INFANTICIDE 1JAK EMPOISONNEMENT
d’après Mende, deux cas d’empoisonnements commis par des mères sur leurs nouveau-nés : l’un par l’orpiment, l’autre par du vert-de-gris. Il regarde d’ailleurs ce genre de mort comme fort rare. J’ai vu deux enfants, non plus tout à fait nouveau-nés, mais âgés seulement, l’un de quelques jours, l’autre de quelques semaines, périr en peu d’heures pour avoir teté une éponge qu’on leur avait introduite dans la bouche, imbibée d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique. Tous les tissus atteints par ces liquides avaient été corrodés et détruits. J’en mentionnerai dans le chapitre suivant d’autres exemples imputés à des femmes folles.
Je ne terminerai pas cette étude des genres de mort que l’on observe dans l’infanticide, sans rappeler que je n’ai pas à revenir sur les causes de mort naturelle ou accidentelle qui peuvent saisir l’enfant dans le sein de sa mère ou au moment de sa naissance,, et que j’ai déjà indiquées en parlant des moyens de reconnaître si un enfant nouveau-né est né vivant et a vécu, et en appréciant la valeur de la docimasie pulmonaire, notamment dans les cas, soit de faiblesse congénitale et d’immaturité du nouveau-né, soit de maladies contractées durant la vie intra-utérine et apportées en naissant : la syphilis, la pneumonie, la péritonite, la variole. Ces causes de mort sont manifestement étrangères à l’infanticide.
Si maintenant nous cherchons à résumer l’étude approfondie que nous venons de faire de chacun des modes d’infanticide, nous verrons que la plupart consistent en violences meur.trières, et que beaucoup plus rarement la mort est le résultat d’une négligence plus ou moins volontaire. Le médecin appelé à procéder à l’autopsie d’un nouveau-né doit, avant tout, se proposer pour but de constater à des signes certains la véritable cause de la mort sans se laisser arrêter par une idée préconçue. Ainsi l’hémorrhagie ombilicaje a
DES DIFFÉRENTS GENRES D’iNFANTICIDE.
défrayé longtemps de la manière la plus fâcheuse les conclusions des médecins légistes. On peut consulter à cet égard les registres fort* bien tenus de la Morgue de Paris: il y a vingt-cinq ou trente ans l’hémorrhagie ombilicale se représente à chaque pas comme cause de mort énoncée. On ne trouvait pas de traces apparentes de violences, le cordon n’était pas lié, il n’en fallait pas plus pour admettre la mort par défaut de ligature du cordon. Aujourd’hui, mieux éclairés sur les signes anatomiques, nous reconnaissons dans le plus grand nombre de ces cas la mort par suffocation. Il faut donc pour le nouveau-né aussi bien que pour l’adulte ne conclure au meurtre que lorsqu’on peut en déterminer le genre et en démontrer sur le cadavre les caractères certains.
a quelle époque remonte la mort? — J’ai dit, au commencement de ce chapitre, que l’expert n’avait pas seulement à rechercher la cause de la mort du nouveau-né, mais qu’il devait encore s’attacher à en préciser l’époque. L’intérêt est le môme à cet égard pour l’infanticide que pour le meurtre de l’adulte. 11 y a lieu, en effet, de rattacher autant qu’on peut le faire la date de la mort du nouveau-né à celle de l’accouchement de la femme sur qui pèse le soupçon d’infanticide. Les moyens auxquels doit recourir l’expert en pareil cas sont malheureusement assez bornés. Je serai donc bref sur ce sujet.
J’ai déjà montré comment on pouvait établir combien de temps l’enfant avait pu vivre après sa naissance. C’est d’autre chose qu’il s’agit ici. Il faut trouver des signes propres à mesurer le temps depuis lequel il a cessé de vivre. Or, pour ce qui concerne l’infanticide, il est bien rare que l’expert puisse mettre à profit les signes immédiats de la mort qui lui servent si utilement dans le flagrant délit d’un assassinat. Le cadavre du nouveau-né a