LA FEMME PEUT-ELLE ÂCCOUCIIER SANS LE SAVOIR
observé dans des conditions sociales et dans des circonstances faites pour éloigner tout soupçon, et dans lequel l'erreur entretenue par les plus habiles médecins n'a été reconnue qu'au moment de l'accouchement.
Qui ne voit la différence capitale qui sépare ces faits de ceux où se produit l'allégation mensongère de la femme qui se débat sous une accusation d'infanticide ! La meilleure preuve que celle-ci n'a pas ignoré sa grossesse, c'est qu'elle a tout fait pour la dissimuler; c'est qu'elle a comprimé sa taille, changé la forme de ses vêtements, parfois même supplée par la ruse à l'écoulement menstruel ; et qu'enfin lorsque le terme est arrivé, elle a caché ses douleurs, étouffé ses cris, et seule, sans aide, a mis clandestinement au monde l'enfant qu'elle savait bien porter dans son sein et qu'elle a tué au moment même où il venait de naître.
Pour l'expert, il ne s'agit pas de dire si une femme peut, en thèse générale, ignorer sa grossesse. Il n'a à jurer que la question de fait et à l'apprécier dans ce qu'elle a d'actuel : à voir si la femme est primipare ou si elle a déjà été mère; si elle est très jeune ou, au contraire, plus âgée que ne le comporte d'ordinaire la possibilité de la conception ; à tenir compte de la conduite qu'elle a tenue durant sa grossesse, des conditions dans lesquelles s'est opérée la délivrance, et alors il sera autorisé à conclure, sinon avec une absolue certitude, du moins avec toute vraisemblance, que la femme accusée d'infanticide n'a pas pu ignorer sa gros-
sesse.
La femme peut-elle accoucher sans le savoir?— La femme qui nie avoir soupçonné sa grossesse, n'aura pas grand effort à faire pour prétendre qu'elle a été surprise par les douleurs de l'enfantement; bien plus, qu'elle est accouchée sans le savoir. Là encore il n'est pas permis de répondre d'une manière générale, et cependant on pourrait sans
trop de témérité soutenir que le fait n'est pas possible.
Il est bien' entendu qu'il ne s'agit ici que d'une femme saine de corps et d'esprit; on connaît, en effet, les états pathologiques qui, frappant sur les facultés physiques ou intellectuelles, abolissant la sensibilité, peuvent enlever à la femme toute conscience de son accouchement. L'anesthésie chloroformique en fournit un exemple saisissant. 11 suffit d'avoir assisté à un accouchement dans lequel le chloroforme a été employé pour êlre convaincu du défaut absolu de conscience de la femme qui, au sortir de l'anesthésie, entendant son enfant crier à l'extrémité de la chambre, ne se rend pas compte de sa propre délivrance; mais les accouchements qui s'opèrent de cette façon n'ont rien à voir avec l'infanticide.
Il y a dans cette question une distinction importante à faire. La femme peut-elle avoir été surprise par les douleurs de l'enfantement ou par une subite délivrance? ou peut-elle avoir accouché sans s'en être doutée, soit durant son sommeil, soit dans tout autre état?
Sur le premier point, j'ai déjà indiqué, à l'occasion de l'immersion du nouveau-né dans les fosses d'aisances, l'erreur possible d'une femme qui, se croyant pressée par le besoin de la défécation, accouche dans les latrines. Le fait est constant. De même, un certain nombre de femmes accouchent avec une rapidité extraordinaire et ont pu ainsi, en quelques instants, se trouver délivrées brusquement et presque sans douleurs, sur la voie publique, dans une voiture, au seuil d'un hôpital. Là n'est pas la question. Dans ces divers cas, la femme a pu se méprendre sur les premiers signes de l'enfantement, et n'avoir pas prévu sa prompte délivrance. Mais, à un moment donné, elle a dû se trouver éclairée par le fait lui-même et a pu ou appeler à son aide, ou recueillir elle-même son enfant. Elle a su