ÉTAT MENTAL DE LA FEMME APRES L’ACCOUCHEMENT
des filles irresponsables, .remprunte au livre de Marcé (1) les faits suivants, qui appartiennent manifestement à cette catégorie et qui appellent toute l’attention du médecin légiste. Il y joint d’ailleurs quelques préceptes excellents et tout à fait pratiques.
(( Le docteur Barbier (d’Amiens) a communiqué à l’Académie de médecine un fait qui a eu un grand retentissement, et qu’Esquirol cite en détail dans son ouvrage (2). Il s’agit d’une femme nommée Marguerite Molliens, sujette à divers accidents nerveux, qui, cinq jours après son accouchement, ayant été vivement impressionnée par l’histoire de la fille Cornier, qu’on avait racontée devant elle, fut prise d’une impulsion irrésistible qui la portait à tuer son enfant. Un jour, elle sent son bras se porter involontairement vers un couteau, et se met à crier au secours; on accourt, elle se calme et avoue en pleurant l’impulsion qui la domine. La malade entra à l’Hôtel-Dieu d’Amiens; au bout de six semaines d’un traitement convenable, elle était assez bien rétablie pour pouvoir entrer comme domestique dans une maison; depuis, sa guérison ne s’est pas démentie.
» Le docteur Miehu (3) a donné l’histoire d’une femme de la campagne, accouchée depuis dixqours de son premier enfant, qui, subitement, en jetant les yeux sur lui, se sentit agitée du désir de l’égorgement. Cette idée la fit frémir, elle sortit aussitôt pour se soustraire à ce funeste penchant. Rentrée chez elle, elle éprouva la même impression. Alors elle s’éloigna de nouveau, se rendit à l’église, puis chez le curé, auquel elle conlia tout ; ce dernier l’adressa à un médecin qui lui donna les soins convenables; au bout de huit jours, la malade était revenue à des dispositions plus heu-
(1) Marcé, loc. cit . , p. 300.
(2) Esquirol, Des maladies mentales , t, II, p. 825.
fv3) Esquirol, t, II, p. 808, et J. L. Michu, Discussion médico-légale sur la monomanie homicide. Paris, 1826.
23b CONDITIONS QUE PRÉSENTE LA FEMME ACCUSÉE.
reuses : elle vit son enfant, mais on jugea convenable de le laisser avec sa nourrice.
» Le médecin légiste, lorsqu'il sera appelé à donner son avis dans un cas de cette nature, devra procéder à l’examen de l'état mental du sujet, sans tenir aucun compte de l’accouchement récent; il devra chercher si, dans les antécédents de l’accusée, dans les circonstances qui ont accompagné le crime, il se trouve des traces manifestes d’une impulsion irrésistible, ou d'une idée délirante qui a pu modifier sa liberté morale et lui enlever la responsabilité de ses actes. Comme modèle de la manière de procéder en semblable circonstance, je citerai un mémoire rédigé par Cazauvieilh (1), à propos d'une femme qui, deux jours après son accouchement, empoisonna son enfant en lui faisant avaler de l’acide sulfurique, pendant l'absence de sa nourrice et de son mari. Rien dans les antécédents de cette malade, rien dans les circonstances qui ont précédé ou accompagné le crime, ne pouvait faire croire à un délire même momentané; le crime n'était chez cette malade, comme chez tant d'autres, que le résultat d’un faux calcul. »
On peut joindre aux faits qui précèdent une observation fort ancienne et très-curieuse, que Calmeil rapporte dans son livre, œuvre magistrale d’érudition et d’observation, qui couronne une vie vouée tout entière à la science de l'aliénation et au soulagement des aliénés.
« La femme de George Wedering (deHalberstadt), âgée de vingt-quatre ans, modeste et vertueuse, étant accouchée, le vingt-cinquième jour de novembre 1557, d’une fdle baptisée le lendemain, ne se trouva point en son lit. La servante, voyant pleurer l’enfant, vint au lit cuidant y trouver sa maîtresse et l’éveiller. Étonnée de l'absence, elle court éveiller
(1) Cazauvieilh, Ann. d’hyg . et de méd. lég.} lre série. Paris, 1836, t. XVI, p. 121.