‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 37 sur 113 · ETAT MENTAL DE LA FEMME A PRÈS L’ACCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

ETAT MENTAL DE LA FEMME A PRÈS L’ACCOUCHEMENT

son maître, qui, merveilleusement effrayé, prend l’enfant entre ses bras, et cherche la mère par toute la maison. Bien entendent-ils patouiller dedans l’eau du puits, proche de la cave. Là-dessus on entend quelque personne au jardin de l’un d’iceux qui vient heurter à la porte, et lui ayant ouvert, ils virent la pauvre accouchée presque transie de froid, se plaignant d’avoir longtemps trempé au puits, dont faisaient foi ses vêtements tout mouillés. Enquise comment elle était dévallée en ce puits, bien couvert et bien clos, et qui n’avait qu’une petite fenêtre fort étroite, elle n’en savait rendre raison, et n’y avait homme qui pût comprendre comment cela s’était fait.

» Ayant été depuis grièvement malade l’espace de quelques jours, elle commença de se bien porter, tellement que le quatorzième de décembre elle se leva du lit, emmaillota son enfant et se mit à table pour dîner. Gomme la servante fut allée à la cave pour tirer de la bière, elle se remet au lit et s’endort. La servante, de retour, voit la maîtresse dormant, mais le berceau vide. Tout effrayée, elle court au puits, qui lui revient en pensée, et voit l’enfant sur l'eau. La mère dormait comme une femme du tout assoupie. Après la prière faite au pied de son lit, elle ouvre les yeux et commence à dire aux assistants : Pourquoi m’avez-vous éveillée? je jouissais d’un. contentement indicible, j’ai vu mon Sauveur, j’ai ouï les anges. S’estant remise à dormir, an bout de quatre heures elle s’éveille, se souvient de son enfant, et, ne le trouvant pas, s’afflige et se tourmente d’une façon pitoyable (1). »

Je puis citer encore quelques observations qui me sont personnelles et qui, sans être tout à fait des exemples d’infanticides, peuvent cependant en être utilement rapprochées.

(1) Calmeil, De la folie, considérée sous le point de vue pathologique, philosophique , historique et judiciaire, Paris, 1845. 1. 1, p. 200.

Une femme accoucha à l’hôpital Necker. Quelques jours après, elle reçoit de son pays une lettre qui la plonge dans une profonde tristesse; elle devient sombre, et sa mélancolie augmentant elle coupe le cou à son enfant. Le délire lypémaniaque cède après l’accomplissement du meurtre. Mais il n’est pas rare, dans l’histoire de ce genre de folie, de voir ainsi un acte violent déchirer en quelque sorte les voiles qui obscurcissent l’intelligence. L’halluciné qui a obéi à la voix qui l’obsédait, cesse ordinairement de l’entendre. Ce n’est pas là, à proprement parler, un exemple de folie transitoire ni de monomanie homicide passagère.

En Allemagne, on a cité le fait auquel j’ai déjà fait allusion d’une femme qui découpa en morceaux l’enfant qu’elle allaitait, le mit dans une marmite avec du lard et des choux et s’apprêtait à servir à son mari cet horrible mets. Il y a dans la nature même du fait quelque chose qui indique l’aberration mentale. 11 ne s’agit plus en effet de la femme coupant et mutilant le cadavre du nouveau-né pour le faire disparaître. La folie éclate ici, et il n’est pas besoin de recourir à des explications subtiles ou à des exceptions pour faire accepter, même des personnes les plus étrangères à notre art, l’irresponsabilité de ces femmes devenues criminelles sans en avoir conscience.

Je rapporterai un dernier exemple extrêmement curieux, le plus frappant peut-être qu’on puisse rencontrer d’un infanticide commis sous l’influence d’une impulsion morbide, avec toute la sécurité et toute l’indifférence qui caractérisent la folie.

Une étrangère d’une famille princière et d’une merveilleuse beauté, vivait à Paris dans un des grands quartiers de la ville, se prostituant à des laquais, à des gens du plus bas étage. Elle avait été déjà dans son pays natal séquestrée dans une maison de santé; mais elle avait réussi à obtenir sa liberté et était venue se fixer en France avec une fortune

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