‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 45 sur 113 · DE L'EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE · texte numérisé non relu

DE L'EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE

s’accomplit sans péril ,ni pour la femme, ni pour l’enfant. Enlin, dans d’autre cas, on s’en prend à l’ignorance de la mère, à son trouble, à l’oppression de ses forces, à l’égarement de sa raison. J’espère avoir donné au médecin les moyens de faire justice de ces hypothèses si souvent gratuites.

Pour conclure, je dirai à l’expert qui est appelé à discuter devant la cour d’assises et à soutenir les conclusions qu’il a formulées : ne vous laissez pas entraîner hors de la question même qui s’agite dans le débat ; ne vous arrêtez pas aux abstractions, aux théories générales qu’on vous oppose; ramenez la discussion au fait particulier actuellement soumis au jury, et puisez dans le fait même les preuves péremptoires que l’examen anatomique vous aura fournies.

C’est de l’enfant dont vous avez fait l'autopsie qu’il faut parler. Vous constatez qu’il est né vivant, c’est un premier point. Vous établissez pour chaque cas particulier la nature des violences qui ont causé la mort. Que vous reste-t-il à faire? A distinguer avec toute la rigueur possible les signes de la mort violente, des causes de mort naturelle ou accidentelle qu’un procédé banal de la défense cherche à faire prévaloir.

Ce n’est pas à vous qu’il appartient déjuger. Vous ne devez jamais apporter dans une expertise ce mauvais sentiment qui vous pousse à faire de l’accusation votre propre affaire. Vous devez rester indifférent au verdict qui, même quand il est le plus opposé aux données de la science, ne saurait vous atteindre, car il n’émane que de la conscience des jurés, et se fonde plus encore sur des considérations morales que sur des preuves matérielles, les seules qu’il appartienne au médecin légiste d’apporter à la justice.

Il ne me reste qu’à montrer pour ainsi dire l’expert à d’œuvre, en réunissant àlafin decette étude médico-légale sur ’infanticide, un choix de rapports et de consultations em-

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

pruntés à ma longue pratique. Je les grouperai d’après le genre de mort, clans l’ordre que j’ai précédemment suivi.

Infanticide par suffocation.

Observ. I. — Infanticide par suffocation. Occlusion des voies aériennes.

Je donnerai cette première observation dans tous ses détails, afin qu’on prenne une idée aussi complète que possible de la manière dont se présentent les faits d’infanticide.

L’accusée est une fille de vingt-sept ans, qui déclare se nommer Marie-Anastasie, née dans le département de la Marne.

Voici les faits qui résultent de l’instruction : — P. était domestique à Arzillières ; dans les premiers jours de mars 1854 , elle quitta Arzillières dans un état de grossesse très-avancée, mais elle n’en avait fait part à personne : loin de là, lorsqu’on la questionnait sur l’épaisseur de sa taille, elle cherchait à détourner ces soupçons, *et tantôt répondait d’une manière évasive, tantôt affirmait qu’elle n’était pas enceinte.

D’ Arzillières, la tille P. vint à Paris et, presque aussitôt son arrivée, elle entra comme domestique chez les époux Mercier, marchands plumassiers, rue Saint-Sauveur, 5, pour remplacer momentanément leur propre domestique absente. Dès les premiers jours, la dame Mercier crut s’apercevoir que la fille P. était enceinte; elle fit part de ses conjectures à son mari, mais, par un sentiment de délicatesse louable, elle n’osa pas déclarer ses soupçons à celle qui en était l’objet, dans la crainte de l’humiiier s’ils n’étaient pas fondés.

Cependant, le 24 mars, la fille P., souffrante d’un rhume, était restée dans son lit; la dame Mercier voulut la faire expliquer nettement sur sa position. Elle lui demanda, à plusieurs reprises, si elle était enceinte, et cette fille nia avec persévérance ; la darne Mercier insista pour triompher de ce qu’elle considérait avec raison comme un mensonge; elle lui tint le langage le plus bienveillant, le plus propre à la rassurer ; elle lui fit connaître qu’il y avait à Paris des établissements où elle serait reçue pour faire ses couches, où on lui faciliterait le moyen d’élever son enfant.

L'inculpée persista dans ses dénégations, et la dame Mercier, à laquelle ce silence donnait des inquiétudes, lui fit clairement entendre quelle soupçonnait qu’elle pouvait avoir de mauvais desseins sur son enfant, et que la loi était très-sévère pour ces sortes de crimes.

Plus tard, dans la même journée, la dame Mercier interpella de nouveau la fille P.; elle lui annonça que son mari et elle, convaincus de son état de grossesse, étaient décidés à la faire visiter par un médecin : enfin elle fit appel à ses sentiments religieux, et lui demanda de jurer sur ce Christ qu’elle n’était pas enceinte.

Après avoir cherché à nier, l’inculpée finit par avouer qu’elle se croyait enceinte, mais elle fit remonter sa grossesse tantôt à six mois, tantôt à huit mois, ajoutant, lorsque sa maîtresse lui offrait de la faire conduire dans une maison d’accouchement, qu’elle était loin encore de l’époque de sa délivrance.

Ceci se passait dans la journée du 24 mars.

Le lendemain matin, à six heures et demie, le sieur Mercier entrait dans la chambre de sa domestique qui, à une question sur sa santé, se contentait de répondre que ça n’allait pas, sans èntrer dans aucun autre détail.

A huit heures moins un quart, la dame Mercier, étonnée de n’avoir pas vu encore paraître la fille P., entrait à son tour dans sa chambre, et celle-ci lui déclara qu’elle avait fait une fausse couche; qu’au milieu de la nuit, de quatre à cinq heures, elle avait éprouvé de vives coliques ; qu'à six heures du matin elle avait cru avoir besoin d’aller à la garderobe; qu’en se plaçant sur le vase de nuit son enfant était venu, qu’il était tombé dans le vase, avait poussé un petit cri, fait deux soupirs et qu’il était mort aussitôt ; quelques instants après, elle varia dans ces détails et dit que l’enfant était tombé, non dans le vase, mais par terre.

Les sieur et dame Mercier envoyèrent de suite chercher leur médecin, le sieur Lebreton; il arriva aussitôt, l'enfant était mort, mais son cadavre était encore chaud ; il n’existait aucune trace de lésions ou de violences extérieures, mais il trouva l’enfant empaqueté dans un jupon qui le recouvrait de toutes parts. Il lui parut bien constitué, né à terme et parfaitement viable, et il attribua sa mort soit au défaut de soins, soit à une pensée coupable par suite de laquelle il aurait été enveloppé de façon à ne pouvoir respirer.

J’ai été chargé, le 27 mars 1854, de procédera l’autopsie de l’enfant nouveau-né issu de la fille P. et j’ai fait les constatations suivantes :

Enfant du sexe féminin, forte et vigoureuse, 2 kil. ,750, 52 centimètres de long, point épiphysaire très-développé, cordon non coupé, déchiré, non lié, pas de putréfaction.

Tête et cou, ainsi que la partie supérieure de la poitrine d’une couleur violacée très-foncée; pas d’excoriation apparente sur le visage et le cou.

A la surface du péricrâne, on trouve un très-grand nombre de

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petits épanchements très-limités de sang coagulé, distincts de la bosse sanguine syncipitale; os intacts.

Organes thoraciques surnageant.

Poumons gorgés de sang ; mais sur la surface d’un rouge foncé on distingue une multitude de petites ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre, d’une couleur noirâtre, et qui donnent aux deux poumons un aspect granitique.

Larynx et trachée contenant une certaine quantité d’écume sanguinolente.

Cœur offrant aussi à sa surface des ecchymoses sous-péricardiques vers la base et à l’origine des gros vaisseaux. Il contient du sang tout à fait fluide.

Viscères abdominaux à l’état normal.

Estomac distendu par une grande quantité de mucosités teintes de sang.

1° Enfant né à terme, viable et très-vigoureusement constitué-

2° Cet enfant a vécu et respiré ;

3° La mort est le résultat d’une asphyxie par suffocation, produite par un obstacle violemment apporté à l’action de l’air dans les voies aériennes :

4° Il n’existe pas de lésion apparente à l’extérieur; mais les altérations des organes respiratoires ne peuvent laisser des doutes sur la cause de la mort, qui ne peut être attribuée ni aux difficultés naturelles de l’accouchement, ni à un état de faiblesse congénital de l'enfant.

Observ. II. — Infanticide par suffocation . Discussion

médico-légale .

J’ai été chargé, au mois d’octobre 1849, de concert avec mon honorable confrère, M. le docteur Gaide, en vertu d’une commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Nogent-sur-Seine, de résoudre plusieurs questions relatives à une grave affaire d’infanticide. « 11 s’agissait d’émettre notre avis sur les rapports des docteurs C. » et P., en les rapprochant des données de l’instruction com- » rnencée contre la fille B., inculpée d’infanticide. Dire si la dé- » claration de l'inculpée paraît concorder avec les observations » faites sur le cadavre de l’enfant, ou si la mort n est pas due au » défaut de soins apportés à l’enfant, ou à un acte coupable fait » directement, comme l’apposition de la main ou de tout corps » étranger sur la bouche de l’enfant. » Après avoir prêté serment entre les majns de M. le juge d’instruction, nous avons reçu communication des pièces suivantes : 1° deux interrogatoires subis par l’inculpée; 2° la déposition de la sage-femme; 3° le rapport de Poffi-

cier de santé Poupelier, et 4° le rapport du docteur Chertier et du docteur Poupelier.

Afin d’apporter, dans la solution des questions qui nous sont posées, toute l’exactitude et toute la rigueur possibles, nous commencerons par exposer succinctement les faits matériels qui résultent de l'examen auquel se sont livrés les premiers experts, ainsi que les allégations contenues dans les interrogatoires de l’accusée. Nous discuterons ensuite les conclusions du rapport de MM. Chertier et Poupelier, et nous terminerons par l’énoncé de notre propre opinion.

Exposé des faits. — Malgré certaines omissions importantes que nous devrons signaler, l’autopsie cadavérique de l’enfant né de la filllo B. a établi d’une manière positive les faits suivants :

L’enfant paraît être né à terme; bien que le poids ne soit pas indiqué, les dimensions et le diamètre de la tête montrent que Je volume du corps était plutôt au-dessous qu’au-dessus de la moyenne ordinaire.

La coloration d’un blanc mat suffirait, s’il n’en existait d’autre preuve, pour exclure l’idée de la mort du fœtus longtemps avant la délivrance et du séjour du cadavre dans le sein de la mère.

Il existait sur différentes parties du corps, au front, à la peau, sur les bras, des excoriations légères ou des ecchymoses tontes situées du côté gauche, et qui ne paraissent avoir présenté aucune gravité.

L'état des organes respiratoires doit, au contraire, fixer notre attention d’une manière toute spéciale. En effet, à l’extérieur, les lèvres sont brunâtres, violacées, la langue fait saillie entre les mâchoires, la peau du cou est, dit-on, intacte ; mais rien n’indique que le tissu cellulaire et les muscles sous-jacents, que l’épaississement des lèvres, l’intérieur de la bouche, et même le fond de la gorge aient été examinés dans le but d’y rechercher ces ecchymoses, ces traces de violences qu’il est si fréquent de rencontrer dans ces parties, lorsqu’une main criminelle a été portée sur un nouveauné. Quoi qu’il en soit, les poumons décrits avec beaucoup de soin sont distendus par l’air ; ils offrent une coloration générale rosée* mais, chose très-importante à noter, « ils présentent quelques petites marbrures irrégulières d'un rouge plus foncé ». Ils sont d’ailleurs congestionnés, et une sérosité spumeuse sanguinolente s'écoule de leur tissu divisé. Ce n’est pas tout : « La membrane interne du » larynx, de la trachée et des bronches est injectée, et l’on trouve » dans ces conduits de la sérosité spumeuse, abondante surtout dans » les petites bronches » .

Le cœur ne contient pas de sang coagulé.

Du côté de la tête, on constate les signes d’une congestion assez

considérable qui va jusqu’à produire une exhalation sanguine à la surface du cerveau.

L’estomac n’a pas été ouvert; et il est à regretter que l’on n’ait pu reconnaître, la déglutition s’étant opérée, quelles matières auraient été ainsi portées dans l’estomac, ce qui eût permis de mesurer en quelque sorte l’énergie et la durée de la vie du nouveau-né.

Quant aux déclarations de la fille B., elles tendraient à établir que la délivrance qui s’est opérée sans trop de douleurs a eu lieu pendant que l'inculpée était accroupie; que l’enfanta mis de dix à quinze minutes à sortir tout à fait. Les pieds ayant passé d’abord, la tête a mis sept ou huit minutes à se dégager, et a été immédiatement suivie du délire. Cette fille ajoute que le corps du nouveauné était tout froid, qu'il n’a ni bougé ni poussé un seul cri, et qu’elle a vu tout de suite qu’il était bien mort et ne respirait pas.

Tels sont les faits et allégations d’après lesquels doit se former notre conviction, et qui ont dû servir de base aux conclusions des premiers experts, sur lesquelles nous sommes appelés à donner notre avis.

Discussion du rapport des premiers experts et des faits précédemment exposés. — Les trois premières conclusions qui établissent que l’enfant issu de la fille B. est né à terme, qu’il a vécu et respiré, sont parfaitement en rapport avec les constatations nécroscopiques, et découlent rigoureusement de la conformation et de l’apparence du corps, ainsi que de la structure des poumons, et des expériences auxquelles ces organes ont été soumis.

Sur la quatrième conclusion , nous ne saurions partager l’avis de MM. Chertier et Poupelier, et nous avons besoin d’entrer dans quelques développements. Ces honorables médecins pensent «qu'il est » très-probable que la mort est le résultat du fait de l'acccouchement » et non d'un infanticide ». Et pour soutenir cette opinion, ils s'appuient non plus sur les faits matériels qui ressortent de l’autopsie, mais presque exclusivement sur les allégations de la fille B., et principalement sur le mode d’accouchement que l’inculpée a déclaré, mais dont rien absolument ne saurait faire admettre la réalité. Ainsi, dès le principe, nous sommes obligés de faire remarquer que les premiers experts acceptent sans réserve une simple hypothèse, peutêtre même une déclaration inexacte.

En effet, à quels signes peut-on reconnaître que l’enfant s’est, présenté par le siège, ainsi que la mère le déclare? Sera-ce aux matières qui ont souillé le pourtour de l’anus ? Mais quel qu’ait été le mode d’accouchement, le méconium peut s’échapper dès les premiers moments delà naissance; et, d’ailleurs, s’il n’est pas douteux que l’enfant ait vécu, nul ne peut dire pendant combien de temps. Sera-ce la présence du placenta adhérent encore au cordon ? Cette

circonstance est encore moins probante que la première, et peut se présenter dans les conditions les plus diverses de la délivrance. Il en est de même de cette prétendue compression du cordon ombilical et du col, pendant le quart d’heure durant lequel la tête serait restée au passage ; suppositions qu’aucun fait ne confirme, qui n’ont été soumises à aucun contrôle, et qui, au contraire, paraîtraient formellement contredites par la facilité de cet accouchement que la fille B. elle-même dit s’être opéré sans trop de douleur.

Quant aux lésions qui ont dû produire la mort, l’interprétation qu’en donnent MM. Chertier et Poupelier est évidemment dominée par la manière dont ils ont admis que l’accouchement avait eu lieu. Sans s’arrêter à l’état Sdes organes respiratoires, et se préoccupant surtout de la congestion évidemment secondaire qui existait vers la tête, ils ont cru reconnaître un état apoplectique consécutif à la suspension de la circulation placentaire; mais c’est là, nous ne craignons pas de le dire, une nouvelle hypothèse que dément de la manière la plus évidente l’état des poumons si bien décrit dans le rapport d’autopsie.

La distension des vésicules pulmonaires par l’air atmosphérique, cette preuve physique de l’accomplissement le plus régulier et le plus complet de l acté respiratoire, est absolument incompatible avec un état apoplectique et une suspension de la circulation placentaire portée assez loin pour déterminer la mort. Gela est si vrai que MM. Chertier et Poupelier ont été frappés les premiers de certaines contradictions singulières; et il n’est pas inutile de citer à ce sujet les remarques qui terminent leur consciencieux rapport. « Toute- » fois, disent-ils, si ces faits peuvent rendre compte de la mort, ils » ne sont pas complets. La respiration, dans ces cas d’apoplexie * des nouveau-nés, n’a souvent pas lieu ou est incomplète, Dans b l’espèce, elle a été complète; nous ne nous rendons pas bien b compte de l’intégrité des poumons, de l’absence du sang dans les b cavités du cœur. Aussi avons-nous cru devoir formuler notre » quatrième conclusion sous forme de probabilité. »

En résumé, on voit que, à part la déclaration de l’inculpée, cette dernière conclusion, en attribuant la mort du fœtus au fait de l’accouchement, no repose sur aucune autre preuve suffisante.

Il nous sera facile de montrer que la seconde partie de cette même conclusion, qui exclut toute idée d’infanticide, est complètement en désaccord avec les faits matériels résultant de l’autopsie, et les allégations contradictoires de la fille B.

Si nous nous reportons, en etLet, aces déclarations, nous devons avant tout , faire remarquer qu’il est tout à fait impossible d’admettre que le corps du nouveau-né ait été tout à fait froid- fût-il mort pendant le travail, la chaleur eût persisté après la délivrance.

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11 est également de toute impossibilité que l’enfant n’ait ni bougé ni poussé un seul cri; les poumons ont été complètement pénétrés par l’air, la respiration a eu lieu, et pour le nouveau-né le premier mouvement vital, la première inspiration est un cri.

Ajoutons que les contusions et les ecchymoses observées sur le côté gauche de la tête et des membres, et que l’on attribue à la position du corps sur le chaume, sembleraient, d’ailleurs, indiquer que la vie n'était pas éteinte au moment où le nouveau-né a été transporté dans le champ où il a été trouvé inhumé.

Mais outre la preuve de la vie et de la respiration accomplie, on trouve dans l’état des poumons et des voies aériennes des signes qui jettent une vive lumière sur la cause de la mort.

A la saillie de la langue, à la coloration des lèvres, à la congestion du tissu pulmonaire, à la présence d’une écume abondante dans le larynx, la trachée et jusque dans les plus petites divisions des bronches, enfin, et surtout à ces petites taches irrégulières d’un rouge foncé disséminées à la surface des poumons, à ces signes constants, joints à la liquidité du sang, on ne saurait méconnaître les lésions caractéristiques de l’asphyxie par obstacle à l’entrée de l’air dans les organes respiratoires. La congestion cérébrale signalée dans le procès-verbal d'autopsie est un effet secondaire du trouble profond et de la gêne apportée dans la respiration. Dans tous les cas, ces lésions sont tout à fait indépendantes du mode suivant lequel la délivrance s’est opérée.

Conclusions. — De l’exposé des faits et de la discussion qui précède nous concluons que :

1° L’enfant issu de la fille B. est né viable à une époque probablement très-voisine du terme naturel de la grossesse;

2° Cet enfant a vécu et respiré; la vie s’est prolongée assez longtemps pour que la respiration ait eu lieu largement et à plusieurs reprises ;

3° Les déclarations de l’inculpée ne concordent en aucune façon avec les observations faites sur le cadavre de l’enfant;

4° La mort du nouveau-né n’est pas le fait de l’accouchement ni même du défaut de soins ;

5° Elle est le résultat de l’asphyxie par obstacle apporté à l’entrée de l’air dans les voies aériennes ou par étouffement;

G0 II est impossible de déterminer d’une manière précise, en raison de l’omission de certains détails non consignés dans le rapport d’autopsie, si l’acte coupable qui a déterminé la mort a consisté dans l’apposition de la main ou d’un corps étranger quelconque sur la bouche de l’enfant, ou dans une pression violente exercée directement sur les parois de la poitrine.

Infanticide païi suffocation* 273

Observ. III. — Mort accidentelle par suffocation. Compression des parois de la poitrine et du ventre.

Le 28 novembre 1855, j'ai pratiqué l’autopsie de l’enfant de la fdle D..., âgé de deux mois, laissé seul par sa mère, couché près de sa petite sœur, âgée de dix-huit mois. La mère, après une absence de trois heures, dit avoir retrouvé les deux enfants dans la nuit, l’aînée couchée sur la plus jeune.

Cadavre d’un enfant de deux mois très-vigoureusement constitué.

Il n’existe à l’extérieur du corps que quelques petites excoriations au front et à la tempe du côté gauche. Cette dernière paraît avoir été faite par le frottement de la tête contre le mur. Les autres ont l’aspect et la forme de coups d’ongle. Dans le flanc gauche, on voit une petite cicatrice croûteuse plus amincie que les trous qui viennent d'être indiqués, et qui paraît résulter d’une piqûre. On remarque aussi en travers du ventre et de la poitrine une sorte de dépression assez large, et qui a laissé une empreinte sur les téguments.

La tête n’offre aucune lésion ; les os sont intacts : le nez et la bouche ne sont pas aplatis. Il n’existe non plus au bras aucune marque de violence.

Les deux poumons sont le siège d’altérations caractéristiques : ils sont volumineux. Congestionnés dans quelques parties, pâles, au contraire, dans d’autres: mais, sur les unes et sur les autres, il existe un assez grand nombre de taches ecchvmotiques, noirâtres, reconnues sous la plèvre. Les vésicules sont en outre déchirées dans une grande étendue; le cœur ne renferme que du sang tout à fait liquide.

L’estomac est absolument vide et rétracté.

Ce jeune enfant est mort étouffé par une pression violente et continue exercée sur les parois de la poitrine et du ventre.

Le^ excoriations n’ont en aucune façon contribué à la mort ; celle-ci a eu lieu au moins plusieurs heures après que l’enfant a été allaité pour la dernière fois.

Observ. IV. — Infanticide par suffocation . Pression exercée sur les parois de la poitrine et du ventre.

La fille Anne T..., âgée de vingt-quatre ans, est accouchée dans une étable dans la nuit du 14 au 1 5 février 1 855, et d’après ses propres indications, que nous n’obtenons qu’à grand’peine, elle reconnaît avoir eu sa dernière époque menstruelle au mois de mai dernier, date qui correspondait effectivement au terme naturel de la grossesse. Les suites de couches ont été très-régulières. Pressée par nous de s’expliquer sur la manière dont s’est opérée sa délivrance,

A. Tardieu. — Infanticide. ps

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la fille T. entre dans des explications embarrassées et contradictoires qui révèlent néanmoins une astuce et une intelligence que n’aurait, pu faire soupçonner la physionomie stupide de cette fille. Il est absolument impossible d'obtenir d’elle une réponse précise sur le point de savoir dans quelle position elle est accouchée. Elle dit tantôt qu’elle était debout, tantôt accroupie ou agenouillée; mais si cette circonstance est obscure, elle n’a qu’un intérêt très-secondaire. Ce qui est plus important, c’est l’explication que donne la fille T. des conditions dans lesquelles l’enfant s’est trouvé. Elle soutient que dans les ténèbres où elle était elle n’a pas vu son enfant, que celuici n'a pas crié, et qu’étant tombée près de lui après la délivrance, elle a, en se relevant, posé le pied sur ce petit corps. Nous la faisons préciser davantage, et elle ajoute que s’étant aperçue du fait, elle a immédiatement retiré le pied sans i’avoir appuyé beaucoup. Mais l’enfant ne donnant, à ce qu’elle prétend, aucun signe de vie, elle l’enveloppa dans un linge et le porta dans un coin de l’écurie où elle le coucha derrière un tonneau.

Ces dernières circonstances, sur lesquelles nous avons insisté à dessein parce qu elles se rapportent, directement a la cause de la mort de l’enfant, sont tout à fait en opposition avec les constatations qui résultent de l’autopsie cadavérique.

Le cadavre est celui d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, long de 51 centimètres, et présentant le développement régulier d’un enfant né à terme, notamment un point osseux bien formé dans l’épaisseur des cartilages fémoraux. Ce cadavre a été gravement mutilé par un chien qui a enlevé toutes les parties molles du dos, du cou et de la région temporale du côté gauche. La surface de cette large plaie, qui pénètre jusqu’aux os, est dans toute son étendue blafarde, et ne présente pas d’infiltration de sang coagulé.

La tête offre un aplatissement considérable dans son diamètre transversal, et I on remarque dans les muscles temporaux et sous le cuir chevelu du côté droit un épanchement de sang coagulé. Si l'on n’en constate pas la présence du côté opposé du crâne dans le point correspondant, cela peut tenir à la destruction des parties dans lesquelles le sang se serait infiltré; les os ne sont pas Iracturés.

Les organes thoraciques extraits de la poitrine en totalité et plongés dans un vase rempli d eau surnagent; leurs poumons, qui sont volumineux, pénétrés par l’air dans toutes leurs parties, olfrent une couleur rosée sur laquelle tranchent à la surlace, et principalement vers les bords, une innombrable quantité d ecchymoses ponctuées dont quelques-unes sont réunies en plaques, et qui toutes résultent d’extravasations sanguines disséminées sous la plèvre. Une véritable exsudation de sang recouvre le bord postérieur du poumon gauche. J. es poumons, du reste, isolés, et par fragments,

plongés dans l’eau, surnagent invariablement. Le cœur est volumineux et distendu par du sang liquide.

Bien que les parois abdominales n'offrent à l’extérieur aucune apparence de contusion, on trouve dans les cavités du ventre un épanchement très -abondant, de sang coagulé qui recouvre tous les viscères, et qui résulte manifestement de l’exhalation sanguine qui s’est faite à la surface du péritoine, sous l’influence d’une forte pression. Les organes abdominaux ne sont le siège d’aucune déchirure. L’estomac contient une assez grande quantité de liquide spumeux, mélange de salive et d’eau.

En résumé, cette fille est accouchée d’un enfant né à terme viable et bien conformé.

Cet enfant a vécu et respiré, et a certainement dû faire entendre des cris.

La mort est le résultat d’une asphyxie par suffocation, et d’un obstacle violent et prolongé apporté à l’entrée de l’air dans les voies respiratoires.

La suffocation a été produite par une pression exercée à l’aide d’un corps à surface large, et placé sur le ventre, la poitrine et la tête.

La profondeur et l’étendue des lésions constatées dans les organes thoraciques et abdominaux en attestant l’énergique résistance que le nouveau-né a opposée à ces violences, démontrent qu’elles ne résultent pas d’un simple accident, et d’une pression passagère du pied posé par mégarde sur le corps, mais, au contraire, d’un effort puissant et soutenu qu’atteste également la déformation de la tête.

Cette fille a fini par avouer, dans le cours de l’instruction, qu’elle avait tué son enfant en l’étouffant sous le poids d’un tonneau vide.

Observ. V. — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivant dans la cendre.

J’ai pratiqué à la Morgue, le 16 janvier 1854, l’autopsie d’un enfant nouveau-né du sexe féminin, trouvé dans un fossé sur le territoire de la commune d’Ivry.

Enfant très-fort, 2 kilogrammes 900 grammes, à terme.

Tout le corps est enduit de cendre. Les narines et les lèvres en sont obstruées, la bouche remplie. On trouve la poussière dans toute la longueur de l’œsophage, et jusque dans l’estomac, où des parcelles de cendre sont, mêlées à des mucosités grasses.

Du côté des voies aériennes, la cendre n’a pas pénétré au delà de l’épiglotte. Il n’en existe ni dans le larynx ni dans la trachée où l’on trouve seulement de l’écume sanguinolente.

Les poumons ont été distendus par l’air, la respiration a été com-

R Aï P Oilf S ET CONSULTATIONS.

plèle. Ils sont volumineux, de couleur rosée médiocrement foncée. Toute leur surface est sillonnée par des plaques emphysémateuses, et tachetées par de nombreuses ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre. Le rupture simultanée des vésicules pulmonaires et des vaisseaux superficiels donne un aspect tout particulier aux poumons. Le cœur est volumineux, et ne contient que du sang liquide. Sous le cuir chevelu, on voit un grand nombre d’épanchements circonscrits de sang coagulé. Il n’existe d’ailleurs aucune trace de violence à l’extérieur. Le cordon ombilical n’a pas été coupé, mais rompu et non lié.

Observ. VI, — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivant dans du son.

J’ai pratiqué, le 25 octobre 1854, l’autopsie de l’enfant de la fdle Bazin, trouvé dans un tonneau rempli de son.

Lofant très-fort, mâle, 2 kilogrammes 950 grammes 53 centigr., point osseux très-développé ; cordon non coupé, rompu, et non lié à 35 centimètres de son insertion abdominale. Tout le corps est couvert d’une poussière assez fine qui paraît être du son.

Téguments et os du crâne intacts. On trouve seulement sous le cuir chevelu de nombreuses extravasations de sang coagulé, trèscirconscrites, et qui ne résultent pas du travail de l’accouchement.

Les narines et la bouche sont remplies par la poussière, qui ne pénètre pas dans les voies digestives au delà de l’isthme du gosier; lèvres aplaties, sans excoriations.

Organes thoraciques surnageant en totalité. Poumons très-volumineux, d’une couleur marbrée. Leur surface présente à la fois de nombreuses ampoules d’emphvsème et des ecchymoses sous-pleurales disséminées et assez profondes, surnageant soit en totalité, soit par fragments comprimés sous l’eau. La trachée contient une petite quantité de liquide sanguinolent non spumeux, et quelques petits grains de poussière semblables à celle qui enduit le corps.

Le cœur est tout à fait vide.

Les viscères abdominaux sont à l’état normal.

L’estomac ne contient que quelques mucosités teintes de sang.

1 0 Le cadavre que nous avons examiné est celui d’un enfant nouveau-né, né à terme, violet et très- vigoureusement constitué.

2° A vécu et respiré.

3° La mort est le résultat de la suffocation, et les poumons portent la trace des efforts énergiques qu'ils ont faits pour vaincre l’obstacle apporté a l'entrée de l'air dans les voies aériennes.

4° Ces lésions ne peuvent être attribuées aux difficultés du travail de l’enfant mort.

Observ. VII. — Infanticide par suffocation. Enfant enfermé

dans une boite.

Enfant du sexe féminin, né à terme, et bien conformé. Cordon ombilical coupé, non lié; coloration générale du corps très-pâle.

Pas de trace de blessure à l’extérieur.

Tête. — Les téguments et les os du crâne sont intacts. On trouve sous le péricrâne de nombreuses ecchymoses et de petits épanchements de sang coagulé.

La face présente une conformation très-remarquable, et tout à fait caractéristique La lèvre inférieure est renversée de haut en bas, et aplatie sur la hauteur. La membrane muqueuso qui en revêt la face interne est comme parcheminée, et porte l’empreinte d’un tissu dont quelques fragments sont même restés adhérents à la lèvre. L extrémité de la langue est également comprimée, desséchée et couverte d’un léger duvet. Il n’y a d'ailleurs ni excoriations ni ecchymoses.

Au devant du cou est une très-légère excoriation sans importance.

Les organes thoraciques extraits en totalité et plongés dans un vase rempli d’eau surnagent. Les poumons sont très-volumineux, distendus complètement par l’air. Ils sont d’une couleur rosée assez pâle, marbrée et violacée dans quelques points seulement. À leur surface, il existe une vingtaine de petites ecchymoses disséminées sous la plèvre, et un certain nombre de vésicules pulmonaires sont, rompues. Il n’y a d’ailleurs pas de congestion générale des poumons. Le cœur est volumineux, et contient une grande quantité de sang tout à fait liquide.

Viscères abdominaux à l’état normal. L’estomac contient des mu -

cosités spumeuses et verdâtres.

Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré.

^ Il a été étouffé par occlusion des voies aériennes opérée à l’aide

d un linge appliqué sur la bouche, et a succombé à l’asphyxie par suffocation.

Il n existait aucune autre cause de mort naturelle ou accidentelle.

Observ. VIII. — Meurtre par suffocation d'un enfant de quatre jours.

J’ai eu à pratiquer, le 27 février !8o5, l’autopsie d’un enfant appartenant à une femme'du nom de H..., qui était accouchée à l’ Hôtel-Dieu, et dont l’enfant avait été trouvé mort auprès d’elle. Cette femme avait déjà, deux ans auparavant, perdu un enfant de la même façon, à l’hôpital Sainte-Marguerite.

Le cadavre, par ses dimensions, par son développement, par son aspect extérieur et la formation complète d’up point osseux dans

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

i’épaisseur des cartilages fémoraux, réunissait tous les caractères d’un enfant né à terme. Il n’était pas davantage douteux que la vie extra-utérine se fût établie et entretenue régulièrement : car la dessiccation du cordon ombilical, qui n’était pas encore détaché, indiquait que cet enfant avait vécu trois ou quatre jours.

Le corps n’offrait à l’extérieur aucune trace de violence, aucune blessure apparente. On remarque seulement une déformation assez marquée du nez, dont l’extrémité est aplatie assez fortement pour qu'on ne puisse rendre aux narines leur disposition naturelle. Le cou et la poitrine ne sont notamment le siège d’aucune lésion extérieure.

Les téguments et les os du crâne sont intacts. Mais on trouve sous le cuir chevelu, dans le tissu cellulaire péricrânien, un assez grand nombre de petits épanchements de sang coagulé , disséminés à une assez grande distance les uns des autres. Il n’y a d’ailleurs pas de bosse sanguine au sommet, mais seulement une teinte rougeâtre, uniforme, qui répond à une exsudation séro-sanguinolente survenue pendant l’accouchement et en partie disparue, qui, dans tous les cas, est tout à fait distincte des ecchymoses circonscrites et récentes que nous venons d’indiquer. La face et les lèvres offrent une teinte violacée.

Les organes thoraciques extraits de la poitrine surnagent dans un vase rempli d’eau, ainsi qu’on devait s’y attendre. Les poumons, dans toute leur étendue, dans toute leur épaisseur, présentent une coloration uniforme d’un rouge lardacé, due à l'accumulation du sang dans leur trame la plus profonde. Mais en outre, à leur surface et notamment sur leur bord libre, et en avant, au niveau de la face médiastine, on voit un certain nombre de petites taches d’un rouge noirâtre, dont les dimensions varient, depuis celles d’une pointe d’aiguille jusqu’à celles d’une grosse tête d’épingle. Elles sont formées par du sang extravasé sons la plèvre. Dans quelques points, les vésicules rompues ont donné lieu à ces emphysèmes interlobulaires. — Le cœur ne contient qu’une petite quantité de sang tout à fait fluide.

Les viscères abdominaux sont sains : l’estomac ne renferme que quelques mucosités mélangées d’air; on n’y trouve pas trace de lait ou de résidu quelconque de la digestion.

En résumé, cet enfant ne viable et parfaitement conformé, après avoir vécu quatre jours avec toutes les apparences de la force et de la santé, est mort étouffé par une pression considérable et assez longtemps continuée, exercée à la fois sur la poitrine et sur la face. L’état des organes respiratoires indique que l’enfant a énergiquement résisté à l’obstacle qui empêchait l’air de pénétrer dans les poumons.

Au moment où la mort a eu lieu, il y avait déjà quelque temps, plus d'une heure, que l’enfant n’avait teté ou pris aucun aliment.

Observ, IX. — Infanticide par suffocation. Etat remarquable

du cordon.

Autopsie le 25 mai 1857, de l’enfant nouveau-né de la jeune P., né huit jours auparavant ; état de conservation extraordinaire à l’extérieur; quelques meurtrissures au dos et aux lèvres et dans la bouche ; cordon très-long tourné autour du cou sans le serrer; desséché au point de former un ruban aplati comme du parchemin avec liseré formé par les vaisseaux vides ; au milieu du cordon, une portion non desséchée est molle et en putréfaction ; pas de sillons ni ecchymoses au cou; aplatissement du nez et des lèvres; excoriation à l’extrémité du nez, dessèchement des lèvres; poumons parsemés de taches sous-pleurales. — Cœur rempli de sang tluide ; estomac moins sanguinolent.

1° Enfant né à terme, sexe féminin viable et bien conformé.

2° Avait respiré et fait entendre plusieurs cris.

3° Est mort étouffé par une forte pression exercée avec la main sur le nez et sur la bouche et par l’occlusion forcée des voies aériennes.

4° La disposition du cordon tourné autour du cou peut avoir été naturelle, mais n’a en aucune façon contribué à la mort qui est le résultat de la suffocation et non de la strangulation.

5° Malgré l’absence des signes extérieurs de la putréfaction et notamment de l’odeur putride, la mort de cet enfant peut remonter à huit jours, et le retard de la décomposition peut s’expliquer par les conditions dans lesquelles le cadavre a pu se trouver placé hermétiquement enveloppé à l’abri du contact de l’air et de l’humidité.

Observ. X. — Infanticide par suffocation. Mutilation du cadavre.

Autopsie le 13 novembre 4 858, d’un enfant trouvé au dépotoir, issu de la fille P... On n’a trouvé dans le tonneau mobile que six fragments: il manque la tête et un pied. — La putréfaction est assez avancée. — Le point osseux épiphysaire est bien formé. — Le cordon rompu à 6 centimètres environ. — Le tronc n’est pas ouvert.— Les poumons et les autres viscères sont intacts. — A la surface des poumons on voit des ecchymoses sous-pleurales. — Les fragments ont été grossièrement divisés après la mort à l’aide d’un instrument mal tranchant.

En résumé, le cadavre que nous avons examiné est celui d’un enfant nouveau-né, né à terme et suivant toute apparence viable et bien conformé.

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

Le corps a été mutilé et divisé en plusieurs fragments, dont six seulement ont été retrouvés et parmi lesquels manquent la tête, les organes sexuels et un pied.

Malgré ces mutilations, il est facile de reconnaître que cet. enfant est né vivant, qu’il a vécu et respiré.

L’impossibilité d’examiner la tête et le cou empêche de déterminer l’existence de violences qui auraient pu exister sur le crâne, le cou et la face ; mais les constatations que nous faisons sur les poumons nous permettent d’affirmer que l’enfant est mort étouffé et qu’un obstacle a été apporté par violences au libre entretien de la respiration.

La section du corps a eu lieu après la mort avec un instrument peu tranchant et d’une manière qui n’indique aucune habileté opératoire, aucun dessein autre que de faciliter la disparition du cadavre.

Tête découverte le 30 novembre, dans la plaine de Montmartre.

Bien en rapport par. ses dimensions, la forme de la section du cou et la décomposition avancée, avec le cadavre de l’enfant Paquelin.

Os du crâne peu fracturé, mais séparé et laissant couler la matière cérébrale; rien sur le cuir chevelu.

A la face, de chaque côté des ailes du nez, infiltrations de sang coagulé s’étendant jusque dans l’épaisseur de la lèvre supérieure. Bien à noter de l’intérieur de la bouche.

Ces traces de compression robuste confirment mes précédentes constatations et la conclusion que nous en avons tirée touchant la cause de la mort de l’enfant delà fille Paquelin, qui a succombé à la suffocation produite par l’occlusion forcée des voies respiratoires.

Obseuv.. XI. — Infanticide par suffocation à V aide d’un tampon

de papier dans la bouche.

Autopsie le 3 juin 1 835, à la Morgue, d’un enfant presque à terme, huit mois et demi. — Betiré d’une fosse d’aisances et de la bouche duquel on a retiré un tampon de papier.

Enfant de petite taille, du poids de 2 kilogrammes. — Putréfaction peu avancée, peut-être cinq à six jours dans la fosse. — Cordon non coupé. Placenta adhérent. — Pas de violences au cou. Excoriations cadavériques aux genoux et au devant des jambes. Bouche déformée. Lèvres distendues et déprimées. — Poumons trèsvolumineux ayant respiré, couleur rouge livide pâle. Très-nombreuses taches sous-pleurales caractéristiques. — Cœur, beaucoup de sang fluide. Dans l’estomac sang décomposé. — Rien autre.

Mort par suffocation à l’aide de l’occlusion forcée des voies aériennes,

Avait cessé de vivre lorsqu’il a été précipité dans la fosse, où il li’a dû séjourner que quelques jours seulement.

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