‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 50 sur 113 · INFANTICIDE PAR BLESSURES · texte numérisé non relu

INFANTICIDE PAR BLESSURES

Infanticide par Pdcssurcs.

Observ. LUI. — Infanticide par section du cou.

Enfant nouveau-né de la fille Massy, bien conformé. Cordon déchiré à 30 centimètres. Plaie contuse à la paupière. Épanchement de sang dans le cuir chevelu. Enfoncement des os, front et occiput.

Au cou, quatre blessures, plaies transversales divisant tout jusqu’au rachis qui est lui-même atteint.

Poumons très-roses ayant respiré. Salive et sang dans l’estomac.

1° Cadavre féminin, né presque à terme, viable, bien conformé.

2° A vécu, respiré assez longtemps. Cris certains.

3° Mort résultant de violences criminelles : 1° section du cou opérée à l’aide d’un instrument tranchant, quatre coups très-profonds; 2° compression très-forte sur le crâne dans le but de faire franchir un orifice étroit.

Observ. LIV. — Enfant tué par blessures faites avec des ciseaux.

Autopsie à la Morgue, le 16 janvier 1859, de l’enfant delà fille Carlet.

Né à 7 mois, 1k,1 00, rougi par le sang. Cordon coupé par le médecin qui est arrivé au premier moment, l’enfant étant mort.

Au sommet du crâne, plaie à bords un peu contus formant un M, et faite avec des ciseaux, 'non certainement par une chute. Sanginfiltréetcoagulé au-dessous et autour de la plaie. Os et cerveau intacts.

Poumons à l’état fœtal ; non respiré. Cœur contenant du sang.

L’enfant est né vivant, mais la respiration ne s’est pas établie.

Il vivait encore, mais de la vie intra-utérine, lorsqu’il a été blessé a la tête par un coup de ciseau qui a déterminé une perte de sang pouvant, vu la débilité de l’enfant né avant terme, avoir amené la mort.

Visite de la fille Carlet. Traces d’accouchement récent remontant à quatre jours. Matrice encore volumineuse, un peu douloureuse. Lochies sanguinolentes ; fièvre de lait.

Observ. LV. — Infanticide. Enfant bouilli dans la lessive , puis

coupé en morceaux et mis dans un baril de vinaigre. Questions

médico-légales. Expériences docimasiques .

Le 30 août 1865, à Mésanger, vers quatre heures et demie du matin, Jeanne Lévêque monta dans la chambre de la fille Lefeuvre, sa domestique, et demanda de lui préparer une tasse de café noir; lorsque celle-ci revint, elle vit sa maîtresse accroupie dans l’angle d’un cabinet qui dépend de cette chambre. A huit heures, Jeanne

Lévêque était couchée dans le lit de sa domestique. Il y avait du sang à terre et dans ses sabots. Elle prétendit qu’elle avait eu mal aux dents et au cœur, qu’elle avait saigné du nez et craché le sang.

Jeanne Lévêque passait depuis longtemps pour être grosse des œuvres du frère de son beau-frère, et la tille Lefeuvre ne douta pas dès lors de son accouchement. Cependant Jeanne Lévêque le nia avec énergie. Mais la visite à laquelle elle fut soumise ne permit plus aucun doute, et elle reconnut que, dans la matinée du 30 août, elle avait donné le jour à un enfant du sexe masculin. Elle prétendit, toutefois, que son enfant n'avait pas poussé un seul cri. Elle l’avait caché dans une couverture pliée en quatre sur son lit, s’était levée et était allée porter le cadavre dans le lit inoccupé d’une chambre voisine.

Sa sœur vint la voir à onze heures; Jeanne Lévêque lui dit quelle avait eu des vomissements de sang. Celle-ci la pressa vainement de lui avouer son accouchement; le lendemain soir, vers dix heures, la fille Lévêque alla déposer le corps de son enfant sur la grande route à 2 kilomètres de Mésanger. Le lendemain, à quatre heures du matin, elle revint le chercher, le rapporta chez elle et le jeta dans un chaudron dans lequel elle avait fait bouillir de la lessive. Après l’y avoir laissé un certain temps, elle le retira et se mit à le déchirer avec les mains. Elle le divisa en très-petits morceaux, et à l’aide d’une pelle fit entrer violemment ces lambeaux informes dans la bonde d’un baril de vinaigre. L’ouverture n’avait que 5 centimètres de diamètre.

On défonça le tonneau, et après en avoir fait écouler le vinaigre, on en retira les débris d’un enfant nouveau-né. Quelques-uns étaient méconnaissables; mais on put cependant y reconnaître une portion de la tête, quelques os séparés du crâne et de la face, un segment de la poitrine, le bassin, la langue, le foie, l’intestin, le cœur et le poumon. Par suite de ces violences mêmes, l’expérience de la docimasie pulmonaire n’a pu être concluante. Mais l’homme de l’art a néanmoins affirmé que la fille Lévêque est accouchée d’un enfant né à terme, d’une bonne constitution, et ne portant la trace d’aucune maladie qui pût s’opposer à la prolongation de son existence. L’examen des poumons le porte d'ailleurs à croire qu'il a respiré pendant un instant. Ces conclusions dégagées des incertitudes auxquelles devaient nécessairement donner lieu l’état du cadavre, les précautions cruelles prises par la fille Lévêque pour l’anéantir paraissent démontrer qu’après avoir nié sa grossesse, après s’êlre refusée longtemps à faire connaître où elle avait déposé le corps de son enfant, elle continue à dissimuler une partie de la vérité en prétendant qu’il n’a pas respiré.

Après les dénégations de l’accusée, 1 intérêt du débat se concentre

sur la question médico-légale, vivement et savamment discutée par M. le docteur Thoinnet, chargé parce juge d'instruction d’Ancenis de l'examen des débris du cadavre, et par M. le docteur Padioleau, appelé par la défense pour contrôler et critiquer au besoin les conclusions de son confrère. M. le docteur Thoinnet a constaté qu’une partie des débris trouvés par lui dans le baril de vinaigre sont dans un état de désagrégation tel qu’ils sont méconnaissables. On a pu néanmoins distinguer une portion de la tête, quelques os du crâne et de la face, une partie de la poitrine, la langue, le foie, l’intestin, le cœur et le poumon. On a reconnu que les membres avaient été séparés par des tiraillements sur les ligaments qui les retenaient, et que cette opération avait été rendue facile par la macération préalable de lessive bouillante.

Les chairs ont subi une véritable coction et quittent facilement les os; la peau est décollée; la chaleur a. transformé le cristallin des yeux en un globule blanc et solide. La colonne vertébrale a été divisée au moyen d’instrument tranchant. Il n’est pas possible de décider si des violences ont été exercées sur l’enfant pendant la vie. Le cœur a été coupé en deux morceaux ; à l’un d’eux adhère un lobe du poumon gauche. Le tissu pulmonaire est rougeâtre; il crépite sous la pression des doigts, quoique sans dégagement de gaz. Placé dans l’eau, il tombe lentement et s’arrête dès qu’un des points de sa surface touche le fond du vase. D’autres fragments moins considérables et qui, par la coction, ont pris une couleur plus ardoisée et l’aspect d’un tissu compacte, se précipitent au fond du vase dès qu’ils sont immergés.

Avant de conclure, M. le docteur Thoinnet a fait des expériences comparatives sur les poumons d’un jeu ne veau, qu’il a fait bouillir dans de la lessive jusqu’à ce qu’ils fussent complètement cuits et qu’ils eussent pris la teinte remarquée par lui sur les débris de poumons soumis à son examen. Bien que l’animal eût vécu pendant plusieurs jours, ses poumons, soumis à l’action combinée de la chaleur, de la lessive et du vinaigre, ont présenté les mêmes phénomènes docimasiques que ceux de l’enfant de Jeanne Lévêque.

Infanticide par combustion du cadavre.

Observ. LVI. — Enfant brûlé. Examen des cendres. Mémoires à consulter (par Ch. Robin et A. Tardieu).

La multiplicité, la délicatesse, la nouveauté des questions qui nous étaient posées, nous ont mis dans l’obligation de nous livrer à des expériences très-nombreuses et de nature diverse, que nous allons rapporter, et d’où nous nous efforcerons de faire sortir les lumières

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

que la justice attend de nous. Pour rendre plus facilement saisissables les faits complexes que nous avons à exposer, nous diviserons ce rapport en quatre parties : La première sera consacrée à la description anatomique des ossements contenus dans la petite caisse, et dont la provenance sera indiquée en décrivant chacun d’eux ; la seconde renfermera l’exposé du triage et l’analyse des recherches chimiques auxquelles nous avons soumis les deux échantillons de cendres et de terre qui nous ont été adressés. Dans la troisième seront consignés les résultats que nous a soumis l’inspection directe' et l'examen microscopique des taches qui existaient sur un mouchoir contenu dans la petite caisse, et dont la provenance sera ultérieurement indiquée. Enfin, dans une dernière partie, nous résumerons ces faits et nous en déduirons les conclusions, de manière à répondre aussi nettement que possible aux questions formulées dans la commission rogatoire de M. le juge d’instruction. Nous avons tenu très-grand compte des observations et des détails qui nous ont été transmis tant dans cette commission rogatoire que dans la note annexée à la susdite commission, par M. le juge d’instruction de Fontenay.

« 1° Si les cendres saisies dans le jardin de Tessier contiennent quelques parcelles d’ossements ou de débris humains ; — 2° Si, tant ce qui pourrait être trouvé dans les cendres susdites que ce qui a été recueilli au domicile de Texier contient des parcelles d’ossements et de débris humains, ayant dû ou pu faire partie du cadavre d’un enfant nouveau-né, brûlé peu après la naissance; — 3° Si ces débris d’ossements portent des indications de fractures produites, soit pendant la vie, soit après la mort et avant la combustion : — 4° Si ces débris se rapportent à ceux du cadavre d’un enfant venu à terme; — 5° Si, enfin, les diverses pièces à conviction peuvent aider à la démonstration d'un accouchement à terme ou très-rapproché du terme suivi d’un infanticide, commis dans les conditions relatées dans la note annexée à la présente commission, dont le but se trouve plus complètement détaillé et précisé dans la susdite note, laquelle a été rédigée séparément, pour pouvoir être, momentanément, confiée à MM. les experts. »

Après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d’instruction, avons retiré du greffe les objets soumis à notre examen. Ils nous ont été remis contenus dans deux caisses :

L’une, plus petite, en sapin raboté, large de \ 9 centimètres, longue de 20 centimètres et demi sur 9 centimètres de haut, était entourée d’une ficelle fixée sur les quatre côtés de la caisse, sur son couvercle et à son extrémité, par des scellés en cire rouge au sceau de M. le juge d’instruction de Fontenay-le-Comte. Son couvercle, fixé par des pointes de Paris, portait écrit : Affaire Jarrin et Texier ,

pièces à conviction. Le juge de V arrondissement de Fontenay -le-Comte , signé : Brunetière. Et au-dessous, le sceau en noir de M. le juge d’instruction de Fontenay-le-Comte. Enfin, sur un carton gris fixé par quatre pointes de Paris : Monsieur le procureur impérial près le tribunal de première instance de la Seine, Paris. Le tout du poids de 1 kilogramme.

L’autre caisse, plus grande, en planches de sapin scié, non rabotté, longue de 95 centimètres, large de 45 centimètres, haute de 40 centimètres, était entourée d’une forte ficelle, fixée par deux scellés en cire, au sceau de M. le juge de paix du canton de Pouzanges (Vendée) ; le couvercle, fixé par des clous, portait un carton gris attaché avec des pointes de Paris, sur lequel était écrit : — Pièces à conviction. Infanticide. — Affaire Texier et fille Jarrin. — Monsieur le procureur impérial près le tribunal de première instance de la Seine , Paris. — Et au-dessous de ce carton une bande de papier blanc fixée à l’aide de clous, portant écrit : ( Affaire fille Jarrin et Texier. — Infanticide de complicité). — Caisse contenant des cendres prises au domicile du sieur Texier , pour servir de pièces à conviction. — Caisse que nous avons scellée du sceau de notre justice de paix, en présence des gendarmes Dorimé et Richard , qui ont signé avec nous et notre greffier à Pouzanges , le 20 avril 1 860, signé : Richard , Dorimé , Naud et Collandreau, greffier. — Et à côté : — Monsieur, monsieur le procureur impérial en son parquet , à Fontenay (Vendée). Le tout du poids de 99 kilogrammes.

Après avoir constaté l’intégrité des scellés sus-décrits sur ces deux caisses, nous les avons fait porter au laboratoire de l’un de nous, pour en soumettre le contenu aux observations anatomiques, aux analyses chimiques et microscopiques nécessaires pour donner réponse aux questions de M. le juge d’instruction.

Première partie. — Examen anatomique des ossements trouvés dans les cendres. — Les ossements soumis à notre examen étaient contenus dans la petite caisse sus-décrite, enveloppés dans du papier blanc très-fort, en quatre paquets séparés, cachetés à la cire rouge, au sceau de M. le juge d’instruction de Fontenay-le-Comte (Vendée), scellés que nous avons reconnus intacts, et ces paquets étaient protégés contre tout froissement par de la bourre de coton.

N° 1. Le premier paquet, qui est le plus gros, porte la suscription suivante : Infanticide . — Fille Jarrin et Texier.

N° 1. — Os et résidus d'os recueillis au domicile de Texier , et provenant du criblage de cendres sèches ; et au-dessous les signatures de : Texier , Dorimé , Naud , Brunetière , Héraud , greffier, et, une signature illisible, probablement : Merveilleux ou Mervilly . Les fragments d’os contenus dans ce scellé sont des portions d’os calcinés à différents degrés, très-brisés et comme usés par un frotte-

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

ment. Ils sont au nombre de plus de cent, appartenant à différentes parties du corps. Nous y avons reconnu deux dents molaires de jeune porc, dont une entière; une portion de la tête du fémur encore à l’état d’épiphyse et détachée du corps de l’os sans rupture; une portion articulaire de l’os du canon; des parties brisées de la portion du corps d’os longs, tels que le fémur, l’humérus ou le tibia; des portions d’os du tarse ou du carpe. Les autres fragments sont formés surtout de tissu spongieux, de quelques os courts et plats et des extrémités des os longs, dont il est impossible de fixer les caractères particuliers et l'origine d’une manière précise. Mais tous sont trop gros pour être considérés comme provenant d’un os quelconque du squelette d’un nouveau-né. Leur tissu spongieux, spécialement, offre des aréoles beaucoup plus larges et des lamelles bien plus épaisses que celles des os de fœtus humain à terme.

En résumé, aucun des fragments d’os du paquet n° \ n’a pu provenir du squelette d’un nouveau-né; plusieurs ont les caractères des dents et des os de porc.

N° 2. — Le deuxième paquet porte la suscription suivante : Infanticide. — f ille Jarrin et Texier. — N° 2. — Fragments d'os recueillis parmi des cendres mouillées au domicile de Texier , et audessous les signatures de Texier , Dorimié, Naud , Brunetière , Héraud, greffier, plus une signature illisible, probablement Merveilly ou Merveilleux.

Les débris osseux contenus dans ce scellé sont enveloppés de bourre de coton et accompagnés d’un peu de terre. Tous sont fortement calcinés et au même degré. Un examen attentif, confirmé par la comparaison de ces fragments d’os avec ceux du squelette d’un nouveau-né, nous y a fait reconnaître très-nettement la présence des os de fœtus à terme brisés, offrant la texture spongieuse, fine, à aréoles serrées et la friabilité propre aux os de cet âge. En voici l’énumération :

1° Un os ovalaire, déprimé de haut en bas, concave en avant, étroit et concave en arrière, un peu écorné à une de ses extrémités. La on voit qu’il est formé d’un tissu spongieux fin dont les aréoles sont serrées. Ce sont là les caractères propres au corps des vertèbres chez le fœtus à terme ou environ et chez les nouveau-nés. 2° Le quart supérieur d’un os long, brisé vers le commencement du canal médullaire. Cet os portait une tête articulaire semblable à celle du fémur du nouveau-né. Elle s’est détachée pendant l’examen. 3° Une portion d’os long, légèrement prismatique, triangulaire, à arêtes mousses, à grosse extrémité, formée d’un tissu spongieux, friable, comme érodé et arrondi par frottement. Sa petite extrémité, qui s’est brisée pendant l’examen, montrait le commencement du canal médullaire. Ces caractères sont ceux de Y extrémité supérieure du

tibia du nouveau-né, moins l’usure due à la calcination et au frottement. 4° Une autre portion d’os long, presque arrondie, montrant une certaine étendue du canal médullaire et le tissu compact qui l’entoure ; sa plus grosse extrémité est spongieuse, friable, érodée par la calcination et le frottement. Cette portion d’os nous a paru être P extrémité inférieure du tibia. 5° Une autre portion d’os long, cylindrique dans la plus grande partie de son étendue, offrant là le commencement du canal médullaire, et percée de haut en bas sur le côté par un petit trou nourricier; elle était aplatie et élargie inférieurement; cette partie élargie était écornée d’un côté, mais arrondie et un peu usée du côté opposé, offrant tous les caractères de l 'extrémité inférieure de l'humérus. 6° Deux portions d’os long, offrant l’une la forme et le volume de l'extrémité supérieure du péroné, l’autre la forme et le volume de P extrémité inférieure du même os; la première représente le tiers, la seconde le quart environ de la longueur de cet os. Leur extrémité spongieuse est comme érodée ou usée par la calcination et le frottement contre quelque corps dur ou de même nature. 7° Un petit os parfaitement entier, long de 10 millimètres, un peu aplati, concave sur une de ses faces, convexe, cvlindroïde du côté opposé, avec une facette articulaire intacte a chaque extrémité, l’une aplatie, l’autre convexe en quart de sphère, présentant en un mot tous les caractères de la première phalange du poucè de la main ou du gros orteil d’un enfant nouveau-né. 8° Six fragments offrant la forme, les dimensions et la structure de l 'extrémité postérieure des côtes d’un fœtus nouveau-né, portant tous encore la tête ou extrémité articulaire de ces os, qui est reconnaissable, bien qu’érodée par la calcination et le frottement. 9° Nous avons encore trouvé, mélangés à de la terre, une quinzaine de fragments d’os, tant os longs qu’os plats, pouvant avoir appartenu au squelette d'un fœtus nouveau-né, mais réduits en parcelles trop petites et trop irrégulières pour qu’il fût possible d’en déterminer l’espèce, ni même de dire si ce sont des os de fœtus ou d’un animal domestique. Ils étaient au nombre d’environ quinze à seize. 4 0° Un fragment d’os offrant manifestement la conformation et la structure d’un os de poulet.

En résumé, outre un morceau d’os de poulet et des fragments osseux dont la nature ne pouvait être déterminée, nous avons trouvé dans le paquet n° 2 des débris provenant d’un squelette de fœtus nouveau -né, à terme ou près du terme, savoir : un corps de vertèbre, l’extrémité supérieure d'un fémur, les deux extrémités d'un tibia et d'un péroné , l’extrémité inférieure d'un humérus , la première phalange du pouce de la main ou du pied , et l'extrémité postérieure de six côtes.

En fermant pour le renvoyer le paquet contenant ces os, nous

a. TARDIEU. — Infanticide. 21

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

avons mis à part, enveloppés de coton et de papier, tous ces débris osseux provenant du squelette d’un fœtus nouveau-né à terme.

Tous les os contenus dans le paquet n° 2 étaient un peu salis de terre ou de cendre, ce qui les rendait plus grisâtres que ceux contenus dans les autres paquets.

N° 3. — Le troisième paquet porte la suscription suivante : Infanticide. — Affaire Jarrin et Texier. — N° 3. — Fragments d'os recueillis parmi des cendres mouillées au domicile de Texier , et audessous les signatures de Texier , Dorimier, Naud , Brune lier , Héraud, greffier , et une signature illisible, probablement Mervilly ou Mervilleux.

Les débris osseux contenus dans ce paquet sont enveloppés de bourre de coton, et contenus dans un petit sachet de toile blanche fine, portant pour suscription : Affaire Texier et Jarrin , et au-dessous un parafe.

Ces fragments, tous très-petits et irréguliers, presque en poussière, sont au nombre de vingt à vingt-cinq. Leur irrégularité, leur petit volume et leurs brisures nous ont empêché de pouvoir en déterminer la nature et de dire de quel être ayant vécu ils ont pu provenir.

Parmi eux toutefois, nous avons reconnu une dent calcinée comme les débris osseux et offrant les caractères d'une dent incisive de jeune porc.

N° 4. — Le quatrième paquet porte la suscription suivante : Infanticide. — Affaire Jarrin et Texier. — iV° 3. — Fragments de petits os recueillis dans les cendres du fourneau de la boulangerie de Texier, le M avril 1860, et au-dessous les signatures de Texier , Naud, Brunetière , Héraud , greffier , et une signature illisible, probablement Mervilly ou Mervilleux.

Sous cette enveloppe, nous avons deux petits paquets.

L’un d’eux avait pour enveloppe un fort papier blanc, scellé au sceau de M. le juge d’instruction de Mayenne, scellé que nous avons trouvé intact. Il portait pour suscription : Parcelles trouvées dans le fourneau de la boulangerie, le M avril 1 860, chez Texier, et audessous les signatures Brunetière et Texier . A gauche, la cire couvrait un numéro et un mot ou une signature que nous n’avons pu lire.

Dans ce premier petit paquet étaient neuf fragments osseux, les uns minces, lamelleux, les autres représentant de courtes et minces portions d’os cylindriques creux. Ces fragments étaient blancs, fortement calcinés, mais leur petit volume, leur irrégularité, leur degré de brisure, nous ont empêché de pouvoir déterminer de quels os ils proviennent et même à quel être vivant ils ont pu appartenir.

Le second petit paquet contenu dans l’enveloppe n° 4, à côté du

précédent, était entouré d’un papier blanc, mince, non scellé et sans suscription. 11 nous a présenté les os et débris d’os, tous blancs ou grisâtres, fortement calcinés et friables, dont suit la description :

l°Un petit os cylindrique, long de 8 millimètres, sans rupture ni écornure, offrant deux facettes articulaires, l’une légèrement concave en travers, située au gros bout de l'os; l’autre légèrement concave d’avant en arrière en forme de poulie à l’extrémité opposée. La forme et les dimensions de cet os étant celles qu’on trouve sur les os de la première phalange des doigts des enfants nouveau-nés à terme, nous en avons conclu que cet os était celui d’une phalange des doigts d’un fœtus à terme, 2° La diaphyse d’un os long ayant 4 4 millimètres ! /2 en longueur, prismatique, triangulaire, un peu aplatie et légèrement renflée à ses deux extrémités. Cet os nous a offert les caractères d'un des os du métacarpe ou du métatarse des membres d’un fœtus à terme. 3° Un os long de 8 millimètres, aplati, recourbé en sens inverse sur ses deux faces et offrant les caractères d’une des moitiés de chaque arc postérieur des vertèbres d'un fœtus nouveau-né à terme. 4° Six petits morceaux d’os plats, irrégulièrement brisés, offrant l’épaisseur et les stries ou sillons superficiels que présentent aussi les os de la voûte du crâne chez le fœtus ; mais ils étaient trop petits et surtout trop irréguliers pour qu’il nous ait été possible d’en déterminer l’espèce et la provenance. 5° Un grand nombre de petits fragments osseux irréguliers, presque en poussière, trop peu volumineux et trop brisés pour qu’il nous ait été possible d’en déterminer l’espèce et l’origine.

En résumé, le paquet n° 4 nous a présenté, outre des fragments osseux irréguliers, d'espèce indéterminée, une phalange, une diaphxjse d’un os du métatarse ou du métacarpe , et une moitié d'un arc postérieur des vertèbres offrant les caractères qu’on trouve sur les os de cette espèce chez les fœtus à terme ou près du terme.

Il résulte donc de la première partie de notre examen médico légal : 4° Que sur quatre paquets contenant des os, deux d’entre eux, les nüs 2 et 4, contiennent des débris d’ossements humains ayant les caractères de ceux du squelette d’un enfant nouveau-né, à terme ou près du terme. 2° Que la plupart de ces os présentent des fractures, mais que leur degré de calcination les a rendus trop friables pour qu’il soit possible de dire si ces fractures ont été faites pendant la vie, ou même après la mort avant la combustion plutôt qu’après la combustion, par les manœuvres du triage des cendres ou autres. 3° Que le degré de calcination de ces os a été considérable pour tous, mais il est impossible de dire, d’après même une comparaison minutieuse des uns aux autres, la durée de leur séjour dans le feu, ni si ceux de l’un des paquets tels que le n° 4 ont subi l’action du feu plus longtemps que les os contenus dans les autres paquets.

Deuxième partie. • — Triage et analyse chimique de la terre et des cendres renfermées dans la grande caisse. ■ — Dans la grande caisse dont nous avons donné plus haut la description, et dont nous avons trouvé les scellés intacts, existait un grand sac en grosse toile grise; il était divisé en deux portions inégales, par une forte ligature, et fermé à son ouverture par une ficelle solidement liée. La plus petite des divisions se trouvait du côté de la partie supérieure du sac, et représentait le tiers de son contenu. Le sac était humide dans toute son étendue, pourri par cette humidité et, par suite, s’est crevé près de la ligature de son ouverture pendant les manœuvres exécuté s pour le retirer de la caisse. Nous avons pu néanmoins recueillir et examiner séparément le contenu des deux parties du sac.

A chaque ligature du sac était fixée une bande de papier scellée au sceau de M. le juge de paix du canton de Pousanges, sceau que nous avons reconnu intact. Ces deux bandes de papier étaient chiffonnées, dans le plus grand état d’humidité et de friabilité possible ; l’humidité avait en partie effacé l'encre des suscriplions qu’elles portaient. Les ayant détachées avec soin, mises en presse entre des feuilles de papier gris, nous avonspu, à grand’peine, lireles suscriptions suivantes, sur les lambeaux rapprochés les unsdesautres: l°Sur la bandede papier fixée à la ligature de l’ouverture du sac : Infanticide, affaire Perrin ni Tessier , et à côté : cendres saisies au domicile de Tessier, par nous juge de paix soussigné , Montournois , 2 avril 1 860, signé : Dorinié , Richard , Collandrau , greffier , Naud 2° sur la bande de papier fixée à la ligature qui divisait le sac en deux cavités inégales : Infanticide , affaire Jarrinel Tessier , et à côté: cendres saisies au domicile de Tessier , par nous juge de paix de Pouranges soussigné, Montournois , 2 avril 1850, signé: Collandreau , greffier , Doridié , Richard , et une signature effacée illisible.

Nous avons ensuite soumis séparément aux opérations suivantes le contenu de chacune des divisions du sac.

1° Contenu de la plus petite division du sac du côté de sa partie supérieure. — Nous avons constaté les caractères suivants sur ce contenu du sac indiqué comme cendres, sur la suscription y attenante, et comme cendres provenant de la boulangerie dans la note explicative annexée à la commission rogatoire.

Ce contenu était à l’état de terre noirâtre, humide, presque boueuse, nullement pulvérulente, ni demi-pâteuse comme de la cendre humectée au même degré; elle était mélangée de nombreuses feuilles de poirier et autres, de débris de menues branches, de paille, de morceaux de bois, de pierres et de gravier. Nous avons d’abord trié et séparé à la main ces divers objets, et il nous est resté une matière ayant l’aspect d’une terre humide à grains grossiers.

Cette matière humide a été étendue sur deux grands plateaux de zinc propre et desséchée à l’étuve aune température de 30 degrés.

INFANTICIDE TA K COMBUSTION

Pour examiner cette matière desséchée d'une manière plus complète, nous l’avons passée à travers un crible métallique à mailles carrées de \ miilimètre.de côté environ. Sur le crible, il est resté à chaque manoeuvre des débris de branches, de paille, de pierre et de gravier plus petits que ceux déjà triés à la main, mais de même apparence.

Malgré l'examen le plus attentif répété sur tout le contenu de cette portion supérieure du sac, il nous a été impossible d’y trouver des os ni aucune parcelle d’os semblables ou analogues à celles renfermées dans les paquets dont nous avons fait l’examen dans la première partie de cette expertise. Nous avons ensuite recherché, a l’aide des réactifs chimiques appropriés, quelle était la composition de cette matière.

Les résultats auxquels nous avons été conduits ont été que cette matière, qui avait l’aspect extérieur de la terre et non de la cendre, avait la composition chimique des terres calcaires et argileuses mêlées d’humus, telles que sont la plupart des terres soumises à la culture et non la composition des cendres.

La quantité des carbonates de potasse et de soude dépassait un peu celle qui se trouve en petite proportion dans les terres, et leur présence ici indiquait le mélange probable d’une petite portion de cendre à la terre qui formait la masse principale de ce contenu du sac.

Le résidu insoluble dans l’eau distillée bouillante ayant été dissous dans l’acide azotique, après l'achèvement du dégagement de gaz, nous l’avons chauffé et y avons ajouté du molybdale cV ammoniaque, qui n’y a déterminé qu’une faible coloration jaune; ce qui indique la présence d’une très-petite quantité seulement de phosphates, ne dépassant pas celle que l'on trouve dans beaucoup de terres et à peine égale à celle qu’on trouve dans les cendres ordinaires provenant de la combustion des matières ligneuses Les autres recherches auxquelles nous nous sommes livrés sur cetle terre, car il est impossibte de donner le nom de cendre à cette matière, ne nous y a fait découvrir ni substances grasses, ni matière animale ; elles ne nous y ont pas montré non plus les résidus contenant ou non du fer qu’on rencontre dans le produit de la combustion des matières charnues animales.

Considérant que ces recherches nous ont donné des résultats constamment négatifs en ce qui concerne la nature de ce contenu, entant que cendres pouvant ou non résulter partiellement de la combustion d’un fœtus et de bois; mais que.au contraire, elles nous ontdonnéles résultats que fournissent l’analyse chimique et l’examen extérieur de la plupart des terres cultivées; nous n’avons pas cru nécessaire

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

de donner la description, désormais inutile, des longues, difficiles et laborieuses opérations chimiques qu’ a exigées cette analyse.

En résumé , le contenu de la première division ou partie supérieure du sac nous a offert les particularités suivantes :

1° Il renferme des feuilles, des débris de bois, de paille et de pierre; mais nous n’avons pu y découvrir aucune parcelle d’os ; 2J l’analyse chimique nous y a montré les substances minérales et l’humus que contiennent ordinairement les terres cultivées et non les matières chimiques qui composent les cendres ; 3° l'analyse chimique ne nous y a pas montré non plus la présence de substances animales, de matières grasses, de phosphates abondants, de sels de fer ni d’autres produits de la combustion des tissus animaux.

2° Examen du contenu de la plus grande division du sac du côlé de son fond. — Le contenu de la plus grande division du sac était une terre humide de même apparence que la première, mais plus fine, mélangée de débris végétaux, mais de moindre volume que ceux trouvés dans l’autre. Nous en avons d’abord retiré à la main une grande quantité de débris de branches, d’éclats de bois, de paille, de feuilles de poirier et autres, de pierres et de gravier.

Nous l’avons ensuite desséchée à l’étuve à 30 degrés, après l'avoir étalée sur une série de plateaux de zinc très propres, Cette longue opération achevée elle a été criblée dans divers cribles semblables à ceux qui avaient servi à l’analyse des cendres.

11 est resté sur les cribles une grande quantité de petits déb ris de bois, de branchage et de paille. Mis de côté puis triés un à un comme il avait été fait pour les résidus du criblage de la première portion du contenu du sac.

Ces débris ne nous ont fourni aucune trace d’os, ni de parcelles osseuses, mais seulement les corps dont il vient d’être fait mention.

La terre fine qui avait traversé les mailles des cribles a été ensuite soumise aux diverses opérations d’analyse chimique qui nous avaient servi à déterminer la nature de la première portion du contenu du sac.

Les résultats de ces analyses ont été de nous démontrer dans cette terre pulvérulente la présence de sels calcaires et argileux, tels que ceux qu’on trouve dans les terres cultivées. Nous y avons trouvé, en outre, une notable quantité de la substance dite humus qui accompagne ordinairement les terres servant à la culture, surtout lorsqu’elles ont été fumées, sans matière grasse en quantité notable, ni substances animales. Nous n’y avons également trouvé que des traces de phosphates et de sels de fer ne dépassant pas les faibles proportions qui existent dans la plupart des terres cultivées.

En résumé, l’analyse du contenu du fond du sac nous a donné les mêmes résultats que celle du contenu de la partie supérieure du sac,

INFANTICIDE PAU COMBUSTION

savoir : 1° des débris de végétaux, des pierres et des graviers, sans os ni parcelles osseuses ; 2° son analyse nous y a montré la présence des sels et de l’humus qu’on trouve dans les terres soumises à la culture, sans matières grasses, ni substances animales; 3° ces résultats négatifs, au point de vue delà présence de résidus animaux, s’expliquent par ce fait que le contenu de la première partie du sac qui nous a été envoyé comme étant des cendres est un mélange de terre cultivée et de débris végétaux, mais n’est point formé de cendres; c’est à peine si l’on peut soupçonner qu’il en contient en mélange une très- petite quantité; 4° ces résultats négatifs ne contredisent, sous aucun rapport, les résultats positifs énoncés dans la première partie de ce rapport, car des débris animaux ou des restes de la combustion d’animaux peuvent avoir séjourné sur cette terre, prise pour de la cendre mais qui n’en est pas, sans que ces résidus d’êtres organisés se soient mélangés ou infiltrés dans cette terre.

Troisième partie. — • Examen microscopique et chimique des taches qui existaient sur un mouchoir contenu dans la petite caisse. — Dans la petite caisse décrite plus haut, à côté des quatre paquets contenant des débris osseux, nous avons trouvé un autre paquet entouré d’un fort papier blanc, fermé par 3 scellés à la cire rouge au sceau de M. le juge d’instruction de Fontenay-le-Comte, scellé que nous avons trouvé intact.

Ce paquet portait la suscription suivante : N° 5. — Fille Jarrin et Tessier. — Infanticide , et a côté : — Mouchoir lacéré paraissant porter des traces de sang — et au-dessous les signatures de Brunetières — Iléraud.

Ce mouchoir est de coton fin, très -usé, en lambeaux lacérés, percés de trous nombreux. 11 se déchire à la moindre traction. Il est d’un blanc grisâtre sale, avec quelques raies de couleur rose se croisant avec régularité mais en partie effacées par l’usure de l’étoffe.

Résumé de la troisième partie. — 1° Le mouchoir lacéré contenu dans la petite caisse, dans une enveloppe de papier blanc inscrite sous le n° 5, ne nous a présenté aucun des éléments qu’on trouve dans la matière formant les taches de nature sanguine; 2° il ne nous a offert que des poussières et des gouttes graisseuses, avec une teinte foncée des filaments microscopiques du coton, caractères qu’on trouve dans les taches formées par des liquides sales d’origine étrangère au corps humain.

Quatrième partie. — Résumé général et conclusions en réponse aux questions qui nous ont été posées. — Le long exposé qui précède nous dispense de tout commentaire sur les faits qui ont été soumis à notre appréciation, et nous sommes en mesure d’en déduire la solution de

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

la plupart des problèmes difficiles qui nous étaient posés. Aussi, en réponse aux questions formulées tant dans la commission rogatoire que dans la note y annexée pour faciliter nos opérations et reconnaissances, nous concluons des observations et analyses que nous avons faites, que : 1° Tarmi les paquets contenant des débris osseux recueillis au domicile de l’un des inculpés, deux contiennent des os et des fragments d’ossements humains ; ce sont les paquets n° 2 et n° 4. 2° Ces os et fragments d’os sont : pour le n° 2 un corps de vertèbre, le quart supérieur du fémur , l'extrémité supérieure d'un tibia , l'extrémité inférieure d'un tibia, l' extrémité inférieure d’ un humérus , l'extrémité supérieure et l'extrémité inférieure d’un péroné, une première phalange entière du pouce de la main , du piecl , et six fragments de l’extrémité postérieure des côtes ; pour le n° 4 une première phalange des doigts , la diaphyse d’un os du métacarpe ou du métatarse , une moitié d'arc postérieur des vertèbres. 3° Ces débris se rapportent exactement au squelette d’un enfant nouveau-né à terme ou trèsprès du terme et non à un autre âge. 4° La plupart de ces os présentent des fractures, mais ils sont devenus trop friables par la calcination pour qu’il soit possible de dire si ces fractures ont été faites pendant la vie ou au moins avant la combustion ; toutefois, rien ne prouve que ces fractures n’ont pas été faites pendant la vie ou après la mort avant la combustion. 5° Tous ces os sont à un complet degré de calcination; mais il n’est pas possible de dire si les uns ont séjourné dans le feu plus que les autres, ni de préciser la durée de leur séjour dans le feu. G0 L’existence parmi les pièces à conviction d’os ayant appartenu à un fœtus humain à terme ou près du terme démontre l’existence d'un accouchement à terme ou très-rapproché du terme ; et si rien dans ces pièces ne peut établir la certitude d'un infanticide, rien non plus n’infirme la supposition de ce crime. 7° Les matières qui nous ont été envoyées comme cendres saisies au domicile de Tessier sont de la terre et non des cendres ; elles ne contiennent aucune parcelle d'ossements et de débris humains ni d’autres matières provenant de la combustion de tissus humains ; mais rien ne contredit la supposition que des ossements ou des cendres provenant de la calcination d’un être organisé ont reposé sur cette terre. 8° Les fragments du mouchoir portent des taches qui ne sont pas des taches de sang, soit lavé, soit non lavé; ce sont des taches d’une eau sale accompagnée d’un peu de graisse ou d’huile.

Observ. LVII. — Enfant brûlé dans un poêle à Saint-Lazare.

Des renseignements recueillis près du directeur, des religieuses, des filles de service et des détenus, il résulte les faits suivants :

La fille B... dit qu’elle était parvenue au terme de sa quatrième

grossesse; qu’étant accouchée au milieu de la nuit, elle étouffa son enfant sous son propre corps, puis le cacha clans la paillasse, où elle le laissa pendant toute la journée du lendemain. Elle s’était délivrée elle- même après avoir rompu le cordon et avait jeté le délivre dans un pot de chambre qu’elle avait ensuite été vider dans les latrines. Elle se défend d'avoir dit à personne qu’elle se fût débarrassée de son enfant de la même façon, et pense qu’on aura fait confusion. Ce qu'elle affirme, c’est qu’après avoir retiré le petit cadavre de la paillasse, elle le garda sous ses vêtements, dans une sorte de sac fait avec un pan de son tablier; puis, le lendemain matin, ayant trou\é moyen de pénétrer dans l’atelier pendant la récréation, elle avait mis le corps au milieu du foyer du poêle qu'elle avait rempli de charbon, et qui n’avait pas été ouvert pendant plusieurs heures après ce moment.

L’examen auquel nous soumettons la fille B... nous permet de constater qu’elle porte des traces évidentes et caractéristiques d’un accouchement, des éraillures encore violacées de la paroi abdominale, avec écoulement d’un peu de lait par la pression des seins.

Quant à la possibilité des faits tels que les raconte la fille B — pour ce qui concerne la délivrance, la déchirure du cordon et la suffocation de l’enfant par la pression du corps de la mère, il est incontestable que les choses ont pu se passer exactement de la manière rapportée par l’inculpée.

L’examen minutieux des lieux où elle ajoute avoir achevé son crime et les renseignements qui nous ont été donnés nous ont appris que le poêle de l'atelier consiste en une double cloche de fonte de la contenance de 4/3 mètre cube environ, qui peut être librement chargée de charbon par une très-large ouverture latérale, et que surmonte un tuyau de forme légèrement conique, à travers lequel le tirage est très-énergique : ce poêle est allumé pour la première fois, a sept heures du matin, puis à neuf heures, au moment où l'atelier reste vide pour la récréation ; on a coutume d’ouvrir toutes les fenêtres, et l’on active le foyer, afin de ventiler et de purifier la salle. Il n’est pas rare que des débris de toute espèce soient jetés dans le poêle, sans donner une odeur bien sensible. La récréation dure de une heure à une heure et demie. Toutes ces circonstances, il faut le reconnaître, se réunissent pour favoriser la combustion rapide et complète du cadavre d’un enfant nouveau-né. Et, dans les conditions indiquées par la fille B. . . , c’est-à-dire le corps ayant été mis dans le foyer incandescent, alors que toutes les fenêtres étaient ouvertes, et le poêle n’ayant été ouvert de nouveau que cinq ou six heures après, on peut admettre que l’odeur qui a dû accompagner les premiers moments de la combustion a pu être entraînée par la ventilation très-active qui régnait dans l’atelier, et que la combustion a

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pu être à peu près complète au moment où le poêle a été rouvert.

La fille B. .. porte les traces d'un accouchement qui peut remonter au 4 5 novembre 1856; 2° les dispositions des lieux et les conditions physiques que nous avons appréciées ne s’opposent pas à ce que les circonstances de son accouchement et de la disparition du cadavre de son enfant aient été, en réalité, telles qu’elle le déclare.

Observ. LVIII. — Enfant brûlé à la suite d'un accouchement clandestin (affaire Lemoine.)

Je ne veux pas réveiller ici la curiosité qu’a si généralement excitée le procès criminel qui a amené devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire, au mois de décembre 1 859, madame Lemoine et sa fille. Mais je suis certain qu’on relira avec intérêt et qu’on consultera avec fruit les extraits qui suivent du rapport remarquable rédigé dans cette grave affaire par MM. Danyau et P. Lorain.

« Les fragments que nous avons retrouvés sont au nombre de quarante. Il n’existe pas un seul os complet. Tous ces fragments sont de très-petite dimension, irréguliers, déformés et représentant des segments d'os défigurés. Tous ces fragments présentent des traces de combustion, et quelques-uns sont devenus, par le fait de leur exposition au feu, complètement blancs et d’une extrême fragilité.

» Il est impossible de reconnaître à première vue aucun de ces os. Aussi nous a-t-il fallu les examiner attentivement, les comparer avec des os de fœtus de différents âges, appartenant à notre collection particulière et aux collections publiques, pour parvenir à émettre une opinion sur leur véritable nature.

» Nous devons dire d’abord que, si nous nous sommes abstenus, de nous prononcer à première vue sur la question de savoir si quelques-uns de ces os provenaient d’un fœtus humain, nous n’avons pas eu la même hésitation pour décider que quelques-uns de ces os provenaient d’animaux, soit oiseaux, soit mammifères, servis sur la table. C’est principalement dans la buanderie que nous avons retrouvé ces débris d’os qui n’appartenaient pas à un fœtus humain. Nous devons ajouter que ces débris sont moins complètement brûlés, moins blancs, moins débarrassés de toutes matières animales, et sont plus reconnaissables que ceux qui proviennent de la cheminée du petit salon. Parmi les fragments d’os trouvés dans la cheminée de la buanderie par M. le juge d’instruction de Chinon ou trouvés par nous-mêmes (et ces fragments forment les 2/3 du nombre total), il n'en est pas un seul que nous ayons reconnu comme ayant appartenu à un fœtus humain. Un seul de ces fragments nous a laissé quelque doute ; c’est une portion d’os assez épais, présentant une surface légèrement concave et qui pourrait avoir appartenu à un os faisant partie de l’orbite, mais nous ne saurions affirmer ce fait.

INFANTICIDE PAH COMBUSTION

•> Quant aux fragments d’os trouvés dans la terre de la cheminée du petit salon, ils sont d’un très-petit volume, blancs, poreux, débarrassés de matière animale, friables, tels enfin que des os soumis à un feu ardent. Non-seulement on ne retrouve pas ici un os complet, mais les débris eux-mêmes, par le fait de la combustion, sont déformés. Aussi l’examen de ces os présente-t-il les plus grandes difficultés. Quelques débris semblent se rapporter à des portions d’arcs vertébraux de fœtus ; mais il y a trop loin d’une apparence à une certitude pour que nous puissions nous prononcer. Cependant une portion plus volumineuse, moins déformée que les débris précédemment examinés, a attiré notre attention et a été de notre part l'objet d’une étude toute particulière.

» Cette portion d’os se compose d’une surface légèrement convexe où se voient les faisceaux radiés de tubes osseux convergeant vers un centre, près d’une autre surface à angle droit avec la première concave, avec un rebord saillant. Ce fragment nous a paru appartenir à l’orbite d’un fœtus humain, et être une partie de l’os frontal du côté droit. La comparaison des diamètres de la surface courbe avec ceux d’un os de même nature pris sur des fœtus de différents âges, nous a amenés à penser que si c’était là l’os frontal d’un fœtus humain, ce fœtus n’était pas arrivé au terme de neuf mois. Cette opinion, que nous exprimons avec toute la réserve que nous imposent la gravité de la mission qui nous a été confiée et l’extrême difficulté de l’examen, doit être considérée comme exprimant non une certitude complète, mais une grande probabilité. »

A la question de savoir si madame Lemoine a pu croire que sa fille n’était pas enceinte, les experts répondent par les considérations suivantes :

« Si, chez Angélina, la menstruation est régulière, cette suppression de trois époques sans grossesse chez une femme qui s’est exposée presque tous les jours à devenir enceinte a lieu de surprendre; et, bien que le fait ne soit pas sans exemple, et que nous puissions citer des cas dans lesquels la conception n’a eu lieu qu’après une plus ou moins longue suppression sans maladie, et, contrairement à des habitudes de régularité établies depuis longtemps, l’apparition d’une époque menstruelle véritable, et surtout une apparition pseudomenstruelle pendant la grossesse, n’est pas tellement rare, que celle de février fût la preuve certaine de la non-existence de la grossesse.

» Ce qu’a été cette apparition sous le rapport de la durée, de l’abondance, delà continuité de l’écoulement, sa marche enfin comparativement à celle des époques ordinaires d’Angélina, serait important à connaître, et fournirait quelques éléments favorables à la solution de la question.

» En tous cas, quand on considère la facilité avec laquelle les

RAITOKTS ET CONSULTATIONS.

femmes acceptent sans beaucoup de discernement l’apparition des règles comme compatible avec la grossesse, on a lieu de s’étonn’er que madame Lemoine, mère expérimentée, ait si promptement conclu du retour des règles en février, qu’Àngélina à cette époque n’était pas enceinte. Cet aveuglement sur l’état de sa fille ne s’explique que par la perspective d’un déshonneur bien propre à obscurcir son jugement. Nul doute qu’en toute autre circonstance elle n’eût raisonné et conclu tout différemment.

» En résumé, l’époque de février, si tant est qu’il se soit agi d’une époque véritable, ne prouve pas qu’Àngélina ne fût point enceinte alors; mais à moins de preuves décisives tirées du volume des os du fœtus incinéré ou des circonstances de l'instruction, elle laisse parles motifs que nous avons dits plus haut quelque incertitude à cetégard.»

M. le président. — Vous avez aussi, monsieur le docteur, été appelé à vous expliquer sur la question de savoir quelles inductions on peut tirer touchant la viabilité de l’enfant, de ce que l’enfant n’aurait pas crié en venant au monde ?

M. le docteur Danyau. — En général l’enfant crie s’il est en bon état. Il est possible aussi qu’il ne crie pas, et que pourtant il puisse être rappelé à la vie, mais il succombera faute de soins intelligents après sa naissance.

M. le président. — Voici ce que vous a vez dit dans votre rapport:

« Des mouvements des membres et même des mouvements d’inspiration et d’expiration, sans cris répétés et vigoureux, ne prouvent pas qu’il y ait eu une vie complète ou tout au moins suffisante pour la pénétration de l’air dans les poumons, et que les signes de vie donnés par l’enfant fussent des signes certains de viabilité.

» De cet état précaire, l’enfant pouvait-il être, par des soins intelligents, ramené à la vie extra-utérine définitivement? En négligeant de dégager la bouche et les narines des mucosités qui pouvaient les obstruer, n’a-t-on pas aggravé une situation qui n’était pas sans ressources? Cela n’est pas impossible, sans doute, bien que ces obstacles à la pénétration de l’air ne soient pas de ceux qu’un enfant en bon état, du reste, ne puisse en général surmonter par ses propres efforts, quand il n’a pas d’autre cause d’obstruction, et quand il ne perd pas avec son sang la force nécessaire pour en triompher. Ici, le cordon non lié a pu nécessairement, dans l’état imparfait de la respiration, laisser écouler une quantité considérable de sang, et cette hémorrhagie contribuer à la mort de l’enfant.

» Il n’est pas moins vrai que l’enfant, qui n’a pas crié, n’a vécu que d’une vie précaire et qui devait s’éteindre bientôt. 11 n’est même pas suffisant que le cri ait été poussé une fois, car si cette première explosion de l’instinct ne s’est pas répétée, la respiration ne s’établit

pas, et l’enfant succombe dans la transition de la vie intra-utérine à la vie extérieure.

» Il ne faut pourtant pas perdre de vue que son état précaire pouvait dépendre non des circonstances signalées, mais de quelque compression du cordon pendant le travail, compression qui peut avoir lieu sans circulaire autour du col, compression souvent fatale après la naissance, quand elle ne l’a pas été avant Faccouchement.

» 11 n’y a donc rien à conclure de ce qu’on n’a pas allégué que le cordon entourât le col. Au reste, que cet état grave, si voisin de la mort, fût dû à la compression d’une anse de cordon libre ou circulaire, si telle en effet en était la cause, on ne peut pas dire que l’application la plus intelligente, la plus persévérante de toutes les ressources de l’art usitées en pareil cas eût été couronnée de succès.»

M. le président. — N’est-il pas évident que le défaut de ligature suffit à amener la mort?

M. le docteur Danyau. — Sans doute, même lorsque la ligature a été mal faite.

M. le président. — Oui, vous l’avez dit dans votre rapport :

« Faut-il nécessairement qu’un enfant ait crié pour qu’on puisse affirmer qu’il ait vécu? Cette preuve ne résulte-t-elle pas des mouvements faits pendant cinq minutes environ, alors surtout que l’enfant n’a pas été lavé, qu’on n’a pas dégagé sa bouche et ses narines des mucosités qui pourraient s’y trouver, que le cordon n’a pas été lié, et qu’il n'est pas prouvé que le cordon entourait le cou. Il n’est pourtant pas nécessaire que l’enfant ait crié, pour qu’on puisse affirmer qu'il ait vécu ; mais là où les praticiens les plus habiles auraient pu échouer, des femmes ignorantes pouvaient-elles être plus heureuses ?

» Cette non-ligature n’est-elle pas suffisante pour amener la mort, et cette période de cinq minutes est-elle assez longue pour que la mort soit la suite d’une hémorrhagie? La non-ligature du cordon pourrait, non-seulement contribuer à la mort, mais elle pourrait même, à elle seule, faire périr l’enfant. Des exemples de nouveaunés, forts et bien portants, morts d’hémorrhagie faute de ligature ou faute d’une ligature bien faite, ne sont pas très-rares dans la science, et la règle d'en appliquer une et de la faire avec soin n’admet pas d’exception.

» Quant au temps nécessaire pour qu’une hémorrhagie par la cordon amène la mort, il n’est pas possible de le fixer rigoureusement, et nous ne pouvons dire si, dans l'espèce, cinq minutes ont suffi pour amener la mort de l’enfant d’Angélina. »

M. le président. — Voila les points principaux sur lesquels a porté votre expertise. On a aussi examiné une certaine paire de ciseaux qu’on soupçonnait avoir servi à couper le cordon ombilical?

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

M. le docteur Danyau. • — Oui, on nous a représenté des ciseaux qui. sur les branches, ne portaient pas détachés de sang; mais, ces branches détachées l'une de l’autre, nous avons remarqué une tache jaune ocre autour du trou de pivot. Cette tache, examinée au microscope, ressemblait en tout à une tache produite par du sang et de date assez récente pour ne pas remonter au delà du 30 juillet. Il est donc très-possible que ces ciseaux aient servi à couper le cordon ombilical.

Examen de taches.

Observ. LIX. — Examen de taches de sang sur des linges saisis dans un cas d' infanticide. (Voy. Observ. XXXIII.)

Nous, soussignés, Ambroise Tardieu et Charles Robin, professeurs à la Faculté de médecine, commis par ordonnance de M. Daniel, juge d’instruction près le tribunal de la Seine, en date du I 1 novembre 1 862, à l'effet d’examiner les linges saisis hôtel de la Bourse, dans les chambres occupées par le sieur Lebaudy, et rechercher la nature des taches existant sur les linges et notamment si elles proviennent du contact d’un enfant nouveau-né. Après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d'instruction, avoir retiré du greffe les objets soumis à notre examen, il nous a été remis deux caisses de bois blanc, l’une large de 30 centimètres sur 35 centimètres de hauteur; l’autre, plus petite, longue de 21 centimètres sur 15 centimètres de large et 7 de hauteur, toutes deux scellées au sceau de j\I. le commissaire de police du quartier Gaillon et portant une étiquette scellée du même sceau et indiquant la nature de leur contenu. Ayant vérifié l’intégrité des scellés, nous nous sommes transportés au laboratoire de l’un de nous pour y soumettre les objets contenus dans ces deux caisses aux examens chimiques et microscopiques convenables.

Examen du contenu de la plus grande caisse. — Dans cette caisse, nous avons trouvé liés ensemble deux serviettes, un drap et une toile de matelas, avec une étiquette signée de M. le commissaire de police du quartier Gaillon et scellée de son sceau portant l’indication des objets susdits.

Drap de lit. — Ce drap, de toile blanche, nous a présenté vers son centre une grande tache d’un rouge brunâtre, longue de 80 centimètres sur 50 centimètres de large, à bords irréguliers, déchiquetés et entourée d’un grand nombre de macules plus petites de même teinte, mais dont quelques-unes toutefois étaient un peu plus pâles et comme formées par de la sérosité sanguinolente qui aurait imbibé l’étoffe de toile. Par places, les bords de la grande tache offraient un aspect semblable. La matière de ces taches imbibant l’étoffe lui

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