LA FEMME A-T-ELLE PU IGNORER SA GROSSESSE
des enfants ou si elle est primipare. Dans le premier cas, à moins de maladie constatée, il est difficile d’admettre qu’elle ait pu se tromper sur les premiers signes de la grossesse, et à plus forte raison sur les avant-coureurs de l’accouchcment. La femme, il est vrai, ne manque pas de dire qu’il y avait un dérangement dans sa santé, et elle attribue l’ignorance où elle est restée à une suspension des règles ou à une irrégularité habituelle de ce côté. Mais si la suppression des menstrues a pu ne pas la surprendre, elle n’a pu se méprendre aux phénomènes qui se montrent plus tard, notamment aux mouvements de l’enfant qu’il suffit d’avoir sentis une fois pour ne jamais les méconnaître. Mais certaines femmes ne craignent pas de dire qu’elles n’ont jamais senti remuer leur enfant ; l’expérience unanime des accoucheurs s’élève contre cette assertion. Si des états pathologiques divers peuvent, en l’ahsence de toute grossesse, simuler les mouvements d’un fœtus, dans les conditions normales, la présence de l’enfant est toujours accompagnée de mouvements qui peuvent se montrer plus ou moins tardivement, <pii peuvent être plus ou moins énergiques, plus ou moins fréquents, mais qui, toujours à un certain moment, seront perçus par la femme enceinte.
Si celle-ci est. primipare, il est très-certain qu’on peut, jusqu’à un certain point, se montrer moins absolu et ne pas lui refuser le bénéfice de circonstances exceptionnelles qui lui auraient permis d’ignorer complètement sa grossesse ; cependant une jeune fille, si innocente qu’on la supposedu fait de la conception, doit se préoccuper des modifications physiques qui raccompagnent. Laissons de côté l’hypothèse d’un trouble ordinaire de la santé; admettons, comme on doit le faire dans la réalité, qu’elle est réglée comme le sont toutes les femmes, la disparition et la suppression prolongées des règles durant plusieurs mois de suite, doivent lui être à la fois un avertissement et un sujet d’alarme.
Les questions relatives à l'irrégularité des menstrues, à la possibilité de leur apparition pendant un temps ou même pendant toute la durée de la grossesse, donnent souvent lieu à des discussions scientifiques qui se mêlent auxdébats judiciaires. On en trouvera un exemple curieux et instructif dans l’affaire Lemoine, dont je rapporterai plus loin les détails. J’engage à rechercher, dans cette relation, les renseignements qu'adonnés sur ce point, avec toute l’autorité qui lui appartient, M. Danyau, le savant professeur de la Maternité. C’est surtout sur le terme de la grossesse, sur l’époque à laquelle elle est parvenue, que beaucoup de femmes cherchent à donner le change, et que peuvent se produire les calculs les plus compliqués touchant la date de la suppression.
Si l’on ajoute la déformation de la taille, le développement du ventre, l’augmentation de volume des seins, l’apparition souvent précoce de la sécrétion lactée, les mouvements d'abord peu sensibles, mais de plus en plus accusés, de l’enfant, en voilà certes plus qu’il n'en faut pour qu’une femme primipare s'aperçoive qu'il se passe en elle quelque chose d'insolite, et il y a lieu de s’élonner si elle ne s’est confiée et n'a demandé conseil à personne.
Malgré tout et si rares, si exceptionnels qu’ils soient, il reste un certain nombre de faits parfaitement avérés et positifs dans lesquels des femmes sont arrivées au moment de la délivrance sans se douter qu’elles étaient enceintes. Mais, chose remarquable et bien utile à relever ici, ce n’est pas chez des jeunes filles primipares que ces faits se produisent, c’est plutôt chez des femmes parvenues à l'âge où elles peuvent se croire délivrées des chances de la maternité et qu’une suppression des règles n’a pas lieu de surprendre. J’en connais un exemple des plus frappants observé dans des conditions sociales et dans des circonstances faites pour éloigner tout soupçon, et dans lequel l’erreur entretenue par