent plus vivement son attention. En effet, l’infanticide n’appartient pas seulement à la pratique spéciale de la médecine légale, ni à l’exercice des grandes villes où les ressources abondent et où la responsabilité peut être déclinée ou partagée. Il faut que le médecin, l’officier de santé comme le docteur, soit prêt en tout lieu à constater des faits qui se montrent partout, dans les campagnes plus peut-être qu’aucun autre genre de crime, et que la justice trouve en lui un auxiliaire éclairé, sûr de sa science comme de sa conscience, également incapable de précipitation et de négligence, et sur les jugements de qui elle puisse guider son action.

Il n’en est pas toujours ainsi : je reçois chaque année et je pourrais citer un nombre considérable de lettres dans lesquelles des confrères me confient leur embarras,

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leurs hésitations, et me font l’honneur de réclamer mes avis à l’occasion de cas divers d’infanticide.

Mais je n’ai pas besoin de ce témoignage pour être convaincu des difficultés de toute nature que présente ce genre d’expertise. Je l’ai éprouvé plus que personne, et si je suis parvenu à m’en faire une idée exacte et à les surmonter, c’est parce que mon expérience, vieille de près de vingt-cinq années, se fonde aujourd’hui sur plus de huit cents faits particuliers, observés par moi, étudiés avec tout le soin possible, et dans lesquels se sont reproduites un grand nombre de fois les formes les plus variées de l’infanticide, et les questions souvent les plus inattendues auxquelles il peut donner naissance.

Il n’en reste pas moins constant pour moi que, sur ce sujet connue sur la plupart des autres parties de la médecine légale, les enseignements anciens et les livres classiques sont insuffisants pour fournir les éléments pratiques d’une expertise et les notions précises dont le médecin, peu habitué aux recherches de cette nature, a besoin pour ne pas rester au-dessous de sa tâche. Et cependant il n’est pas de matière qui ait été plus souvent, plus longuement et plus compendieusement traitée. On formerait une bibliothèque de ce qui a été écrit sur l’infanticide, et le nombre des thèses seulement qui ont été soutenues dans les universités allemandes depuis un demi-siècle, lasserait la patience du collectionneur le plus ardent.

Aussi n’est-ce pas pour ajouter à mon tour quelques pages à tant d’autres que je publie cette étude. J’ai voulu, et puissé-je avoir réussi, suivant la règle que je me suis tracée dans chacun de mes précédents travaux, rendre l’histoire de l’infanticide plus simple et plus claire; me

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placer toujours invariablement au point de vue des faits et dans la situation exacte où se trouve le médecin légiste en lace de ce fait qu’il doit constater, analyser et juger, faire de la médecine légale en un mot, je ne me lasserai pas de le redire, comme on fait de la clinique.

Je 11e craindrai pas d’abréger en supprimant tout ce qui m’a paru inutile dans les interminables développements que les auteurs ont donnés au chapitre de l’infanticide ; je 11e donnerai place à aucune de ces discussions théoriques auxquelles se sont complus certains casuistes de la médecine légale qui ont pris librement carrière dans ce champ démesurément agrandi, et ont mis le doute là où il faut la certitude, l’obscurité là où il faut la lumière. Je m’efforcerai d’être complet sans être long, de poser nettement les questions et d’y répondre avec précision, sans méconnaître ni dissimuler, sans trancher surtout témérairement les difficultés qui peuvent, dans certains cas, s’opposer à une solution positive et à des conclusions absolues. Les considérations historiques et critiques tiendront peu de place dans cette étude. J’aurai cependant à signaler et relever quelques opinions fausses, quelques erreurs de fait d’autant plus dangereuses qu’on les trouve dans des ouvrages récents et réputés classiques tant en France qu’à l’étranger.

Je ne prétends, on le voit, à aucun mérite d’invention, et je me contenterai de la nouveauté que peut offrir une étude consciencieuse entreprise dans l’esprit que je viens d’indiquer. Il est cependant, sur cette question de l’infanticide, quelques observations personnelles dont je revendique la priorité ; l’une avant tout qui a introduit dans la constatation des crimes d’infanticide un élément d’une importance capitale, autrefois méconnu et que j’ai mis en

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lumière. Je veux parler des signes de la mort par suffocation, qui, tracés et étudiés par moi il y a douze ans, ont permis de reconnaître et de caractériser avec évidence le procédé d’infanticide le plus usuel et en même temps celui qui, faute de démonstration et d’indices suffisants, échappait le plus souvent aux recherches. Je trouverai dans cette étude l’occasion de reprendre et de compléter mes premières observations sur les lésions anatomiques que produit la suffocation, et je la saisirai avec d’autant

plus d’empressement que la valeur de ce signe, dont

chaque jour a confirmé pour moi la réalité, n’a pas été toujours bien comprise et que je suis en mesure aujourd’hui de l’appuyer de preuves plus fortes encore et plus puissantes.

Ainsi que je l’ai toujours fait, je rassemblerai dans ce travail un grand nombre d’exemples d’infanticide, de rapports et de mémoires que j’ai rédigés à l’occasion de faits intéressants qui viendront ainsi éclairer en quelque sorte l’exposé didactique. J’y joindrai enfin, dans une série de planches exécutées avec art et surtout avec la plus scrupuleuse exactitude, la représentation de certains détails d’anatomie normale ou pathologique, et d’inspection microscopique, très-nécessaires à connaître et qui se graveront ainsi aisément dans la mémoire. J’espère de la sorte, si l’exécution répond à mon dessein que rien ne manquera pour faire de cette nouvelle étude un guide pratique et sûr dans les expertises toujours délicates auxquelles donne lieu l’infanticide.

Janvier 1808.

SUR

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