POUR PRÉPARER OU PRODUIRE L’AVORTEMENT
M. le docteur Guibout, médecin des hôpitaux, citait, en 1859, devant la Société de médecine du département de la Seine, un fait bien propre à démontrer la force de résistance que peuvent offrir certaines femmes aux causes d’avortement. Une jeune dame de Munich habitait la Californie avec son mari. Devenue enceinte, elle manifesta la ferme volonté de venir accoucher à Munich. Elle se mit en route : en traversant l’isthme de Panama parle chemin de fer, le train qui la portait rencontra un autre train. A la suite de celte collision, la jeune dame est fortement menacée d’avortement; elle s’embarque néanmoins pour Porlsmouth et subit une traversée des plus mauvaises. Nouveaux accidents qui se terminent aussi heureusement que les premiers. Après un repos de quelques semaines à Portsmouîh, la jeune dame s’embarque de nouveau et arrive sans encombre «à Paris. Elle fait une chute dans son hôtel et roule au bas de l’escalier; le lendemain des douleurs se manifestent. On constate une grossesse de huit mois environ. Une constipation opiniâtre existait depuis quinze jours; elle cède à un lavement purgatif. Le travail d’expulsion s’arrête; le col qui s’était dilaté se renferme. Celte dame remonte en chemin de fer le lendemain et accouche heureusement quelques jours seulement après son arrivée à Munich.
Il ne faut pas, sans doute, méconnaître la possibilité du fait de l’avortement dans des circonstances analogues à celles que je viens de rapporter, mais il faut se garder de l’exagérer. J’aurai, à ce sujet, à montrer quel compte on doit tenir de l’état dufœtus expulsé; il reste du moins bien établi pour moi que, quelle que puisse être, en général, l’influence d’accidents dont il appartient à l’expert de constater les traces et d’apprécier les effets, mais non de rechercher la cause morale et intentionnelle, les exercices forcés, les marches pénibles sont bien plus souvent em-
DES SUBSTANCES ;; ABORTIVES
ployés pour préparer ou favoriser faction des manœuvres directes. C’est dans ce but que l’on voit la plupart des sages-femmes les conseiller impérieusement à la suite de leurs coupables et funestes opérations,
DES SUBSTANCES ABORTIVES
Les breuvages jouent un rôle bien plus large encore dans la pratique des avortements. Depuis les médicaments purgatifs, ou meme simplement diurétiques et sudorifiques, jusqu’aux emménagogues et aux substances auxquelles on attribue une vertu abortive spécifique, on comprend quel vaste champ est ouvert aux préjugés du vulgaire, et aux tentatives empiriques des matrones et des charlatans. Je serais fort en peine d’énumérer les innombrables recettes qui ont pu être composées et administrées dans le but de procurer l’avortement, et dont l’emploi est surtout répandu dans les campagnes et loin des grands centres dépopulation. Leur multiplicité n’a d’égal que leur impuissance; mais lorsque l’on voit les auteurs les plus récents, et en apparence les plus sérieux, répéter les uns après lesaulres une longue liste de substances aussi innocentes que la scille, la salsepareille, le gaïac, l’aloès, la mélisse, la camomille, la matricaire, l’absinthe, l’armoise, le safran, le borax, le genièvre, on ne saurait trop répéter qu’aucune d’elles n’a jamais pu produire l’avortement (1). Il n’en faut pas moins noter qu’elles doivent à cette espèce de notoriété d’être employées par un grand nombre de femmes, et d’être même conseillées par certaines personnes dans une intention coupable au début de la grossesse* C’est à ce titre éga-
(1) Ilerm. Fred. Teichmeyer, Inst. med. leg. Jena, 1762, p. 75. — Andr. Buchner, Dissert, num dentur 7iiedicamenta quæ abortum simpliciter promovent. Ilale, 1746. — Fodéré, Traité de méd. lég. Paris, 1815, t. IY, p. 428.