CHAPITRE Y
DES CONDITIONS PHYSIQUES ET MORALES DANS LESQUELLES SE PRÉSENTE LA FEMME ACCUSÉE D’iNFANTICIDE.
L'histoire de l’infanticide serait incomplète et l’on n’aurait qu'une idée insuffisante de l’expertise médico-légale en cette matière, si l’on négligeait les conditions physiques et morales dans lesquelles se présente la femme accusée d’infanticide. En effet, l’examen de la femme tient une place considérable dans la mission confiée à l’expert, et ainsi que je l'ai dit au commencement de cette élude, il est d’une extrême importance d’établir sur des preuves certaines et que le médecin seul peut mettre en lumière, les diverses circonstances relatives à la femme qui est supposée avoir tué son enfant. Les questions nombreuses et délicates qui s’y rattachent demandent donc de notre part une attention toute spéciale.
S’il est impossible de prévoir toutes celles qui peuvent surgir dans les hasards d’une procédure ou d’un débat criminel, et par conséquent de donner d’avance et d’une manière générale des solutions assurées, on peut les diviser en trois groupes principaux comprenant chacun un ordre de faits distincts.
Le premier se rapporte à l’identité de l’accusée : il y a lieu d'établir par le fait et par la date de l'accouchement, que la femme inculpée est ou peut être la mère de l’enfant mis à mort. Le second embrasse toutes les particularités qui, dans le cours de la grossesse ou durant le travail de l'accouchement, peuvent être relevées dans l’intérêt de la défense ou de l'accusation. Dans le dernier groupe de questions se placent les questions relatives à l’état physique et moral de la femme après l'accouchement, et à l’influence
que cet état peut exercer sur ses actes. Il y a là, comme on le voit, un champ d’observations et de recherches extrêmement vaste et souvent hérissé de difficultés d’autant plus redoutables, que l’expert ne doit compter pour les éviter que sur son expérience, et qu’il court risque de se heurter trop souvent contre des faits dénaturés et de fausses allégations. Je demande donc la permission d’entrer dans tous les développements que nécessite chacune des questions dont il s’agit.
Constatation du fait et de la date de l’accouchement. —
La première chose à faire lorsqu’une femme est soupçonnée du crime d’infanticide est de constater si elle est réellement accouchée , et dans le cas de l’affirmative, à quelle époque remonte son accouchement, ou pour mieux dire si cette époque répond à celle de la naissance de l’enfant dont on a retrouvé le cadavre. Je n’ai pas besoin d’insister sur la nécessité d’une visite complète à laquelle la femme innocente ou coupable ne se refuse d’ailleurs jamais.
La constatation du fait de l’accouchement dans l’infanticide n’offre pas, en général, de grandes difficultés, par la raison qu’elle a lieu le plus souvent dans un délai assez court après la délivrance, et que l’expert n’a alors à reconnaître que les traces ordinairement évidentes d’un accouchement récent. Dans quelques cas cependant, lorsque l’infanticide n’a été découvert que tardivement, il y a à rechercher les signes beaucoup moins tranchés, parfois même effacés, d’un accouchement éloigné, ou même trèsancien.
Ordinairement, la femme inculpée est en état d’arrestation et les constatations n’ont rien de très -délicat. Mais quelquefois c’est sur un simple soupçon, sur une dénonciation, que le médecin est appelé à procéder à la visite, et il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir à aborder à cet effet des
femmes placées dans des conditions sociales assez élevées, qui avaient été dénoncées comme étant accouchées clandestinement et ayant tué leur enfant. L'examen, accepté le plus souvent avec empressement, me montrait qu’il n’y avait pas la moindre trace .d’accouchement, soit récent, soit ancien. Et devant ce résultat négatif nettement formulé toute poursuite s’arrêtait. Je rappelle que si par impossible une femme §e refusait à la visite, l’expert, sans jamais employer aucune contrainte, doit se contenter de prendre acte de la résistance et se retirer en se gardant bien de rien conclure au point de vue de l’accouchement s’il n’a pas procédé à une visite complète. Et par visite complète, on doit entendre ici l’examen direct de la paroi abdominale, des organes sexuels tant externes qu'internes et des seins. Ce n'est en effet que sur l'ensemble des caractères et non sur tel ou tel signe que l’on doit fonder ses conclusions; car si, dans l'immense majorité des cas, la constatation est facile, il peut arriver que l’on s’abuse par un examen trop superficiel.
La peau du ventre, sur laquelle portera la première inspection, se montre pendant les trois ou quatre jours qui suivent la délivrance complètement plissée et comme froissée dans toute son étendue. En écartant ces plis on découvre une ligne brune qui s'étend de l'ombilic au pubis, d’autant plus foncée que la femme est plus brune, mais d'autant plus caractéristique qu’on la voit même chez les femmes blondes chez qui la matière pigmentaire est peu développée. D’autre part on voit dans le fond des plis de la paroi abdominale, de larges éraillures de teinte rouge violacée obliquement dirigées le long des lianes et dépassant parfois le pli des
aines.
La peau revient sur elle-même lentement mais en conservant toujours une certaine laxité ; et en même temps les éraillures se rétrécissent et perdent leur coloration violacée pour devenir d’un blanc nacré. Ces changements exigent plu-
sieurs semaines, quelquefois plusieurs mois, pour se produire; et l’on peut reconnaître, même chez une femme qui a eu plusieurs enfants, la date récente du dernier accouchement, à la teinte rouge des éraillures les plus nouvelles qui tranchent au milieu des lignes blanches provenant d’accouchements antérieurs. Ce signe n’a cependant qu’une valeur relative. Car d’un côté il peut faire complètement défaut : chez des femmes petites, jeunes, à peau très-élastique, la grossesse peut ne laisser aucune trace à l’extérieur; et d’un autre côté le plissement et l’érailluredc la paroi abdominale peuvent être produits par d’autres causes que la gestation. Les seules variations de l’embonpoint chez de très-jeunes filles de constitution lymphatique et molle; des hydropisies anasarque et ascite que l’aménorrhée ou la suppression des règles déterminent parfois à l'âge de la puberté ou que certains états morbides provoquent même chez l’homme, peuvent s’accompagner du plissement de la peau du ventre. Mais dans ces cas, le relâchement et les éraiL lures du tégument externe se montrent en même temps sur les cuisses, sur les hanches, sur les reins et quelquefois sur les parties supérieures delà poitrine et des bras. J’en ai vu de nombreux exemples et il n’est pas de praticien qui n’en puisse citer. Il faut donc que le médecin légiste se montre très-circonspect dans l’appréciation de ce signe.
J’attache beaucoup plus d’importance aux données fournies par l’examen des organes génitaux. Deux signes notamment méritent une grande confiance au point de vue de la constatation de l’accouchement non-seulement tout récent mais encore datantde plusieurs semaines : c’est, d’une part, l’écoulement particulier qui se fai t par les parties externes après la délivrance et qui se prolonge pendant un certain temps; et, d’une autre part, la diminution graduelle du volume et les changements régressifs qui se produisent dans le corps et le col de l’utérus à partir de l’accouchement. Ce
208 conditions que présente la femme accusée.
double phénomène a été l’objet d’une étude si minutieuse, si précise, si complète, de la part de M. le docteur Wieland, que je ne crois pouvoir mieux faire que d’emprunter à son excellente thèse une description qui nulle part n’a été mieux faite et dont ma propre expérience m’a démontré la parfaite exactitude (1) :
« La délivrance opérée, il s’échappe du vagin une certaine quantité de caillots et de sang. Pendant un court moment après cette expulsion en masse, à peine s’en écoulet-il quelques gouttes ; puis alors un nouveau suintement, dont la nature, sanguine d’abord, se modifie ensuite, s’établit et se continue pendant un temps variable. C’est à ces matières qu’on a donné le nom de lochies. Pendant les vingt ou vingt-quatre heures qui suivent la délivrance, il ne s’écoule des parties génitales que du sang presque pur, qui provient des vaisseaux utéro-placentaires, de quelques vaisseaux déchirés à la surface de l’utérus, des déchirures que le passage de la tête a déterminées au col, et de quelques érailluresde la muqueuse vaginale. Après ce temps, l’écoulement sanguin perd de sa consistance, il devient plus ténu ; il n’y a que du sérum teint de sang, en assez grande quantité encore, ce qui tient à la dissolution des caillots qui tapissent les parois utérines. Cet écoulement continue pendant un ou deux jours.
» Du cinquième au sixième jour, le sang est mélangé ; le liquide est plus séreux, il entraîne quelquefois avec lui des minimes parcelles de la caduque qui étaient restées adhérentes à la muqueuse nouvelle, et de la sérotine qui commence à s’exfolier. L'écoulement perd chaque jour de sa coloration brunâtre, et, vers le huitième jour, il est constitué par un liquide blanchâtre, lactescent, offrant la consis-
(1) A. Wieland, Étude sur révolution de l'utérus pendant la grossesse et sur le retour de cet organe à l'état normal après V accouchement, thèse de Paris, 1858, n° 305.
SIGNES ET DATE DE l’aCCOUCBEMENT. 209
tance du mucus. La durée de cet écoulement chez la femme bien portante est très-variable; elle oscille entre quinze jours et trois semaines. » Les lochies ont, comme on le sait, une odeur spéciale dont l’intensité varie.
Quant à la diminution de volume de l'utérus après l’accouchement et au retour de cet organe à l’état normal, il s’opère d’une façon assez régulière pour que l’expert puisse, d’après les dimensions de la matrice, mesurer le temps qui s’est écoulé depuis ^accouchement. On a peine h se rendre compte des divergences qui se sont produites à cet égard parmi les auteurs. Ce temps varie pour eux entre trente et soixante jours. Quelques-uns même par une erreur évidente l’ont renfermé dans des limites beaucoup plus restreintes. Je suivrai encore sur ce point M. Wieland, dont les observations offrent toutes les garanties de précision désirables.
Si l’on prend la moyenne du développement de l’utérus au moment du travail, on trouve que a l’organe s’élevait en général au-dessus du pubis de 20 à 22 centimètres, et avait, dans le sens transversal, de 16 à 18 centimètres. Aussitôt après l’expulsion des caillots qui suivent la sortie du placenta, l’utérus, devenu sphéroïde, dur, résistant, est contracté; il ne présente plus que 11 à 12 centimètres dans le sens vertical, et 9 à 10 dans le sens transversal. Au bout d’une demi-heure, et pendant les quelques heures qui suivent l’accouchement, le volume augmente un peu (diamètre vertical, 13 à \U centimètres; diamètre transversal, 11 à 12 centimètres); mais à partir de ce moment il diminue graduellement, et à peu de chose près d’une manière égale. Le deuxième jour, on trouve que ses diamètres ont diminué de 1 centimètre à 1 centimètre et demi; le vertical est souvent alors un peu plus petit que le transversal. Le troisième jour, dans la plupart des cas, il n’y a pas de changements notables, excepté chez les femmes qui ont eu, dans l’inter-
A. tardiru. — Infanticide. 14
valle des deux examens, de fortes tranchées utérines et un écoulement lochial abondant au moment de la contraction. J’ai observé que jusqu'au troisième jour et demi, le volume du globe utérin restait stationnaire^ et pendant ce temps il paraissait plus mou et moins arrondi; cette inaction coïncidait toujours avec l’apparition de la fluxion mammaire. Dès la fin du quatrième jour, la rétrocession se poursuit d’une façon régulière et continue. La distance qui sépare l’utérus de la symphyse pubienne varie entre 6 et 7 centimètres; ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels qu’elle est moindre. Pendant chacun des jours suivants, la différence constatée oscille entre un demi-centimètre et un centimètre. Le sixième jour, on trouve l’utérus dur, la face antérieure est moins convexe, il s’élève au-dessus du détroit supérieur de U ou 5 centimètres. Ce n’est que le dixième jour en général, quelquefois le onzième, qu’il a disparu derrière la symphyse pubienne ; mais encore à ce moment, si les parois abdominales sont minces ou éraillées sur la ligne médiane, on peut, en recourbant les doigs en crochet, sentir le fond de l’utérus qui est descendu dans l’excavation pelvienne.
« Chez les primipares, la disparition de l'organe derrière la symphyse pubienne a lieu un peu plus rapidement que chez les multipares. Mais la différence n’est pas tout à fait aussi considérable que celle qu’indique M. Cazeaux, Chez les multipares que j’ai observées au point de vue qui nous occupe, c'était le treizième jour environ que l'utérus n’était plus senti dans l’aire du détroit supérieur; c’était le dixième en général chez les primipares. Je dois ajouter que pour ces dernières, les parois abdominales ne présentent que rarement des conditions aussi favorables à l’exploration que chez les premières.
» Il se présente certains faits cependant qui ne rentrent pas dans le tableau que je viens de tracer du retrait utérin :
la matrice en effet, sans cause aucune, reste volumineuse beaucoup plus longtemps, et quelquefois, comme je le dirai, assez pour constituer une véritable maladie. Je n’ai jamais vu les choses arriver à ce point; mais j’ai vu des utérus dont le retrait derrière les pubis n’avait lieu qu’au bout de dix-huit, vingt, et une fois même vingt-deux jours, sans qu’aucun accident soit venu troubler la santé générale de ces femmes (elles étaient seulement sujettes à des écoulements leucorrhéiques).
« Je n’ai jamais vu un seul cas dans lequel l’utérus n’était plus accessible à la palpation dès le quatrième jour. Pendanttout ce temps, la matrice, qui, dans la majorité des cas (79 sur 100 j, est située à droite, tend à revenir vers la ligne médiane.
» Il s’en faut de beaucoup encore, quoique la main n’atteigne plus l’organe par la paroi abdominale, que l’utérus ait repris ses conditions primitives ; le toucher vaginal, rectal, nous permettra seul d’apprécier l’état dans lequel il se trouve.
» La laxité des ligaments, la mobilité dont il jouit encore, la diminution du volume, lui ont permis de céder à l’action de la pesanteur; il s’enfonce dans l’excavation; on constate que son segment inférieur, encore très-développé (il a approximativement de h à 5 centimètres de diamètre), a déprimé le cul-de-sac vaginal ; le col est situé plus bas dans le vagin ; par le rectum on sent encore sa face postérieure dure, convexe, offrant des dimensions considérables qu’on ne peut évaluer qu’à peu près ; à ce moment, la résorption paraît se faire beaucoup plus lentement. En effet, ce n’est que huit ou dix jours plus tard qu’on peut constater une différence sensible; le volume a légèrement diminué, l’utérus déprime moins le cul-de-sac vaginal, il est moins mobile. Enfin, chez les femmes que j’ai examinées trois mois après l’accouchement, les conditions primitives, situation, forme,
212 CONDITIONS QUE PRESENTE LA FEMME ACÔésÉE.
direction, consistance, mobilité, semblaient s’ôtre rétablies, le volume m'a toujours paru un peu plus considérable.
» Jamais l'utérus n’était revenu complètement a son état antérieur à la sixième semaine ni au deuxième mois ; je n’ai pas eu l’occasion d’observer des femmes entre le deuxième et le troisième mois. Je ne parle pas du retour des fonctions normales de l’utérus ; il m’aurait fallu plus de temps, et j’aurais dû observer, en même temps que des nourrices, des femmes qui n’allaitassent pas, et à la Maternité on ne garde pendant un temps assez long, que celles qui veulent et peuvent prendre un nourrisson.
» Aussitôt après l’expulsion de l’enfant, le col prend une certaine longueur; l’orifice interne, par la rétraction des libres qui l’entourent et la reformation des colonnes de vie qui avaient disparu pendant la dilatation, se ferme presque complètement ; cependant il n’offre pas une grande résistance, il cède facilement devant le placenta et les caillots qui sont chassés quelques instants après l’accouchement. C’est à partir de ce moment que nous allons étudier le retour du col à l’état primitif. M. Négrier (1), dans la description qu’il donne du col de l’utérus revenant « à son état normal de repos », décrit à part l’état du col chez la femme primipare et chez la femme multipare; mais, sauf quelques petites nuances qui n’exigent pas qu’on fasse deux tableaux des modifications consécutives à l’accouchement, je crois, d’après ce que j’ai observé, qu’on peut rapprocher en une seule les deux descriptions, en indiquant, chemin faisant, les traits peu saillants qui les distinguent. Les résultats que je consigne ci-dessous ont été observés jour par jour; ils me paraissent vrais dans la grande majorité des cas, et se
(1) Négrier, Recherches [et considérations sur la constitution et les fonctions du col de l’utérus , 18AG.
trouvent, à peu de chose près, en accord avec ceux que M. Négrier a donnés dans son mémoire.
» Si l’on touche une femme qui vient d’accoucher, le doigt arrive facilement jusqu’à l’orifice interne qui est entr’ouvert et admet sans difficulté l’extrémité de l’index; il présente tout au plus un diamètre de 2 centimètres, même chez les multipares. M. Négrier a un peu exagéré ses dimensions, en accordant, chez la femme primipare, un diamètre de 3 centimètres à l’orifice supérieur qui, selon lui, serait plus dilaté encore chez la femme multipare; c’est à ce moment qu’on peut aisément constater que ce qu’on appelle communément l’orifice supérieur n’est pas un simple resserrement annulaire, mais qu’il mérite mieux le nom d’isthme de Putérus que lui a donné Calza.
» M. Guyon, après de nombreuxexamens anatomiques, a noté cette disposition sur les utérus en vacuité (1). Chez la femme nouvellement accouchée, l’orifice est bordé par un bourrelet qui a 8 ou 10 millimètres de hauteur; il est lisse et épais, un peu plus chez la femme multipare que chez la primipare. L’orifice est encore alors très-dilatable, et, sous des efforts modérés, il doit encore céder devant les caillots que l’utérus expulse après la délivrance, et il suffit, lorsque les circonstances l’exigent, d’introduire successivement un, puis deux et trois doigts, pour augmenter les dimensions de l’orifice, au point d’y introduire la main tout entière; j’ai pu constater ce fait en pratiquant moi-meme plusieurs délivrances artificielles. Au-dessous de l’isthme cervico-utérin, le col a repris de la longueur, moins toutefois qu’il n’en a à l’état normal; il mesure environ 15 à 18 millimètres, la portion sous-vaginale en a de 8 à 10, et il s’en faut de beaucoup qu’il ait retrouvé aucun de ses caractères normaux. 11 pend, mou et flasque, autour des bords de l’orifice supérieur, et
(1) Félix Guyon, thèse de doctorat*
21/l CONDITIONS QUE PRÉSENTE LA FEMME ACCUSÉE.
tombe dans le vagin. Je le comparerai assez volontiers, pour sa manière d’être, à la luette, lorsque celle-ci est inactive; au toucher, c’est avec peine qu:on distingue le tissu du coi de celui du vagin. Les parois offrent une épaisseur plus grande à mesure qu’on se rapproche delà partie supérieure; à l’extrémité inférieure, elles sont minces chez les primipares; chez les multipares, ces parois offrent une épaisseur plus grande et à peu près égale dans toute l’étendue du col. Je n’ai que rarement pu aussitôt après l’accouchement, ou même une ou deux heures après, constater les solutions de continuité que détermine sur cette portion de l’utérus le passage de l’enfant; je n’ai jamais observé que le toucher révélât dans le col une sensibilité plus considérable qu’à l’état ordinaire ; dans aucun cas, les attouchements répétés n’y ont provoqué la moindre contraction, le corps de l’utérus seul se modifiait sous l’influence des titillations sur le col. Les parois sont appliquées l’une contre l’autre ; il faut les écarter pour pénétrer dans la cavité cervicale, qui est lisse, molle, tapissée le plus souvent par des caillots que le doigt détache facilement.
)) Vingt-quatre heures plus tard, le diamètre antéro-postérieur de l’orilicc supérieur semble avoir un peu diminué ; quarante-huit ou cinquante heures après l’accouchement, l’état des choses n’a pas notablement changé ; j’ai seulement constaté, comme l’indique M. Négrier, que la muqueuse cervicale offre des plis plus marqués que la veille. Cet arrêt dans la rétraction du col coïncide toujours avec l’état stationnaire momentané du retrait du corps de l’utérus; mais au quatrième jour on constate les changements suivants: la longueur totale du col a sensiblement diminué, la portion intra-vaginalc n’a plus que à à 5 millimètres environ ; la consistance s’est aussi modifiée; elle est inégale; on sent entre la muqueuse qui tapisse la surface externe, et qui est un peu boursouflée, et la muqueuse assez épaisse qui tapisse
la cavité du col, une surface donl la densité plus grande est due à la rétraction des libres musculaires, et alors on sent manifestement par le toucher que les muqueuses qui n’ont pas suivi le mouvement de retrait peuvent glisser dans des limites très-restreintes sur le plan musculaire. La membrane interne n’offre plus seulement les plis verticaux, dont le nombre a augmenté ; elle s’est aussi froncée circulaire^ment; les plis obliques de l’arbre de vie, que la distension excessive des orifices avait fait disparaître pour quelque temps, sont nettement appréciés. Ces plicatures en divers sens de la muqueuse, qui alors remplit pour ainsi dire toute lacavité du col, font sentir, lorsque le doigt est introduit, une surface comme tomenteuse et inégale, et font paraître le revêtement interne du col utérin plus épais qu’il n’est réellement. L’orifice interne est plus étroit, les bords en sont moins épais et présentent un peu moins de hauteur ; son diamètre n’a pas plus d’un centimètre en général. L’orifice externe est le plus souvent allongé transversalement et dirigé à gauche; il a de 1 centimètre et demi à 2 centimètres environ dans le sens antéro-postérieur, un peu plus dans le sens transversal ; le bord de l’orifice est nettement dessiné. C’est le quatrième jour et quelquefois un peu plus tôt, chez les femmes primipares ou chez celles qui n’ont encore eu qu’un ou deux enfants, qu’on peut bien sentir les solutions de continuité qui divisent le bord de l’orifice inférieur et se prolongent ordinairement jusqu’à l’insertion du vagin, rarement plus haut.
» A mesure qu’on s’éloignede l’époque del’accouchement, on observe que l’orifice supérieur continue à se rétrécir, est moins facilement accessible, à cause de la consistance plus grande des parois du col, qui continuent à se rapprocher, et c’est à la partie supérieure surtout que ces modifications sont plus marquées. Souvent, du huitième au dixième jour, le doigt n’arrive pas jusqu’à l’orifice supérieur ; avec quel-
ques efforts, on y parvient cependant; le plus souvent, il admet alors à peine l’extrémité de l’index. C’est vers le cinquième ou le sixième jour que quelquefois les lèvres du col serenversent etlui donnentlaforme indiquée par M. Négrier; ce renversement disparaît assez rapidement. L’orifice inférieur reste entr’ouvert jusqu’au douzième, quelquefois jusqu’au quinzième jour, et il peut arriver qu’à cette époque, les déchirures ne soient pas encore cicatrisées dans toute leur étendue.
a C’est toujours à la partie inférieure que se termine le travail de réparation; cependant, le plus généralement, la cicatrice est faite au huitième jour. Au douzième jour, dans sa moitié inférieure, le col n’a pas acquis toute sa consistance, il est plus mou, circonstance qui permet encore, à cette époque, l’introduction de l’index jusqu’à la racine de l’ongle. Du vingt-cinquième au trentième jour, le museau de tanche offre la forme cylindrique, qu’il conservera plus tard ; il a encore alors un peu plus de volume qu’il n’en conservera. L’orifice externe est transversal, irrégulier; ses bords sont déchiquetés, et le toucher fait constater que le tissu est encore un peu plus mou que partout ailleurs au pourtour de l’orifice, et que les lèvres peuvent en être assez facilement écartées. Ce n’est que chez les femmes que j’ai examinées dix ou onze semaines après l’accouchement, que j’ai rencontré le col tel qu’on le trouve normalement chez les femmes multipares; il avait une longueur de 20 à 25 millimètres, quelquefois un peu moins; il était cylindrique, d’une consistance égale, l’orifice était fermé; chez une seule, je l’ai trouvé entr’ouvert, mais elle avait au pourtour une petite ulcération qui pénétrait dans la cavité du col.
» Ce n’est donc, d’après ce que je viens de dire, que soixante et dix ou quatre-vingts jours après l’accouchement que l’organe de la gestation est ce qu’il a été ou ce qu’il doit
être, jusqu’à ce qu’une nouvelle grossesse vienne y apporter la série des modifications dont j’ai essayé de donner une description aussi fidèle que possible. »
L 'état des seins peut aussi ajouter des signes de quelque valeur à ceux que je viens de passer en revue, leur développement, leur dureté, la teinte plus foncée et parfois presque noire de l’aréole qui entoure le mamelon, la présence du lait ou, pour mieux dire, du colostrum qui s’écoule à la pression, caractérisent l’accouchement récent. Plus tard, même quand la femme n’a pas allaité, on peut encore tardivement retrouver du lait et constater des éraillures à la peau et la persistance de la coloration brune de l’aréole, qui permettent de reconnaître que la femme a eu un ou plusieurs enfants. Il s’en faut cependant que ces signes soient constants. Certaines femmes, par un privilège rare., après avoir été mères plusieurs fois, ne présentent pas autour du mamelon le moindre dépôt de matière pigmentaire et conservent, à cet égard, une apparence virginale.
Je n’ai autant insisté sur ces divers signes de l’accouchement que parce que, malgré tout, la constatation de ce fait offre souvent une difficulté réelle; et que ce n’est pas trop de l’ensemble de ces caractères et de toute l’attention d’un médecin expérimenté pour se prononcer avec certitude sur la question de savoir si une femme est accouchée. La détermination de l’époque complique le problème. Mais il faut bien prendre garde que l’on ne doit jamais la fixer d’une manière absolue, à moins qu’il ne s’agisse d’une délivrance toute récente. Il suffit que l’expert démontre que la date de l’accouchement de la femme inculpée peut coïncider avec l’époque de la naissance de l’enfant dont le cadavre lui est représenté, et qu’une relation peut être établie entre la maternité de l’une et le meurtre de l’autre. La justice fera le reste,
Iles circonstances relatives à ia grossesse et » l’aceou-
chement. — Dans l’immense majorité des infanticides, la grossesse a été dissimulée avec soin et l’accouchement s’est opéré clandestinement; aussi toutes les circonstances qui s’y rapportent restent enveloppées de mystère, et l’expert chargé de les apprécier n’a, pour s’éclairer, que les déclarations de la mère accusée, c’est-à-dire des allégations trop intéressées pour n’êtrepas bien souvent arrangées suivant les nécessités de la défense, ou même absolument fausses. il faut, dans ces cas, que le médecin légiste s’attende aux inventions les plus grossières, aux théories les plus chimériques, dont il semble qu’il pourrait laisser le ridicule faire justice, mais qu’il doit cependant discuter et réfuter sérieusement, même lorsqu’elles sont le moins sérieuses. Que de fois il lui arrivera d’entendre soutenir que la femme a ignoré sa grossesse, qu’elle ne se savait pas enceinte, qu’elle est accouchée sans le savoir. Ce sont là autant de questions qui se produisent au grand jour de la Cour d’assises, et auxquelles il faut être préparé.
La femme a-t-elle pu ignorer sa grossesse?— V une des charges qui frappent le plus l’esprit des jurés dans toute accusation d’infanticide, c’est le fait de la part de la mère d’avoir dissimulé sa grossesse et de n’avoir rien préparé pour recevoir son enfant. De là l’empressement avec lequel la plupart des accusées cherchent à se disculper de ce reproche en alléguant qu’elles ne se savaient pas enceintes. Si l’on devait résoudre la question d’une manière abstraite et dire si, oui ou non, une femme peut ignorer sa grosssesse, on risquerait de se tromper bien souvent et d’égarer la justice. Il faut se défier en médecine légale desfaits exceptionnels et des possibilités. On doit juger chaque cas particulier d’après les conditions propres dans lesquelles il se présente.
Une considération importante et de nature à fixer l’attention avant toute autre, c’est de savoir si la femme a déjà eu