‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 27 sur 113 · ÉPOQUE DE LA MORT · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LA MORT

pu être dissimulé plus ou moins longtemps, des semaines, des mois, parfois des années. On ne peut interroger l’estomac pour y trouver les traces du dernier repas et constater le nombre d’heures qui l’ont séparé de la mort. On n’a, en réalité, pour se guider que les diverses phases de la décomposition putride. Il est donc important de faire connaître les différences qui existent à cet égard entre l’aclulte et le nouveau-né.

D’une manière générale, on peut dire que la putréfaction marche beaucoup plus vite sur le cadavre du second que sur le premier. Mais il est impossible de circonscrire les changements qu’ils subissent dans des limites fixes. Il faut donc se borner à comparer l’influence des différents milieux.

La décomposition qui s’opère à l’air est la plus rapide de toutes. Pour peu que la température soit élevée, on voit se produire une énorme quantité de larves qui dévorent en quelques jours le petit cadavre. Il se produit un développement énorme de la tête et des parties supérieures qui se fait à peine attendre ; et si l’air est humide et la température élevée, en quelques jours la décomposition est complète.

Le milieu dans lequel elle s’accomplit le plus vite après l’air, c’est le fumier où dans les campagnes il n’est pas rare de trouver enfouis les cadavres de nouveau-nés et où la putréfaction est plus active que dans l’eau, dans les fosses d’aisances et dans la terre. Plus le corps sera profondément enfoncé dans le fumier, plus la décomposition sera rapide et complète ; et l’on voit s’y produire en quelques semaines la transformation en gras de cadavre.

J’ai trop longuement parlé de l’immersion dans les fosses d’aisances pour revenir sur la manière dont la décomposition s’y opère. Je me borne à rappeler que les cadavres de nouveau-nés qu’on y plonge y résistent d’une façon surprenante. J’en ai vu retirés après trois’ ou quatre mois, qui

202 DES DIFFÉRENTS GENRES D’iNFANTICIDE.

avaient pris un aspect crétacé ; c'était une sorte de masse blanchâtre ressemblant à du plâtre qu’on aurait brassée avec des matières fécales, infecte et repoussante, mais très-solide. Ces caractères ne sont pas insignifiants; car on sait combien il est fréquent de trouver des cadavres de nouveau-nés dans les fosses d'aisances.

On a vu, à l’occasion de la combustion des nouveau-nés, la momification qui pouvait résulter de l'exposition prolongée du cadavre à une haute température. Un fait extrêmement curieux cité par M. le docteur Bergeret, d'Arbois (1), a montré quelle lumière inattendue un esprit sagace peut faire jaillir de circonstances ingénieusement commentées. Au mois de mars 1850, on découvrait le cadavre d’un enfant nouveau-né dans une cheminée où il s’était momifié sous l’influence d’un milieu chaud et sec. Pendant les trois années précédentes, quatre locataires s'étaient succédé dans cette chambre ; le plus ancien y avait séjourné quatre ans. La taille, la présence du point osseux établissaient que l’enfant était né à terme. Les organes intérieurs avaient disparu, dévorés par des larves d'insectes sortis de nymphes dont on retrouvait les coques dans les cavités splanchniques. Dans l’épaisseur des muscles, il existait des larves ou vers blancs vivants. Il était important de déterminer l’époque de la mort, afin de pouvoir rapporter le crime au temps de l’occupation de l’un des quatre locataires successifs. M. Bergeret mit très-heureusement à profit pour cette détermination la présence et le développement des insectes : d’une part, des coques vides, deux seulement renfermaient des mouches mortes; de l’autre, des larves vivantes. Il était évident que deux générations d'insectes, représentant deux révolutions annuelles, s’étaient succédé dans le corps de cet

(1) Bergeret (d’Arbois), Infanticide. Momification naturelle du cadavre {Ann. d’hyg. et de méd. lég., 1855, 2e série, t. IY, p. 442).

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