‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 61 sur 113 · MOI». 1 MOIS · texte numérisé non relu

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Totaux.

STATISTIQUE DE L’AVORTEMENT

Le tableau qui précède mérite certainement d’être étudié et renferme dans ses colonnes plus d’un utile renseignement. Je vais me borner à signaler les principaux.

Dans l’espace de trente années, on voit que 1540 cadavres de fœtus ont été déposés à la Morgue : n ayant pas atteint le terme de neuf mois; mais ce qui a pour nous plus d’importance, c’est que sur ces fœtus avant terme, 1090, c’est-à-dire plus des 4/5es, n’avaient pas dépassé le 6e mois de la vie intra-utérine. 11 est bien permis de faire remarquer que c’est dans ce nombre que doivent se trouver la plupart des avortements. Mais, pour les constater, le simple examen du fœtus est si souvent insuffisant qu’il n’v a pas lieu de s’étonner que des 288 autopsies pratiquées sur les fœtus, 69 seulement aient donné des indices d’avortement provoqué. Il faut, dans tous les cas, se bien garder de rien conclure de ce chiffre relativement à

la fré juence du crime dont le nombre total des fœtus reçus à la Morgue, 1540 en trente ans, permet, à lui seul, de se faire une idée beaucoup plus exacte.

Si maintenant on compare entre elles les trois périodes que séparent des mesures administratives qui ont eu pour effet de restreindre l’admission des enfants à l’hospice, et de rendre plus sévère la vérification des décès, et par suite la perception de la taxe d’inhumation, on remarque un accroissement notable pour les vingt-deux dernières années dans le chiffre des fœtus exposés: 599 de 1846 à 1854 et 1 044 de 1855 à 1 866, contre 295 de 1 856 à 1845. Si la constatation des crimes d’avortement ne suit pas cette progression, 10 seulement dans la seconde période alors que la première en comprenait 17, la raison en est dans la diminution considérable des autopsies ordonnées par le parquet de 1842 à 1858; l’équilibre se rétablit dans les dernières années qui donnent à elles seules 55 avortements constatés. Il faut noter, en effet, que,

STATISTIQUE DE L’AVORTEMENT

de 1856 à 1845, 92 autopsies étaient pratiquées sur un total de 292 fœtus, et que, pour les neuf années suivantes, sur un total de 599, 47 seulement étaient soumis à l’autopsie cadavérique, tandis qu’enfin dans la dernière période qui comprend douze années sur 645 fœtus, le nombre des autopsies s’élevait à 544. Il y a là certainement une différence dont on doit tenir compte.

Le résultat capital est donc, en définitive, dans le chiffre des fœtus de moins de six mois reçus à la Morgue, 1090 en trente ans, sur un total de 1540 fœtus avant terme.

Du reste, ce n’est pas seulement à Paris que le crime d’avortement se multiplie d’une manière déplorable. Dans une seule session, en septembre 1856, la cour d’assises de la Drôme statuait sur une affaire dans laquelle 52 accusés comparaissaient comme auteurs ou complices de nombreux avortements commis dans quelques communes limitrophes de ce département. On sait que dans certains pays l’avortement est pratiqué d’une manière presque publique, sans parler de l’Orient où il est pour ainsi dire entré dans les mœurs; on le voit en Amérique, dans une grande cité comme New-York, constituer une industrie véritable et non poursuivie qui a enrichi plus d’une sagefemme. Je tiens du docteur E. Celle, quia exercé pendant plus de vingt ans à San Francisco avec autant de dévouement que de succès, que les journaux américains contiennent des annonces à peine déguisées de préparations abortives. On y vente notamment des pilules très-bonnes pour le sang, en faisant remarquer ingénument que si on forçait la dose chez une femme enceinte on risquerait de produire l’avortement. A New-York, le chiffre des enfants mort-nés et expulsés avant terme, qui s’y est considérablement accru depuis cinquante ans, en est une preuve. Pour une population de 76,770 âmes en 1805, on ne comptait que 47 enfants mort-nés; en 1849, pour une

Tardieu. Avortement. 3* édition. 2

STATISTIQUE DE V AVORTEMENT

population de 450,000, le nombre des enfants mort-nés s’est élevé à 1,520, c’est-à-dire que pour une population qui a sextuplé, le nombre des enfants mort-nés et des naissances prématurées est devenu trente-sept fois plus considérable. Le rapport a été :

En 1805, de 1 décès mort-né sur 1612,12 habitants.

En 1815, de 1 décès mort-né sur 986,46 —

En 1825, de 1 décès mort-né sur 680,68 —

En 1835, de 1 décès mort-né sur 566,88 —

En 1845, de 1 décès mort-né sur 584,68 —

En 1849, de 1 décès mort-né sur 540,90 —

Sans doute des causes diverses ont contribué à ce résultat, mais il estpermis d’affirmer que l’avortement y entre pour une grande part.

De l'époque de la grossesse et de l’àge de la vie auxquels a lieu le plus souvent l'avortement criminel. — Il

serait, sans doute, intéressant à plus d’un titre de connaître dans quelles conditions sociales se trouvent les femmes qui cèdent à la suggestion criminelle qui les conduit à l’avortement ; les faits que recueille la statistique judiciaire, pas plus que ceux que possèdent la science, ne peuvent éclairer ce côté de la question. Trop de faits restent dans l’ombre pour que Ton puisse rien déduire à cet égard du petit nombre de ceux qui n’échappent pas à la justice humaine. C’est là d’ailleurs un point qu’il ne m’appartient pas de creuser davantage. Je me bornerai à donner, à titre de simple renseignement et comme se rapportant plus directement à la nature même de mes recherches, l’indication de l’âge des femmes qui se sont soumises à l’avortement dans les cas que nous avons cités. Il ne faut pas, sans doute, attacher plus d’importance qu’il n’en mérite à ce renseignement que tant de circonstances peuvent faire varier. Je ferai donc simplement remarquer que le plus grand nombre de femmes accusées

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