‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 98 sur 113 · AVORTEMENT TENTÉ PAR L’ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

AVORTEMENT TENTÉ PAR L’ÉLECTRICITÉ

Tout nous porte à considérer ces manœuvres comme ayant exercé une grande influence sur les avortements survenus dans les deux grossesses de Mélanie Castel.

Observ. LX1. — Tentative d'avortement provoqué à l'aide de courants électriques. (Rapports communiqués par M. le docteur Devouges, de Corbeil. )

1. — Nous soussigné, Hippolyte Devouges, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin à Corbeil, requis par M. le juge d'instruction près le tribunal de première instance de Corbeil de visiter la femme Garnier Auguste, tille lloreau, de dire si elle est récemment accouchée, et à quelle époque remonte cet accouchement, après avoir prêté serment devant ce magistrat de remplir en notre âme et conscience la mission qui nous était confiée, avons procédé le 1er février 1866, à cinq heures du soir, dans la chambre du conseil dudit Iribunaal, à l’examen qui nous était demandé.

Cette femme a eu antérieurement plusieurs enfants, et elle garde les traces de ces accouchements; le dernier a eu lieu, il y a huit ans. Sa figure garde des traces du masque des femmes enceintes, ses seins sont assez développés, assez mous, à aréole large et foncée. La pression en fait sortir du lait peu épais, séreux, bleuâtre, comme il arrive au moment où ce liquide va cesser de se produire ; sous l'influence de la pression, il coule goutte à goutte et non par jet comme à une époque assez voisine de l’accouchement.

Le ventre n’est pas volumineux, les parois en sont flasques, ridées, couturées de vergettures abondantes et larges, mais toutes blanches et ne présentant pas la coloration bleuâtre qu’elles conservent presque toujours dans les huit premières semaines qui suivent l’accouchement.

A travers ces parois, on sent le corps de l’utérus, qui ne présente pas plus de volume qu'il n’en a chez les femmes qui ont déjà eu plusieurs enfants.

Les organes extérieurs delà génération sont flétris, les lèvres molles et ridées présentant une teinte bleue sur leur bord libre, et blanchâtre sur la partie qui entoure l’orifice vaginal. Aucun liquide ne s’écoule par cet orifice.

Le col de l’utérus est large, fendu transversalement, et mou sur ses bords, comme chez les femmes qui ont eu des enfants.

Nous constatons chez cette femme tous les signes qui peuvent permettre d’affirmer qu’elle a eu des enfants, mais aucun de ceux constatés du côté du ventre et des organes génitaux ne permettrait d’affirmer qu’il y a eu accouchement récent, c’est-à-dire depuis celui que cette femme fait remonter à huit années ; mais l’écoulement de

OBSERVATIONS ET EXPERTISES

lait qui se fait par le bout des seins sous l'influence de la pression ne permet aucun doute à cet égard, et nous affirmons que cette femme est récemment accouchée.

Quant à l’époque exacte de l’ accouchement, elle serait difficile à fixer avec quelque précision. Cependant, en mettant en regard la persistance de la sécrétion lactée, et la disparition des signes qui caractérisent l’accouchement récent du côté du ventre et des organes génitaux, nous croyons pouvoir dire, avec beaucoup de vraisemblance, que l’accouchement a eu lieu entre de deuxième et troisième mois en remontant à partir du moment de notre examen.

II. — Nous soussignés Hippolyte Devouges, et Jarry Clair, pharmacien de première classe, domicilié à Corbeil, requis de visiter une machine électrique déposé dans son cabinet, et de dire :

1° Si un avortement peut être obtenu à l’aide de commotions produites par une machine électrique.

2° Dans le cas de l’affirmative, si la machine soumise à notre examen peut produire des commotions assez violentes, soit pour faire obtenir l'avortement, soit pour faire espérer qu’on pourra l’obtenir.

Après avoir prêté serment devant ce magistrat, de remplir en notre âme et conscience la mission qui nous était confiée, avons procédé à l’examen qui nous était demandé, le 15 mars 1866, à cinq heures du soir, en présence de M. le procureur impérial et de M. le juge d’instruction, près le tribunal de Corbeil.

L’appareil est une machine d’induction composée des pièces suivantes :

1° Deux piles à charbon de Bunsen de volume moyen, servant à développer le courant d'électricité voltaïque, et pouvant fonctionner séparément ou ensemble.

2° Une bobine à courant d’induction, pouvant obtenir graduellement un haut degré d’énergie au moyen d’un tiroir qui met en jeu une série de barreaux aimantés.

5° Deux fils de cuivre servant à réunir les éléments de Bunsen à la bobine d’induction.

4° Deux autres fils métalliques enveloppés de soie, partant de la bobine, et servant à conduire le courant induit sur les parties, sur lesquelles on veut le faire agir. Chacun de ces fils est terminé par une cupule pouvant recevoir soit une éponge mouillée, soit tout autre corps destiné à favoriser le passage du courant sur les différents organes que l’on veut électriser.

5° Une plaque de cuivre ovalaire, un peu excavée d'un côté, pouvant

Page 1