AVORTEMENT TENTÉ PAU L’ÉLECTRICITÉ
remplacer une des cupules terminales précédentes, et agir sur une plus grande surface.
Tel est l’appareil au repos ; il est en bon état d'entretien.
Il est mis en état d’activité par M. Jarry, assisté de son premier élève, et entre immédiatement en fonction. Nous faisons les expériences suivantes :
1° Les deux fils métalliques, revêtus de soie, sont d’abord adaptés à un seul des éléments de Bunsen, et les cupules étant remplies d’un linge mouillé, il est facile de constater que l'appareil développe un courant direct de moyenne intensité.
2° Ce courant est augmenté notablement lorsqu’on réunit les deux éléments de Bunsen, pour les faire fonctionner simultanément.
5° Réunissant ensuite un des éléments à la bobine pour développer le courant induit, nous produisons sur les muscles de l’avant-bras des contractions énergiques et douloureuses.
4° Ces contractions deviennent bien plus intenses, lorsque nous faisons agir les deux éléments de Bunsen sur l’appareil à courant d'induction.
5° Enfin, lorsqu’on fait saillir le tiroir destiné à renforcer encore le courant, on donne lieu à de véritables secousses, dont les dernières sont tellement violentes et douloureuses, que nous bornons là nos expériences, nous trouvant parfaitement éclairés sur l’intensité du courant développé par cet appareil.
Nous faisons aux demandes de M. le juge d’instruction les réponses suivantes :
1° Il n’est pas à notre connaissance que jamais l’électricité ait été employée comme moyen abortif, ni dans un but avouable ni dans un but coupable. Mais il n'est pas douteux pour nous qu’un courant électrique puissant, employé d'une certaine manière, puisse tuer le fœtus dans le sein de la mère, et par conséquent amener l’avortement.
2° Nous ne doutons pas que l’appareil soumis à notre* examen, ait assez de force pour produire ce résultat, ou faire espérer qu’on pourra l’obtenir.
En foi de quoi, nous avons rédigé le présent rapport, que nous avons adressé à M. le juge d’instruction.
III. — Nous soussigné Ilippolyte Bevouges, requis de prendre connaissance des déclarations de la femme Garnier, consignées dans l’instruction concernant la pratique d’avortement par l’électrisation dont elle prétend avoir été l’objet, faire compléter lesdites déclarations par toutes les explications orales , qui seront utiles auprès de l’inculpée, et dire :
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
1° Si les manœuvres qu’elle prétend avoir été pratiquées sur elle ne sont pas telles qu’elle puisse les avoir inventées.
2° Si elles n’impliquent pas nécessairement de la part de leur auteur la volonté d’obtenir un avortement.
3° Si les moyens employés pouvaient le faire obtenir.
Après avoir prêté serment devant ce magistrat de remplir en notre âme et conscience la mission qui nous était confiée, avons procédé, dans trois séances successives à l'interrogatoire de la femme Garnier, et nous avons obtenu d’elle les renseignements suivants, dont voici l’exposé :
Elle était enceinte de deux à trois mois, lorsque les tentatives d'avortement ont eu lieu ; elle affirme que l'auteur de ces tentatives lui a dit formellement que c’était pour faire couler l'enfant qu’il la soumettait à ces manœuvres.
Deux séances ont eu lieu, à dix jours d'intervalle, et les choses se sont passées de la même façon dans chacune de ces séances :
Elle était assise sur une chaise, les pieds nus, et plongés dans un vase d’eau. Ce vase était spécialement affecté à cet usage, c’est-à-dire aux applications de l’électricité, et comme il avait été cassé une fois, on dut en faire revenir un semblable de Paris ; c’était sans doute un vase isolant, il était vernis extérieurement.
En des pôles de la machine électrique, c’est-à-dire une des cupules <pii terminent les fils métalliques revêtus de soie, plongeait dans l’eau de ce baquet.
À l’autre pôle était une plaque métallique en cuivre, que l'on appliquait sur différentes parties du bassin et des membres inférieurs ; c’est surtout sur la partie inférieure du ventre et sur les reins, que cette application avait lieu.
Chaque fois, une commotion musculaire, violente et douloureuse avait lieu dans les parties comprises entre les deux extrémités du courant.
La plaque fut enfin introduite dans les parties sexuelles, et poussée, dit cette femme, jusqu’au fond de la matrice. L’autre pôle étant alors plongé dans l’eau, plusieurs secousses violentes eurent lieu dans le ventre sous formes de coliques.
A la fin de la seconde séance surtout une commotion tellement douloureuse lui fut donnée qu’elle fut renversée en arrière, et refusa énergiquement de s’y soumettre de nouveau, disant qu’elle aimerait mieux laisser venir son enfant, que d’endurer de telles tortures.
Après chacune de ces séances, elle était prise d’un besoin pressant de défécation, et se rendait aux cabinets, mais elle y constatait que c’était un faux besoin, et ne rendait rien.
La grossesse continua, et vers le septième mois, on lui proposa de
AVORTEMENT
TEINTE PAR E’ELECTRICiTÉ.
répéter les mêmes manœuvres dans le même but, mais le souvenir de ces anciennes souffrances lui fit rejeter celte proposition, et elle répéta qu’elle aimait mieux laisser venir son enfant.
Tel est le récit que nous fait cette femme, et ce récit porte en luimême un cachet de véracité incontestable.
Il serait absurde de supposer qu’une femme aussi complètement ignorante pût inventer tous ces détails, et faire fonctionner aussi bien, aussi régulièrement, une machine électrique, dont elle n'a pas la moindre notion, et qu’elle en décrivît aussi exactement les effets, si elle ne les avait pas éprouvés.
Doit-on la croire aussi, lorsqu’elle affirme que l’auteur de ces tentatives lui a avoué quelles avaient pour but de la faire avorter? Nous ne saurions le dire, et c’est, dans ces manœuvres elles-mêmes, et non dans les déclarations de cette femme, que nous devons chercher à découvrir l’intention de l’auteur de ces manœuvres et le but qu’il voulait atteindre.
Nous pouvons d’abord affirmer que l’auteur des manœuvres connaissait parfaitement le maniement de la machine dont il se servait, et qu’il en faisait très-régulièrement l’application.
Mais ignorant complètement l’anatomie , et dépourvu de notions physiologiques, il a du se tromper dans cette application.
Sans vouloir dire (on comprend pourquoi), comment cette application devait être faite, dans le but d’obtenir l’avortement, nous pouvons dire qu’elle devait manquer le but que l’on poursuivait, parce qu’elle était anliphysiologique. Mais doit-on en conclure que ce but, c’est-à-dire la production d’un avortement, n’était pas poursuivi? Assurément non. Cette circonstance qu’on n’a agi que sur les parties inférieures, établit déjà une présomption ; l’apposition de la plaque métallique sur le ventre, sur les reins, tout autour du bassin, dans lequel ies gens les plus ignorants savent que l’utérus est contenu, prouve que 1 on ne voulait pas seulement agir sur les membres inférieurs; enfin, 1 introduction que l’on faisait en dernier lieu de la plaque métallique dans les parties génitales, semble être un indice presque certain du but que poursuivait l’auteur de ces tentatives.
Ainsi donc, pour répondre aux questions qui nous sont posées, nous avons la conviction :
1° Que la femme Garnier dit vrai, lorsqu’elle raconte les détails de l'application de l’électricité qui a été faite sur sa personne;
‘2° Que la volonté de l’auteur de ces manœuvres était d’agir sur l’utérus, soit pour provoquer un avortement, soit pour rappeler les règles arrêtées ,
o° Que les moyens employés ne pouvaient pas aboutir à un avortement, parce que les pôles de la machine électrique n'étaient pas ap- Taiuueu. Avortement. 3* édition.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
pliqués aux endroits convenables, pour provoquer dans l’utérus luimême les contractions nécessaires pour produire ce résultat, ou pour faire périr le produit de la conception.
Tout au plus pourrait-on admettre qu’un avortement aurait pu avoir lieu dans ce cas, sous l’iniluence de l’état général d’excitation, dans lequel ces manœuvres mettaient la patiente, comme cela peut arriver à la suite d’émotions violentes, telles que la frayeur, la colère.
Mais c’est là une simple hypothèse qu’aucun fait, ne justifie, puisque jamais l’électricité n’a été employée dans de semblables circonstances et dans le but de provoquer un avortement.
En foi de quoi, nous avons dressé le présent certificat.
IV. — Nous soussigné, llippolvte Devouges, requis de procéder à un nouvel examen de la femme G., détenue à la prison de Corbeil, et de dire si les constatations actuellement faites confirment ou infirment les conclusions de notre rapport du 2 février dernier, concernant l'accouchement récent de cette femme; après avoir prêté serment devant ce magistrat de remplir, en notre âme et conscience, la mission qui nous était confiée, avons procédé, le 26 avril 1866, à l’examen qui nous était demandé :
L’aspect extérieur de cette femme est le même que le 2 février, sa figure garde la trace du masque des femmes enceintes ; les vergetures du ventre et des cuisses sont encore très-apparentes, mais moins marquées qu’elles n’étaient à cette époque.
Le col de l’utérus, de volume moyen, est mou à sa surface; l’orifice extérieur est un peu dilaté, mais l’orifice interne est fermé et rigide.
Les seins, petits et mous, ne contiennent plus la moindre trace de lait; et les pressions les plus variées ne peuvent faire sortir aucun liquide par les orifices du mamelon.
Ainsi donc deux modifications se sont produites depuis le 2 février; la première, peu importante du côté du ventre, dont les vergetures sont devenues plus pâles; l’autre, du côté des seins, dans lesquels la sécrétion du lait s’est complètement tarie.
Cette dernière circonstance surtout nous parait de nature à confirmer les conclusions de notre précédent rapport. Il est, en effet, des femmes chez lesquelles la sécrétion lactée est presque indéfinie et ne [trouve pas un accouchement récent ; mais il est évident que la lemme Garnier ne peut être rangée parmi ces cas exceptionnels, puisque la sécrétion lactée a cessé chez elle depuis le 2 février.
V. — Nous soussigné, Hippolyte Devouges, requis de visiter le nommé N., et dire si les déclarations de la femme G., a savoir :
1° Que la verge de N, n’est ni grosse ni longue.