‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 67 sur 113 · IODURE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

IODURE DE POTASSIUM

lement qu’elles figurent dans la matière médicale dont on trouve pourvus ceux qui font en quelque sorte profession de l’avortement.

Il est cependant quelques substances qui, à tort ou à raison, paraissent plus spécialement posséder les propriétés abortives qu’on leur attribue, et dont le crime cherche à utiliser l’emploi. Je n’entends pas parler des poisons énergiques de toute espèce, arsenic, mercure, sulfate de cuivre, cantharides, qui, en portant dans l’organisme de la mère une perturbation soudaine et profonde, doivent entraîner presque nécessairement la mort et parfois l’expulsion prématurée du fœtus ; mais de ces substances qui, dans certaines conditions, semblent exercer sur la matrice une action spécifique, l’iode, l’if, la Sabine, la rue, l’ergot de seigle. Pour ces substances mêmes il importe de prononcer avec une grande réserve, et de ne leur attribuer qu’avec beaucoup de restriction une véritable puissance abortive. Plus d’un auteur est tenté de la nier absolument, et il est permis de se retrancher derrière l’opinion d’01livier (d’Angers), qui dit avce autorité : « Celte action spéciale de certaines substances médicamenteuses, dites abortives, est encore, à mon avis, bien loin d’être démontrée (1). » Dans la généralité, je n’hésite pas, pour ma part, à adhérer à ce principe. Mais en fait, on ne peut se dispenser de tenir compte de certaines observations qui, dans leur rareté même, portent une lumière nouvelle sur cette intéressante question.

lodurc de gïotassfum. — Un fait relatif à l’influence de Yiodure de potassium sur la production de l’avortement mérite de trouver place ici (2). Un herboriste avait administré

(1) Ollivier (d’Angers), Mémoire et comidtation médico-légale sur U avortement provoqué. ( Annales d'hyg. et de méd. lég., t. XXII, p. 109.)

(2) Presse médicale de Marseille , 1858, numéros 7 et 9.

32 DES SUBSTANCES ABORTIVES

à une femme enceinte de quatre mois une potion contenant 4 grammes d’iodure de potassium pour 150 grammes de véhicule. Après l’ingestion de la première cuillerée, cette femme ressentit delà chaleur à l’épigastre. Le soir ce symptôme redoubla après la seconde cueillerée. Le lendemain, après la troisième, une perte desangse déclare. Une quatrième cuillerée est néanmoins donnée le soir, et une cinquième le lendemain matin. Ce jour-là les signes de l’avortement étaient déclarés. Ce fait, qui aurait besoin sans doute de confirmation, emprunte cependant une valeur réelle aux propriétés emménagogues bien connues et pour moi non douteuses de l’iode et de ses préparations. L’iodure de potassium a d'ailleurs été considéré, dans ce cas, comme la cause directe de l’avortement, par MM. les professeurs de Montpellier, René, Dumas et Fuster, appelés en qualité d’experts dans l’enquête médico-légale à laquelle il donna lieu.

if. — MM. Chevalier, Duchesne et Raynal, dans un mémoire fort intéressant et rempli de faits sur les propriétés vénéneuses de Vif (taxus bnccata) (1), ont rapporté deux observations de tentatives d’avortement, suivies de mort par ingestion d’un breuvage préparé avec le suc des feuilles de cet arbre, qu’il faut ajouter aujourd’hui à la liste dessubstances réputées abortives. Mais il importe de faire remarquer que, dans ces deux cas d’empoisonnement, dont nous donnons le récit, l’expulsion du produit de conception n’eut pas lieu. Il en fut de même dans une expérience, faite par ces excellents observateurs, sur une chienne, âgée de trois ans, à cent jours environ de gestation, qui mourut au bout de trente-six heures, ayant présenté seulement, dans les dernières heures, un léger écoulement par la vulve, mais sans avoir mis bas et sans avoir offert

(1) Chevallier, Duchesne et Raynal, Annales d'hyg. et de méd. lég., deuxième série, t. IV, p. 94 et 555.

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